‹ En NorwègeChapitre 10 sur 27 · TT · texte numérisé non relu

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EN NOBWEGE.

pauvres petites phtisiques de nos pays cpii, a la veille de mourir, ont des reveils de charmes, tres prenants.... ... Labas, presdu quai, le marche aux poissons; des merlans superbes, des soles epaisses comme la main, surtoul des hallibuts d'une dimension inattendue, et

Trondjhem : Le port.

toutcela presque donne ; pour trente sous, une grosse main de femme rougeaude vous tend un poisson delicat qui nourrirait toute une famille de chez nous.

... Au bout de la Munkergade, plantee de maigres platanes,l'un des monuments qui m'ont le plus remue dans ma vie : la cathedrale des Rois...

TBOXDJIIEM.

En faisantle tour de son architecture exterieure, je sens, a travers la diversite des siecles, l'influence d'une idee directrice s'appliquant a rendre une grande pensee religieuse; mais cequi me retienten extase, c'estl'infinie variete de la pierre sculptee.

Au-dessus du portail de Fouest, je m'arrete devant une rosace losangique a jour, d'un travail acheve ; il y a la un arceau qui decrit une courbure si delicate, qu'on

Trondjhem : Cathedrale et cimetiere.

se demande comment il tient dans l'espace. L'abside n'est qu'une ruine oh s'effritent dans leurs niches des eveques scandinavesqui n'ont plusde tete, ou des saints qui ont perdu leurs bras dans la bataille des siecles. On est effraye du travail qui reste a faire pour mettre en etat ce monument merveilleux, et on maudit ces lutheriens fanatiques qui ont porte leur main barbare sur ces splendeurs accumulees par des siecles de foi.

Penetrons dans l'interieur. Une partie de la nef principale et l'abside sont transformees en un vaste chantier

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EN NORWKGE.

oil les volants roulent, les poulies ronflent et les meules tournent. La reslauration se fait avec une scrupuleuse probite : ce qui est utilisable, tout ce que les sieclesont respecte, tout ce qui a echappe au vandalisme de la Reforme est religieusement mis en place ; les parties detruites sont copiees sur des modeles tres exacts et severement etablis dans la meme ligne de style. Sur des planches, rangee en bel ordre, comme dans un musee,voici unecollection demasquesgrimacants. Certainsontunrictus grotesque, homerique. Telsdes Silenes en goguette.

D'apres la valeur de la partierestauree, onpeut juger de ce que sera un jour le tout. Danscette symphonie en pierre, pas un motif qui ressemble au precedent....

Un jeune peintre, — prixde Rome, s. v. p., — qui se piquait d'etre fin esthete, s'est plaint devant moi de ce melange de styles, de ce rapprochement du roman et du gothique anglais; mais qui dit rapprochement n'entend pas confusion : de fait, les parties relevant d'une orientation artislique differente sont netlement separees, et l'admiration peut aller du roman au gothique, du plein cintre a Fogive, sans scrupules de conscience.

Est-ce que ce qui se presente ici n'est pas la regie dans presque toutes nos cathedrales? Est-ce qu'elles ne sont pas le produit de plusieurs soudures successives, auxquelles des generations d'hommes ont mis la main? Est-ce que les styles ne s'amalgament pas par leurs bords comme les couleurs dans le spectre solaire? Pour prendre des exemples, est-ce que Notre-Damede Paris, edifice ogival, ne s'enfonce pas dans cette zone romane,

TRONDJHEM.

oil regnentenmaitres le portail de Saint-Denis et la nef de Saint-Germain des Pres ? Est-ce que la couche romane ne couvre pas a demi-corps la charmante salle capitulaire de Bocherville? Est-ce que la cathedrale de Rouen, comme l'a dit Victor Hugo, ne serait pas entierement gothiquesi elle ne baignaitpas l'extremite de sa fleche centrale dans la zone de la Renaissance ?

Je plains sincerement ceux qui, se laissant bercer par des theories d'art absolu, n'ont pas admire la nef si solidement campee, nuancee de bleu par lapierre schisteuse du pays, de blanc par le marbre d'Almennigen et de rose par le granit du Greenland. Je ne connais pas de morceau d'architeclure superieur a ce jube du choeur, sorte d'iconoslase decoupee, avec arcade ogivale d'une finesse de broderie, jetee comme un ponlsurdes piliers legers comme des tiges de bambous.

... Nous errons dans la ville, au hasard des circonstances. Que de souvenirs, en cheminant, nous viennent a l'esprit! C'est dans cette cathedrale, cette grande mutilee oil nous etions tout a l'heure, que les vieux chefs norwegiens venaient recevoir l'investiture ; Bernadotte, quietait un malin, s'y fit couronner. C'est egal, le plus etonne pendant son sacre dut etre lui-meme, s'il lui revint a l'esprit le temps ou il n'etait qu'un simple caporal de garde- francaise sans sou ni maille.

... Notre flanerie nous conduit au cimetiere, qui est a deux pas de la cathedrale.

Est-ce bien la le champ du repos eternel, tel que nous le comprenons chez nous, ou n'est-ce pas plutot une promenade de reve ?

Sous la puissante ramure des hetres, les tumuli dorment: il y en a de grands comme des chasses d'eveques, il en est de simples, tapis sous le gazon, d"autres d'une richesse royale, couverts de branches de sapin, sur lesquels se detachent des bouquets de roses ou de paquerettes.

... Mais ce qui me touche le plus, ce sont les tertres lillipuliens qui disparaissent sous les fleurs, piquees a memo la terre. Ce sont ceux de bebes partis pour le grand au-dela.

A l'ombre de ces beaux arbres on vient en societe passer la journee dans le parterre de geraniums, de roses et de myosotis qui entoure le tertre.... On s'asseoit sur les bancs, on beche sa terre, on cause, on rit, on lit, pendant que les enfants jouent, folatrent autour des tombes

... Vers midi, des gens vinrent qui collationnerent sur le gazon, les femmes accrocherent leurs chapeaux de paille a une branche d'arbre, les hommes se mirent en bras de chemise et sans barguigner allumerent leurs pipes....

Au moment de notre depart, il commenca a p'.euvoir en grelots de poupee, les goutteletles lentement glissaient des branches d'arbres, des bouquets, des echarpes. C'etait d'une melancolie tres douce.

TRON'DJHEM.

1 heure.

... Nous partons en voiture pour Lerfossen. Line route ravissante : de veritables degringolades de ver-

La cascade de Lille-Lerfc

dure tombant d'une double rangee de collines, des lapis de marguerites argentees et de veroniques toutes bleues, des enclos d'eglantines qui sont comme des jardins tout roses au milieu d'un parterre tout blanc. Derriere le rideau d'arbres mag'niiiques, des poudroiements de cascades qui voltigent et se dispersent...

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Lille-Lerfos , dit notre cocher en claquant la

C'est la premiere cascade.

Nous remontons jusqu'a sa formation. Elle commence par une nappe d'eau dormante qui s'avance lentement, roulant dans son lit, comme des fetus de paille, de grosses billes de bois venues du torrent superieur. Tout a coup, le terrain lui manque : elle hesite, elle glisse sur un plan incline dans un tournoiement fou. Des lors elle ne se connait plus, elle bondit par-dessus les obstacles, roule comme des cailloux des quartiers de roches titaniques, puis," revenue de tant de folies, rassemble ses eaux dispersees, et de nouveau coule tranquille vers la plaine....

La seconde cascade est Store-Lerfos.

Je ne puis la mieux comparer qu'a une immense vague mugissante, animee de mous et de remous successifs, qui cherchent a remonter le courant et sont impitoyablement rejetes jusqu'au bas. Comme dans la chute du Rhin aSchaffouse, un rocher enorme la separe en deux et l'effet est singulier de cette masse noire, presque sinistre, tranchant sur la blancheur de l'eau. Ce qui rend cette cascade de toute beaute, c'est la merveilleuse toile de fond, formee par un cirque de verdure, s'etendant jusqu'a la limite extreme de l'horizon. Longtemps, bien longtemps, assis sur un

THONDJIIEM.

tertre de mousse, je demeure la a contempler les jeux irises de la lumiere dans l'eau et les ressauts du gave.

... Sur la route de retour, a un kilometre de la ville, nous abandonnons la caravane pour aller visiter l'asile des fous

Comme il est vrai que chaque peuple a son mode d'exasperation, son genre de folie! Ce qui me frappe, en faisant ce triste inventaire, c'est l'aspect calme, relativement rassurant, de ces pauvres diables qui nous regardent passer d'un air plutot indifferent. lis murmurent, ils marmottent entre leurs dents des paroles sans suite, ils esquissent des sourires d'enfants ou rient a gorge deployee comme de malheureux idiots qu'ils sont.... J'en trouve qui jouent avec des rubans ou des loques miserables, dont ils habillent le premier baton venu, d'autres qui raccommodent leurs effets avec des

morceaux d'etoffes invraisemblables

La folie furieuse, impulsive, est l'exception en Norwege, meme chez les alcooliques ; depuis longtemps, l'usage de la camisole de force et la mise en batterie de la douche sont abolis dans les asiles. On se contente d'isoler et de surveiller de pres les agitcs...

... C'est ce meme 20 juillet que pour la premiere fois, le soir, nous vimes un de ces couchers de soleil qui sont l'une des splendeursde ce pays tout decontraste.... des sommets de montagnes enveloppes de capuchons

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EN NORWliGE.

bleustres flou, des goemons formant le long de la cote une bande toute doree, et au ciel des images d'argent coiffes d'autres nuages pourpres.

Cette magie de couleurs se developpa toute la nuit comme un feu d'artifice qui renouvellerait ses effets. Vers une heure seulement, les objets se noyerent dans un fin tamisage, leurs contours prirent du vague, et cependant la lumiere qui passait par les hublots etait encore suffisante pour que nous pussions lire sans lumiere.... Vers deux heures, la radiation lumineuse se prononca et, sous la clarte eblouissante du ciel, les details du paysage reprirent leur nettete parfaite.

... Ce fut a peu pres a ce moment qu'on nous designa du doigt Verdelsoren, oil fut tue saint Olaf, le 29 juillet 1030. Ah! c'etait un gaillard que ce saint ! II n'avait pas toujours bon caractere, par exemple. Revenant un jour de guerroyer, il tombe en Norwege sur quelques-uns de ses sujets, qui sacrifiaient aux faux dieux. Croyant lui faire une politesse, ils l'inviterent a se joindre a eux : « Entendu, leur repondit-il ; seulement, ces animaux que vous offrez a vos divinites sont vraiment bien insuffisants », et il ordonna a ses hommes d'armes dc saisir les chefs pai'ens et de les egorger en sacrifices.

LE TORGHATTEN

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LE TORGHATTEN

La montee. — Une legende curieuse. — Le massif des Sept-Sceurs. Le Gercle polaire arctique.

21 juillet, 11 heures du matin.

... Nous mouillons devant File de Torghen.

Tout est joie dans Fair. La-bas, a l'estacade, le dra-

peau norwegien hisse en signe de bienvenue tout

autour de nous, des barques indigenes a la poupe relevee, qui nous font appel.

Le chemin qui mene au Torghatten est pittoresque, avec ses tourbieres argileuses et ses feldspaths roses.... A un point de la route,... un petit bois de charmes oil, avec plaisir, je reconnais nos jolies plantes alpestres, des orchidees violettes, des geraniums pourpres, et, sous des touffes de bruyeres roses, l'ceil violet des baies de myrtilles ...

Au tournant des sentes, des femmes du pays, un simple foulard pose sur des cheveux d'un blond tres ardent, habillees d'un corsage rouge et d'une robe jaune citron, silencieuses guettent notre passage pour

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EN NOHWEGE.

nous offrir sur des nappes blanches des tasses de lait et des soucoupes de mures sauvages roulees dans du sucre.

Avant de grimper jusqu'au haut du lacet, nous nous asseyons sur un banc rustique, et l'avouerai-je? ce nous est une joie egoi'ste de voir nos compagnons qui, tout

en bas de la falaise, s'epoumonent a monter La

duchesse, tres smart, sous un costume cycliste, complete par une toque de velours, s'appuie sur un alpenstock qui est presque une ceuvre d'art. On la prendrait pour la fee de la montagne. La veuve gaie fait le desespoir de la veuve triste, qui declare qu'elle n'en peut plus et reclame a chaque instant une main secourable. Nos jeunes filles et nos jeunes femmes, en arrivant a notre hauteur, ont un teint de sante qui fait plaisir a voir.

C'est maintenant le moment de donner le grand effort. Nous hissant les uns les autres, nous finissons par gagner Fentree de la grotte.

J'avoue que j'ai ete saisi par les proportions colossales de ce geant de pierres, perce d'un tunnel de bout en bout. Les geologues de la troupe nous racontent que la formation de cette galerie est due a Taction erosive des eaux. Moi, vous savez, j'aime mieux la legende du bon vieux temps jadis. Elle raconte qu'une blonde jeune fille de File Leko s'etait attire par ses beaux yeux noirs l'amour de deux geants des environs. Comme la belle restait insensible, Fun des tourtereaux la chargea sur ses epaules et Fenleva. L'autre, furieux, enfila ses bottes de sept lieues et se lanca a la poursuite du ravisseur.

LE TORGHATTEX.

Seulement, ilavait affaire a unmalin, qui montajusqu'au sommet du Torghatten. Les bottes de sept lieues n'ayant plus de raison d'etre, une seule ressource restait au rival : decocher une bonne Heche au camarade qui, lahaut, se payait sa tete, avec la belle dans les bras. L'amour est aveugle, helas! Ce trait du Parthe manqua le but et atteignit la roche, qu'il perca de part en part....

L'interieur de la grotte est titanique. II semble qu'on soit dans une cathedrale colossale, ouverte aux deux extremites. Sur la voute en granit rouge, des fougeres humides mettent leur emeraude. Sous nos pieds... un chaos fantaslique d'eboulis de toutes dimensions, et de tous cotes des martinets aux cris aigus, qui, effrayes par notre presence, fuient a tire d'ailes.

... A mesure que nous degringolons de roc en roc, le point de vue devient de plus en plus extraordinaire. La-bas, comme toile de fond,unpaysage, d'une douceur infinie, pose entre l'azur du ciel et l'azur de la mer, un Norman apres un Gustave Dore ; des ilots blonds, oil des varechs mettent leur note ambree, d'autres bleus, d'un bleu leger, a peine estompe, des gaards, essaimes dans la plaine, et aussi de toutes petites maisons de village, aux toits rouges, noyeesdansde la gaze bleue.... Dans les prairies, des hommes coupent le foin et, comme ils sont tres loin, on ne voit que le mouvement

lent de la faux qui, gracieusement, decrit sa courbe

D'autres silhouettes de femmes, d'un beau geste pui-

EN NORWBGE.

sent de l'eau a une fontaine, de petites formes d'eni'ants courent dans l'herbe seche, et on entend dans le lointain les clochettes des vaches qui tintent.... (Test exquis comme un pay sage biblique.

La descente est semee d'incidents varies, plutot comiques que tragiques. La duchesse, qui parait avoir conclu un traite d'alliance avec la Roumanie, est plus en forme que jamais, elle s'arrete a toutes les prairies pour se faire fleurir le corsage

Une petite dame, jaune comme un citron — ne seraitelle pas affligee d'un cancer? — perd son equilibre a se disputer avec son mari, un grand secot qui n'a pas Fair commode.

■ — Je te l'ai deja dit, Julie, appuie-toi sur les talons, puis avance les pieds l'un apresl'autre.

Pour lui prouver que le conseil a du bon, Julie s'etale par terre comme un paquet de linge sale; j'ai cru, ma parole, qu'elle allait casser son parapluie sur le dos du bonhomme Ernest pour les dames —

... Amidi nous reprenons la mer. Plus nous montons vers le nord et plus l'aspect de la c6te se transforme : les falaises sont remplacees parde puissantesmontagnes, l'a pic s'accentue —

La Lusitania accelere sa marche.

— Brond, me dit le second lieutenant, en me montrant dans le lointain un relief grisatre.

La demeurent le pasteur et le medecin de la paroisse.

LE TORGHATTEN'.

Onnepeut vraiment plus dejeuner en paix. Pendant que je me bats avec un rostbeaf, dur comme un fanon de baleine, des amis zeles viennent nous annoncer que nous sommes en vue du massif des Sept-Sceuis (Syv-Sostre), devant l'ile d'Alsten. C'est l'une des principales curiosites du voyage. Ces demoiselles font en effet bonne figure : unies jusqu'a la ceinture, a partir de cette partie interessante de leur personne, elles recouvrent 1'independance de leurs sommets.... Yen a-t-il six, y en a-t-il sept? Voila un theme de discussion tout trouve pour les desoeuvres dubord qui ontl'ceil a la lorgnette... Laverite estquel'une des deux montagnes a deuxtetes, de sorte que les Sept-Soeurs ne sont en realite que six. Enfonces les geographes! En tout cas, les matines sont charmantes, pomponnees de neige comme de jeunes marquises, prises a la taille par des cascades qui de loin semblent des flots de rubans satines, le bas de leur corps plongeant dans un bain de verdure qui descend jusqu'au rivage. De ce fond emeraude emergent des huttes aux tuiles rouges, et je ne sais pourquoi me revient le souvenir des petites maisons nipponnes, dont parle P. Loti dans Madame Chrysan-

theme.

A ce point du recit, nous sommes devant un beau lac bleu... L'horizon semble barre par un chaos fantastique de blocs cyclopeens : nous nous demandons avec effroi quelle direction va suivre le bateau, s'il ne court pas le risque de s'emietter contreces sombres parois... Cependant il glisse comme une couleuvre, s'insinue dans un

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EN N0RWEGE.

couloir domine par des rocs gigantesques. Honneur au pilote, nous avons passe.

Vers six heures nous franchissons le cercle polaire arctique. Nous nous attendions a quelque surprise de la part desjeunes gens du bord, lepassage du66 G degre 1/2 de latitude nord se fetant habituellement comme celui de la Ligne; mais ils restent impassibles. Je serais presque tente de trouver qu'ils ont manque a tous leurs devoirs. Serait-il done vrai que lajeunesse d'aujourd'hui ait cesse d'etre gaie?

Nous sommes dans une region de plus en plus tourmentee, de plus en plus fantomatique. Tout a l'heure nous avons apercu l'Hestmando, Tile du Chevalier. En s'appliquant bien, on arrive a trouver que la projection de ce pic represente un cavalier recouvrant de son manteau le cheval qui le porte.... Par exemple, il faut un peu de bonne volonte. Voici maintenant Rodo, le lion norwegien. Ah! pour le coup, jel'ai dans 1'oeil. La silhouette est exacte, je vois le superbe animal dans une attitude de repos, regardant vers l'ouest.... Ce colossal rocher, rouge sous le ciel bleu, est une des pieces royales de l'ecrin norwegien.

En allant nous coucher, nous avons la vision du cap Kunnen, double dans la lumiere incertaine de la nuit arctique.... L'ile Fuglo nous apparait comme une tache mauve a l'horizon, et la, sur notre droite, l'une des branches du Svartisen semble une riviere d'argent qui vient rejoindre la mer.

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