LES LIQUIDES ENFLAMMÉS
Plusieurs fois, depuis le commencement de cette bataille de Verdun, nos ennemis nous ont attaqués avec des liquides enflammés. Ils avaient commencé longtemps auparavant.
Ul ne faut pas oublier que dans les journaux on doniio Bouvent la traduction des noms des journaux étrangers : cf. Kolnische Volkszeitunff, NeueMte Leipziger Nachrichlen, etc.
On les voit s'obstiner à perfectionner l'emploi de ce procéda? barbare, plus barbare encore, semble-t-il, que celui des gaz asphyxiants. Toutefois, les liquides en feu, en raison de leur faible portée, ont au moins l'avantage de ne pas risquer d'atteindre les populations pacifiques en arrière du front. Nous en voyons deux formes : tantôt une pompe cachée dans une tranchée allemande projette au loin du pétrole ou du goudron, tantôt une équipe d'assaut s'avance, chaque homme portant sur le dos un appareil individuel. Le jet s'étend jusqu'à trente mètres; peut-être est-il poussé par une force accumulée comme celle d'un réservoir d'air. On conçoit quelle supériorité cette arme terrible possédera sur la baïonnette. Si elle a des inconvénients, si elle expose l'homme qui s'en sert à périr victime lui-même des flammes qu'il porte, au cas par exemple où son appareil est crevé par un éclat d'obus, elle donne pourtant à l'attaque une puissance et une cruauté dont nos communiqués montrent les conséquences. Ne nous les exagérons pas, mais sachons les mesurer et faire notre profit de nos constatations. Il ne semble malheureusement exister aucune protection contre ce feu grégeois d'un nouveau genre. Rien ne nous empêche d'en faire usage de notre côté, et la commission sénatoriale de l'armée vient, comme on l'a vu, de s'en inquiéter. Il serait déplorable que les mêmes naïvetés humanitaires qu'on a opposées à l'emploi des gaz asphyxiants interviennent encore pour paralyser nos combattants. On peut tarder à comprendre certaines nécessités, mais l'aveuglement qui résisterait à tant d'évidences deviendrait criminel. Sans aucun doute nous avons tous les moyens de payer nos ennemis avec leur propre monnaie, peut-être pas au même point, car les commodités de ' la défensive ne sont pas toujours celles de l'oflfensive, mais à notre heure et sur notre terrain. Usons-en donc une bonne fois avec toute l'énergie qu'il faut. Nous devons bien cela aux héroïques soldats qui affrontent pour nous les atrocités de la
bataille, pires que la mort.
— Journal des Débats^ 24 mars, 1916.