‹ En Nouvelle-RussieChapitre 39 sur 107 · TIFLIS. — RUINES DE NARY-KOLA · texte numérisé non relu

TIFLIS. — RUINES DE NARY-KOLA

(Photographie du baron do Baye.)

de nous sur leurs montures et le reste de la population accourait pour acclamer le seigneur russe arrivé au milieu d'elle Je fus frappé des poses d'orantes prises à notre approche, par un groupe de femmes, delà façon la plus gracieuse. Après avoir gravi la montagne où se trouve la demeure du comte, bien vite nous mettons pied à terre et nous voici sur la terrasse, où nous contemplons avec ravissement le panorama d'une immense vallée large de 40 kilomètres, arrosée par l'Alazan, et au delà cette belle chaîne du Daghestan qui fut le dernier refuge de Chamine.

EN GÉOHGIE

Quel spectacle grandiose éclairé par la lune sous un ciel étoile ! Et mon compagnon de me faire un cours d'astronomie géorgienne. Ecoutcz-le.

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< Les étoiles sont attachées au firmament comme des nids d'hirondelles, sans pouvoir bouger. Il y a aillant d'étoiles au ciel que

d'hommes sur la terre. Dès qu'un homme vient au monde, une non-

KHAKDANAKH, PRÈS L'ÉGLISK.

(l'hoto-rjphie du Dr J< mtchoujnikofl")

velle étoile apparaît. Dès qu'un homme vient à mourir, une étoile tombe du ciel.

EN GÉOÏWilE 29

t Dieu (toujours selon les Géorgiens), a donné au soleil et à la lune le mouvement continuel de l'orient vers l'occident. Mais la comète arrive en sens inverse. Comme l'esprit malin elle a une queue, elle est pour celte raison considérée comme une apparition malfaisante, précurseur d'un malheur inévitable.

c Les éclipses sont dues à un dragon hideux qui poursuit toujours le soleil et la lune, et, quand il peut attraper l'un ou l'autre avec sa

kHARDANAKII. — CROUPE DE GÉORGIENNES. (Photographie du baron de Baye.)

gueule, il s'empare de la partie obscurcie. Voilà pourquoi les Géorgiens, au moment de l'éclipsé, tirent des coupsde fusil poureiïrayer le dragon.

t Une fois par an, au jour de la résurrection, de grand matin, le soleil a l'habitude de jouer avec un agneau. Les Géorgiens prétendent voir ses ébats quand ils fixent le soleil au moment de son apparition. »

Puisque nous sommes dans les sphères célestes, c'est l'occa-

sion de vous narrer comment les Géorgiens représentent la ût future.

Je suis allé et j'ai tu

Les formes du Paradis

J'ai passé autour de l'Eden.

Quatre fleuves y coulent

Us arrivent de chaque côté

Ils arrosent tous les pays.

KIIAHD.V3AKH. — PORTIIAIT DE S.VBEDO MTCU£I>LICHVILI. (Photographie ilu baron de Baye.)

J'ai rêve de l'Eden

Aux cimes de l'Orient

Là le soleil, et la lune

Et des myriades d'étoiles.

Je vais jouir du jardin sacré de l'Eden

J'arrive et je regarde les arbres fruitiers

Tous plantés en ordre ;

Les uns portent des fruits mûrs

Les autres des fleurs épanouies.

11 y a un lac de soufre, allons-y.

Un pont le traverse An comme un cheveu,

Qui pourrait le mesurer de l'œil?

Les élus le traversent sans crainte Et s'établissent dans le jardin ; Les pécheurs tombent en bas Et périssent dans le lac.

fîcdcscendons sur la terre. Le lendemain de notre arrivée à Khardanakh, nous avons été réveillés par les cloches de la petite église, suspendues poétiquement à la grosse branche d'un arbre

kllAHDA.NAKH. — DANSE DE PAYSANNES.

(Photographie du baron de Baye.)

qui sert de clocher. Le Te Deum est écoulé de la population groupée autour de la chapelle trop petite pour la contenir. Puis le prêtre baptisa deux bébés géorgiens que la comtesse Chéréméteff avait accepté de tenir sur les fonts .baptismaux avec un paysan de l'endroit. Un jeune garçon a été puiser Feau du torrent, en a rempli deux amphores, lésa chargées sur le dos d'un petit âne qui, du matin au soir, apporte l'eau nécessaire en haut de la montée. Des amphores l'eau fut versée dans la cuve baptismale où les nouveaux chrétiens opt été plongés,

Vraiment, dans un tel milieu, on se croit transporté aux temps bibliques ou dans les premiers siècles du christianisme.

Nous avons voulu photographier, au sortir de l'église, un groupe de Géorgiennes dans leur costume national, coiffées de leur toque de velours foncé1 et de leur voile de tulle blanc*. J'ai pris de même le portrait d'une vieille femme dont le regard d'aigle ou de vautour nous avait frappés. Il paraît que cette mégère a joué un rôle dans le pays en se mettant, en 1870, à la lète d'un mouve-

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