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LA PROVENCE-II TORPILLÉE

Le ministère de la marine communique la note suivante :

Le croiseur auxiliaire Provence-TI, momentanément affecté à des transports de troupes pour Salonique, a été coulé, le 26, dans la Méditerranée centrale.

D'après les renseignements parvenus à cette heure, 296 naufragés ont été ramenés à Malte et environ 400 à Milo par les patrouilleurs français et anglais qui ont rallié un appel par T. S. F?

Les recherches continuent sur les lieux du naufrage.

D’après le témoignage de M. Bokanowski, député de la Seine, attaché à l'état-major de l'armée d'Orient, qui se trouvait à bord, aucun périscope n’a été aperçu, ni avant, ni après l'accident, ni non plus aucun sillage de torpille.

Aucune gerbe d’eau ne s’est produite au moment de l’explosion et la veille était très soutenue ; les armements des pièces sont restés à leur poste jusqu’au dernier moment,

ses ErNSS Ma classe 1917, les militaires qui auront 20 ans en 1917, 2T.S. F., télégraphie sans fil, ]

Les noms des survivants seront affichés à Ja porte du ministère de la marine au fur et à mesure de leur communication.

La Provence-Z] était armée de cinq canons de 14 centimètres, de deux de 57 millimètres et de quatre de 47 millimètres.

Avant d'être réquisitionnée comme croiseur auxiliaire la Provence-]1 appartenait À la flotte de la Compagnie générale transatlantique, Lancée en mars, 1905, la Provence.11 avait 190 m, 4 de longueur et un déplacement de 19,160 tonnes Pour un tirant d’eau de 8 m. 15.

La vitesse du navire réalisée aux essais en avril 1906 atteignit 22 nœuds 1/2,

La puissance de ses turbines était de 30,000 chevaux,

Ce Paquebot, très luxueusement aménagé, pouvait recevoir 1,382

Passagers, dont 442 en Première classe, 132 en seconde, et 808 en troisième,

La Provence.1] comportait tous les perfectionnements modernes, notamment la télégraphie sans fil,

Sa première traversée fut effectuée le 11 mai, 1906,

Le nom du Paquebot Prorce a été modifie en Provence-11, après

l'entrée de ce bateau dans la flotte auxiliaire de guerre, pour éviter toute confusion avec la Provence, cuirassé.

—Journal des Débats, 1er mars, 1916, RÉFLEXIONS D'UN IMMOBILISÉ

Ceux d’entre nous qui respirent le plus librement ont eu, ces jours-ci, le cœur serré : la bataille de Verdun pesait et pèse encore, comme un plomb, sur toutes les Poitrines, Si tout le monde se taisait, on entrendrait battre, je crois, le cœur de la France. Il bat toujours, un peu plus fort, mais d'un rythme normal et régulier. Sans nous congratuler Sottement et nous jeter dans les bras les uns des autres, nous Pouvons être contents, dans ces jours d’épreuve et d'attente,

de la fermeté d'âme et de la tenue morale de notre cher pays.

?La bataille de Verdun a commencé le 21 février.

Vous vous rappelez l’admirable dessin du maître Forain! sur les Civile et sa légende toute spartiate : “ Tiendront-ils ?” Ils ont tenu, ils tiennent encore ; ils tiendront, je pense et j'en ai la ferme conviction, jusqu'au bout. 11 n'y a pas eu dépression dans notre pays, il y a eu anxiété ; la confiance n’a pas été ébranlée, le courage n'a pas fléchi, l'espoir non plus.

C'est une bonne chose que de ne pas perdre son sang-froid, de garder sa tête dans les jours anxieux. Ils ressemblent aux grandes émotions et ils nous en donnent d'ailleurs de fortes et de salutaires : ils nous rappellent au sentiment de la réalité, c'est-à-dire de l'épreuve, et, par suite, à celui du devoir; ils suspendent les petits propos, les voix inutiles et discordantes, Ils mettent aussi en relief et en valeur le caractère et la personne de chacun ; ils montrent toute la distance qui sépare l’homme énergique et résolu de celui qui à peur et qui aime presque à faire peur aux autres ; le silencieux, qui se tait pour se recueillir et pour mieux écouter sa propre pensée, du bavarqui s'évertue en phrases et en gestes. pour laisser fumer dehors son agitation ou pour dissiper son inquiétude «n l'exprimant. Les gens de chez nous n'aiment pas les agisés, C’est surtout en temps de crise qu’ils sont indésirables et malfaisants, et, s’il est naturel de ne pas les écouter, il est souvent ditiicile de ne pas les entendre : ils font tant de bruit ! Or, le bruit ne vaut rien, aux heures tragiques, en dehors du champ de bataille et de la ligne ce feu.

Paris, vous le savez comme moi, est resté tranquille et calme, ces jours derniers, la ! ince aussi. Il s'est fait tout à coup un grand silence, non pas morne et consterné, mais viril et stoique. C’est dans un silence comme celui-là que communient le mieux toutes les âmes d’une nation ; que les impressions s’échangent, sans se traduire; que toutes les volontés s'accordent. Il n'y avait qu’à regarder les yeux et les physionomies des gens que

1Forain (né en 1852), peintre et dessinatour, s'est fait connaître surtout comme caricaturiste,

l'on rencontrait sur son chemin. On ne se jetait pas sur les journaux avec une avidité inquiète ; on n'échangeait pas àe banalités ou d'exclamations. Le son même des Voix avait un Peu changé ; elles avaient pris, naturellement, un timbre plus grave. Nous nous souviendrons tous de cette dernière semaine de février, 1916, qui aura marqué une date dans notre Le A

Civis.

—Journal des Débats, > mars, 1916,

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