‹ En voyage (volume 2)Chapitre 76 sur 107 · LUZ · texte numérisé non relu

LUZ

Luz, charmante vieille ville, — chose rare dans les Pyrénées françaises, — délicieusement située dans une profonde vallée triangulaire. Trois grands rayons de jour y entrent par les trois embrasures des trois montagnes.

Quand les miquelets et les contrebandiers espagnols arrivaient d'Aragon par la brèche de Roland et par le noir et hideux sentier de Gavarnie, ils apercevaient tout à coup à l'extrémité de la gorge obscure une grande clarté, comme est la porte d'une cave à ceux qui sont dedans. Ils se hâtaient et trouvaient un gros bourg éclairé de soleil et vivant. Ce bourg, ils l'ont nommé Lumière, Luz.

Château de S'^'-Marie. J'en ai fait quatre dessins ^'^

Église bâtie par lesTempliers j rare et curieuse j forteresse autant qu'église 5 enceinte crénelée, porte-donjon.

J'ai tourné autour, entre l'église et le mur crénelé. Là est le cimetière, semé de grandes ardoises où des croix et des noms de montagnards creusés avec un clou s'effacent sous la pluie, la neige et les pieds des passants.

Porte des cagots, dans le cimetière j murée; les goitreux étaient parias. Ils avaient leur porte. Basse, autant qu'on en peut juger par la ligne vague que les pierres qui la murent dessinent.

Le bénitier extérieur est un charmant petit tombeau byzantin auquel adhèrent encore deux chapiteaux presque romains. On y cache la clef du cimetière, afin de faire payer les étrangers pour le voir. Car tout se paie.

Inscription du tombeau; illisible, effacée par le temps, rayée au couteau, couverte de poussière. On y distingue quelques mots espagnols. Aqui. Abris. Cependant les vaoxs, fiUa de... semblent indiquer le patois. J'ai à peu près déchiffré la dernière ligne, qui du reste n'a aucun sens :

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