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LE CINÉMA SCOLAIRE

Les écoliers d’aujourd'hni sont bien heureux : tout le monde s'ingénie à leur rendre le travail facile et doux. Leurs livres classiques sont, pour la plupart, des chefs-d’œuvre de simplicité et de clarté ; leurs manüels d'histoire ou de littérature reproduisent les plus beaux tableaux ou les plus curieuses estampes des musées d'Europe ; bref, il faut, à l'heure actuelle, une dose peu commune de résistance et d'énergie pour arriver à ne pas prendre d'intérêt aux études scolaires. Mais ce n'était pas assez pour la pédagogie moderne ; le ministère de l'instruction publique a décidé d’adjoindre le cinématographe aux moyens

traditionnels d'enseignement, et nous allons avoir le cinéma ad usum scolarum.

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EN TEMPS DE GUERRE Pour préciser Jeg détails de cet enseignement sion fort nombreuse vient d'être nommée, Elle comprend d’abord quatre sénateurs, neuf députés et tro

is conseillers Municipaux : ainsi l'on peu

t être sûr qu'aucune Propagande contraire aux institutions ne sera faite, par le moyen du film, à nos citoyens en herbe, Cette commission comprend aussi des professeurs de sciences et des techniciens de toute sorte, I] est donc probable que les jeunes naturalistes suivront sur l'écran les métamorphoses du têtard ou du ver à soie—ce qui les dispensera de surveiller ces Opérations dans leurs Pupitres— et les démonstrations de physique et de chimie les plus difficiles. Pour les cabinets de physique Pauvres, ce sera une ressource infiniment précieuse: une fois qu'on aura cinématoratoire, elle sera reproduite oles de France. Cette combinaison

graphié une expérience de labx sans frais dans toutes les éco aura l'avantage de montr

odeurs,

On s'étonne de ne Pas trouver, la Commission, un seul professeur être une lacune regrettable, cinéma procure, av.

C'est d’ailleurs une

dans la liste des membres de de géographie : c’est peut- Pour bien des spectateurs le ant tout, un Voyage dans un fauteuil.

fort agréable manière de Voyager: pas de bagages égarés, pas de tracasseries à la douane, pas d'ennuis d'hôtels, pas de cuisines exotiques, — mais des ciels invraisemblablement bleus ou roses, des Prairies ineffablement vertes, et des lacs chargés de reflets de moire! ... S'il faut que les petits Français Prennent de plus en plus goût à la colonisation, rien ne sera plus eflicace que de leur montrer

Pays étranges, Surtout si l'opérateur sait les « présenter ” comme il faut,

au cinéma les

Et que fait-on des professeurs d'histoire

7 Ne trouveraientils pas un sérieux auxiliai

re dans le cinéma ? Depuis qu’on

n’apprend plus d’anecdotes aux enfants, parce qu’elles ne sont pas positivement ‘‘historiques,” ils ne savent plus rien du tout. Un petit garçon de dix à onze ans, dont la tête a été bourrée, pendant les quärante semaines de l’année scolaire, avec l’histoire des Egyptiens, des Assyriens et des Chaldéens, des Phéniciens, des Hébreux, des Perses, des Grecs et des Romains (car tel est le modeste programme de la sixième !) a tant appris qu’il n’en retient pas grand’chose; que l’on renforce donc, au moyen du film, les idées dices générales des pauvres mioches par des scènes bien comprises.

Il y a quelques années, on voyait au cinéma l'assassinat du duc de Guise mimé par des acteurs en renom dans le décor du château de Blois, et c'était un spectacle passionnant. De même, le soldat de Marathon, Horatius Coclès, le Vase de Soissons, la Culotte du roi Dagobert, les Cages de Louis XI et tant d’autres laisseraient aux élèves un souvenir précis ; ils apprendraient un peu de chronologie par les costumes s'ils ne l’apprennent pas par les dates.

Que l'on n’aille pas trop loin cependant dans cette voie et que l’on n’applique point le cinématographe à la littérature ! L'Odyssée a été déjà mise en film et c'était une des choses les plus tristes qu’on püt imaginer. Grâce donc, grâce pour Homère, pour Virgile et pour Racine! . .. On permettra seulement aux cinématographistes de “tourner,” pour les classeædo grammaire, le fameux quadrille des Participes, dont un phonographe chantera les paroles mnémoniques: “Le particip’ passé 8’ conjugue avec avoir . . . !”

Mais la commission du cinéma scolaire a-t-elle songé, dans son zèle spéculatif, au sort des malheureux professeurs qui présideront à ces séances? Il faudra faire l'obscurité dans les classes. L'obscurité? . . . Cris d'animaux, taches d'encre, boulettes de papier mâché, vestes déchirées, yeux pochés . .. O pédagogie, voilà bien de tes coups !—U.

—Journal des Débats, 2 avril, 1916.

mplatives, si l’on ne du plaisir bucolique de voir passer les gare offre plus de variété, Monotone par des chants sans ennui, Le métier d revers comme les autres s Aux heures calm

Pimpantes dans leur Costume noir, brassard,

Une profession paisible,

Assises sur un pieds sur un petit banc,

strapontin, les elles trompent la

longueur du ;

Propagent le long autre, -

» Vexé, comme si c'était leur faute émeuvent pas ; leur dialogue reprend et gare de son murmure.

; elles ne s’en de nouveau remplit la

© presse, c'est la cohue asin, au bureau,

des gens qui vont Où qui rentrent pour dîner.

anquer ce convoi qui passe

€ une catastrophe : on dirait que c'est le dernier ; ils se hâteraient moins vers Je paquebot de New-York, qui ne part qu’une fois Ja semaine, les marches quatre à quatre, g

au bas de l'escalier juste au m

nutes leur semb]

Descendant alopant, bousculant, ils arrivent

oment où la porte de for claque

?Métro, abréviation de M, Paris,

PAR RER RTS me itropolitain, chemin de fer souterrain de

avec un bruit sec, Le convoi roule encore ; ils auraient tout le temps de passer et de gagner les voitures ; mais la consigne est là, la porte doit se fermer dès que le train entre en gare ; la contrôleuse est sans pitié. Ils voient de vieux messieurs et de vieilles dames descendre, ils voient de vieilles dames et de vieux messieurs monter: “Je serais parti vingt fois!” La contrôleuse laisse dire ; on corne, on siffle, le train s’ébranle lentement ; la porte de fer se rouvre: “Non, Madame, vous y avez mis de la mauvaise volonté !”

Ceux-là sont relativement commodes ; il y a les subversifs, pires que les grincheux. Indovciles aux écriteaux, ils se faufilent par l “ Entrée interdite ” et l'on doit courir après eux, le sécateur à la main, pour-leur percer le petit trou. Les plus hardis escaladent les barrières et se ruent dans la gare avec une sauvagerie de taureaux échappés ; il faut s'élancer sur leurs pas, rattraper ces furieux. L'un jure, l’autre crie, tandis que la foule des arrivants murmure et tambourine sur la porte de fer. “ Vous ne feriez pas ça si j'étais un homme !” déclare la contrôleuse. Et elle a bien raison; les plus enragés montrent subitement une douceur d’agneaux quand par hasard au bas de l'escalier, au lieu de la contrôleuse, ils trouvent un sergent de ville. —Z.

— Journal des Débats, 5 avril, 1916.

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