‹ En route pour la mer GlacialeChapitre 7 sur 105 · EN N · texte numérisé non relu

EN N

Nous voiei ms Les États-Unis et dans l'État de Michgan, ancien pays français, La vue du'lac [luron me

reporla vers les rivages aimés de la Médilerrance-"

lorsque ses ondes calmes et bleucs réfléchissent l'azur

du ciel de Provence par une sereine soirée d'été, Le

soleil incandescent s’éteignait dans le cristal des caux. L'éther se mariait avec la lumière jaune du Soir pour 7 former des teintes d'une douceur infinie dans leurs ‘ dégradations. Quel est le peintre qui reproduira ces tons chauds et moelleux? J'ai retrouvé ces’ mêmes teintes sur les bords du Missi-Sipiy et de la Rivière Rouge, mais nulle part ailleurs. On dirait qu’une partie de la lumière dorée du'soleil s’est fondue dans l'air. En

effleurant les régions plus denses du zénith,, ce jaune

passe au vert avant d'atteindre au bleu €t au violel. Du côté de l'horizon, au contraire, ils se résout en rouge

-vif en passant -par l'orange. De sorte qué-la voûte du

firmament, si on la contemple de l'occident à lorient, présente toutes les couleurs du spectre solaire.

Je n'hésite pas à dire qu'un talslcau peint dans, ces conditions de colofis irisé, serait refusé d'emblée ‘ au Salon. Aucun juge de l’art ne voudrait admettre la réulité de ses teintes. Combien souvent le grand peintre

‘de là nature n’est-il pas ainsi en désaccord avec les

peintres de convention!

Sur la Leinte de gomme-gulte des fonds, des nébules eirrbiques. teintes du vermillon le plus vif par les derniers regards de Pétoile du jour, se dispersaient sur la marge du lac comme des dragons fantastiques; tandis

que sur le disque. rougr-ct énorme du soleil, une flottille N

pu

de barques de pêche se détachait en noir comme des gril-" lons emprisonnés dans un globe de, cristal. Tout près desnous, les ondes glauques du lac Sainle-Glaire reprodtisaient dans leur sein des rivages délicicux aussi fidèlement que l'eût fait un miroir. |

“Dans le lac Ontario, Peau, est d’un blanc d’opale; au lac Huron elle est verte. Celles de l'Ottawa, du Saint- Laurent, de la Saskatchewan sont laitenses. Enfin dans le Missi- -Sipiy, la Minnesota el le Wisconsin, les caux' sont couleur de rouille. . : ” =

Le lac Iluron communique avec le lac. Michigan par. un simple détroit où les l'rançais avaient construit le fort Michili-Makinak ou Grande-Tortue, sur Pilé de ce nom. L’fle Manitoulin le divise en deux grandes baies. Il reçoit les eaux du lac Supérieur par un bras de ri-

vièretrès rapide qui porte le nom de Sault Sainte-Marie.

Cest au sortir du lac Huron que se trouve la véritable source du Saint-Laurent. Il y porte le nom «le. rivière Sainle-(laire, Aprèsavuir couru pendant 44 le klomètres, il forme le lac de mème non; puis se rend au lae Érié sous le nom de rivière du Détroit, sur un parcours de 2,750 mètres, ‘près avoir reçu la Thames, « x -

Asa sortie du lac Évié qu'il Lraver se, le, Saint- Laurent se précipite dans l'Ontario par la rivière el’ la" cataracte de Niagara. Cette. dernière a 40 mètres de, haut. Après avoir franchi l'Ontario ;, ce fieuve mesu-" rerait encore 825 kilomètres de coùrs, d'après: les Canadiens. Mais je n’admets pas qu'il porte ce nom

zu

au delà de Pile d'Orléans qui en est le delta de l’époqué mé

moderne. Là se trouve la véritable embouchure du :;, aint-Laurent. Au delà, l'eau est salée, son lit n'est °

plus qu’un fond de mer couvert d'algues et de varech; . on y pêche du poisson de mer, du homard et des coquil-

Ha

lages : des troupes de dauphins s’y jouent constamment au soleil. Cela peut-il ‘appeler un fleuve? Certainement que le courant se fait sentir bien au delà de l'ile d'Orléans; mais cela a‘Cgalement lieu pour (dus les fleuves du monde, el c’est à tort que ce rétrécissement du golfe continue à porter le nom de Saint-Laurent.

Æa tout, le Saint-Laurent mesure 4.022 kilomètres 500 mètres de cours. Mais le Mackenzie, le Youkon et le MissiSipiy lui sont encore supérieurs en parcours.

Le lac Huron à une attitude de 200 mètres. Le lac Supérieur n'en a que 33 de plus. Le premier mesure 360 lieues de circuit, le second 500. Le premier a 81 lieues de long sur 80 de lärge; le second 148 sur 120. La profondeur du lac Huron est de 120 à 200 mètres: celle du lac Supérieur de 160 à 200 mètres.

# «Ces beaux lacs sont donc de véritables.mers médi- “sterranées. La seule chose que je ne conçoive pas, c'est : que les Canadiens en soient aussi fiers que s’ils en eus- . sent eux-mêmes creusé les bassins.

Les cinq grañds lacs canadiens eouvrent une superficie de 40,295 kilomètres carrés.

— « Diürôitl'» crie le conducteur de sa voix la plus’

gulturale. Cela veut dire Détroit; la première grande ville américaine où nous nous arrètions. Un omnibus nous conduit à Russel- Hôtel pour yssouper et y passer

la nuit. C'est un établissement bien tenu et d’un grand

genre, mais où, faute d'espace, nous dûmes coucher deux par deux dans le même lit. Le Détroit est une ville de 50, 000 âmes au moins, pavée, éclairée au gaz, ayant, comme toutes lesvilles de l'Union américaine, de

larges artères, de belles maisons, des banques, de.

splendides boutiques et une profusion d’églises appartenant à une foule de sectes.

Voilà ce que les Yankees ont su faire des forèls des Oumiamnis, des Potlacalumis et des Maskoulimis. Mais

:.Ditrôit ne fut pas toujours tel. Il fut un lemps où il

s'appelait le Détroit Sainte-Claire et n'était qu'une simple colonic française. Qui s’en souvient dans notre trop oublieuse patrie ?

La découverte du. lac Iluron et la fondation du premier établissement français au Détroit datent de l'an 4610. Mais les coureurs de bois qui en furent les pionniers ne nous ont pas légué leurs noms. Trente-six ans après, d’autres Français dont l’histoire a enfe- ‘gistré les hauts faits, les Jésuites Brébœuf, Joggues, | Lallemand, Daniel, et Raimbault, cinq martyrs, s'enfoncèrent jusqu'aux extrémités du lac Iluroh et y fondèrent, entre ce lac et le Supérieur, les villages chrétiens de Saint-Joseph, Saint-Michel, Saint-Ignace et Sainte- Marie, devenus aujourd'hui des villes. Ils y évangélisèrent les Hurons et les Tchippeways, les uns et le autres haïs et traqués parles féroces Iroquois. Surprée par ces derniers, ces missionnaires en furenl mis à mort

. avec des raffinements de cruauté qui font frémir.

| Soixante-dix ans &près la fondation de la colonie du : Détroit Sainte-Claire, le récollet parisien Louis ITenne- : pin, du couvent de Saint-Germain, qui la visite, écrit vait « que le Détroit est plus beau que le Niagara ; que ses berges sont de vastes prairies où la vue est { bornée par des coteaux couronpés de vignes, d'arbres fruitiers, de bocages, et de forèts si bien disposés que personne ne voudrait croire que la nature seule ait pu |! produire un point dé vue aussi charmaüt. 3

| La nature avait créé le point de vue, les: coteaux, la

rer

prairie et les forèts ; mais les vignes et les. arbres fruitiers n’élaient pas de son fait. Leur présence au Détroit

MER GLAGIALE. 5

ne peut être attribuée qu'à l'initiative de ses habitants, les coureurs de bois qui s’y étaient établis en 1610: A moins qu'il ne faille voir dans celle gracicuse peinture . qu'un effet naturel de l'imagination du pieux explorateur, ce que j'ai peine à croire. ‘

En 1700, M. de Lamotle-Cadiilac construisitt au Détroit le fort Pontchärtrain pour y défendre l'entrée des grahds lacs. Quelques années après, la France y renvoya un renfort de colons qui, en se mélangeant avec la population tchippeway, procréèrent des Métis

. et assurèrent lPavenir de la colonie: parce qu’on sait

bien que les Métis demeurent aux lieux qui les voient païtre. Néanmoins, le Détroit demeura un centre d'ex-

. plorations et de commerce de fourrures pour les cou-

reurs de bois français, qui, de là, s'élançaient chaque année vers la Rivière Rouge du Nord. ‘ Cinq fois, dit un écrivain américain, cinq fois le drapeau changea de maitres au Détroit, sans que ces Français songeassent à l'évacuer. Tour à tour française, anglaise et américaine, cette cilé naissante redevint encore anglaise pour appartenir définitivement à

l'Amérique.

« Jusqu’en 1830, les Yankees ne songèrent point à

"s’y établir pas plus qu’à coloniser l'immense État du ‘ Michigan. Les titres non encore éleints des Indiens, les

principes et les opinions des premiers colons français, et, par-dessus tout, la barrière qu’élevait entre le Détroit et les États du Sud le Marais-Noir, mirent jusque-là obstacle à l’arrivée des immigrants.

« Forts du droit seigneurial que leur donnaient les anciennes chartes françaises coloniales, les Français demeurèrent paisiblement possesseurs de leur domaine, * jouissant ‘de leurs rs petites maisons construites le long de

la rivière du Détroit Sainte-Claire. Cette disposition : donnait à ce bras de rivière une apparence de colonie florissante, alors qu'à GU0 mètres en arrière de leurs : terres Lout était encore forêts et marécages. « Cette ligne de cabanes s’étendait de la rivière au Räisin, tributaire dù lac Erié, jusqu’au lac Sainte- Claire. {1 y avait là des Français agriculteurs. d’autres qui faisaient le commerce des pelleleries; il y avait des coureurs de bois illustrés par-la plume de Cooper ; des voyageurs qui cireulaient en canot d'écorce sur l'immense surface du lac Supérieur. Lis vivdient fraternellement avec ces mêmes tribus que nous, Américains, considérons comme perfdes et cruelles*. Leurs coureurs de bois pénétraient au delà du Mississipi; leurs” voyageurs s’en allaient du lac Supérieur au Saint-Laurent, paisthlement et avec succès et profit, alors que nds fourreurs appartenant aux autres :

ivaient dans un continuel danger d’être massacrés, Tels étaient les colons français du Détroit, + « Tous ces colons étaient catholiques et dévoués :à leurs prêtres quiles avaient suivis sur la terre étrangère. Is assistaiént à la messe le dimanche, puis dansaient paisiblement, Îe soir, sur la verte Del Eia g gigue et le menuët, comme les bons paysans de Brelagne gt de Normandie, patries de leurs ancêtres. Î « Lorsque les Américains youlurent s'établir dans ces parages, les droits de ces premiers colons ne furent pas toujours reconnus ni défendus par les hommes de loi yankees. Bien souvent le couteau et le poignard

1. Notons avec” soin ce témoignage américain, par lequel il conste que les héros de Fenimore Cooper nc furent autres que des Français travestis en Anglais.

- 2. Autre aveu précieux à recueillir

vidèrentleurs querelles. En 1812, un massacre de soldats américains par les colons français eut lieu dans un village français devenu maintenant la ville de Monroë'.»

Cette page d’un auteur américain est si amicale, si véridique, si imparliale, que je n’ai pu résister au désir delalraduireen sun entier pour engratifiermes lecteurs. La sincérité de cet écrivain protestant ct sa’ franche admiration de nos compatrioles donnent à son lémoi gnage une valeur qu’ils apprécieront, ”-

Quels qu’aient été ces beaux débuts, ils ne-peuvent cependant rivaliser avec la fougue colonisatrice des

____Anglo-Saxons.-Cefut-cn1836-que les Américains com-

mencèrent à s'établir au Détroit; sept ans après, sous Pimpulsion de ce peuple diable-à-quaire, cette colonie, devenue Ditrôit, était la capitale du Michigan.

D'un côté, 220 ans d’humbles tâtonnements pour former une petite colonie de cultivateurs et de demisauväges bientôt expirante. De l’autre, 32 ans seule- -

“ment pour transformer cetie modeste agglomération agricole en une capitale florissante de cinquante mille ‘ âmes, sans compter une foule de villes moindres et de bourgs | -

‘Ce phénomène que vit le Détroit s’est produit identiquement le même, de nos jours, à la-Rivière Rouge et en infiniment moins de temps. En 1862, les bords de ce cours d’eau présentaient ce même aspect paisible, riant et heureux dont nous venonside lire ici la description:

‘ Sitôt que l’élément anglo-saxon eut envahi cette modeste et humble colonie franco-métisse d’Assiniboya, son ; développement marcha à pas de géants, et Wi inipeg- City ht dépasse: aujourd’hui la population américaine du Détroit. Î

4, Appleton. Picturesque Annerica. New-York, sans-datc.

O ma palrie, la jalousie et l'angoisse de mon cœur m’empéchent d'ajouter la moindre réflexion. Hàtonsnous de fuir ces lieux néfastes dont le souvenir est si

poignant pour mon patriotisme !

Le 7 mai, je côtoyai le lac Érié, une découverte de deux sulpiciens français, MM. Gallinée et Dollier! Érig, en iroquois, signifie Heu plein de cerises. Ce lac, le plus

petit des cinq, n'a que 82 lieues sur 1, et 180 de

Cir-.

cuit. En France, nous lrouveriôns ces Ste de plus

que. respectables. Son altitude est. de 188 mères fonder de 34,

Nous, nous arrètames à Monroë, cet ancien vil - français qui fut détruit parles troupes yankees,

a pro-

lage.

et y

primes la ligne de Milwaukee. Le terrain y est sablonneux, le éol. peu productif. On y voit encore beaucoup

de terrains vagues et en jachère. À Coldwater, je vis ora- Le]

‘une batteuse mécanique müe-par un cheval qu

vissait un plan incliné dont les marches étaient disposées comme les auges d’une noria. Gette machine américaine a été vulgarisée dans nos campagnes, sous le nom de

baiteuse à lécureuil, depuis que les Yankees veulent plus. C'est nous qui l'avons inventée |

n'en

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