LA MAISON DE JEAN L'OURS
Ma maisonnette, moins construite qu'ébauchée Avec des pierres brunes qui vont de guingois, Formant des collines et des vallées.
Est portée vers la mer par un cap noir de profonds bois. Plus bas des oliviers se glacent d'argent triste, On ne sait pourquoi nocturne et stellaire ; Mais en plaine, les chênes-lièges vert-et-or Ont aussi des feuilles d'aurore et d'améthyste Chaud printemps diapré dont les rameaux s'éclairent.
Les yeux glauques de la maisonnette n'ignorent Aucune anse du sinueux goîfe nacré Où les forêts, un peu tremblantes, se reflètent, Où les voiles sont de blancs fantômes cuivrés De soleil faible qui les sème de paillettes.
Les soirs violâtres sont exquis Lorsque la longue brise toscane Apporte un charme italien à la campagne Et les parfums de Firenze à l'acre maquis.
Mais, sur la route fauve et coralline.
Trottent les ânes bleus, mauves, éblouissants, Qu'une clarté du couchant illumine.
Et voici, dans ce chemin durement tournant, Mortel aux petits ânes des lourdes charrettes, Les " demoiselles " et les " dames " en toilettes!
O spectres de la vie d'ailleurs
Ne faites plus ces longues ombres violettes
Sur la maison solitaire où du passé meurt !
LA MAISON DE JEAN l'oURS 1 1 3
Car les fantômes de vos fausses joliesses Paraissent fuir mais hantent pour jamais ses murs Et m'apportent au lieu d'exil, présumé sûr, Quelques formes que j'ignorais de la Tristesse.