‹ En voyage: poésies. Récits et souvenirsChapitre 14 sur 65 · CI-GIT · texte numérisé non relu

CI-GIT

Tout ce qui peut germer d'espoir :

Noas avons tout mis dans la bière !

Jamais le bien, le vrai, le beau N'auraient trabi, dans le tombeau.

Une âme à ce point affermie :

Et tu yeux, docteur du néant, Devant ce trou noir et béant, Que je m*en tienne à ta chimie ?

Voulez-vous ne jamais connaître, jour ni nuit, l/horrible compagnon qu'on appelle l'ennui.

Et, si vous êtes seul, sans qu'un second vous aime, Goûter un tête-à*tête ardent avec vous-même?

Cherchez et choisissez, dans les biens d'ici -bas^ Un lot que les heureux ne vous disputent pas: Adoptez pour enfant quelque vaillante idée Dont votre volonté dès lors soit obsédée;

Quelque tâche féconde où s'acharne Tesprit ; Un poème qu'on rêve avant qu'on Tait écrit ; Un foyer toujours vif dont on couve la flamme ; Un amour plus profond que celui de la femme ; Quelque problème obscur, terrible et généreux, Dont les hommes riront, mais qu'on résout pour eux. Suivez — que votre esprit se réveille ou s'endorme — L'humble linéament de l'œuvre encore informe ; Ébauché vaguement aux lobes du cerveau, Nourrissez, du meilleur de vous, l'être nouveau; Dans l'ombre et le secret, usant votre substance, Mystérieusement donnez-lui l'existence, Et voyez-le grandir dans le livre naissant Que vous bercez déjà d'un geste caressant!

Et puis vivez! Les bois, les champs, la solitude, Ou la ville, et le bruit que fait la multitude, Et les âpres conibats dont le siècle est témoin;

Le froid, la paavreté qui s'assied dans an coin,

Maette; Tabandon qai tient dose la porle ;

L'âge qai vient avec son poids de plomb : n'importe!

Tout est beaa, tout est bien. Sortez, rentrez! Là-haat,

Sons ce toit radieux, vous avez ce qu'il faut :

Le feu que rien n'éteint, la lumière qui brille,

Les grandes vérités qui font une famille,

Le songe qui remplit les heures sans lasser,

La loi que l'on découvre à force d'y penser.

Les effets d'un fluide établis par un nombre,

Le secret de l'histoire arraché de son ombre,

Le mystère de l'âme entrevu dans les corps,

Le chant sacré dont nul ne connaît les accords;

Tout ce que vous aimez, tout ce qui vous attire;

Ce qui faisait braver autrefois le martyre;

Ce qui donne la gloire ou condamne à l'oubli.

Mais garde la grandeur d'un devoir accompli;

Ce qui — lorsqu'il faudra, vous aussi, disparaître —

Après ce long effort, vous laissera peat-ôtre Déçu mais non troublé, trahi mais non vaincu : Et vous pourrez mourir, — et vous aurez vécu.

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