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PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

vainement erré, il s'est contenté, pour vivre, de quelques lueurs çà et là entrevues, de quelques notions scientifiques et morales. Et alors, revenu de ses grandes ivresses, de ses infinis espoirs, de ses amours, et même du plus magnifique de tous. Va' mour mystique, il n'a plus vu et affirmé que deux choses, le peu qu'est Vhomme dans les gouffres du temps et de V espace, et devant V incertitude, ou plutôt la certitude de notre sort, devant la mort, devant le mal et la douleur, devant le désordre et les laideurs du monde, la nécessité de la pitié qui peut alléger ses souffrances, celle de recréer ce monde dans r ordre et la justice, et celle encore d'adorer la beauté, qui peut l'illuminer et le transfigurer parfois. Une phrase, rencontrée un jour, du philosophe Al-GhaT^ali m'étonna : j'y retrouvais une partie de ma pensée; sa vie, quand je vins à la connaître, ressemblait à la mienne. C'est ainsi que j'eus cette idée d'écrire ces quatrains sous son fiom, comme si j'étais un peu lui, ou qu'il eût été un peu moi.

L *^4motir de la Femme L*%Amotir mystique

U^ïkCOU% T>E Loi FE^ME

A UN Poète inconnu,

Fbrnand Barr'oxl

Trélude.

kJ h f le locns, la fleur fermée.

Où donc peut-elle être, l'aîmée, Vers qui je dois aller un jour Avec mes pleurs et mon amour?

ÏÛ • ' LES QUATRAINS D*AL-GHAZALI

Est-elle bloode? e3t-elle brune?

Sous le magique clair de lune Que réve-t-elle en ce moment, — Si loin de son futur amant?

O mon âme, écoute : c'est l'heure Où la lune à travers les deux Soupire un chant délicieux, Comme un chant de flûte qui pleure.

Avant que la Mort lève, inquiétant mystère, Le rideau des secrets que Dieu cache à la terre. Aime, et ne cherche pas d'où ton être est venil, Ki ce qui doit l'attendre au fond de l'inconnu.

Le printemps divin me pénètre,

Le printemps fou verse en mon être

Un désir d'amour infini :

Qjue le printemps fou soit béni 1

Ivre de soleil et d^espace, Ma tête chante au vent qui passe Je ne sais quoi, très vaguement, Comme un vague parler d*amant.

...Et dans Textase des nuits calmes.

Dans leur chaleur et leur langueur.

Sous la lune argentant les palmes.

Un lotus entr*ouvrit son cœur.

Je sens dans tout mon être un étrange tourment} Je sens dans tout mon être une affreuse détresse» Je souffre d'une soif immense de tendresse, D'immenses désirs fous en mon cœur trop aimant.

5ij

La souffrance d'aimer même auoce a des charmes; Les meilleurs des amours, ce sont les plus ardents, Ceux qui font mal, ceux qui nous font grincer des dents, Ceux qui nous font pleurer les plus acres des larmes.

l6 LES QUATRAINS D^AL-GHAZALI

Receler mon baiser de la bouche des fleurs ; Ces fleurs, vers votre lèvre en fleur je les envoie Vous dire mes chagrins mêlés d'un peu de joie, — Et buvez leur rosée en songeant à des pleurs.

Je saigne, transpercé comme d'un fer de lance Par ton amour qui fait mon mal et ma langueur; Et je ne veux, pourtant que, mon front sur ton cœur, T'adorer, et souffrir, et pleurer en silence.

Offre tes seins, ta joue en flamme Aux souffles de la nuit d*été :

Dans la nuit j'ai versé mon âme Pour la mêler à ta beauté.

Mes yeux t*ont récité les prières d'amour.

Ta beauté, paradis d'où pour moi vient le jour, Qjaand sera-t-elle enfin ma sublime demeure?

Et, pour être un élu, faudra*t>il que je meure ?

l8 LES QUATRAINS P^AI.* GH AZALI

Je rêve d'un amour étrange et sans pareil, Fait d'adoration très tendre, un peu mystique, Presque semblable à des caresses de musique ; Je rêve d'un amour qui n'ait pas de réveil.

De ses lèvres la Mer voudrait baiser le ciel, Puis retombe et gémit d'un sanglot éternel ;. Ma bouche aussi voudrait monter jusqu'à ta bouche ; Le baiser de mes yeux seul t'approche et te touche»

îi5

Il n*est nulle douceur comme celle d'aimer,

Ni fièvre dévorante égalant cette fièvre,

Ni fruit délicieux qui sache alors calmer

Ma lèvre, en s'y fondant, comme le fait ta lèvre.

Oh ! les chers yeux de nos aimées, Tremblantes étoiles d'amour.

Vous faites les nuits parfumées Aussi brûlantes que le jour!

Le clair de lune est comme un soupir de la nuit : Que de soupirs aussi dans tout mon cœur qui tremble Et dans le tien, goûtant Vextase d*étre ensemble, Sous l'infini soupir de ce grand ciel qui luit 1

Tes jeunes seins sont frais comme le clair de lune. Ta chair sous mes baisers semble une chair de fleur. Oh ! comment les compter et décrire une i une. Ces beautés en ton corps d'une exquise pâleur?

Abaisse ta paupière, et puis relève-la :

C'était, quand tu le fis, une telle merveille, Entre tes cils ce clair d'aurore qui s'éveille, Aurore où ta blancheur d'âme se révéla I

Je sais des airs anciens dont la langueur rappelle La langueur de tes yeux si mortellement doux. Je sais de tes regards dont la douceur est celle De flûtes dans la nuit, soupirant comme nous.

Aimons-nous et rêvons, nous n'aurons pas toujours Ce ciel devant nos yeux, doux comme une soierie : Les morts ne la voient pas, la belle nuit fleurie Qui nous caresse et fait plus tendres nos amours.

Mets mon front sur ton sein, mets ta main sur mes yeux Oh 1 cache-moi la mort, et cache-moi la vie ! Rien au monde que toi, rien ne faisant envie A mon cœur caressé par ton toucher soyeux.

Les perles de tes dents, les saphirs de tes yeux Me font bénir encor, quand s'entr'ouvrent tes voiles, Le divin Joaillier, qui sema par les cieux Ces diamants vivants et brûlants, les étoiles.

Ainsi que le croyant le sol de la mosquée, Agenouillé, tremblant, je baise avec transport, Temple aussi de ma foi, toute ta chair musquée, Perdu dans un amour qui ressemble à la mort.

Quand au matin la mer immense qui chatoie Est bruissante ainsi qu'une étoffe de soie, Il est doux sous les pins d'écouter, en rêvant, La lumière qui chante et rit avec le vetit.

Une coupe de vin, quelques fruits, et pour table Une prairie en fleurs, et la bouche adorable De Tamie, et ses yâux mi-fermés de langueur : — • Alors je sens, Allah, Ton baiser sur mon cœur»

La. nuit, tu montes dans mon rêve, Lune adorable qui se lève; Si pâle et douce, je te vois ; Et la paix nocturne est ta voix.

Oh I mon amour, pourquoi, quand nous sommes ensemble, Délicieusement, ai-je le cœur qui tremblé?... Comme lui, la mer tremble au coucher du soleil, Et la forftt, sous Taube aimante, à son éveil.

26 LES QUATRAINS d'al-GHAZALI

Kheyam, en ma chjunbre fermée A tous les bruits de l'univers.

Oh! qu'il est doux, près de raimée, Le clair de lune de tes vers 1

Les lignes de ton corps sont comme une musiquet Tout ton être, tes bras, tes seins délicieux Créent des rythmes parfaits pour mon âme extatique ; Et je les goûte avec des larmes dans les yeux»

LES AMOURS 2y

Aspire en toi l'amour infini qui fermente Par les brûlants étés au cœur fou du soleil , Et qu'à ses baisers d'or ton amour soit pareil, Quand tu rencontreras les yeux de ton amante.

Sous la nuit chaude parfumée Par la blanche odeur des jasmins, Oh ! qu'il est doux, près de l'aimée, De pleurer d'amour sur ses mains 1

Si tout mon cœur pouvait, ainsi qu'en ce moment^ Sans fin trembler d'amour, délicieusement, Tel qu'une harpe d'or que l'on touche et qui pleure l Si je pouvais aimer sans fin, comme i cette heure 1

O mon doux jardin parfumé, Dont par les soirs mélancoliques Je bois Tàme en des fleurs mystiques, Les lys blancs de ton corps aimé I

LESAMOURS 29

Fraternise, ô mon âme, avec les astres d'or, Ames aussi, brûlant par la nuit infinie ; Brûle comme eux, palpite, aime et souffre, aime encor ; Avec l'aube et les soirs sublimes communie.

La mélodie aimante et calme de la nuit S'écoule sur la ville apaisée, et tout bruit Auprès de nous s'éteint pour la laisser entendre ; — Et le chant de tes yeux se fait aussi plus tendre.

Ta beauté, quand tu pars, me laisse comme un chant, Dont la tendre douceur tout entier me pénètre; Et mon âme s'emplit de soupirs l'étoufifant, Et ce chant merveilleux fait trembler tout mon être.

La pleine lune avec son pâle enchantement Extasiait la terre et charmait toutes choses ; Les rossignols pleuraient dans le harem des roses, Et nos cœurs dans la nuit se fondaient en aimant.

Bois, ô lune d'amour, à la coupe vermeille, Car la lune du ciel, après nous, bien longtemps. Luira sur ces vergers des milliers de printemps, Mais sans nous retrouver par une nuit pareille.

Je te voudrais donner un amour sans souffrance, Sans ce regret qui suit chaque désir humain, — Regret ou haine, ou pire encore, indifférence, Une fête d*amour qui fût sans lendemain.

Ton doux corps imprégné d'essences précieuses Vient d'alanguir mon cœur en un bain de parfums; Et j'ai bu l'âme en toi des calices défunts, Des fleurs mortes pour alanguir nos nuits heureuses.

Je sens chanter en moi des musiques troublantes. Répondant, mon ânlour, aux rythmes de ton corps, Mon âme est musicale et vibrante d'accords, Pour avoir contemplé tes beautés nonchalantes.

Dans cette nuit d'orage où l'air était si lourd, Où des larmes tombaient du ciel brûlant d'amour, Je pensais, les éclairs bleuissant la persienne : Allah, mon âme ardente est semblable i la tienne.

Qjaand par le désir embrasés Ils font échange de leurs fièvres,. .

Les yeux se donnent des baisers Aussi brûlants que ceux des lèvres.

34 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Ohl le magnétisme des yeux Tout aimantés par la tendresse 1 Les longs regards délicieux, Leur furtive et chaude caresse 1

Astres, musiciens célestes, votre chant, Fait de vibrations qui semblent du silence.

S'unit à ma pensée, en rêves s'épanchant Sur ces flots, où la lune émerge et se balance.

Ton charme m'alanguit comme un toucher trop doux Sur le cœur d'une note exquise de musique, Ou le baiser des fleurs, quand leur âme extatique Verse un parfum trop tendre et met leur trouble en nous.

Songes-tu, quand tes pieds marchent dansl Qu'ils foulent bien souvent ce qui fut autrefois Les yeux clairs d'une amante où riait la lumière, Et la bouche fleurie où tremblait une voix?

36 LES QUATRAINS d'AL-GHAZALI

Mon âme en toi veut fuir le monde détesté.

Hors 4e ce monde impur elle veut pour asiles T«s grands yeux verts, frais et fleuris comme des lies, Et mon refuge aimant sera ta pureté.

Je voudrais t'emporter dans une solitude

Où fleurirait ton corps seulement pour mes yeux ;

Et pouvoir y goûter cette béatitude

De ne plus voir que toi, des forêts et les cieux.

Ton cr4ne, la demeure, où siégeaient fièrement Tes passions, ta foî, l'orgueil de ta pensée, Peut-être un jour sera beuné par un amant, Et ta bouche par lui de dégoût repoussée.

Puisque tu dois bientôt pourrir parmi les morts, Pais ivres de beauté ta jeune &me et ton corps; Et viehs voir frissonner la naissante verdure. Avant que ne Tengraisse un jour ta pourriture.

38 LES QUATRAINS d'AL-GHAZALI

Quand le vent hu pleurer les flûtes des roseaux, Que dans Taîr froid 4« soir se taisent les oiseaux, Quand tombent le silence ^ Tombre sur la plaine, O mon âme, pourquoi ta tristesse «Mi4aine ?

La femme aux faibles mains dompte le cœur des hommes. Oh I les pauvres héros, les lâches que nous sommes ! Nul ne résiste au doux magnétisme des yeux, Des regards se tournant vers nous mystérieux.

Heure pâle où se meurt tout bruit I Le monde est comme une féerie.

La robe noire de la nuit Par le clair de lune est fleurie.

O femmes qui, dompunt l'orgueil des plus rebelles, Nous arrachez des pleurs à force d'être belles, Quels mystères en vous nous font ainsi pâlir, Et pourquoi des amants ont-ils soif de mourir?

J'ai fait de mon amour un monde hors du monde, J'ai fait de mon amour un jardin enchanté, Où dormira mon cœur en une paix profonde, Où régnera la lune d'or de ta beauté..

Les clairs de lune bleus d'autrefois^ que: d'amants Ils ont extasiés dijk de leur mystère I Oh I que de nuits encore, et sur nos ossements. Ces mêmes clairs de lune extasieront la. terre 1

t.BS AMOURS 41

Foudre sauvage» je t'envie; Que ta chaleur n'est-elle en moi?

Je voudrais faire de ma vie Un éclair brûlant comme toi I

Ta chevelure d'or, lourde, épaisse» musquée, Jusqu'à tes pieds d'ivoire en ondes ^'épanchant, Resplendit sur ton corps, blanc comme la mosquée, Ce soir, sous le ciel d'or teint des feux du couchant.-

Soleil, âme du ciel si pareille à notre âme.

Grand cœur passionné, cœur embrasé toujours, Fais-nous aimants et forts, en nous versant ta flamme. Cœur embrasé. Soleil, embrase nos amours !

Près de ton âme, tout l'été, Je me suis nourri de lumière, J'ai bu, j'ai mangé ta beauté, J'ai bu u clarté printanièrel

Sons, Itgnes ou couleurs, tout rythme est une fête Je suis l'être pourtant que peut endolorir La douceur d'un regard, et qui se sent mourir A l'éclat meurtrier de la beauté parfaite.

Le grand jardin d'azur, la nuit, va se rouvrir; Mon amour, allons voir, loin de la foule humaine. Venir à nous la Lune en sa robe de reine.

Et dans ce jardin bleu les étoiles fleurir.

44 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Les chers yeux de celle que j'aime,

Pleins de songes pour leur amant,

Et qui lui rient si tendrement, ]

Pourriront aussi les yeux même 1 t

Tout ton être, tes bras, tes lèvres, tes seins blancs, Je les saurai marquer de longs baisers brûlants. Ainsi que d'un fer rouge, — afin qu'il te souvienne, A jamais, moi parti, que ta beauté fut mienne.

Déroule tes cheveux et laisse-moi pleurer Devant ton pur visage et ta beauté parfaite, D'exuse, mais aussi d'effroi : car nulle fête Pour notre âme et nos yeux mortels ne doit durer.

in

Tous sur le dos, les morts funèbres, Lentement fongés par les vers, De leurs yeux clos ou grands ouverts Ils boivent l'horreur des ténèbres I...

Un oiseau dans la nuit jette ses notes brèves, Telles qu'entrecoupés les soupirs des amants : — Te souvient-il des longs soupirs et des serments Dont autrefois aussi s'entrecoupaient nos rêves?

Te souvient-il du temps où je tenais ta main,

Où ton regard avait un éclat surhumain,

Tant il était chargé de divines tendresses?

Te souvient-il des soirs qu'enflammaient nos caresses ?...

Un rossignol gémit dans Tombre de mon âme, Il pleure au souvenir d'anciennes nuits d'été, Et d'une rose aussi dont l'ardente beauté Au milieu du jardin jetait comme une flamme.

Ohl le temps où, la nuit emplissant de silence

Les colonnades des forêts.

Nous marchions attendris par leur mystère immense,

Et que sur mon cœur tu pleurais I

48 LES QUÂTUAINS D'AL-GHAZALZ

Bien quç sur toi la Mort ait. refermé sa porte ^ .- ]e te revois sans cesse, et partout tu me suis : Comme d'un astre éteint vient la pâleur des nuits, J'ai pour clarté sur moi les yeux froids d'une morte^

Le Soleil moribond qui saigne sur les flots Les teinte de son sang qui coule ;

Oh t les flaques de sang, ce soir, et les sanglots, Les longs sanglots que la mer roule I

Des hommes sont très doux, ayant gardé dans Tâme La douceur qu'y laissa le baiser d'une femme ; Et de rares amants à ce point sont heureux, due C6 clair crépuscule est demeuré sur eux.

Que de temps après nous où fleuriront encore Les lys blancs de la nuit, les roses de Taurore I Ne manquant pas au monde avant d'être venu.

Lui manquerai-je, étant rentré dans l'inconnu?

Oui, tout est vain, étant mortel et périssable; Le château de ce monde est bâti sur du sable. Le passé, l'avenir, gouôres de toutes parts, Et ce rêve aux voyants fait leurs grands yeux hagards.

La méditation est parfois importune, Et parfois te fait suivre un chemin périlleux. Contemple avec amour un visage de lune, Tu donneras du moins une fête à tes yeux.

Doux est le crépuscule, à l'heure où l'on peut voir Comme un bouclier d'or la lune qui se lève, Et d'un bleu d'indigo sur les pourpres du soir Les montagnes fermant l'horizon de ce rêve.

Ces mensonges qui nous consolent de la vie Et nous font pardonner à ce fol univers, Aime-les; aime ainsi la musique et les vers, Et l'amour, ce ciel tendre en qui l'âme est ravie.

52 LES QUATRAINS D'aL-GHAZALI

Avec du sang et de la boue Allah fit ton corps : c'est cela Que j'ai donc baisé sur ta joue, Quand ton front clair se dévoilai

Émerveillons-nous de ce monde Qu'Allah fit, comme nous, un jour, D'eau, de sang et de boue immonde, Mais où vint fleurir notre amour.

Ton corps, est une fleur» tes yeux sont deux opales ; Le parfum du jasmin sort de tes lèvres pâles» Quand tu chanteà le Chant des Mages dans la nuit : Une étoile palpite en ta beauté qui luit.

Bien que ton corps ressemble au long corps du cyprès, Ton œil pur au matin, aux tulipes ta joue, Je cherche encor pourquoi le Destin, qui se joue Des êtres, me fait vivre et me détruit après.

Mes yeux sont éblouis par les lys de ta face^

Les astres de tes yeux, les roses de ta chair.

Le néant est peut-être aussi sous la surface : {

Qu'importe, si le corps est pur et s'il m'est cher?

Par les rameaux silencieux Vois les gouttes du clair de lune Couler sur les fleurs une à une, Larmes pâles tombant des cieux.

La lune, tendre luth d'argent, Dont les rayons blancs sont les cordes, Avec mon cœur triste et changeant, Doucement, Allah, tu l'accordes.

Un vieux sage m'a dit que l'amour est un songe, Mais que rien comme lui n'est divin par moments ; Un vieux sage m'a dit que si tout est mensonge, Il n'est rien d'aussi beau que celui des amants.

LES QUATRAINS d'al^GHAZALI

Je sais après la mort quel sera mon tombeau, Tombeau de pur albâtre, oh 1 si blanc, oh I si beau 1 Car ce sera ton sein, ma claire bien-aimée,- Qui gardera mon âme en ton âme enfermée.

Tes yeux s'ouvrent pour moi comme un paradis noir, Un lointain paradis où mon rêve, le soir, Va se perdant'parmi des fleui^ et des étoiles, Mail sans y pénétrer le secret que tu voiles» ^

Si blanche sous tes longs plis blancs de mousseline, Comme d'un léopard, ta taille est souple et fine ; Et, visible à travers ses voiles, tout ton corps Me semble uA ^hant d'amour aux merveilleut accords.

Mon âme est un sultan, et mon corps est sa tente;. Et le sultan sans peur, bien qu*il soit dans l'attente Du meurtrier qui doit le frapper quelque jour, Écoute en souriant des musiques d'amour.

Le calme est en toi, le calme des nuits :

Dans Tasile blaac de ton corps, à femme, Comme en un tombean prends donc mes ennuis, Et fais-moi goûter la mort de mon Imer

Je retrouve ton âme en la douceur des plantes, Tes yeux noirs dans les yeuK des gazelles tremblantes , Et ta langueur aimante et ta pâle beauté En la pâleur et la langueur des nuits d'été.

Lorsque la grande nuit déroulera sur nous Ses longs cheveux semés de saphirs et d'étoiles, Répands les tiens comme elle, écarte aussi tes voiles, Et garde, sans parler, mon front sur tes genoux.

Je meurs d'extase en contemplant la bien-aimée; Son corps blanc, lisse et pur, est comme le cristal. Et ses cheveux, coulant sur sa chair parfumée. Semblent des serpents noirs sur Tarbre de santal.

6o LES QUATRAINS D*AL-GHAZALI

L'on peut eacore aimer sans croire ea qui l'on aime.

J'adore des beautés dont je sais le néant,

Dont j'ai tôt reconnu la vanité suprême,

— Et que j'adorais mieux d'abord, en les créant.

Afin d'éterniser le mai et la douleur, Nous baisons en tremblant la surface et la fleur D'un corps mortel qui loge en lui la pourriture. Tant la .surface est tendre et douce l'imposture L

LES AMOURS 6t

Ta perfide beauté, je la compare aux plantes Qui mêleut des poisons aux douceurs de leur chair; Comme en des étangs bleus pleins de bétes rampantes, D'inquiétants désirs rôdent dans ton œil clair.

Tes seins fermes, tes seins aigus sont deux pistils, Et la fleur de ton corps aux parfums trop subtils Est blanche et vénéneuse, adorable et malsaine : L'amour que tu fais naître a le goût de la haine.

Plongeant parfois les yeux en elle.

Je songe à la mer criminelle Roulant des monstres et des morts, Et qui rit splcndide au dehors!

Les prêtres saints malgré tous ses débordements

La béniraient, sentant qu*un miracle est en elle, ^

Le miracle effrayant de la Forme éternelle,

De la pure Beauté, mortelle à ses amants.

Je ne chercherai pas à te jamais comprendre, Je ne chercherai pas à savoir si tu mens, Pourvu que ton regard ou ta voix me soit tendre, Pourvu que tes deux bras me soient toujours aimants.

Si tu m'aimes ou non, je ne le veux savoir; Je t'aime et m'en contente, et ne sais qu'une chose, C'est que ton corps exquis est doux comme la rose Qu'en rêvant on respire et baise tout un soir.

64 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Pour dissoudre ton corps et pour tuer ton âme, La Mort sait ainsi prendre un visage de femme Avec de grands yeux purs et pareils à des fleurs, — Et tu baises les yeux infâmes dont tu meurs.

Lune, tète de mort illuminant les nuits, Ta nous viens enseigner comme tout est tnensonge. Lune, qui fais les cieux plus tendres, quand tu luis Sur nos amours, et fais plus divin notre songe*

Toute forme en ce monde est sans réalité ;

Ses agrégations ne sont pas éternelles :

En pénétrant ton cœur de cette vérité,

Tu l'auras affranchi du tourment qui vient d'elles.

L'^0i€OU% Di/CYSTIQUE

Au COMTE Edouard Râcztnski.

Le dialogue d'oAllah et du poète.

1 RiSTE de leur ignominie, Quitte tes amours, il est temps :

Viens vers Mon âme, Je t'attends, Reviens à la source infinie.

6S LES- QUATRAINS D*At-(ÎHA2AH

Oh I mourir à moi-même, au monde, être à jamais Une âme submergée en Ta clarté divine; Ayant fui jusqu'à Toi le néant que j'aimais, M'abreuver de Tamour sans fin sur Ta poitrine I

Je n'adorais jadis que la tendre beauté Des grands yeux féminins, où tremble une âme aimante ; Depuis le jour, Allah, que m*a lui Ta clarté. C'est Ton unique amour qui m'embrase et tourmente.

LES AMOUJIS 69

Rien donc ne m'aura su rassasier jamais De ce qui m'attirait jadis et que j'aimais.

J'avais demandé trop aux lèvres de la femme : Seul rOcéan d'amour, Dieu, peut remplir une âme.

Au sein de l'Océan la goutte d'eau gémit; L'Océan lui répond : « S'il est quelque distance Entre nous deux encor, c'est ton cœur qui la mit : Meurs, et tu seras Dieu, rentrée en Ma substance. »

70 LES QUATRAINS d'al-GHAZALI

y al trop senti le vide au cœur de toute femme; J*ai trop vu le néant des terrestres amours^ Allah ! Allah I j*at soif et viens boire à Ton âme, Torrent de voluptés qui déborde toujours.

Je suis le rossignol des jardins du mystère

Qui gémit, pleure et meurt aux pieds de l'Éternel ;

Je suis le rossignol envolé de la terre,

Pour n'aimer plus jamais que les roses du ciel.

Le grand vent sur moi passe et me chante les vers Des poèmes qu* Allah a crées gigantesques.

Le ciel n*est qu'un feuillet de Timmense univers, Et les astres errants en sont les arabesques.

Vis d'adoration, vis d*extase et d'amour!

Aime, désire et souffre, et fais que chaque jour Ton cœur s'ouvre plus large à des amours plus grandes 1 Prends sa joie au Soleil, et qu'à tous tu la rendes I

72 LES QUATRAINS D ÂL-GHAZALI

Au sein des mers, au fond du ciel, partout je vois La végétation de Ta vie infinie Soumise au rythme, au nombre, à la loi d'harmonie : — Et c'est pour Timiter que je scande ma voix.

Il est loin. Il est près, Il remplit l'univers ; Il revêt des milliers d'aspects, de noms divers; Il est le jour. Il est la nuit. Il est l'Aurore, Et tout ce monde immense, Il le dépasse encore I

La nuit splendide et bleue est un paon étoile Aux milliers d*yeux, luisants comme des étincelles, Qui fait la roue et marche, ou vole et bat des ailes Devant ton trône, Allah, à nos regards voilé.

Les astres, enflammés d'une éternelle ezuse, Tournent, tournent sans fin, en adorant leur Dieu ; Derviche, tourne aussi : la même ardeur t*embrase. Qui donne le vertige à tout le ciel en feu.

lO

Allah, dont Tunivers est le corps infini, Étrangement parmi les êtres m*a béni ; Car j'ai dans ma pensée ardente et dans mon âme Une étincelle, une heure échappée à s^ flammet

Tous les astres sont fous par leur amour pour Toi, La mer est soulevée et proclame Ta gloire,.

Le mont dressé vers Toi T'adore en la nuit noire; La lune est d'amour pâle et soupire avec moi.

Féerique et remplissant l'espace d'étincelles, Le Ciel est un oiseau d*azur qui bat des ailes Sur la route, Seigneur, que lui montra Ta main. Quel but poursuit son vol? Où sera-t-il demain?

Ce monde est effrayant qui se détruit sans cesse : Le Temps, ce pourrisseur de toutes les beautés. Le Temps éteint aussi les plus pures clartés : Allah, hormis Ton âme, il n'est rien qu'il nous laisse 1

Ton âme est le rayon qui, perçant l'ombre noire, A des atomes vils prête un instant sa gloire : Mais au néant, Allah, retire Ta clarté.

Et que restera-t-il de sa réalité ?

Atome, j'ai flotté dans Ta lumière d'or, Aimé, rêvé, pleuré : — que me faut-il encor?

Et je Te veux bénir au sortir de ce monde Pour ces ruissellements dont Ta clarté m'inonde.

Avec sa housse bleue où rient les diamants, La Nuit est Ton cheval, l'éclair est Ton épée ; Jaune à Ta selle, 6 Roi des épouvantements, La lune pend ainsi qu'une tête coupée.

Mon Ame est Tlnfini- qui jouit et qui souffre, Je suis la vie ardente et suis la sombre mort ; Je suis Fablme où tout s'éveille et se rendort : Et le vertige prend qui regarde Mon gouffre.

^8 LES QUAtRAINS D*AL-GHAZALI

Cet étrange univers est le rêve de Dieu ;

Sa magie a créé la terre et le ciel bleu,

Et mes yeux, miroir trouble où se mirent les choses,

La vie avec la mort, et leurs métamorphoses.

Chaque goutte de pluie est fille de la mer, Elle sort d'elle et monte, et voyage dans Fair; Puis, quelque temps errante, elle retourne en elle, D'où naît tout, qui survit à tout, seule étemelle.

LES ÂUOURS 79

Ta pensée, éclairant un jour cet univers.

Un moment fit briller ses poussières d'atomes ; Et tout ce monde, Allah, tourbillon de fantômes, N*est qu*un'réve ou qu'un jeu, reflété par mes vers.

Il donne en se jouant l'être à ce qui n'est pas, Grâce à riUusion dont Son rêve dispose ; Vous que troublent, mortels, la vie et Je trépas. Au fond, rien n'est réel du tourment qu'il vous cause.

9o LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

L'espace est infini, vu de ce mont géant !..< Mais j*admire à la fois et méprise ce monde, Qu^Âilah ne voit aussi que comme un pur néant, — Écume misérable en la mer qui l'inonde.

L*atome t^apprendra le secret du soleil.

Ht le soleil aussi le secret de l'atome :

Quand ils t'auront parlé, ce sera le réveil, £t tu sauras alors que tout n'est que fantôme.

LES AMOURS 8x

A Torigiae était le Rythme, et lorsque Dieu Fit se cristalliser ces lies du ciel bleu, Les étoiles, déjà le Rythme était en elles, Et tout vibre, et tout vit par ses lois éternelles.

Comme un nuage d*or en la pourpre du soir, Allah, l'univers roule au fond de Ta pensée : Tel que la mer en feu par le ciel caressée, Par Toi transfiguré, mon rêve est Ton miroir.

82 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

La mosquée aux murs clairs ou Téglise et sa croix Diffèrent peu pour l'Être immense en qui tu crois ; Et que lui fait ton verbe ? Identique est l'hommage' Du mufti, du rabbin^ et du prêtre ou du mage.

Je suis l'Infini vague et suis le Temps sans bornes ; Mon rêve a fait fleurir les éternités mornes ; Je suis la Mort et suis l'Amour, le Gouffre aimant,- D'où le néant prend l'être et surgit un moment»

Le nuage sait-il la force qui le pousse, Force terrible un jour, un autre, calme et douce? De vous maudit une heure, une autre heure béni, Me connaissez-vous mieux, Moi, le Souffle infini?

A JuLBS LbmaItre

J 'avais la foi jadis et n'ai plus que le doute; Je me sens, pour agir, moins allègre et moins fort. L'arbre de la science est l'arbre de la mort, Et ses fruits sont amers à celui qui les goûte.

Sous les flots bleus dont rit et chante la surface » Si le plongeur, aux profondeurs du gouffre amer, Craint les monstres passant soudain devant sa face^ Il n'arrachera pas de perles à la mer»

Cette chaude lumière en ce grand ciel si bleu Semble être le regard et le baiser d'un Dieu ; L'hiver, où donc est -il? où donc cette tendresse Du Dieu brûlant d*amour qui, l'été, nous caresse?

Pourquoi, Peintre divin, qui dans l'éternité, Sur le fond du néant as parfait les peintures Des cieux, des fleurs, de tous les êtres de beauté, As-tu négligé l'homme entre tes créatures?

Pourquoi Tâme souvent par le doute abattue, Et les meilleurs de nous frasés par le sort ? Ce qu'a formé l'amour est défait par la mort ; Quel ami nous créa? quel ennemi nous tue?

Quand tu t'éveilleras un jour de ce délire Qui te fait voir la femme avec des yeux d'amant, Tu penseras : Comment ai-je subi l'empire Si longtemps de ce vain et fol enchantement?

90 LES QUATRAIKS d'al-GHAZALI

Oh I qu*est ce pauvre corps bientôt rongé des vers, Et l'amour, dont nous ment la caresse trop brève? Qjuand tu pouvais, Allah, recréer Tunivers, Comment inachevé laisser ainsi ton rêve?

Comme un fleuve rassemble et disperse le sable. Le Temps unit, puis il sépare sans retour.

Ne formant rien jamais qui ne soit périssable, Ceux qu'avait évoqués et rapprochés TAmour.

Le graad roi Feridoun eut l'horreur de survivre  ses trois fils frappés au combat, lui, très vieux. Il mit leurs chefs tranchés sur un plateau de cuivre, Et fou, jusqu'à la mort, les garda sous ses yeux.

Montrant qu'amour, douleur, toutes choses sont vaines,

La Science guérit des vanités humaines.

Et le repos par elle est quelquefois rendu

A notre esprit qui souffre et chancelle éperdu.

92 LES QUATRAINS d'AL-GHAZALI

Éphémèrà témoin de l'histoire des deux, Je contemple, étonné de leurs métamorphoses, L'Infini qui voit naître et mourir tous les Dieux, Et fait pour le néant se lever toutes choses.

Sans mon assentimem, Allah, Tu m'as fait naître, Et je vais redescendre en l'inconnu béant, Avant d'avoir compris le secret de mon être.

Dont la grandeur m'étonne auunt que le néant.

Tu nous donnes la vie et bientôt Tu nous Tôtes ; Tu reprends tous Tes dons qui n'étaient que prêtés. Pourquoi tout ce mystère et ces obscurités Dans Ton palais, Allah, dont nous sommes les hôtes?

Le rêve que tu crois réel quand tu sommeilles, En s' évanouissant, à l'heure où tu t'éveilles. Pour ton esprit soudain perd sa réalité ; — Les morts douteraient-ils aussi d'avoir été ?

Ta durée est un point, ton être est un atome : Comprends-tu que ta vie est celle d'un fantôme? Comprends-tu que tout est néant et vanité, Et que cet univers est sans réalité?

Perdu dans Tinfini de l'espace et du temps, J'ai peur comme un enfant perdu dans les ténèbres; Et je suis entouré partout de cris funèbres, Blasphèmes, désespoirs, plaintes des mécontents.

Tu semblés regarder, Allah, ce monde errant, Ainsi qu'un spectateur qui voit, indifférent. Sur la scène, où s*agite un peuple de poupées. Leurs amours et leurs jeux, et leurs tètes coupées.

Nous marchons éperdus, semblables & des fous, Nous entre^déchirant parfois pendant la route. Quel jeu Te plais-tu donc à jouer avec nous?

Pourquoi U mal en Toi, qui nous condamne au doute ?

Allah, j*ai médité sur toutes Tes naissances, Sur Tes aspects divers, renouvelés sans fin.

Et Te voyant soufirir sous ces mille apparences, J*aî partagé Thorreur de Ton néant divin.

La bataille finie et les morts couchés là.

Tous les cris se sont tus de douleur ou de haine : Et comme il montre bien quel néant est cela, Le silence qui suit toute tempête humaine!

Vois' les êtres; vagUes pantins^ .

Qui mystérieux, incertains; Se silhouettant sur l'abîme, Jouent leur étrange pantomime 1

L'homme est une folie, Allah, dont je Tacc.use ; Saurai-je, après la mort, quelle fut Ton excuse? Les animaux aussi semblent vagues et fous :.

Quel besoin avais-Tu de leur forme, et de nous?

98 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Au Ciel indifférent qui fait naître et mourir, QjLi'importe que l'on souffre, ou cesse de souffrir? Dans le gouffre infini du temps et de l'espace, QjLie compte la douleur de Tatome qui passe?

Résigné par avance à ce peu qu'est ton être,. Lorsque la Mort viendra, ne va pas l'écrier»

La terre est un tombeau qui nous sert d'oreiller. Pour rêver un moment avant de disparaître.

L'Océan aux vertes prairies A d'effroyables profondeurs i Oublions les monstres rôdeurs.

Ne songeons qu'aux lies fleuries^

J'aime à midi, couché devant la mer qui dort, Sous le ciel blanc d'été, m'éteindre dans la mort D'un sommeil lourd, où filtre à travers ma paupière, Vaguement, comme en rêve, une immense lumière.

•lOO LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

La brique faîte un jour peut-être avec la cendre D'Omar, de Fetidoun ou du grand Alexandre, Servit à rebâtir des- palais aux vivants, Dont la cendré a son tolir est di8|>ersée aux vents.

Dans les doigts du Destin nous semblons des poupées, De mots, de gestes vains gravement occupées, Se nnèlant, s' agitant, tournant, faisant leur bruit : — Puis It sil^Ace au fond de la boite, et la nuitl

LE DOUTE :lOX

Mer, toi seule à jamais garderas, ta beauté :

Tous les grands monta seront outragés par les hommes ;

Immuables, toujours ivres de liberté,

Tes vagues, semblent rire à ce peu que nous .sommes.

Lien mystérieux du néant et de Tètre, Amour, oh I pourquoi donc m'avoîr fait apparaître, Fantôme aussi parmi ces fantômes divers, Et comm^ eux étonné parce vague univers?

Le secret du grand Tout, il est en chaque atome ; Et le granit recèle au fond de son sommeil, Comme la Nuit eiï soii silence de fantôme, Ce secret qu'à nos yeux garde aussi le Soleil.

Quand nous aurons quitté ce clair palais du monde, Demain, après-demain, le sais-je? nous serons Contemporains obscurs, en la <:endre inféconde. De tous ceux dont la Mort a nivelé les fronts.

LE DOUTE Ip^

La terre, quelque jour, les mers^ et radieux Ces- rochers fiers, et l'âme humaine avec ses Dieux, Ses rêves, son génie étrange ou sa démence,.

Tout doit s*évanouir parmi l'espace immense.

Les forêts de granit des vieux temples d'Egypte Ont ombragé mon rêve, et prés d'un Dieu géant ]e cherchais des clartés dans la nuit de leur crypte ; Je n'en ai rapporté que l'effroi du néant.

Mon rêve fait, lui seul, si radieux, si beau, Le soleil qui, saignant, descend vers son tombeau Mais, quand aura vécu la conscience humaine, Dans le monde désert sa splendeur sera vaine.

Nourrir son ventre, emplir sa bourse et, plaisir fin, Perpétuer l'espèce et la douleur sans fin : Oh! qu'est tout ce néant, et qu'appelle-t-on vivre? — Vienne plutôt la mort absurde qui délivre.

Un sage a révélé la genèse des Dieux :

Avant la nuit première et la première avrore, Avant le premier homme ils n'étaient pas encore ; Et la peur ou Tamour ont peuplé tous tes cieux.

Le dégoût ou l'horreur, la nausée ou la haine, Ou le simple mépris de la bassesse humaine A certains jours sont tels, et font ainsi soufirir. Que l'on craint moins la mort, qui nous en doit guérir.

Io6 LES QUATRAINS D'AL-GHAZALI

O Mort blême et glacée, et qui répands Teffroi, De tout être ici-bas repoussée et honnie^ O Mort, pour ta pitié cependant sois bénie ; Car le bétail humain n'a de repos qu'en toi.

Soliman-ben-Daoud, dont le trône d'ivoire Pour dais splendide avait un tourbillon d'oiseaux. Commandait aux Esprits de la terre et des eaux; Mais l'ennui, dur aux grands, le rongeait dans sa gloire 1

Mourant, il proclama que tout est vanité, Même Tamour humain, et le divin peut-être; Il pensa qu'il vaut mieux n'avoir jamais été : — Que pensait donc Tesclave, alors jouet du maître?

Avec la mort et son ordure Tout se répare, — et cela dure, La plante, la fleur, Fanîmal, £t le bien trop rare, et le mal.

Jo8 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Le bestial besoin de vivre est trop en toi ; Puisque rien' désormais n'éveille ton émoi, Que plus rien ne t'est rien ni ne te fait envie, Sani regret ex sans peur sache quitter la vie.

Ta place, ils la prendront, ceux qui viennent de naître : Tes fils, jeunes et forts, les sens-tu, triomphants, T*écarter, comme toi jadis, enivrés d'être?

— « Va-t'en, me dit la Mort, tu gènes tes enfants 1 »

Je hais, je hais, je suis parfois ivre de haine, Et j'appelle, devant tant d'immondes forfaits. Un despote écrasant cette vermine humaine.

— Puis j'ai honte du vœu sinistre que je fais.

Vois ces tètes de mort saigner en haut des murs, Et sur elles des vautours gris aux grandes ailes. Qui planent et tournoient, et vont de leurs becs durs En dénuder le crâne et fouiller les prunelles.

IIO LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Quand, sourd même à la voix des livres, tes amis, Tu sens trop Tamertume ou la douleur de vivre. Quand, blessé par la vie absurde, tu gémis.

Songe à tout Tinfini des temps qui la doit suivre.

Les mondes engloutis en Ton éternité,

Évanouis en Toi, qu'auront-ils donc été ?

Un rêve, la lueur d'un éclair bleu qui passe ?

— Pourquoi ce trouble vain, un moment, par l'espace ?

LÇ DOUTE III

Oh 1 tous ceux qui sont nés de matrices infimes» La béte aveugle et morne en la nuit des abîmes, Se traînant sous la mer pesante et sans soleil, Les êtres de néant abrutis de sommeil 1

L'homme, malgré la terre immense, son domaine, Pour se nourrir a dû toujours s'armer du fer. Dieu nous a par la faim condamnés à la haine. Et la faim en ce monde aura créé l'enfer.

Le Mâle primitif, Allah, prit pour esclave La Matière, et, Taimant, Il la fit mère un jour : Mais n*est-Il pas resté. Lui qu'elle enlace et brave, Trop pris dans les liens de cet étrange amour?

Pourquoi cette Matière impure qui T'outrage ? A cette courtisane, Allah, pourquoi T'unir, Et, fatale union qui ne saurait finir.

Aimer, ainsi que nous, Maître, cet esclavage?

Ton âme m'apparait, Allah, dans le soleil, Caressante parfois, et plus souvent brûlante ; Oh 1 comment certains soirs, dans le couchant vermeil, Semble-t-elle souffrir, et palpiter sanglante ?

Ta passion divine est pareille à la nôtre :

Pourquoi dans Ton cerveau courent ces astres fous ? Et Ton âme infinie, Allah, n*est donc pas autre Que celle qui s'agite et se tourmente en nous.

114 L^S QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Us

La mer, le soir; au loin des tonnerres qui roulent; Et dressant un mur noir au-dessus des flots clairs, Mur sinistre rayé soudain par des éclairs, Des amoncellements de nuages qui croulent...

Un soupir éternel monte du sein des choses; Tu l'entendras parfois, en de grands soin moroses, Lorsque le ciel sur nous vient pleurer longuement, Et que le vent hurleur semble un gémissement*

Depuis qu'étrangement Adam a pris naissance, Dans l'homme et le soleil la même flamme a lui ; Mon être et Tunivers sont de la même essence, Mon âme et ses tourments, je les retrouve en lui.

Mystérieux vivant, Thomme est né de la fange. Le Roi des animaux a rêvé d'être un ange.

Et l'esprit trouble ainsi ce bizarre animal.

Qui veut le bien souvent, et n'aboutit qu'au mal.

Il6 LES QUATRAINS D^AL-GHAZALI

Animal monstrueux qu'agite une âme obscure, Monstre muet, comment, ô ma mère, ô Nature, Suis- je ta conscience et ton verbe, et pourquoi Sembles-tu ne penser et ne parler qu'en moi ?

La mer, l'horrible mer, la mer bondit de joie. Et la bête en hurlant pousse et roule sa proie De cadavres flottants, rigides et glacés.

Puis de sa bave lèche au front ces trépassés.

Pareils à deux amants tout pâles d'être ensemble, Le ciel nocturne est pile, et pile la mer tremble; La mer tremble d'amour sous la lune qui luit : La bête est douce et pleure, et gémit dans la nuit.

Éternellement jeune, éternellement mère, O courtisane impure et sacrée à la fois.

Double d'aspect toujours. Nature, je te vois Tendre autant que cruelle, et douce autant qu'amère.

Il8 LES QUATRAINS D*AL-GHAZALI

 tes hontes, Nature, à troublante femelle, Je ne sais quoi d'étrange et de divin se mêle ; Et plein d'amour ou fou d'horreur et de stupeur, Je pleure en t'adorant ou devant toi j'ai peur.

jsM

J'ai mieux compris mon âme en observant la tienne; Au cœur de tes enfants, obscènes et mauvais, Mère, c'est toi toujours qu'ainsi je retrouvais r Nul péché n'est en eux qui de toi ne leur vienne.

LE DOUT£ ri9

En ma peur de la mort est Teffroi de renaître ; Je demande au tombeau d'engloutir tout mon être, Et je n*aspîre ainsi, quand viendra le trépas, Qu'à la paix d'un néant qui ne se souvient pas.

O nuit, consolatrice et berceuse de l'homme, O nuit, trêve et repos de la bête de somme, Nuit calme, qui mets fin à tous les lourds travaux, Lac noir, tombe apaisante où sombrent nos cervsauxl

L'air que tu bois est fait de Thalciiie des morts; De leur chair, de leur sang s'est nourri tout ton corps, Et tes amours aussi, tes haines les plus fortes Sont les filles en toi de leurs passions mortes.

Vivant, tu t'engraissais et vivais de la mort, Des âmes et du sang éteints de tes ancêtres; Remets ce que tu pris, et rentre sans e£Fort, Comme un fleuve en la mer, dans Tocéan des êtres.

Inconscients, parfois hallucinés et fous,

Les pauvres animaux sont avec leur folie

Le rêve obscur d*un Dieu qui se réveille en nous,

Et s'épouvante alors de son œuvre accomplie.

N'es-tu pas effrayé du néant plein de nuit.

Où u pensée en trop rêvant s'évanouit ?

Remonte du néant : seul l'Amour en délivre.

Et, te prenant la main, qu'il t'appelle à revivre.

Demaia je descendrai dans l'éternité sombre.

Que cache Tocéan formidable où |e sombre ?

Oh 1 la première nuit dans les ténèbres, seul, Les bras rigidement croisés sous le linceul 1

Malgré Teffroi, malgré la douleur qui nous mord, Il est de doux moments au voyage du monde, Et le calme est au bout, oui, cette paix profonde Que t*o£Fre en son abri la tente de la Mort.

Le pirfum d'une fleur ou les yeux d'une femme Suffisent certains soirs à te pouvoir troubler. Qu'est donc ta volonté? Prends honte de ton âme Qu'un rien émeut, qu'un rien agite et fait trembler.

Que de tourments et que d'alarmes I Ohl que de douleurs et de larmes!

Et malgré tout il est aimé»

Ce séjour inaccoutumé.

124 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Certains soirs où les sens s'exaltenti l'univers Parait une œuvre encor divine et magnifique; Et les soupirs du vent ont la douceur des vers, £t les lueurs du ciel semblent une musique.

Les êtres pour le sage ont l'aspect de fantômes ; Vaine agitation de forces et d'atomes, Un mouvement sans but tourmente l'univers, Que sans but réfléchit l'eau calme de mes vers.

De la terre et la mer ne montait aucun bruit; Tout se taisait perdu dans l'extase nocturne ; Et nos âmes cherchaient, en contemplant la nuit, L'âme aussi de ce ciel immense et uciturne.

Je ne poursuis jamais la pensée en tes yeux, Je ne la veux pas lire, et ne veux pas connaître S'ils me mentent aussi, comme l'ont fait les cieux : 11 me suffit d'aimçr la beauté de ton être.

Dans ce fol univers, ceuvre jde la Maya *, Ceux que TAmour, le beau thaumaturge, envoya. Vont roulant à travers les choses, et par elles Sont troublés sans raison, les estimant réelles.

O Subsunce, océan mystérieux, énorme,

D'où je sortis pareil au nuage de l'air.

Comme le fleuve errant qui descend vers la mer^

Je vais perdre en ton sein mon bruit, mon nom, ma forme.

Dans mon cœur j'ai gardé la langueur de ses yeux, Si pareils à des fleurs dont Tâme nous pénètre; J'ai gardé dans mon cœur le parfum de son être, Et sa douceur m'a fait miséricordieux.

Tu sais le dénouement et la scène dernière :

Plus de dents, de regards, de paroles, —^ plus rien. Une minute encor goûte et bois la lumière, Médite ou rêve, agis surtout, et fais le bien.

LA

A Sully Pkudboiime.

L/ E cœur mal satisfait des douceurs de la femme, Cherche au delà^ plus loin, mets plus haut tes plaisirs ; Demande à la Nature entière pour ton âme De plus larges amours, dignes de tes désirs.

Qu'une nouvelle vie aimante en toi commence ; Multipliant en toi la foie et les douleurs.

Vois dans THumanité comme ton £tre immense,.

Et fais tiens se$ espoirs, son ivresse et ses pleurs.

%^2r LES QUATRAIN'& D*AL-QHA2ALI

Mon âme était tombée en un séjour étrange, Dans l'ordure et le sang, dans la nuit et la fange. Et c'est de là pourtant qu'elle est montée un jour iPour son ascension sublime vers l'amour.

Dans le calme des sens et la sérénité,

Le 'sage sait braver l'influence maligne

Qjue sur nous prend parfois Teffrayante Beauté,

Par l'accord pur de la couleur et de la ligne»

LA PITIÉ DU RENONCEMENT t33

Consacrant tout ton être k l'Idéal suprême, Combats sans nul espoir ni souci de toi-même; Et, vaincu, garde encor la fierté de tes yeux, Car tu fais œuvre sainte en la place des Dieux.

Mets le ciel dans ton cœur, laisse passer le monde ;

Retire, en évitant la femme et les plaisirs.

Du néant passager la main de tes désirs ;

Et garde-toi très pur loin de la fange immonde.

Tu dois bientôt vieillii' et bientôt disparaître Sache te résigner à la fin de ton être.

Ton unique grandeur est d'accepter la Loi,.

Qjui te va détrôner, après t'avoir fait Roi»

Quarante Solimans oilt régné tour à tour,

Avant qu'Adam naquit, sur dest races sans nombre

D'animaux monstrueux^ ignorant tout amour s

— Les temps d'alors étaient submergés dans plus d'ombre.

LA PITlé DU RENONCEMENT I35

Or la race d^Adam apparut moins grossière, Mais bestiale encore, ayant eu ces aIeu3L :

Sa fange lentement s'imprégna de lumière.

Et tout à coup sublime elle créa les DieuT.

En force et majesté surpassant les ancêtres, ' -Un jour l'Humanité, quel que fut son néant, Voudra de la douleur iiffranchir tous les êtres, A l'image de ses Dieux purs se récréant.

Abel avec Gain, la candeur et le vice De tous temps sont sortis de la même matrice, Et le sage, étonné de ce mystère obscur, Malgré l'impureté du monde reste pur.

Oh I les voyants, les fous, les saints hallucinés, Nous leur devons notre âme et le peu que nous sommes, Et ce tourment auquel ils nous ont condamnés. Étant des animaux, de devenir des hommes,

Uhomme, inquiet du bien, ne connaît plus la paix ; Car c'est la guerre en lui déclarée à jamais, Sans repos ni merci, s' aggravant d*àge en âge, Entre la béte et Tesprit pur qui se dégage.

Où le repos? Chacun des soleils par l'espace D*un vertige éternel est lui-même emporté; Et ces trombes d'amour, de force et de clarté Roulent, semant la vie où leur tourbillon passe.

138 LES QUATRAINS d'aL«GHAZALI

Exhajisse ta pensée à la hauteur des cimes, Qui, par xlelà le monde agité des vivants, Sereines sous l'azur ou la fureur des vents.

T'enseignent l'héroïsme et ]e c^lme sublimes.

L'air et l'eau, le roc dur ou l'être plus vivant,

La plante et l'animal : des vapeurs condensées ;

Mais d*où vient l'ime en nous? d'où viennent nos pensées?

Ces vapeurs du soleil pensaîent-elles avant?

LA FITlé tu RENONCEMENT Z59

J'ai plané dans les airs, j'ai nagé dans les ondes. J'ai transmigré partout ; du sein des mers profondes, Pour monter vers le jour j'ai fait de longs efforts; J'ai déjà revêtu plusieurs milliers de corps.

La Nature accomplit sans morale et sans goût Son œuvre indifférente au beau pur comme au juste ; Et c'est nous qui créons ou qui recréons tout. Toute vertu sublime et toute forme auguste»

140 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Un lien, la pitié, t'unit à toutes choses, Lien frêle et divin qu'il ne faut point briser : Excuse le péché, comprenant mieux ses causes. Et qu'aux tristes ton âme apporte son baiser.

Pauvres êtres tombés en des matrices viles, Qjiie le Destin réserve à ses œuvres serviles, Méprisés, repoussés, ô parias maudits, Quel Dieu vous a chassés de tous les paradis?

LA PITlé DU RBKONCEMEKT I4I

QjLii renonce à sa vie étroite et sait mourir Aux royautés du monde, est le Roi que j*envie; Q.ui, pour aimer plus fort, accepte de souffrir, Conquiert, amant heureux, le secret de la vie.

La voix de Sidartha * fit entendre les plaintes Des pauvres animaux sans plaintes et sans voix, Et fut-ce donc en vain qu'il semait autrefois Au cœur dur des humains toutes ses pitiés saintes?

Rien ne te survivra dans Timmense avenir QjLie ta cendre, et peut-être un vague souvenir De vertus^ si tu veux en laisser la mémoire : Les morts ont leur soleil, leur soleil est Iz gloire.

Votre extase en la mort, je l'enviai toujours, Croyants, impatients d*aimer jusqu'aux supplices. Et qui sûtes goûter les amères délices D'être les confesseurs sanglants de vos amours.

LA PITlé DU RENONCEMENT I43

Mêle ton âme émue à la création ; Poursuis partout la vie, au profond des abîmes, Ou lumineuse et pure et calme sur les cimes : Puis plonge-toi, tranquille et fort, dans l'action 1

Bouddha, maftre sublime, ô le plus saint des maîtres. Fais-moi riche de ta sagesse et de tes dons.

Donne-moi ta douceur tranquille, et tes pardons. Et ton mélancolique amour pour tous les êtres.

144 L^S QUATRAINS D AL-6HAZALI

Honore le fakir, ce roi des indigents,

L'être pauvre, et de tout détaché, qui mendie

Sa nourriture après celle des pauvres gens.

Mais de qui Tâme aimante est comme un incendie.

Hâve, maigre, songeant à Téternel secret, La brûlure des jours d*été sur le visage, Plus qu'un rajah, l'ascète, au sein de la forêt, Peut resplendir, étant le voyant et le sage.

Vis sans haine au milieu de tous ceux qui haïssent, Aime, ne trahis pas ceux-là qui te trahissent ; Aux égarés, aux fous, pardonne et tends la main. Et parle avec douceur à tous sur ton chemin.

Il est des pénitents pareils à des lions;

Il est des pénitents dont les fureurs rassemblent

Les colères du monde et ses rébellions ;

Il est des pénitents devant qui les rois tremblent.

146 LES dUATRAINS p'al-GHAZALI

L'égolsme n'est qu'une ignorance protonde ; L'amour seul est la vie et la clarté du monde ; Aimez, pour être forts, aimez et vous vivrez ; Ceux-là qui n'aiment plus sont les désespérés.

Que peux-tu désirer, cœur plus grand que le monde, Hors d'aimer, d'être fou d'amour, d'aimer sans fin, Ht d'alléger parfois la misère qui gronde Ches ceux dont l'âme a soif et dont le corps a faim ?

LA Pirii DU RENONCEMENT 147

Tout le ciel se reflète au fond de ta prunelle ; Participe à la Vie immense, être d'un jour; Par la science, ou par le rêve) ou par l'amour, Être éphémère, en toi mets la Vie éternelle.

Qjaand dans l'Inde Iskander entra, pareil aux Dieux, Il dit : QjLie puis-je voir ici de redoutable ? On lui montra, debout, l'exuse dans les yeux, Un yougui contemplant le goufire formidable.

Il faut donner ses yeux, il faut donner son âme, Ses lèvres et son sang, sa passion, sa flamme. Tout entier se donner comme fait le Soleil, -^ Avant d'aller s'éteindre en l'étemel sommeil.

La peur n'existe pas dans le monde des Dieux Vis avec eux, avec les héros radieux; Fais-toi, comme la leur, une vie idéale^ Et chasse tout effroi de ton Ame royale.

Reconnaissaol chez tous le désir d'être heureuï, El dans leurs maux souvent le péché des aocêtres. Tendre, aimant, le soùfi, plein di piii* pO^'' *"*• Disiribuew ses doas d'amour k tous les étrefc

Pauvre, vil, fou d'amour, aller vers les souffrant), ■^' de ion âme au cceur, Jes baiser, ces mouranu,

Eâfet mystérieux de l'infini des causes,

Quand tu te sentiras un avec toutes choses^

Avec le ciel, avec la terre dont tu sors,

Tu ne t'effraieras plus de l'ombre où vont les morts.

I^ibérant ton esprit de la peur du trépas, Parmi les purs, les saints dont la vie est profonde» Communiant sans cesse avec l'âme du monde.

Habite un lieu sublime où la Mort n'atteint paS4

I$2 LES QUATRAINS D*AL-GHAZALl

Rends familier ton rêve avec réternité ; Accoutume tes yeux au gouffre de TEspace, A tout cet efiroyable inconnu, qui dépasse I-*iiabituel courage humain, si limité.

Ia Substance s'écoule ainsi qu'un ûeuve énorme.

Tout change, rien ne meurt : en Tablme profond Les causes, les effets, tout roule et se transforme, Et les clioses sans fin se font et se défont.

LA PITlé DU RENONCEMENT

Pour le contemplatif de la vie éternelle, Perdu dans la Substance et comme éteint en Elle, Demain n'est pas, non plus qu'hier ni qu'aujourd'hui, Et les mots vie ou mort n'ont plus de sens pour lui.

NOTES

Page 134.

Des légendes musulmanes parlent de Sultans préadamites, qu'elles nomment Solimans, en souvenir de Soliman-hen-Daoud, ou de Salomon, qui^ d*aprês elles, investi d'une autorité sans limite sur tous les Esprits, tous les êtres, fut un monarque universel, et comme le Sultan au monde. Ces Sultans préadamites ont régné sur d'innombrables races, très différentes de la lignée d'Adam, et certains de nos animaux d'aujourd'hui seraient les survivants et les représentants, dégénérés sans doute, de ces races du passé.

Les mêmes légendes assurent qu'après les fils d'Adam une race d'hommes naîtra, aussi supérieure à l'humanité présente que celle-ci peut l'être aux humanités ou animalités d'autrefois; et cette race, dont nous ne pouvons nous imaginer les vertus, les énergies, la beauté, cette race surhumaine, presque surnaturelle, en ce sens

156 NOTES

qu'elle dépasserait toutes les manifestations antérieures de Vbumanité et de la nature, serait la dernière qui apparaîtrait en ce monde.

Page 126.

Maya, Vlllusion dans la métaphysique des Hindous.

Page 141.

Sidartba, Vun des noms du Bouddha.

Il existe aujourd'hui du baron Caron de Vaulx une savante étude sur Ga^ali : c'est ainsi qu'il écrit son nom. J'aurais aimé y trouver plus de citations du philosophe.

Quatrains d'Omar-Kheyam

QU^T%^I'KS 'DVM^%-KHEY^9iC

Traduction ou transcription.

V>Eï,Ui qui fît la coupe aime aussi la briser 1 Cher» visages si beaux, et seins doux au baiser^ Par quel amour créés, détruits par quelle haine, Périssez-vous^ trésors de cette fleur humaine ?

l6o QUATRAINS D*OMAR-KHBTAM

Étreîns bien ton amour, bois son regard si beau, Et sa voix, et ses chants, avant que le tombeau Te garde, pauvre amant, poussière en la poussière, Sans chansons, sans chanteuse amie, et sans lumière.

Puisque ci monde est triste et qite ton Ame pure, ' O mon amie, un jour, doit aller chez les morts. Oh I viens t'asseoir parmi les fleurs sur la verdure, Avant que d'autres fleurs s*élèvent de nos corps.

QUATRAINS D* OMAR-KHE YAM l6l

Que vos pas soient légers à ces mousses fleuries, Près de ces flots riants comme des pierreries, Car on ne peut savoir de quelles lèvres douces Et mortes, ont jailli ces fleurs parmi ces mousses.

L'homme est une poupée en la main d'un géant. Nous sommes des jouets sur le damier des êtres, Et le quittons bientôt pour rentrer au néant» Dans la boite et dans l'ombre où les vers sont nos maîtres.

l62 QUATRAINS P 'OM AR-KHE YAM

Cloué, lés yeux, fermés, sur les hauts murs de Khous, Pend l'aflFreux chef saignant du fier Key-Kavous ; Sur son crâne un corbeau crie en raillant sa gloire : « Où sont tes clairons d'or qui sonnaient ta victoire ? »

Qjae d'êtres non vivants qui vivent sur la terre I Que d'autres enfouis au séjour du mystère l Et devant ce désert du néant, je me dis :

Que d'êtres y viendront, combien en sont partis!

QUATRAINS d'o M AR-KHE Y AM 163

Tu vis donc se fermer, plein d'adorables choses, Ce livre, ta jeunesse, et se mourir les roses Du jardin, d'où l'oiseau d'hier s'est envolé.*. — Où, pourquoi, qui le sait? Où s'en est-il allé?

Sois jaloux en voyant la rose qui s'effeuille ; Elle sourit et dit à celui qui la cueille :

« Déchirant le cordon de ma ceinture, enfin, Je xépands mes trésors d'amour sur le jardin 1 »

164 QUATRAINS d'oMAR-KIIE YAU

Comme Taube écartait le rideau de la nuit, Quelqu'un de la uveme a crié : Le temps fuit ; Remplis ta coupe avec la liqueur de la vie, Et sois ivre, avant l'heure où la source est tarie.

Épervier fou, laissant le séjour du mystère, Mon âme avait voulu monter encor plus haut; Je n'ai point ici-bas trouvé ce qu'il lui faut. Et rentre d'où je viens, mal content de la terre.

QUATRAINS d'^OMAR-KHEYAM i6.$

Que de soirs, avant nous, ont éteint leur clarté!... Oh I prends garde, en posant ton pied sur la poussière, Car peut-être fut-elle, aujourd'hui sans lumière, La prunelle des yeux d'une jeune beauté?

Les sages te l'ont dit : cette vie est un songe, Une chose est certaine, et le reste est mensonge. Une chose est certaine : ainsi que nos amours, La fleur s'épanouit, puis meurt, et pour toujours.

l66 -QUATRAINS D*OMAR-KHE YAU

Plus rouge, plus ardente et plus fière*est la rose Qui fleurit à la place où quelque Émir repose , Ainsi que la jacinthe en la mousse des bois.

Pâle, sort d'une tète adorable autrefois.

Toute espérance est vaine où notre cœur s'endort, Et cendre elle devient; car tout va vers la mort. Dans le désert ainsi disparaît la lumière De la neige, éclairant sa face de poussière.

QUATRAINS d' OM AR-KHEYAM 167

Eux-mêmes les savants, ces scrutateurs des causes, Sans cesse poursuivant la vérité qui fuit,.

N'ont pu faire un seul pas hors de l'ombre des choses, Et, nous contant leur fable, ils rentrent dans la nuit.

Allah, Toi qui parfois T'endors, puis Te réveilles, Te caches, puis soudain brilles en des merveilles^ Essence du spectacle, autant que spectateur^ Serait-ce pour Toi seul que Tu T'en fais l'auteur?

l68 QUATRAINS d' OM AR-KHE YAM

Ce monde, moins que rien, tt*est qu'un rêve pour Lui; Sa splendeur, soleil d'or qui jaillit de la nuit, Une heure fait briller des poussières d'atomes : — Et tout cela, vaine apparence de fantômes I

Nous sommes descendus très bas, et cette vie. Où nous venions trop tard peut-être, a contenté Si mal en ses désirs notre âme inassouvie.

Qu'il lui plaît de sortir d'un monde sans beauté.

(QUATRAINS D*OMAR-KHEYAM 169

Voici le printemps clair où les lys vont renaître,

Où, comme ravivé du souffle de Jésus,

Le rosier va fleurir, et le ciel au-dessus

Verser des pleurs d*amour, en pensant à son Maître.

J'ai tena à donner cet aperçu des quatrains de Kheyam, en attendant que j'en donne la tradaction complète, ponr faire mieux comprendre ceux d'Al-Ghazali.

Vi V A <- ' ^ ' V . ^ '- ^'' ^\ ^^^ > *^ \<^ '-'^'^ *"

Le Cantique des Cantiques

ES chanis d'amour ont des chants

populaires la grâce primitive et

naïve, r imprévu, la folie, la passion,

les incorrectiofis aussi.

S'ils sont, comme il est probable, Vœuvre d'un

seul poète, ce poète aura longuement sans doute bu

à la source fraîche de la poésie populaire*.

* Comme le grand émir, Abd-el-Kader, dont les vers recueillis par le général Daumas rappellent aussi singulièrement parfois, mais sans nul esprit d*imitation, la poésie du Cantique,

Les jugeant ainsi, on comprendra que nous ayons voulu laisser à leur traduction le peu d'apprêt, la simplicité de cette poésie, simplicité qui s'allie eft eux à rétonnante noblesse, de tout temps familière à certains peuples de l'Orient sémitique,

Oest donc avec intention que nous avons en plus d'un passage évité le raffinement de la rime parfaite, et donné plus d'importance au rythme qu'à la rime, traduisant de la sorte les négligences même de ces chants, qui n'ont guère souci que de riches images, et du délire surtout, du ravissement, de la folie d'amour qu'ils expriment.

L'auteur du Cantique est inconnu. Peut-être a-t-il vécu au temps de Salomon,

On a tout vu dans ce diwân, depuis un poème religieux, un poème d'effusion mystique, comme la Gita-Govinda de l'Hindou Jayadeva, jusqu'à un drame lyrique, comme aussi la Gita-Govinda, avec chœurs €t avec ballet.

Personne, certainement, aujourd'hui n'oserait reconnaître un poème religieux en ce poème d'anwur si ardemment sensuel, et quant au petit drame que, dans sa traduction élégante, voulut y lire, après plusieurs Allemands, un des plus grands poètes de notre époque, M. Renan, nous ne Vy voyons pas davantage. Nous serions même étonné

qu^on eût pu Vy trouver si nous ne savions qu'on peut tout découvrir, avec de certains yeux, dans le vague d'un texte lointain et souvent obscur.

Il faut parcourir dans la savante traduction de M. Reuss *, si sévère et précise, et, que nous avons avec respect suivie d'aussi pris que possible, la table synoptique des différents sens prêtés par les traducteurs au Cantique, pour apprendre ce que peut se créer d'illusions même un cerveau de pinlologue,

M. Marius Fontane**, qui a longtemps vécu avec l'Orient et en Orient, voit dans ces petits poèmes des chants de harem. C'est les rapprocher, comme nous l'avons fait, de la poésie populaire. Mais si nous croyons volontiers que ces chansons d'amour soient souvent entrées au harem, nous ne pouvons croire qu'elles y soient nées. Ce sont pour nous des plantes ou des fleurs trop vivaces pour n'avoir pas germé et poussé dans le plein air, sous le grand ciel et le soleil d'Orient ***.

* La Bible de Éd. Reuss. Libr. Sandow et

FiSCHBACHER, 1879.

** M. Fontane aussi devrait publier sa traduction du Cantique, dont nous connaissons des fragments excellents et très pittoresques.

*** Notre opinion -sur le Cantique est partagée

Pour nous, le roi Salomon n'apparaît dans h poème que pour fournir quelques images de plus, et des variations à ce motif banal et très connu, que Vanmnt, ivre de son amour, est plus heureux qu'un roi. Non, nous ne pouvons d'après le texte, lu, étudié sans parti pris, voir en Salomon, comme on Va dit, le tout-puissant rival du hien-aime\

Nous retrouvons donc plutôt, et nettement dans quelques passages, la même idée qu'en notre cimnson populaire :

Si le Roi m'avait donné

Paris, sa grand'ville,

Et qu'il m'eût fallu quitté, etc.

On a cru que seul un amant royal pouvait être chanté avec un tel luxe d'hyperboles. Mais la richesse des images, mais l'hyperbole et la folie sont

par deux hommes dont on connaît le sens critique très fin, très pénétrant et prudent, et la science parfaite de la poésie populaire, M. Gaston Paris et M. Darmesteter.

Comparer du reste les chants arabes recueillis par le général Daumas. (Le grand Désert et la vie Arabe.) 2 vol. chez M. Lévy.

choses habituelles aux amants : et existe-t-il même un ardent amour sans délire ?

Ainsi le Cantique à nos yeux est le diwân d*un poète inconnu, peut-être d'un poète populaire, qui vécut sans doute au temps de Salomon, et qu'éblouit la cour de ce roi somptueux, véritable Haroun-er- Reschid des imaginations hébraïques, mais qu'èhlouit et ravit ùlus encore la beauté de sa Sulamite.

Si Von voit dans tout ce Cantique une suite de vers qui se déroulent en un conte ou un drame d'amour, que viennent faire à la fin du poème ces trois petites pièces si bi:(arres, les chansons XIV, XV et XVI, et quel est tout ce dénouement? Qu'y a-t-ïl au contraire de plus semblable à la poésie populaire, de tous les pays et de tous les temps, que cette chanson, légère et folle :

... Lorsque le fruit sera mûr, Si notre sœur est un mur, Toute d'argent sur la belle Faisons une citadelle... etc. (XIV.)

et celles qui suivent, et tant de passages que nous croyons inutile de signaler ?

LE

CuA'N.TIQUE "DES C^ISiTIQUES

A Samuel Pozzi.

(Ch. I, I. 8.)

Viens, aime-moi, j'ai soif des baisers de ta bouche : Qjaand arriveras-tu, pour m*apporter enfin De longs baisers, chauds et très doux comme le vin?... Tu laisses un parfum à la main qui te touche ; A ton nom seul dans l'air un parfum se répand : Q.uelle femme te voit, qui de toi ne s'éprend?

l8o LE CANTIQUE DES CANTIQUES

Emporte-moi donc, courons-vite !

Et lorsque le Roi même arrêterût ma fuite

Pour me faire entrer au harem,

O filles de Jérusalem, C'est lui, le beau berger, que je voudrais encore

Car c'est toi seul, toi que j'adore 1...

O filles de Jérusalem, Je suis brune, mais je suis belle :

Je suis brune, mais belle, ô vierges, je suis telle Qjae les sombres tapis qui tendent le harem,

Ou la tente brune où s'abrite Dans le brûlant désert le bédouin Qjèdarite.

... Ne regarde pas à mon teint si noir :

La peau de ma face, elle fut hàlée Par l'ardent soleil qui l'a trop brûlée I Si tu viens à moi, si tu me viens voir.

Ne regarde pas à mon teint si noirl

Oh I les fils de ma mère, oh ! les frères indignes, Qiii me faisaient garder leurs vignes!

LE CANTIQUE DES CANTIQUES l8l

Et ne venez pas demander Si ma vigne, à moi, je l'ai su garder I Ohl les fils de ma mère, ohl les frères indignes I...

... Dis-moi, berger que je chéris, Où fais-tu paître tes brebis?

Qiiand la chaleur est dévorante, Où reposent-elles, dis-moi, Pour que d'autres bergers ne me voient pas errante Lorsque j*irai vers toi!

— Ma toute belle bien-aimée, Tu suivras mes troupeaux légers; Et sur leur trace accoutumée Tu monteras, 6 mon aimée.

Vers les cabanes des bergers.

l82 LE CANTIQUE DES CANTIQUES

(Ch. I» 9. — II. 7)

O femme, nous te comparons Aux cavales des Pharaons :

Sous ses chaînettes d'or si charmante est ta joue ; Et ton cou fier si beau, quand son collier s'y joue 1 Et je te ferai bien plus belle encor, Avec des colliers, lourds d'argent et d'or*.

Que le Roi se plaise à sa table; J'aime mieux ta bouche adorable.

J'aime mieux ton corps parfumé.

— O mon enivrant bien-aimél...

... Mon bien-aimé^ c'est le sachet de myrrhe *y QjLie je mets en mon sein; Aux vignes ^'£n-Guédi la grappe qu'on admire, C'est le plus beau fruit du jardin.

— Je t'aime, à mon amour, belle entre les plus belles ; Tes yeux ont la douceur de ceux des tourterelles.

— O mon bien-aimé, viens, oh 1 viens, adorons-nous,

Notre lit sera le gazon si doux ; Je suis le grand lis blanc de la saison fleurie.

Le blanc narcisse de Saron; Je suis le grand lis blanc, le lis de la prairie : Notre couche d'amour, ce sera le gazon.

Et les cèdres seront le toit de la maison.

~ Ce que le lis d'argent est au «milieu des plantes, Mon amante pour moi Test parmi les amantes.

— Ainsi que le pommier dans les arbres des bois. Tu m'apparais plus beau que tous ceux que je vois.

Comme il est doux, le fruit du pommier à la bouche }

A son ombre je veux m'asseoir...

... Le bien-aimé m'entraîne au fond du cellier noir : La bannière d'amour s'étend sur notre couche!

l84 LE CANTIQUE DBS CANTIQUES

... Âpportez-moi des fruits pour rafraîchir ma lèvre ; Des gâteaux de raisin pour éteindre ma fièvre : De volupté mon cœur, tout mon cœur est si lourd. Et fétouffe et je brûle, oh 1 je me meurs d*amour I

... Sa main gauche caresse et tient ma tète lasse, Tandis que sa droite m'enlace...

— Par les tendres chevreuils, par les biches des champs, O filles qui passez auprès de mon amie, Ne la réveillez pas par vos voix et vos chants. Ne la réveillez pas, la colombe endormie.

(Ch. II. 8. 17)

Ohl c'est la voix du bien-aimél Il vient, il court vers sa compagne ;.

Il vient, il franchit la montagne, Comme un doux chevreuil affamé.

Aux pieds de notre mur le voici qui s*arrète ; Il m'appelle, il lève la tète :

Je vois briller ses yeux à travers le treillis; Mon cœur écoute encor tous les mots qu'il m'a dits.

l86 LE CANTIQUE DES CANTIQUES

— Lève-toi, ma mie, ô ma bien-aimée, Oh I viens me Touvrir, ta porte fermée.

La pluie est partie avec les autans, Il a fui, Phiver : voici le printemps.

La campagne en fleurs est déjà si belle; Entends-tu la voix de la tourterelle, Et les cris d'oiseaux dans tous les buissons? Voici revenu le temps des chansons.

Lève-toi, ma mie, ô ma bien-aimée; Le fruit du figuier commence à mûrir; Le fruit du figuier commence à rougir; Et la vigne en fleurs est tout embaumée :

Colombe d'amour qui te veux cacher, Qui te tiens dans Tombre au creux d'un rocher. Tes yeux sont si doux, ta voix est si tendre I Laisse-moi te voir, te voir et t'entendre 1

-«- J^ai peur des renards.

Courons aux pillards

Dont les dents malignes Attaquent les vignes :

Ma vigne est en fleurs, Je veille aux voleurs...

Il est à moi; je suis sa colombe chérie:

Je suis au beau berger qui va par la prairie, Par la prairie aux lis, toute verte et fleurie; Et lorsque la fraîcheur du soir Descendra sur les bois plus sombres, Â l'heure où s'allongent les ombres, O mon doux chevreuil, reviens pour me voir.

l88 LE CANTIQUE DES CANTIQUES

(Ch. III. I. s)

De ma chambre, la nuit, s*était-il donc sauvé?

Le matin près de moi je ne Tai plus trouvé I Je me lève et vais par la ville, Je cherche partout mon amant; Et j'appelle : appel inutile; Oh 1 la longue angoisse et Taffreux tourment I

Aux gardiens qui faisaient leur ronde

J'ai réclamé

Le bien-aimé :

Mais pas un d'eux qui me réponde!

... Â peine pourtant Pavais-je nommé, Les gardiens des murs me quittaient à peine, Que je vois s'approcher l'ami qui fit ma peine.

Et Tami cher qui m'ose ainsi fâcher, Je l'ai pris par la main, ne le voulant lâcher. Pour le bien garder jusqu'à l'heure Où je pourrai dans ma demeure, Quand sur nous descendra la nuit, Le ramener, l'ingrat qui fuit.

— O filles, qui passez auprès de mon amie, Par les tendres chevreuils, par les biches des champs, N'allez pas l'éveiller par vos voix ou vos chants. Laissez-la reposer, la colombe endormie.

(Ch. III. 6. IX)

Du désert qui monte là-bas,

— Mes yeux encor ne le voient pas,

Escorté d'une troupe armée,

Entouré de guerriers puissants.

Et venant comme une fumée

Où brûlent la myrrhe et l'encens?

Sur un palanquin celui que Ton porte, C'est Salomon, l'élu du ciel, Salomon avec sa cohorte.

De soixante preux d'Israël,

Aux âmes foHe^ bien trempées Contre ies terreurs de la nuit, Et tenant en main des épées, Dont Tacier clair au soleil luit.

De bois du Liban le Roi s*est fait faire Sa riche litière ; Les colonnes sont d'argent fin, Le dossier est d*or pur, le siège est de satin.

Venez le voir, couvrez les routes.

Vers le Roi Salomon, femmes, accourez toutes.

Vers le Hoi beau comme les lis, Glorieux et splendide en ses robes de soie, Et sous la mitre d'or que sa mère jadis Lui remit à sa noce, en un grand jour de joie 1

(Ch. IV. 1. 7)

Que par toi la vue est charmée, Ma toute belle bien-aimée 1

Sous ton léger voile, ô ma sœur, Tes grands yeux purs ont la douceur, Ont la grâce des tourterelles, Des colombes battant des ailes;

Et tes noirs cheveux sur ta peau Semblent des chèvres en troupeau.

Des chèvres noires et mutines Au penchant des chaudes collines.

Tes dents sont des brebis blanches, sortant du bain ; Nulle ne fait défaut parmi ces sœurs jumelles;

Et tes lèvres, minces et belles, Sont comme un fil de pourpre, un fil de pourpre fin.

Sous ton voile, à la promenade.

De tes lèvres la rougeur luit :

Ta joue est brune et comme un fruit.

Comme une moitié de grenade.

Ton cou si fier, ô mon amour.

Ton cou, colonne de tes charmes.

Ton beau cou ressemble à la tour Q.u*éleva David poiir ses armes.

Où sont pendus les boucliers Et les carquois de ses guerriers;

Et tes seins, tes seins, ma belle.

Sont tels que deux jeunes faons, Qui tous deux seraient enfants

De la même gazelle, Gracieux, tendres, charmants.

Paissant parmi les lis blancs.

... Ce soir, quand soufflera la brise, J'irai vers la colline grise, Où poussent la myrrhe et Tencens Et tant d'arbustes ravissants.

... Que par toi la vue est charmée, Ma toute belle bien-aimée 1

(Ch. IV. 8. 11)

Viens à moi du Liban, du Senir, du Hermon I

Tourne tes yeux vers nos campagnes 1 Oh! regarde vers moi du sommet des montagnes, Où rôde la panthère, où rugit le lion.

— O ma sœur, à ma bien-aimée, Mon àme, par tes yeux charmée, Mon àme t'adore, à ma sœur; Tes regards avec leur douceur Ont pris mes yeux et pris mon cœur.

Oh 1 tes yeux, tes grands yeux, tes lèvres Me brûlent, comme font les fièvres, Et les chaînettes de ton cou En m'enchalnant m*ont rendu foui

Adorables sont tes tendresses, O ma bîen-aîmée, ô ma sœur; Plus qu'un vin fort plein de douceur, Elles enivrent tes caresses 1

Et l'odeur de ton corps et de tes cheveux bruns Est le plus ardent des parfums.

Tes chères lèvres savoureuses Qui s'approchent à mon appel.

Tes lèvres, ta langue amoureuses, Distillent le lait et le miel ;

Et cette odeur qui t'accompagne Et sort de tout ton vêtement.

Poursuit et grise ton amant , Comme l'odeur de la montagne.

(Ch. IV. 12. — V. i)

Ma sœur bien-aimée Esc un' jardin clos, Une source fermée Qui garde pour moi seul la f.alcheur de ses eaux.

Ma sœur est un jardin au feuillage qui tremble, L*encIos où poussent au hasard, L'enclos où fleurissent ensemble Le grenadier, le troène et le nard.

Ma sœur est un jardin, plein de plantes robustes

Et d'arbres ravissants, Qu'embaument la cannelle, où sont tous les arbustes

Qui nous donnent Tencens.

Ma sœur est un jardin d'aloës et de myrrhe,

Une source d'azur.

Ma sœur est la fontaine où le jardin se mire, Ma sœur est du Liban le ruisseau toujours pur.

Levez-vous, vents puissants, venez souffler sur elle.

Vent du Nord, lève-toi, Ses parfums d'aloès, de myrrhe et de cannelle.

Répandez-les sur moil

— Dans son jardin d'amour que le bien-aimé vienne.

Qu'il en mange les fruits.

— Je viens dans mon jardin, ma bouche est sur la tienne. Je respire la fleur qui parfume mes nuits.

Et je mange mon miel d'une bouche affamée.

Je bois mon vin, mon lait, je bois ma bien-aimée ; Buvez, à mes amis, buvez, mangez aussi.

Enivrez-vous d'amour, comme je fais ici.

(Ch. V. 2. — VI. 3)

Je dormais, mais mon cœur n'était pas endormi. Ohl c'est la voix de mon amil

— Ouvre-moi, ton amant t'appelle :

Ohl réveille-toi, le jour luit, Ouvre-moi, ma colombe, éveille-toi, ma belle. J'ai froid, je suis couvert des gouttes de la nuit.

— O mon doux ami, mon maître, O mon maître, ô mon amant.

J'ai retiré mon vêtement, Le dois-je remettre?

O mon maître, ô mon amant, Mes pieds sont lavés et blancs comme neige, O mes pieds si blancs maintenant, Comment les salirais-je?

Et le bien-aimé du jardin,

Alors sans paraître, Se dressant, me tendit la main A travers la fenêtre, Et tout mon cœur tremblait au toucher de son maître.

A Tamant qui m'appelait J'allai pour ouvrir la porte; De mes doigts la myrrhe coulait, Tant ma joie était forte!

... Aurai-je rêvé tout cela?

Le bien-aimé n'était pas là :

Et sa voix douce, sa voix tendre.

Cependant j'avais cru l'entendre.

J'avais cru qu'il m'avait parlé :

Mon esprit était donc troublé?

Répondant à la voix fidèle, Qui semblait m*appeler d'en bas; Je regarde, à mon tour j'appelle; Le bien-aimé ne parait pas.

Alors comme une vagabonde, Pour chercher l'ami disparu, A. travers les champs j'ai couru :

Les gardiens m'ont prise en faisant leur ronde.

Les soldats, les gardiens des murs, Ohl les soldats méchants et durs!

Me traitant comme une égarée, Ils m'ont battue et déchirée I

Ai-je donc rêvé? je ne sais.

O jeunes femmes qui passez, Qu'un moment votre cœur m'écoute :

Si vous le trouvez par la route, Le bien-aimé qui s'est enfui.

Approchez-vous, et parlez-lui.

Et lui portez cette parole :

Qu'hélas 1 de son amour je suis malade et folle 1

— Q.u*a-t-il, ton bien-aimé, que d'autres n'aient aussi ?

Fe nnii c- s bcncy paisyic fe«»!*ny; Qu'a^-ily ton bien-aimé, pour t'eniyrer ainsi.

Pour ainsi tourmenter ton âme?

— Mon bien-aimé de tous est le plus beau, Sa face est blanche, elle est vermeille, Sa tête sur mon sein à l'or pur est pareille, Ses cheveux sont plus noirs que l'aile du corbeau.

Ses yeux bien enchâssés, ses yeux, deux pierreries, Ses yeux sont comme des oiseaux,

Se baignant dans du lait, ou dans les clairs ruisseaux. Les ruisseaux des prairies.

Sa joue est un parterre enivrant de parfums, Un jardin qu'embaument les plantes,

Ses lèvres sont des lis, et ses beaux cheveux bruns Sont un champ d'herbes odorantes.

Son corps, un bel ouvrage en ivoire d'Ophir,

Constellé de plus d'un saphir.

Et ses bras, rouleaux d'or brillants de chrysolithes, Éblouissent les yeux des vierges Sulamites.

Ses jambes, reposant sur leurs deux bases d*or, Sont des colonnes de beaux marbres;

A le voir se dressant, oh 1 l'on dirait encor Le Liban avec ses grands arbres 1

Sa bouche exhale une douceur Qui tout entière me pénètre 1 Je suis son amante, sa sœur, Je suis à lui de tout mon être.

— Où donc est-il allé, ce bien-aimé charmant, Femme, la plus belle des femmes?

Nous voulons avec toi le chercher, ton amant ; Tes soupirs ont ému nos âmes. —

— Ohl l'ami cher, il est enfin.

Il est rentré dans son jardin.

En s'y glissant à la nuit close Pour cueillir le lis et la rose I

Et du soir au matin je serai toute à lui,

Demain, toujours, comme aujourd'hui,

L'aimant de tendresse jalouse, Tendresse de sœur et d'épouse 1 Je suis au beau berger qui parcourt à pas lents La prairie aux lis blancs 1

(Ch. VI. 4. 10)

B^lle comme Tirçah, comme Jérusalem 3 , Je t*aime, ô fille de Sulem.

Redoutable comme une armée Est ta splendeur, ma bien-aimée.

Tes yeux brûlent mon âme : oh 1 détourne tes yeux ; D'un rouge pourpre sont tes lèvres, Et sur ton cou brun tes cheveux

Semblent sur la montagne un noir troupeau de chèvres.

Tes dents sont des brebis blanches sortant du bain ; Nulle ne fait défaut parmi ces sœurs jumelles.

Ta joue et ta bouche si belles Sont comme la grenade entr*ouverte au jardin.

Dans le harem royal les reines sont soixante, Et des filles sans nombre obéissent au Roi.

M*offi:lt-il son harem, j'aime mieux mon amante,

Qui s'est donnée à moi,

Ma chère colombelle,

Et mon unique amour,

Les délices de celle

Qui lui donna le jour.

Les reines du harem seraient jalouses d'elle : Les maltresses du Roi, quand elles la verraient

Devant sa splendeur s'écriraient :

Qui vient à nous, pareille au matin qui se dore. Belle comme la lune ou comme le soleil.

Et redouuble avec son éclat sahs pareil Comme une armée en marche aux clartés de l'aurore ?

(Ch. VI. II. —VII. I)

Au jardin des noyers j'allais en promenade, Pour voir le torrent verdir, Pour voir la vigne fleurir, Et bourgeonner la grenade :

Et j'avais aussi le dessein

De t'offrir les fleurs de mon sein...

2oS LE CANTIQUE DES CANTIQUES

— Danse, ô ma belle Sulamite, Tourne encor, tourne, dresse-toi, Un moment danse devant moi La danse Mahanaïmite4.

(Ch. VII. 2. 10)

Glissant lentement sur les dalles, O femme, que tes pieds sont beaux dans leurs sandales I Quand tu marches de ton pas calme et régulier, La courbe de tes reins est celle d'un collier.

Belle, de toutes la plus belle.

Aux faons jumeaux de la gazelle Tes deux jeunes seins sont pareils.

Femme aimante aux regards vermeils,

2tO LE CANTIQUE DES CANTIQUES

Ton COU semble une tour d*ivoire, Et tes yeux où mes yeux vont boire, Tes grands yeux, couleur de charbon, Sont les citernes de Hesbon 1

Mon âme déborde, trop pleine,

£t*tout ivre de son amour.

Ton nez est droit comme la tour, Cette tour vers Damas qui domine la plaine 1

Ta tète ressemble au Karmel,

Si haut et si fier sous le ciel ;

Et splendide est ta chevelure :

Quel Roi, si tu voulais, ne serait ta capture?

Mon âme est ivre de désir I

Qjue ton front est beau àous ses tresses 1

Et dans les heures de plaisir.

Que brûlantes sont tes caresses I

Comme un palmier ta taille est svelte en son essor; Tes seins, tes jeunes seins en sont les grappes d*or} Superbe est l'éclat de tes hanches;

A ce palmier je monterai,

Et du palmier j'embrasserai

Le beau tronc, les grappes, les branches I

C'est une vigne, tes seins durs, Et mon ivresse sera pleine.

Lorsque je boirai ton haleine Avec son parfum de coings mûrs.

Quel vin délicieux, brûlant, donnant l'ivresse, Coule en moi de ta bouche, alors qu'elle caresse Et mord de ses baisers ma bouche qui les rend. Jusqu'au sommeil qui sur nous tombe et nous surprend I

(Ch. VII. II. — VIII. 4)

Je n'ai jamais eu d'autre aimél Seule aussi, moi, je t*ai charmé I O mon ami, prends ta compagne, Et tous deux gagnons la campagne, Gagnons les champs de bon matin, A cette heure où n'erre personne, Pour voir si la vigne bourgeonne.

Et voir aussi dans le jardin Si les jeunes arbres grandissent, Et si les grenadiers fleurissent

Que Touragan n'a pas brisés ; Pour toi j*ai là tant de baisers !

La mandragore à Todeur forte, De si beaux fruits sont à la porte :

D'autres me les ont demandés :

Pour toi seul je les ai gardés!

Oh 1 que n'as-tu sucé le doux sein de ma mère ?

Mon amour, que n'es-tu mon frère?

Car à chaque rencontre, en m'approchant de toi, Je pourrais t'embrasser, sans qu'on sourit de moi.

... Allons à la maison, viens, je t'y veux conduire;

Des délices d'amour je veux me faire instruire; Viens dans ma chambre, 6 mon aimé.

Viens boire ton vin parfumé!...

... Sa main gauche en mon lit soutient ma tête lasse, Tandis que sa droite m'enlace.

— O filles qui passez auprès de mon amour.

Laissez-la reposer et rêver jusqu'au jour!

(Ch. VIII. 5. 7)

Qiii donc s'en vient du pâturage S'appuyant sur son 'bien-aimé ?

— Sous ce blanc pommier, sous son frais ombrage, Oh ! c'est là qu'un jour tes yeux m'ont charmé ; Sous ce pommier blanc, sous son frais ombrage, C'est là, mon amie, oh l c'est là qu'un jour Près de moi ton cœur a tremblé d'amour.

Comme un sceau pose-moi sur ton sein qui soupire ; Pose-moi sur ton bras comme un cachet de cire.

Car l'Amour est puissant, femme, comme la Mort; Comme elle il nous saisit, et comme elle il est fort ; Ses feux sont des brandons, sont des flèches de flamme, Le feu de Jehovah qui nous vient brûler l'âme ; Terribles sont ces feux comme ceux de l'Enfer; Quand sur eux passerait toute l'eau de la mer, La mer et tous ses flots ne sauraient les éteindre. L'Amour, tous les torrents ne l'emporteraient pas; Ceux qu'il n'a pas brûlés, pourtant il les faut plaindre. Et qui se meurt par lui peut bénir son trépas. Nul ne peut l'acheter : pour goûter ses ivresses. Oh ! si quelqu'un donnait sa maison, ses richesses, Ses pierres, tout son or, tous ses vases de prix. Comme il repousserait ce riche avec mépris 1

2l6 LE CANTiaUB BES CiLMTl.QVES

(Ch. VIII. 8. 10.)

Notre sœur, cette hirondelle, Petite encore aujourd'hui, Quand ses seins auront fleuri, Que ferons-nous d'elle?

Lorsque le fruit sera mûr, Si notre sœur est un mur.

Toute d'argent sur la belle Faisons une citadelle.

De la maison au printemps Si notre sœur est la porte, La porte aura, riche et forte, En cèdre ses deux battants.

— Si je suis un mur, dit-elle, Mes seins en seront les tours, Ef je serai grande et belle Aux regards de mes amours.

2l8 LE CANTIQUE DES CANTIQUES

(Ch. VIII. II. 12)

Ta vigne de Baal-Hamon, Tu la peux garder, Salomon.

Je sais bien For qu*elle rapporte A tous tes fermiers comme à toi :

Mais quand je regarde, 6 grand Roi, La vigne que j'ai devant moi, Crois-^tu que la tienne m'importe?

(Ch. VIII. 13. 14)

Colombe, enfermée ici, Dans ces jardins ta voix tendre, Mes amis peuvent l'entendre :

Fais que je l'entende aussi.

— La colombe est enfermée, Et tout son cœur est en deuil.

O mon faon, mon doux chevreuil.

Il faut fuir ta bien-aimée.

NOTES

Page 182, X. — Tous ceux gui ont vu les coiffures barbares de certaines femmes d'Afrique ou d'Orient avec des chaînettes pendant et sonnant le long des joues, et aussi sur les bas-reliefs d'Egypte ou d'Assyrie, ces têtes de chevaux si coquettement harnachées et parées, seront frappés par la justesse et la beauté de cette image.

Page 183, 2. — Certaines femmes d'Orient portent des sachets pour parfumer leur sein.

Page 205, 3. — Résidences des deux rois Israélites, à l'époque où le poème fut écrit.

Page 208, 4. — Il y a là, dans le texte hébreu, quelque lacune ou quelque altération, l'une et l'autre peut-être, et qui, selon M. Reuss, rendent à jamais impossibles la traduction et l'explication de ce passage. Nous avons, pour ce petit chant très obscur, suivi la traduction grecque, mais en adoptant pour le dernier vers l'interprétation de Bœteher, Esvald, Renan, et Ledrain, et en passant deux vers, qui certainement pour tous sont incompréhensibles.

Le Giire, 1884.

L'Idole

VIDOLE

'D'après un conte de la vieille Egypte,

A Henri Brewstbr.

kJ n prêtre saint rêvait, assis au bord du Nil ; Et c'était par un soir aimant, un soir d'avril, Un de ces soirs brûlants qui troublent toutes choses ; Sur l'or du ciel passaient des vols de flamants roses ; Et loin, à l'horizon, où se perdaient ses yeux, Semblaient, mirage ardent, apparaître les Dieus...

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