‹ En Nouvelle-RussieChapitre 102 sur 107 · BK^^^J · texte numérisé non relu

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déjà été tentés, mais ils sont clairsemés. Voici un campera^ colons du gouvernement de Smolensk installés dans le dfatrê d'Atcliinsk.

Entre Atchinsk et Krasnoïarsk, les trains vont encore plusleâi ment. La moyenne est de 15 verstes à l'heure, parfois on ralenti tel point qu'on ne fait pas plus de 3 verstes.

Pittoresquement située, la ville de Krasnoïarsk est appelée in grand avenir, à un grand développement. La position en est exeep

KRASNOÏARSK. — TRAVAUX DU POHT SUR i/lÉNISSÉI. (Photographie du baron de Baye.)

tionnelle, elle est desservie par le Transsibérien et baignée par l'Iénisséï. La navigation lui apportera les produits du nord et à midi. Il existe à Krasnoïarsk une société anglaise de commerce dont les bateaux transportent des marchandises par mer, rerooitent l'Iénisséï et répandent les produits en Sibérie4. Des Franc»

1. Lors do notre passage, cette compagnie Poppam avait sept on huit bateau a route, de Londres à r embouchure de l'Iénisséï, apportant des marchandises aagtsaa Elle a an privilège qui durera encore quelques années, lui permettant d'apporter s» payer d'impôts des produits anglais, sauf des armes et de Peau-de-vic.

DE PENZA À M1N0USSINSK

y sont venus dans le but d'établir une semblable affaire. Ils réussiraient en achetant des terres. Vous savez que les propriétés n'existent pour ainsi dire pas en Sibérie. Or il se trouve un domaine de 75,000 décitines, le long du canal qui relie Flénisséï à la Lena, dans une situation très belle pour l'avenir. Ce domaine a été donné par l'impératrice Catherine à une famille dont les descendants, n'ayant pas les moyens de le mettre en valeur, ven-

KRASNOÏARSK. — PLACE DE LA CATHÉDRALE UN JOUR DE MARCHÉ. (Photographie du baron de Baye.)

draient des terres où le siège d'une compagnie commerciale serait en excellente situation.

Les bâtiments du chemin de fer à proximité de la ville de Krasnoïarsk sont très vastes, ils contiendront d'importants dépôts de matériel et de machines, ainsi que des ateliers considérables.

Les travaux du pont de l'Iénisséï devant Krasnoïarsk se poursuivent rapidement. Ils font plus de progrès en hiver qu'en été, car, d'après ce que m'a dit l'ingénieur Knorre, l'Iénisséï est traître ; souvent lorsqu'on attend une crue les eaux baissent et vice versa.

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Les terrassements faits autour des chantiers de construction ont, depuis un an, mis à découvert beaucoup d'ossements de mammouth et d'autres animaux, et aussi des objets de l'âge de pierre. A cause de l'ignorance des ouvriers et de l'absence sur les lieux de personnes s'y intéressant, ces précieux documents ont été perdus pour la science.

Il serait trop long de vous entretenir de mes découvertes archéologiques aux environs de Krasnoïarsk1. Cependant, je dois vous dire avec quelle joie j'ai pu extraire, près de Lodéïky, une partie de squelette de bison (bos priscus) de la couche d'argile où il gisait à côté d'instruments en pierre taillée.

Les bords del'Iénisséï étaient, dans cette région, très fréquentés par les hommes avant et pendant l'âge du bronze. Mais, faute de temps, jenevousentraîneraipasdansmesexcursionsarchéologiques.

Traversons la grande place où se dresse la cathédrale, où se tient le marché, et embarquons-nous.

Pour me rendre de Krasnoïarsk à Minoussinsk, j'ai remonté l'Iénisséï sur le bateau Nicolas mis à ma disposition par M. Valouïeff, l'ingénieur en chef deTomsk. Ce bateau, qui appartient à l'administration, est le seul qui puisse arriver jusqu'à Minoussinsk. Une profondeur de 58 centimètres suffit au Nicolas, tandis que les deux autres bâtiments, la Russie et le Krasnoïarsk^ exigent une profondeur de 71 centimètres.

Le départ annoncé pour le lundi n'a eu lieu que le mercredi, parce qu'en ces parages les hommes sont peu de chose à côté de la marchandise. Les passagers doivent attendre que la barja qui sera traînée par le remorqueur soit bien garnie. Le sort des voyageurs, l'heure de leur dépari, la durée du trajet, le nombre et la longueur des arrêts, tout dépend de la quantité de marchandises. Celles-ci étant chargées, vous croyez que l'heure du départ a sonné, point du tout, on attend les papiers. Les papiers sont apportés, vérifiés, signés; cette opération exige, de la part des prenants et des livrants, une absorption considérable d'eau-de-vie, je devrais dire inquiétante : que les employés retournant en ville se livrent aux libations, qu'importe ! Mais que ceux qui ont charge de conduire à bon port d'abord la marchandise, ensuite les passagers, s'enivrent, voilà le danger.

1. Le produit de mes recherche» faites en 1896 à Basaïka, a Lodéïky et au moût Afontava, se trouve actuellement au Muséum d'histoire naturelle.

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On dit la navigation difficile en remontant l'Iénisséï ; je le crois volontiers, aussi bien dans les défilés où le fleuve est resserré entre les rochers que dans les endroits où, devenu large, il se divise en plusieurs lits séparés par des bancs de sable ou des îles rocheuses et escarpées. Au départ, nous avions à bord un moine rentrant au couvent skyte (sorte de prieuré) dont il est le supérieur. Ce moine avait un visage bien curieux : teint mat, jaunâtre, traits bouffis, yeux écartés et bridés, nez épaté, bouche lippue et menton

SUR L'IÉNISSÉÏ. — DR KRASNOÏARSK A MINOUSSINSK. (Photographie du baron de ^ Baye.)

à poils rares. Je m'informai de sa nationalité, c'était un Sagaï de la steppe de Minoussinsk. De païen, il était devenu orthodoxe et même prêtre. Il fut impossible de tirer de lui aucun renseignement ethnographique sur le milieu d'où il était sorti. La tribu sagaï qui l'avait vu naître pratiquait sans doute la polygamie. En me disant qu'il avait eu quatre mères, il voulait dire sans doute que son père avait quatre femmes1.

1. Tour céilcr au désir do ce moine sagaï, je dus lui donner mon portrait avec dédicace. Je As suivre mon nom de celte épithète « droug rossiï » c'est-à-dire ami de la

U DE PENZA A MINOUSSINSK

Après avoir parcouru 30 kilomètres depuis notre départ de Krasnoïarsk, je mouillai le soir devant le couvent skyte où était attendu notre curieux voyageur; d'immenses feux éclairaient la berge; des torches à la main, les moines4 apparaissaient comme des fantômes étages sur la pente escarpée conduisant du bateau au monastère. Ces moines ne sortent guère de cette sauvage solitude, surtout en hiver, car les ours sont nombreux en ces parages. L'abordage était réellement périlleux, tant à cause des difficultés naturelles que de celles provenant de la trop grande quantité d'eau-de-vie prise au départ.

Un proverbe russe dit : « Celui qui est ivre et qui a conservé son esprit est doublement agréable. »

Dans le cas présent, l'ivresse avait un peu nui à l'esprit et à l'agrément mais avait ajouté une note piquante et originale.

Nous n'avions fait que 3 kilomètres à l'heure. L'ancre fut jetée et nous passâmes la nuit en face du couvent, dans une cabine parfumée de l'odeur des poissons salés que le moine y avait oubliés. La navigation étant dangereuse la nuit, on s'arrête au coucher du soleil, là où Ton se trouve, jusqu'au lendemain matin.

Le trajet entre Krasnoïarsk et Minoussinsk (500 verstes par eau) est très pittoresque. L'aller est beaucoup plus long que le retour, à cause de la rapidité du courant 9.

Sur ces rivages où la nature conserve ses droits séculaires, on rencontre peu de villages. Ici, des superbes forêts vierges s'étendent à l'embouchure des rivières Mana et Karaoulnaïa. Les rares groupes de maisons sont généralement assis sur les points où les montagnes s'éloignent des rives, où les anciennes alluvions forment des terrasses. Dans certains villages, les Juifs sont nombreux, à Yésagache, par exemple. Lorsque notre bateau s'arrêtait pour prendre du bois ou laisser des marchandises, nous en profitions pour parcourir les maisons et recueillir des antiquités en bronze ramassées par les paysans.

Russie. Mais cette formule ne lui convint pat, il me demanda de mettre à la place, ami de la Sibérie, car ici, m*a-t-il dit, on ne comprendrait pat. Je lui fis observer que la Sibérie faisait partie intégrante de la Russie, que se disant ami de celle-ci, on l'était en même temps de celle-là. 11 ne voulut pas admettre mon raisonnement Voilà bien l'esprit sibériak.

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