POLTAYA. — EGLISE DU SAUVEUR ET MONUMENT COMMÉMORATIF DE LA VICTOIRE
DES RUSSES SUR LES slÉDOIS.
nitivement fixé. En Ukraine alors, les populations agricoles aspiraient à la paix, à la tranquillité; l'élément militaire, c'est-à-dire les cosaks, leurré par les visées ambitieuses de Mazeppa, rêvait un état de choses qui n'était pas réalisable. Le moment était venu où l'Ukraine orthodoxe devait confier ses destinées soit à la coalition formée de la Suède luthérienne et de la Pologne catholique, soi à la Russie orthodoxe comme elle et héritière de Byzance tant au point de vue religieux qu'au point de vue politique. Ce problème fut résolu sur le champ de bataille de Poltava (1709) et l'Ukraine cessa d'être un étal autonome.
A Poltava, s'élèyent de nombreux monuments destinés à perpé-
}, ^7 juin 1700,
EN l'ETITE-UlJSSIE
tuer le souvenir de la défaite des Suédois. Mais je dois avouer qu'ils ne sont pas en rapport avec l'événement de guerre si considérable en mémoire duquel ils ont été édifiés, dont ils rappellent le souvenir. Moins solennelle, mais présentant beaucoup plus d'intérêt, est la modeste église du Sauveur où Pierre le Grand vint remercier Dieu avec ses généraux après la victoire. Cette église estle seul édifice de l'ancienne Poltava qui subsiste encore.
MOULIN A VENT. — GAVRONTZY, PRÈS POLTAVA. (Photographie du baron de Baye.)
Dans sa noble simplicité, le tertre funéraire où reposent, près d'une église commémorative, les combattants morts au champ d'honneur, est à la fois le plus humble et le plus éloquent des monuments; il est surmonté d'une croix sur laquelle se lisent les belles paroles de Pierre le Grand : « Sachez que pour Pierre la vie ne compte pas pourvu que la Russie existe. »
Ne nous arrêtons pas davantage à Poltava, mais restons dans le gouvernement de ce nom, car nous sommes au cœur de la Petite-
Russie. Occupons-nous des éléments qui forment le fond de la population.
Depuis longtemps, ce peuple se divisait en deux classes : Les paysans, les cosaks. Gela fut. en partie le résultat de ce fait qu'il y a eu ici mélange de races, ce qui est indiqué par le nom de cosak, non essentiellement asiatique.
Les cosaks, en tant que milice organisée, n'existent que depuis
.MOULIN A. EAU. — KiNV'lKOiNa UK l'OLIV.A. (Photographie do M. Staritsky.)
la domination polonaise; mais, comme classe de guerriers libres ayant pris l'initiative de proléger le pays et de piller les voisins, ils existaient de tout temps. Le héros des bylines, c'est-à-dire des anciennes épopées du cycle de Kief, Ilia Mourometz est partout nommé le vieux et robuste cosak.
La Petite-Russie n'a jamais été, à proprement parler, un état. Les chefs du pays, c'est-à-dire les Hetmans, étaient élus par les troupes cosakes et confirmés par les rois de Pologne. Souvent, ils se révoltaient contre leurs suzerains et, fréquemment, ils étaient destitués par les cosaks eux-mêmes. Du reste, ces cosaks ne consti-
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tuaient pas un groupement stable, car la région était dépourvue de frontières et, de plus, le ciment social nécessaire pour qu'une nation exisle, faisait défaut.
La noblesse s'est formée tardivement, pour ainsi dire, par alluvion, en partie de Polonais installés en Petite-Russie et devenus
IIKODEHIES PETIT ES-RISSIENN ES.
(Photographie do la princesse Mirsky.)
Petits-Russiens par la langue et la religion; en partie de riches familles cosakes.
En tant que milice, les cosaks de l'Ukraine ont cessé d'exister. A première vue, dans un village, paysans et cosaks, par leurs costumes et leurs habitations, semblent peu différer. Je ne parle pas des riches cosaks établis dans des métairies isolées ou de ceux qui sont devenus nobles. Ils forment des exceptions. La seule nuance entre les cosaks qui habitent les villages côte à côte avec les paysans, c'est que leur situation matérielle est meilleure.
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Ainsi, ils occupent une plus grande quanlilé de terre et cette terre est leur propriété personnelle. En outre, ni eux, ni leurs ancêtres n'ont jamais connu le servage lequel, du reste, a été imposé aux paysans petits-russiens en 1783 seulement.
J'ai utilisé mon séjour dans les campagnes des gouvernements de Poltava, de Kharkofî et d'Ekatérinoslav à rechercher de chaumière en chaumière des spécimens typiques de broderies petites-
ANC1ENNE BKObEBIE PETJTE-RUSSIENNE.
(Photographie de la princesse Mirsky.)
russiennes. Chez les Slaves, la broderie a, de tout temps, été un art national très développé, art différent suivant les régions et quant à la technique et quant au principe décoratif. En Petite- Russie, ce produit du travail rural présente donc une note spéciale, un caractère distinctif. Mais, de même que les anciennes coutumes et les usages du temps passé tendent à disparaître, l'art de la broderie est aussi tombé en décadence; on le néglige, on tend à l'abandonner. En conséquence, il importe de collectionner ces broderies. La chose n'est pas facile, car les paysans ne veulent pas toujours les vendre et des Anglais, reconnaissant le grand intérêt
qui s'attache à ces œuvres, parcourent la Russie dans tous les sens, les achetant à de gros prix pour le British Muséum. Voilà, certes, de redoutables concurrents.
Vous me demanderez a quel usage sont employées ces broderies en Petite-Russie? Toutes les chemises d'hommes et de femmes en sont ornées, les serviettes, mouchoirs, draps de lit et surtout les
MAKIÉS SORTANT DE L'ÉGLISE. — GAVRONTZY, GOUVERNEMENT DE POLTAVA. (Photographie du baron de Baye.)
essuie-mains, que l'on nomme palatiensa en Grande-Russie et rouchnik en Petite-Russie. Ces bandes de toile brodées ne sont pas seulement employées comme essuie-mains, mais aussi à décorer l'intérieur des maisons; on les dispose surtout autour des icônes. En outre, elles servent dans certaines cérémonies, par exemple, dans la présentation du pain et du sel. Les rouchniki jouent également un très grand rôle dans la célébration des mariages, comme j'ai pu m'en rendre compte.
Si le temps consacré à cette causerie n'était pas forcément limité
par la crainte d'abuser de votre bienveillante attention, je vous décrirais les détails si empreints de saveur d'une noce villageoise. Puisque ce sont les broderies qui m'ont amené sur ce sujet, je vous dirai que le premier cadeau de fiançailles est un de ces rouchniki qu'a brodé la fiancée pour son fiancé; que pendant la cérémonie religieuse, les mains des fiancés sont liées par un
une noce. — village gavrontzy, gouvernement de poltava.
(Photographie du baron de Baye.)
rouchnik; que les garçons d'honneur ainsi que le maître de la noce ont en sautoir un rouchnik et qu'au sortir de l'église, les deux nouveaux mariés portent les images saintes avec lesquelles on les a bénis, entourées de ces bandes brodées. Ils vont à leur maison et les toiles brodées, mélangées aux branches d'arbustes, aux guirlandes de fleurs en papier, aux rubans rouges, éclairés par les lueurs des lampes brûlant devant les images saintes, forment un décor brillant et pittoresque. Toute la noce est rassemblée. On boit de l'eau-de-vie, on danse, on chante. Les jeunes filles font,
sous forme de chants plaintifs, leurs adieux à la mariée. « Comme « Matrouchka rendait les clefs en quittant son père, elle dit en « soupirant : « Je ne suis plus gardienne de tes clefs, je dois me « séparer de toi. Ma petite sœur me remplacera. Quant à moi, « je dois contenter ma belie-mère! »
Le fiancé offre comme cadeau de noce à sa belle-mère une paire
HANSE APRÈS LE MARIAGE. — GAVRONTZÏ, GOUVERNEMENT DE I'OLTAVA. (Photographie du baron de Baye.)
de bottes et, quand il vient la chercher pour la cérémonie nuptiale, il doit lui-même la chausser de ces bottes. Lorsque la belle-mère part avec son futur beau-fils, "la noce chante :
« Bottes, mes chères bottes, « Bottes que m'a données mon gendre, « Bottes pour lesquelles il m'a pris ma fille, « Bottes qui m'ont fait beaucoup de mal et causé tant de « soucis! »
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Mais, puisque nous ne pouvons, faute de temps, assister à toutes les cérémonies de la noce, quittons la khâta où elles se déroulent, quittons le gouvernement de Poltava; abandonnons FHetmanie pour la Zaporogie.
L'histoire de la Petite-Russie est intimement liée à celle des cosaks zaporogues. La rivière Orel forme actuellement la limite