‹ En MocassinsChapitre 3 sur 27 · MORALITÉ · texte numérisé non relu

MORALITÉ

La cruauté ne caractérise pas plus les Iroquois que les Romains et les autres peuples de l'antiquité payenne : la croix, la roue, le pal, la statue creuse, rappellent des supplices que l'Amérique n'a pas dépassés. ,

Que les Iroquois n'aient rien épargné pour se rendre terribles et qu'ils y aient réussi, c'est un fait certain. Les Abénaquis, si éprouvés par eux, les appelaient les Cruels. Les Lenni-Lenapes, obligés de consentir au titre humiliant de Femmes, leur pay-

aient un tribut qu'un vieillard déguenillé venait recueillir. Celui-ci, sans autres gardes que la terreur inspirée par sa qualité d'Iroquois, parcourait en sécurité les villages. On croyait voir toute la nation dans un seul de ses guerriers : "J'^'^ connu, dit Colden, des vieillards témoins jadis des guerres entre les Mohawks (1) et les autres Indiens de la Nouvelle-Angleterre. Aussitôt, disaient-ils, qu'un Mohawk avait été vu dans le pays, les tribus se criaient de cilline en colline : Un Mohawk ! Un Mohawk! et tous fuyaient comme des moutons poursuivis par des loups." (2)

Malgré cela, les Iroquois n'ont rien appris aux Algonquins dans l'art de torturer : ils ont seulement mieux fait leur renommée en se tenant toujours et partout en évidence.

Dès l'époque de la découverte, ils ne cessent de machiner en vue d'une surprise ou d'un massacre. Ils font au loin des guerres audacieuses et continuelles; ils vont lever des scalpes aux quatre points cardinaux et les portent suspendus à leurs ceintures. Ils se font une gloire d'être le cauchemar de tous. On parle d'eux dans la plupart des conseils; on se les représente avec raison comme des ambitieux avides de dominer, sans souci du droit des gens, toujours prêts à rompre sans motif sérieux un traité

Page 1