FRIBOURG
— NOTES
Fribourg. — Ravissante ville suisse et gothique pleine de couvents : Cordeliers, Ursulines, Capucins, Augustins, Jésuites. — Vue de la tour de la cathédrale, a la forme d'un tricorne. La cathédrale est sur une des pointes.
— Belle boiserie 5 quelques beaux vitraux; orgue trompe -l'oreille. Voix humaine. — Le clocher qu'on répare en ce moment a 360 pieds de haut.
— Tilleul planté le jour de la bataille de Morat, étayé sur des piliers, entouré de vieillards se chauffant au soleil. — Promenade sur les vieux ponts j aspect ravissant des vieux quais ^ pont suspendu, curieux et utile.
— Les femmes portent des touffes énormes de cheveux.
Sorti de Fribourg au soleil couchant. — Mont Blanc d'un côté parmi des montagnes, une vache de l'autre dans sa prairie. — Deux choses majestueuses.
Gruyères, collines calcaires j le Gibloux, noyau de grès couvert de brèche.
— Bulle : vieille ville brûlée en 1805. Il n'en reste que l'ancien donjon.
— Il y a là une auberge à l'enseigne : Hôte/ de la Mort.
SUR LA ROUTE D'Aï X-LMS-HA INS.
— ALBUMS
24 septembre, 7 heures Jn matin.
En sortant du lac de Genève, le Rhône rencontre la longue muraille du Jura qui le rejette en Savoie jusqu'au lac du Bourget. Là il trouve une issue et se précipite en France. En deux bonds il est à Lyon.
Au loin sur les croupes âpres et vertes du Jura les lits jaunes des torrents desséchés dessinaient de toutes parts des Y.
Avez-vous remarqué combien l'Y est une lettre pittoresque qui a des significations sans nombre.'' — L'arbre est un Y5 l'embranchement de deux routes est un Yj le confluent de deux rivières est un Y; une tête d'âne ou de bœuf est un Yj un verre sur son pied est un Yj un lys sur sa tige est un Yj un suppliant qui lève les bras au ciel est un Y.
Au reste cette observation peut s'étendre à tout ce qui constitue élémentairement l'écriture humaine. Tout ce qui est dans la langue démotique y a été versé par la langue hiératique. L'hiéroglyphe est la racine nécessaire du caractère. Toutes les lettres ont d'abord été des signes et tous les signes ont d'abord été des images.
La société humaine, le monde, l'homme tout entier est dans l'alphabet. La maçonnerie, l'astronomie, la philosophie, toutes les sciences ont là leur point de départ, imperceptible, mais réelj et cela doit être. L'alphabet est une source.
A, c'est le toit, le pignon avec sa traverse, l'arche, arx; ou c'est l'accolade de deux amis qui s'embrassent et qui se serrent la mainj D, c'est le dosj B, c'est le D sur le D, le dos sur le dos, la bosse ^ C, c'est le croissant, c'est la lunej E, c'est le soubassement, le pied droit, la console et l'architrave, toute l'architecture à plafond dans une seule lettrejF, c'est la potence, la fourche, furcaj G, c'est le cor; H, c'est la façade de l'édijice avec ses deux lours; I, c'est la machine de guerre lançant le projectile; J, c'est le soc et c'est la corne d'abondance; K, c'est l'angle de réflexion égal à l'angle d'incidence, une des clefs de la géométrie; L, c'est la jambe et le pied; M, c'est la montagne, ou c'est le camp, les tentes accouplées; N, c'est la porte fermée avec sa barre diagonale; O, c'est le soleil; P, c'est le portefaix debout avec sa charge sur le dos; Q, c'est la croupe avec la queue; R, c'est le repos, le portefaix appuyé sur son bâton; S, c'est le serpent; T, c'est le marteau;
2l6 ALPES.
U, c'est l'urne; V, c'est le vase (de là vient qu'on les confond souvent); je viens de dire ce que c'est qu'Y; X, ce sont les épécs croisées, c'est le combat; qui sera vainqueur? on l'ignore; aussi les hermétiques ont-ils pris X pour le signe du destin, les algébristes pour le signe de l'inconnu; Z, c'est l'éclair, c'est Dieu.
Ainsi, d'abord la maison de l'homme et son architecture, puis le corps de l'homme, et sa structure et ses difformités; puis la justice, la musique, l'église; la guerre, la moisson, la géométrie; la montagne; la vie nomade, la vie cloîtrée; l'astronomie; le travail et le repos; le cheval et le serpent; le marteau et l'urne, qu'on renverse et qu'on accouple et dont on fait la cloche; les arbres, les fleuves, les chemins; enfin le destin et Dieu, — voilà ce que contient l'alphabet.
Il se pourrait aussi que, pour quelques-uns de ces constructeurs mystérieux des langues qui bâtissent les bases de la mémoire humaine et que la mémoire humaine oublie, l'A, l'E, l'F, l'H, l'I, le K, l'L, l'M, l'N, le T, le V, l'Y, l'X et le Z ne fussent autre chose que les membrures diverses de la charpente du temple.