‹ En Nouvelle-RussieChapitre 6 sur 107 · STATUE DE PIERRE « KAMENNAÏA BABA », VUE DE FACE · texte numérisé non relu

STATUE DE PIERRE « KAMENNAÏA BABA », VUE DE FACE

VILLAGE STARO MIKHAÏLOVKA.

(Photographie de M. Berger.)

tues de bonnes femmes qu'à celles de bonshommes. Ceux-ci tiennent aussi la coupe obligatoire et typique. Voici une des Kamennaïa baba homme photographiée au village Staro Mikhaïlovka. Point de barbe, mais des moustaches, un bonnet légèrement conique, des cheveux pendant en tresses dans le dos, lequel est orné d'un médaillon attaché par des liens passant sous les bras. Cette statue, légèrement mutilée, est un peu enterrée dans le sol et la coupe est brisée. Ppur ce motif, il nous a été impossible de voir si le bonhomme de /pierre porte des armes à la ceinture, comme

plusieurs autres. J'ai choisi ces photographies, faites par M. Berger, à cause des groupes de villageois qui donnent une idée de la population locale.

M. Descarière, dans le gouvernement de Kherson; M. de Kamensky, dans celui d'Ekalérinoslav, cherchent à introduire les plantations forestières dans la steppe.

Tous deux ont obtenu d'excellents résultats sur leurs terres. Leur exemple devrait être suivi, mais, malheureusement, les popu-

LA même statue de pierre «kamennaïababa» vue di dos.

VILLAGE STARO MlKHAÏLOVKA.

(Photographie de M. Berger.)

lations ne profitent pas de leur expérience. Ces plantations, en bandes de 25 mètres de largeur et de 3 à 4 kilomètres de longueur, protègent les terres cultivées, forment des barrages qui retiennent la neige si nécessaire aux récQltes, et l'empêchent d'être emportée par le vent qui, en été comme en hiver, est le grand ennemi des cultivateurs de la steppe. Des plantations faites sur une grande échelle auraient sans doute comme résultat de modifier avantageusement le climat de cette région.

M. de Kamensky a remarqué que six déciatines (six hectares

environ) de terres abritées par trois déciatines de bois donnaient le double de récoltes que les autres terres.

Pour planter une déciatine de terre, il faut dépenser environ 25 roubles. Le frêne, l'orme, l'acacia et le chêne réussissent bien, mais le chêne semble la seule essence résistant à certains insectes destructeurs. Arrivons à la question de colonisation. On peut bien dire qu'il se trouve dans la Nouvelle Russie des représentants de toute l'Europe.

Déjà, sous le règne d'Elisabeth, des Serbes, des Monténégrins, des Hongrois, des Moldaves et des Valaques avaient émigré vers les steppes désertes.

Ces éléments étaient trop peu nombreux pour les coloniser.

L'impératrice Catherine, en 1762, adressait un manifeste diplomatique aux divers pays d'Europe, invitant des colons à venir en Russie peupler des territoires riches et incultes. Elle accordait aux émigrants de grands privilèges : l'exemption du service militaire et des impôts, pendant un certain temps. La politique de la souveraine faisait preuve d'une prévision géniale.

Peupler des pays désolés et déserts, mais riches par leur sol; créer de la sorte une barrière contre les sauvages errant dans les steppes; constituer une route fréquentée pour conduire l'armée russe au sud des pays slaves, sur le chemin de Constantinople; telle était la pensée de la fondatrice de la Nouvelle Russie, tel fut toujours le but poursuivi par l'Empire. L'idée d'une politique allemande doit être écartée. Ces faits étaient inspirés par l'unique désir de développer la Russie.

En général, ceux qui vinrent alors coloniser étaient poursuivis dans leurs pays pour des questions religieuses. On a l'habitude de qualifier d'allemandes toutes les colonies, c'est une erreur qui s'explique parce que la majorité des colonisateurs était allemande.

Presque toujours, ces colonisateurs étaient des sectans disciples des théories jetées à travers le monde par Huss, Mûntzer et Ménot. Ces doctrines n'ont pas un caractère purement religieux, mais embrassent des questions sociales, comme le principe de la communauté. Or la loi russe leur accordait ce principe sur le sol russe. En effet, le village est propriétaire de la terre, et celle-ci est divisée en parts de 30 à 65 déciatines, que l'on donne à exploiter aux membres de la communauté.

Depuis 1871, les habitants de ces colonies sont régis par la

même loi que les paysans russes; ils onl le droit d'élire leur starchina (maire), son aide, leur tribunal et les fonctionnaires du village. Ils sont sous la direction du ziemski natchalnik chef du district, qui est revisé par le gouverneur et présidé par le maréchal de noblesse. Depuis sept années, dans les écoles de ces colonies, on enseigne le russe; et, à l'exception de la religion, les autres branches de l'instruction se professent en cette langue.

Parmi les colons, il y a des catholiques, des luthériens, des ménoniteset des représentants de diverses sectes.

Je vous disais tout à l'heure que c'était une erreur de qualifier d'allemandes toutes les colonies. Il en est deux, près de la ville de Mélitopol, non loin d'Ekatérinoslav, qui portent des noms allemands, Gùttertal et Johannesrou ; on y parle un patois allemand, et elles sont cependant françaises d'origine. Leur histoire est assez curieuse pour mériter d'être contée. Un riche citoyen de Lyon, Pierre Valdus, était en 1170 à la tête d'un mouvement hostile au clergé. Le pape Innocent III et le roi Louis IX dirigèrent une croisade contre cette révolution. On voulait anéantir les sectans, mais beaucoup s'enfuirent et se répandirent en Europe. Les disciples de Valdus, qui se nommaient Valdens, trouvèrent l'hospitalité dans les pays Tchéko-Moraves. En 1529, un Tyrolien, Jacob Gùtter, réformateur célèbre poursuivi par la réaction, vint les visiter. A partir de ce moment, la communauté de Yaldus devint la fraternité de Gûtter. En 1535, l'inquisition commença ses poursuites.

Gûtter fut brûlé, et la fraternité dut chercher asile sur les territoires hongrois. Les poursuites durèrent jusqu'en 1763. En cette année, l'impératrice Marie-Thérèse résolut de purger son pays de tous les hérétiques. En 1769, pendant la guerre entre la Russie et la Turquie, la fraternité fut dévalisée par des brigands valaques. Ces sectans se mirent alors à prier, et résolurent de se diriger là où Dieu les conduirait. Sur leur route, ils rencontrèrent le célèbre général comte Roumiantzef, qui leur proposa de se rendre dans ses propriétés et d'y établir une colonie. C'est ainsi que les émigrés vinrent près de la ville de Mélitopol, où ils se sont fixés . Vous avouerez qu'il est curieux de retrouver là-bas, au xixe siècle, des descendants de Français ayant quitté Lyon au xne siècle pour se fixer dans la Nouvelle Russie.

Il nous semble intéressant de dire quelques mots des colonies

juives créées en 1804 dans la Nouvelle Russie. Elles disposent de 47,230 déciatines de terres. Dans le gouvernement de Kherson, il y a 19,419 colons juifs et 5,142 dans celui d'Ekatérinoslav. II n'en existe pas d'autres sûr le sol de l'Empire. M. de Kamensky pense qu'il y a parmi ces colons, moitié bons, moitié mauvais agriculteurs. Dans tous les cas, les résultats obtenus par les colonies juives sont de beaucoup inférieurs à ceux des colonies allemandes.

Mais prenons congé de M. de Kamensky qui nous a donné de si précieux renseignements, et quittons la demeure hospitalière de

IARIOUPOL.

Krasnogorovka pour gagner l'extrême sud du gouvernement d'Ekatérinoslav et visiter la ville de Marioupol, baignée par la mer d'Azof.

Tout à côté de l'emplacement où fut construite la ville de Marioupol, à l'embouchure du fleuve Kalta, qui se nomme maintenant Kaltchik, se livra la célèbre bataille entre les Tatares et les Polovtzi.

Marioupol compte 40,000 habitants, dont 10,000 ouvriers de fabriques, 15,000 Grecs, 10,000 juifs. La ville est étagée sur la falaise; gravissez-la, et vous verrez, d'un côté, la mer d'Azof, et de l'autre, une forêt de cheminées d'usines surmontées d'un nuage noir et sombre.

Deux centres industriels y ont été établis il y a deux ans; l'un

« Nicopol-Marioupol > dont les Américains sont les principaux actionnaires; l'autre, fondé avec dis capitaux français et belges, porte le nom de « La Providence ». Il y a quarante ans, la ville de Marioupol était exclusivement habitée par des Grecs. Le voisinage des usines en a fait un centre cosmopolite. Maintenant, les Grecs tiennent la seconde place. Il arrivera que, dans un temps assez rapproché, la population urbaine grecque sera assimilée aux Russes ou absorbée par eux. Les Grecs de Marioupol n'ayant pas laissé d'écrits qui puissent les faire connaître, il faut étudier leurs poésies populaires, leur manière de vivre et leurs chants. Les églises de Marioupol ne sont pas d'une haute antiquité, puisqu'elles datent de 1778, époque où les Grecs quittèrent la Grimée, pour se fixer dans la Nouvelle Russie. Ils apportèrent avec eux des images saintes qui remontent au ix* et au xe siècle. Ces icônes sont des bas-reliefs en cire portant encore des traces de leurs enluminures. L'une d'elles est un saint Georges, non pas à cheval et terrassant le dragon, comme on a l'habitude de le représenter, mais debout, le bouclier et la lance en mains. Le caractère byzantin de cette œuvre se devine facilement. L'autre icône n'est pas moins curieuse, elle est du même style; c'est une Vierge très vénérée. Son enveloppe, constellée de pierreries et de perles, lui fut offerte en 1774 par le général Marti no ff, commandant les Cosaks du Don. Devant cette image, pendent une quantité d'exvoto en argent, exécutés d'une façon aussi naïve que rudimentaire : des bonshommes ressemblant à des pantins ou à de petites idoles païennes, des enfants emmaillotés comme de minuscules momies, des têtes d'un modelé curieux, des bras, des jambes, des yeux, des oreilles, des cœurs, des poitrines, des dos, même des dents.

A cette image, rapportée par les Grecs du couvent Ouspenski, fondé au xv siècle, à Salatchik en Crimée, se rattache la légende suivante :

Il y avait en ces parages un dragon qui mangeait les hommes. Les habitants priaient Dieu de les débarrasser du monstre. Ils virent tout à coup le sommet d'une montagne escarpée s'éclairer d'une petite lueur. Un escalier taillé dans le roc y donnait accès. Les gens du pays gravirent la montagne, un cierge brûlait devant l'icône et le dragon gisait mort à ses pieds. Alors, le peuple coupa le monstre en morceaux et les livra au feu. En mémoire de cette délivrance, on a l'habitude de se rendre chaque année en pèleri-

Çoogle

EN NOUVELLE RUSSIE 2t

nage, prier la Vierge. Les Tatares mahomctans y vont aussi bien

Page 1