LA TÉNACITÉ FRANÇAISE
Un de nos hommes politiques disait l’autre jour aux parlementaires anglais qui nous ont honorés de leur visite “qu’il y à aussi une ténacité française.” Il n’a dit que la
1rue qui va, rue des Tuileries qui mène à la rue des Pyramides, '
vérité toute pure, Il n'y a guère, en effet, de peuple plus tenace que le nôtre et en voici, je crois, la raison : nous sommes une race paysanne ; tous ou Presque tous nous sommes fils, petits-fils ou arrière-petits-fils de Paysans. Je me plais à croire que nous ne rougissons pas de cette origine ; il n’y en a pas de plus ancienne et de Plus illustre ; vous vous souvenez de la vieille chanson que chantaient autrefois les paysans de France et d'Angleterre : “Quand Adam béchait et qu'Eve filait, qui donc était gentilhomme ? ”
L'âme provinciale, chez nous, est tenace et chacune de nos Provinces à son caractère original et distinct de tén. ité. Nous disons couramment: “Tétu comme un Breton, comme un Normand, comme un Auvergnat”; nous sommes tous, chacun à notre façon, tenaces et obstinés, d’un bout à l'autre de notre pays. Le Breton est tenace, comme son granit et ses bruyères, que cela n'empêche pas d'être roses 3 le Normand, comme l'arbre de ses falaises, qui résiste au vent de mer, et comme ses pommiers aux fortes racines ; l’homme de l'Auvergne, du Cantal, du Rouerg ue et du Quercy, comme ses châtaigniers. Il n'est pas nécessaire pour être tétu d'avoir l'œil enfoncé, l'air violent, les muscles tendus, le front étroit ou barré; il ya une ténacité souriante et souple qui n’est pas la moins inflexible, Le Champenois lui-même est tenace, comme sa vigne qui s'agrippe au sol. La ténacité du Parisien est légère et Mmoqueuse ; celle du Lyonnais, concentrée ; celle du Provençal, chaude et remuante, Ronsard comparait notre race ‘‘au saule verdissant” qui ne cède ni aux injures du temps ni aux. morsures du fer et qui ne se rend jamais.
Nous sommes tenaces dans nos idées, dans nos sentiments, Notre paysan de France n'a peut-être pas un grand nombre d'idées, mais il tient aux essentielles, il s’y accroche, s’y attache, de toute son âme et n’en démord pas. Nous sommes tenaces— toute notre histoire le Prouve—dans nos amitiés: nous ne trahissons jamais ; gens de parole, nous tenons obstinément
et sans faillir les serments jurés Nous sommes tenaces également dans nos antipathies, dans nos haines, et quelquefois dans nos préjugés. S'il est difficile de nous faire revenir d’une idée fausse, d’une opinion préconçue, qui se sont une fois emparées de nous, il l’est encore plus d’extirper, même par la menace ou l'intérêt, ce qui nous est entré dans la tête et dans le cœur et fait partie intégrante de nos âmes: les souvenirs de notre histoire, les leçons et les exemples de nos ancêtres ar, si nous n'avons pas tous des aïeux, au sens aristocratique du mot, nous avons tous des ancètres, les mêmes, qui nous ont légué leur âme, qui vit en nous, et à laquelle nous ne voulons pas renoncer,
Nous sommes tenaces à l'ouvrage et nous ne nous laissons pa: rebuter par !4 continuité de l'effort. Regardez un paysan
de'richer et labourer sa terre, travailler d’arrache-pied sur un sol ingrat, dont sa ténacité laborieuse finit par avoir
raison. Nos ouvriers, l’ouvrier parisien lui-même, que l’on
accuse parfois d’être amateur et intermittent, ne sont pas moins tenaces que nos paysans. Voyez l'ouvrier français, menuisier, serrurier, petit fabricant, à son établi ou à sa forge, ses outils en main. Il chante assez souvent, —même suns être peintre, —mais il ne flâne et ne s'endort pas ; il prend plaisir à son métier et à sa tâche, même rude; il ne la quitte que lorsqu'elle est finie et bien finie, à son gré, à son goût et, comme il dit, “à son idée” ; il est “enragé” après elle, comme il dit encore ; son amour-propre corporatif et individuel est le stimulant de sa joyeuse et allègre ténacité,
Tous les jours, depuis plus de dix-huit mois, nous avons sous les yeux l’admirable preuve de cette ténacité de l'âme et de la race françaises. Et celle-là est héroïque ; c’est celle de nos soldats et de leurs ofliciers, dans la tranchée ou dans la bataille, Tenir, tenue, maintien, ténacité, sont des mots de même racine et qui participent du même sens. La tenue morale de notre nation, que des malveillants qu des jaloux
disaient étourdie, frivole et inconsistante, mérite aujourd’hui l'est, e du monde; la tenue et le maintien au feu de nos solauws méritent et obtiennent son admiration. Ceux-là tiendront, n'en doutez Pas, jusqu’au bout, jusqu'à la victoire définitive, qui les Payera de leur eflort, de leurs sacrifices, et qui sera la juste récompense de leur Vaillante ténacité. Vous en avez vu sans doute quelques-uns et vous avez causé avec eux; vous avez lu leurs lettres, leurs journaux ; vous savez quels sont leur entrain, leur patience inaltérable, leur bonne humeur, Je ne veux pas m'étendre là-dessus. Une des qualités maîtresses de celui qu’ils appellent avec a
x que de confia de “père ” les soldats fra des commandants d’armé Ps, n'est-ce pas cette ténacité ôter à l'effort de son énergie et au calcul de sa pr fvoyance, se communique aux hommes, moins pour les électriser que pour les soutenir, et, d’un bout à l’autre du front, Prévient, empêche ou arrête le fléchissement ?
Il ya donc, il Y à toujours eu, car elle n’est pas née d'hier et ce ne sont pas les circonstances qui nous l'ont donnée, une ténacité fr oujours eu un élan françai
es époques, c’est-à-dire
dangereuses, de notre histoire; elle
nous vient de notre sang, de notre esprit, de notre caractère, de notre endurance ; elle fait Partie de notre Abpert, j'allais dire de notre outillage national, dans cette “lutte pour la vie,” qui est la loi des individus et des sociétés ; elle nous aide et nous soutient dans les travaux de Ja paix et dans les rudes
besognes de la SAT EN Nous avons aussi ja conscience
tenace : nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas nous