‹ En voyageChapitre 59 sur 65 · MAGNUS · texte numérisé non relu

MAGNUS

Je les ai retournes tous contre- la muraille

Pour qu'ils ne puissent voir la honte de leurs fils.

LETTRE XXIIt. — Majence.

[Page 242.] «. . .Le gros clocher, cône large, trapu, ample à sa base, superbement chargé de trois riches diadèmes flcuronnés, ...semble plutôt bâti avec des pierreries qu'avec des pierres... L'autre grosse tour, grave, simple, byzantine et gothique, qui lui fait face ...»

LETTRE XXIV. — Francforl-sur-le-Mein.

[Page 2J3.] «... Si j'avais su que taire d'un pauvre petit cochon de lait... je l'aurais acheté et sauvé. . . »

Le voyageur se reporte au milieu des siens lisant entre eux sa lettre, et il ajoute : «N'est-ce pas, ma Dédé, que j'aurais bien fait?» M"* Dédé avait alors dix ans.

LETTRE XXVIU. — Hàdelberg

Cette belle et longue lettre a bien été écrite en cours de route , mais à plusieurs reprises; le papier, l'encre et même l'écriture diffèrent souvent. Elle a été envoyée par la poste à M"* Victor Hugo, mais Victor Hugo avait écrit, à grands traits, en travers de la première page : Voiir Louis Boulanger.

On remarquera la légende de Bligger-le-Fléau , qm tient tête dans sa forteresse à la diète, à l'empereur, aux cent villes, au pape lui-même. Victor Hugo a dû prendre là l'idée de Wdf, caSieUan d'Oshor. Seulement, Bligger est un bandit et Welf est un héros.

LETTRE XXLX.

Sirasho

[Page 3JI.] «... Au-dessus de la colline verte, on ne voyait absolument rien que le chapeau d'étain d'une tour d'église, lequel semblait posé exactemenr sur le haut du coteau. Ce chapeau était de forme flamande. (En Flandre, dans les églises de village, le clocher a la forme de la cloche.^ Vous voyez cela d'ici, un immense tapis vert sur lequel on eût dit que Gargantua avait oublié sa sonnette. ..»

LETTRE XXX. — Strasbourg.

[Page 3j6.] «... Le barbarisme faisait la morale au solécisme. . .»

La lettre ajoute ici :

«A propos de barbarisme, moi qui parle, n'en ai-je pas campé l'autre jour un énorme au beau milieu de ce vers latin que je me suis avisé de faire. Chariot le sait bien. Une fois pour toutes, quand il m'arrive dans mes lettres de parler latin et barbarismes , c'est du ressort de Chariot, m

LETTRE XXXI

Freihu

La lettre, en commençant, fait allusion à un 8 septembre du passé, qui devait être quelque anniversaire de bonheur.

« C'est aujourd'hui le 6; j'ai calculé que tu recevrais après-demain 8 ma lettre de Strasbourg. Je penserai à toi avec amour à ce moment-là, mon Adèle. Ce sera un instant où nos deux cœurs malgré l'absence se toucheront. Maintenant, je commue

5l6 LE MANUSCRIT DU RHIN.

le journal de mon voyage. C'est un travail qui me plaît parce que j'espère qu'il t'amuse un peu.»

[Page 368.] Au lieu de la phrase : «Je ne suis pas monté au clocher)), la lettre dit :

« Maintenant, quelque chose de prodigieux. Je ne suis pas monté sur le clocher! ! ! Quand tu te seras extasiée le temps convenable sur ce grand événement, je t'en dirai la raison. — Est-ce fait ? — La voici : ...»

Et la suite explique que Freiburg est dominé par une colline plus haute que le clocher, et d'où il a pu voir un plus large horizon.

[Page 365]. «...Une jeune fille, jolie, pâle, les yeux battus, vêtue de noir, portant sur la tête une coiffure étrange, qui avait l'air d'un énorme papillon noir posé à plat sur le front, les ailes ouvertes. Elle avait, en outre, une large pièce de soie noire roulée autour du cou. . . »

LETTRE XXXII. — Bâie.

La lettre se termine ainsi :

«Adieu, mon Adèle. A bientôt. Quand je cause avec toi, je me laisse aller, tu vois. J'ai la plus grande peine du monde à m'interrompre. Ecris-moi de ton côte tout ce que tu fais. — ■ Écris-moi aussi, ma Didine. Tu sais comme ton petit père t'aime. — Je t'embrasse, et Toto, et Chariot, et Dédé, et votre bonne mère. Je vous aime en elle et je l'aime en vous.»

LETTRE XXXV. — Zurich.

La lettre est adressée à Villequier, où M'"" Victor Hugo et ses enfants reçoivent l'hospitalité des parents d'Auguste Vacquerie. Voici la fin de la lettre originale :

10 septembre, 7 heures du soir.

«Je suis à Lucerne. J'ai passé une journée admirable. Ici tout est beau, tout est grand, tout est prodigieux. On s'endort émerveillé. On est sûr de se réveiller ébloui.

«A demain les détails. Pour ce soir, je ne veux que vous dire à tous, à toi, mon Adèle, à vous, mes enfants bien-aimcs, que je pense à vous et que rien ne me distrait de vous.

«Bonjour, maman. Ecris-moi, et toi aussi, ma Didine. Travaillez bien, mon Charles et mon Toto. Amusez-vous bien tous et embrassez pour moi votre bon Vacquerie. — A propos, maman, demandez-lui de ma part s'il fait des vers. Il faut qu'il en fasse, car il les tait beaux.

«Je t'embrasse encore, mon Adèle chérie, et mille fois.

«Ton Victor.»

REVUE DE LA CRITIQUE

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Lors de son apparition , le Rhin ne rencontra pas d'opposition , si ce n'est dans deux ou trois journaux politiques, hostiles de parti pris. Nous n'avons donc à enregistrer que des articles favorables.

Citons d'abord Philoxcne Boyer, poète ami de Banville, qui, sous forme de lettre adressée à Victor Hugo , fit tout un livre, le Rhin et les Burgraves. Il va nous faire repasser tous les tableaux qui ont enchanté nos yeux et nos pensées.

. . . Comment vous analysez tant d'impressions, les unes douces, les autres sérieuses, toutes charmantes; comment vous traduisez vos conversations secrètes avec les feuilles, les oiseaux et les fleurs; c'est ce qu'il ne faut pas essayer de faire comprendre à ceux qui n'ont pas pénétré dans votre œuvre! Tout au plus oscrais-je noter au passage les grands ormes de la route d'Epernay, la cuisine de l'hôtel de Metz et la promenade du hameau de la folie à Soissons, toute illuminée aux blancheurs crépusculaires de Jupiter, de Mars et de Saturne, toute enflammée aux reflets empourprés du monstrueux Aldebaran. Puis, entre Huy et Liège, les paupières sinistres des usines qui s'allument pendant que leurs dents de fer s'entre-choquent en sifflant. Puis les douceurs majestueuses de la vallée de Chaufîontaine. Puis la vision de Cologne aperçue de la rive droite du Rhin, derrière un nuage de sombre lumière. Puis le ravin de la Souris, animé par cette étrange fréquentation de la salamandre mystérieuse et par la vibration argentine de la cloche , qui semble pleurer le jour près de mourir. Puis l'écho de Lurley et l'écho de Saint- Goar se dilatant ensemble en fanfares, tandis qu'au fond de la vallée suisse le bon Dieu arrange un paysage pour le pinceau d'un Poussin ou pour la plume d'un Victor Hugo. Puis le jardinet de Bacharach, où les marguerites sont si belles parce que le sol est engraissé avec des cadavres, où les tourterelles rou-

coulent si joyeusement parce qu'elles ont des pampres épais où cacher leur maison flottante. Puis le sentier de Niederheimbach, où les liserons et les campanules parlent un si divin langage. Puis les débris lugubres de Falkcnburg, où vous avez rencontré Pécopin et Bauldour, chères ombres ramenées du tombeau par le rameau d'or de la poésie enchanteresse, et aussi ces trois belles jeunes filles jetées, comme les trois Grâces antiques, au centre de cette féerie du moyen âge. Puis les inexprimables langueurs de la marche lente vers Maùsethurm, et la mélodie lointaine du marteau sur l'enclume soufflant à votre muse r Amour for ffron , cette fantaisie délicate, cette mignarderie exquise. Puis le coteau de Saverne étalant les fascinations de son multiple paysage, pendant que la lune achève dans l'éther son ascension lumineuse. Puis le carré de gazon de Freiburg, monde fourmillant et bourdonnant dont vous étiez le dictateur. Puis Laufen, la cataracte rugissante, et les précipitations du style concordant avec les éblouissements du spectacle. Puis Meillerie et Vevey, admirés à cause de leurs pommiers, à cause de leurs vignes mûres, à cause des molles ondulations de leur flot mélancolique, et non plus à cause des très niaises et très pédantesques amours de Saint-Preux et de Julie d'Etanges. Puis, enfin, Lausanne et les nuages précurseurs de tempêtes amoncelées lourdement au-dessus de ses villas coquettes, comme si cette nature avait besoin de s'attrister sur le prochain départ de son poète.

Ce sont là autant de tableaux que j'ai honte même d'indiquer. Quant à vouloir en déflorer les détails, quant à peser dans la balance critique qui tremble sous ma main inhabile cette lyre ainsi fertile en heureux caprices, en brillantes improvisations, oh! je n'ai pas à ce point la manie du sacrilège. J'ai fourni le programme de vos miracles; combien vous en avez dépassé les promesses, c'est ce que devineront tous ceux qui ont parcouru un coin de vos œuvres.

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Le Siècle.

Hippolyte Lucas.

L'apparition d'un nouveau livre de M. Victor Hugo est naturellement de tout temps un événement; mais cette fois-ci il y a encore un intérêt de plus, et il est tout simple que la France et l'Allemagne s'émeuvent particulièrement de son dernier livre, le Khhi. La question littéraire se complique de la question politique.

Tout le monde a dans ce moment les yeux fixés sur le Rhin. Quelle fortune de faire un pareilvoyage avec un tel compagnon de route ! Voir le beau pays dans cette belle phrase si simple que tout y vient sans gêne, et si précise qu'elle prend la forme même des choses, c'est le voir avec les yeux. On a la chose même, et l'on a l'interprétation du poète à côté. On voyage en même temps dans cette grande nature et dans ce grand esprit.

Ce beau livre, qui touche à toutes les racines des questions européennes, s'ouvre doucement par une causerie amicale. Il commence comme une source et finit comme une mer. Il y a de tout dans ce livre : les auberges , les églises, le spectacle du ciel, et d'admirables légendes comme le heaii Pe'copin, qui est tout un roman. L'illustre écrivain questionne le passé dans les ruines et le présent dans les mœurs, pour tâcher de leur arracher la formule de l'avenir.

On arrive ainsi à cette magnifique Conclusion où aboutissent et concourent tous les détails du hvre, et qui prouvera à ceux qui l'ignorent comment M. Hugo est un admirable homme de pratique, et que le grand poète est doublé d'un grand penseur. Les faits s'y élargissent aux proportions des idées. La politique, quand c'est un pareil esprit qui la fait, n'est plus de la politique, c'est de l'histoire.

La Vrejie.

Uu inconnu (Eugène Pelletan).

Ce livre est un poétique traité d'alliance entre la France et l'Allemagne; ce sont, fond et forme, les fiançailles des deux génies que l'auteur s'est proposées.

... Ce serait s'exposer à ne pas comprendre le livre de M. Victor Hugo que de lui demander autre chose, plus ou moins, qu'il n'a voulu y mettre. Ce sont des Lettres à un ami, de pures et simples émotions de voyage, or-

chestration infinie de tous les sons qu'il reçoit et renvoie en passant. Quelquefois la rêverie, d'autres fois l'érudition, le jeu de mots, la mélancolie, et jusqu'au million de pensées que la vue d'un brin d'herbe, cet assistant de Dieu comme nous, peut éveiller en notre âme.

... Mais ubleaux de voyages, réflexions jetées en passant, ne servent que de préambule au travail politique et sérieux que l'auteur a voulu écrire. C'est l'immense, la terrible question du présent et de l'avenir de l'Europe que l'auteur décrit et prophétise, l'histoire à la main. . .

Par la comparaison de l'Espagne et de la Turquie, si puissantes il y a deux siècles, M. Victor Hugo démontre admirablement que toute poHtique qui ne repose que sur l'idée de conquête, d'extension territoriale, est, tôt ou tard, mais fatalement, condamnée à la déchéance.

... La France a des alliées invincibles; ce sont ses idées. Elles travaillent pour nous, elles remportent des victoires mystérieuses, elles accumulent des conquêtes que nous ne saurions perdre. Pour nous, qui avons traversé des âges de révolution, qui sommes sortis régénérés de nos crises, le temps ne peut amener que de nouvelles forces. Il faudra bien qu'un jour, bon gré mal gré, les Etats de l'Europe comptent avec l'esprit du siècle, qu'ils suivent la route que nous avons suivie. Les gouvernements libres n'ont pas seulement l'avantage d'être des représentations théâtrales de tribune, et de faire d'énormes dépenses de paroles. Mieux que tous les autres, ils répandent le bien-être autour d'eux, et pratiquent une plus juste répartition des charges et des avantages de la société. La contagion de notre exemple ne peut manquer de gagner les autres peuples, lorsque l'heure sera venue, lorsqu'ils auront l'intelHgence nécessaire pour commencer leurs révolutions, et celle non moins nécessaire pour les finir. De ce moment, la France se retrouvera, au milieu de la décomposition des pouvoirs, l'arbitre impartiale et pacifique du monde. . .

Kiviie des Deiix-Moiides.

Lerminier.

. . . En suivant encore une fois le cours du Rhin , ûiimina nota, sous la conduite de M. Victor Hugo, nous avons pu reconnaître que

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souvent ses peintures n'étaient pas inférieures à la beauté du spectacle, surtout quand le poète était en face des grandes ruines qui décorent le fleuve. M. Victor Hugo est vraiment le poète de l'architecture; tout ce qui est pierre, monument ou ruine, l'inspire au plus haut point. Devant les vieilles cathédrales du Rhin, l'auteur de Notre-Dame de Puris s'est retrouvé tout entier. . .

... C'est en termes plus magnifiques que pénétrants que M. Hugo parle du Rhin et de ses délicieuses campagnes. L'auteur des Lettres snr leKhiii est un grand poète lyrique écrivant en prose, mais ce n'est pas encore un prosateur. . .

... C'est par une question internationale que M. Victor Hugo est entré dans la politique. Il a voulu jeter à l'Allemagne une parole de conciliation et de paix. Ce début nous agrée d'autant plus que nous pouvons ici applaudir sans réserve aux sentiments qui animent l'écrivain et au but qu'il se propose. Lorsque M. Victor Hugo dit que le Rhin est un fleuve digne d'être à la fois français et allemand, nous ne le contredirons pas, puisque nous écrivions, il y a douze ans, que le Rhin, comme Charlemagne, appartient à l'Allemagne et à la France. M. Hugo désire une alliance sincère entre l'Allemagne et la France ; depuis longtemps nous avons formé les mêmes vœux. Il voit dans cette alliance le rempart de l'Europe contre les envahissements de la Russie; nous n'avons pas un autre avis, car nous avons toujours pensé que l'esprit et les destinées de l'Europe dépendent surtout de l'Allemagne et de la France, qui en occupent le centre vivant. L'Allemagne, nous l'avons dit, ne peut maintenir son indépendance et son originalité que par l'alliance de la France. L'intérêt rapproche les deux peuples que sépare le Rhin; la diversité de leur génie les convie à une amitié solide...

Le Journal des Débats.

Cuvillier-Fleury.

... Si la France n'est pas bientôt maîtresse de la rive gauche du Rhin, ce ne sera pas la faute de M. Victor Hugo. Les deux cents pages qu'il a consacrées au remaniement de l'Europe sont assurément ce qu'il a jamais écrit de plus sérieux, et, dans quelques endroits, de plus magnifique...

Les Lettres sur le Khi» ont tous les mérites et tous les défauts de M. Victor Hugo, exagérés par je ne sais quelle allure plus délibérée et plus rapide, qui est comme le cachet de ce nouveau livre. M. Victor Hugo écrit à un ami. Il est fort en déshabillé; et, bien que son style, même familier, ressemble beaucoup à celui de Balzac l'ancien, dont on disait au dix-septième siècle «qu'il mettait des diamants sur sa robe de chambre», on voit que M. Victor Hugo ne se gêne guère avec son correspondant anonyme. . .

Etes-vous peintre, graveur, statuaire, architecte? Entrez! M. Victor Hugo vous ouvre une immense galerie de portraits historiques, vous fait marcher entre deux rangées de statues, dresse sous vos yeux les anciennes cathédrales, rebâtit les palais gothiques. Etesvous botaniste .' M. Victor Hugo a rédigé pour vous la flore du Rhin. Etes-vous poète.' il vous inonde de poésie. Amoureux ? il vous mène aux ruines de Falkenburg. Homme d'État ? il discute avec vous l'œuvre du Congrès. Soldat ? il vous conduit au tombeau du général Hoche. Homme de loi, antiquaire, bibliophile? il vous plonge dans les archives de la jurisprudence féodale, il se penche avec vous sur de vieilles inscriptions indéchiffrables, il entasse sous vos yeux chartes, missels, manuscrits. Amateur de merveilleux ? il vous fait entrer dans la Maiisethurm ou vous raconte la légende d'Aix-la-Chapelle. Aimezvous les contes ? lisez les aventures du beau Pécopin. Enfin, goûtez-vous le calembour? M. Hugo ne vous a pas oublié. . . «

L' Art i fie.

Paul Meurice.

. . . Personne ne conteste plus la puissance de l'auteur de Notre-Dame île Paris et le rang qu'il occupe dans la littérature de ce temps. Son œuvre est la grande rue qui traverse les idées, les intérêts et les passions de notre âge. On attend avec impatience les manifestations de sa pensée, on les accueille avec bonheur et avec fierté! Dui, avec fierté! nous ne savons pas pourquoi on ne serait pas fier de son siècle comme on est fier de son pays, pourquoi on n'a pas sa patrie dans la durée comme dans l'espace, pourquoi on n'est pas contemporain comme on est concitoyen.

Parlons donc du Khiii à notre aise, en

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toute admiration et en toute joie; remontons ce fleuve royal et cette pensée souveraine. Mais par où commencer .' comment se guider dans tous nos souvenirs charmants ou graves, souriants ou profonds, parmi tous ces rêves, tous ces contes, tous ces enseignements? Nous attacherons-nous à l'archéologue, à l'artiste ou au penseur.' Car le Khiii a un triple aspect; il va du passé au présent, du présent à l'avenir; il se souvient, il décrit et il prévoit; la science s'y traduit en poésie, la poésie s'y résout en prophétie; la nature y commente l'histoire et l'historien y bégaie la destinée. . .

Comment suivre dans leurs caprices, dans leurs mille épisodes, dans leur charmant laisser aller, ces lettres, de vraies lettres, courantes et spontanées. Ce journal, c'est la vie; tout s'y mêle, tout s'y coudoie : voilà une famille de pauvres alsaciens qui s'expatrie; tournez la page et vous êtes dans les champs de Montmirail qui ont vu une des dernières batailles. Et que d'amusantes aventures! que de piquantes boutades ! La cuisine de Sainte-Menehould ferait se lécher les babines à Pantagruel. Les trois étudiants de Niederheimbach auront cru à quelque Erasme patriote. Sterne a oublié la diatribe contre le pourboire. A la table d'hôte de Bingen, l'observateur semble assis au fauteuil de Pezénas. Je m'imagine que la rencontre des ours de la forêt de Bondv aurait troublé la contemplation du bon La Fontaine lai-même, et le cours philosophique de gale comparée est un de ces enfantillages du génie où se complaisent Régnier, Molière et le peuple, ces malpropres sublimes.

. . . Partout l'intérêt et partout la leçon; partout Dieu éternel dans les champs et l'homme périssable dans les ruines; partout la nature et l'histoire. EtTacite est toujours là avec Virgile.

Ainsi, c'est Virgile qui erre avec notre poète sur ces rives de la Meuse qui étonnent et qui charment, où les abîmes sont pleins de fleurs, où les vergers luxuriants n'ont pas peur des roches rouiUées, où les vieux donjons mutilés regardent en pitié les parcs anglais. Le grand paysagiste romain souriait

aussi à cette aimable vallée des bords de la Vesdre, où la rivière ne quitte pas la route et, faisant alterner avec le bruit des arbres le murmure de ses eaux, semble composer avec elle une ravissante églogue. Le <loiix père de Dante s'est encore à coup sûr reposé à ce pauvre mur de paysan près de Soissons; il a rêvé à la fenêtre d'Andernach. Mais la plus magnifique peinture du livre est encore celle des bords du Rhin. Le paysage du fleuve a beau multiplier ses aspects, varier ses fonds, changer ses horizons, le peintre ne lui fait jamais défaut. C'est une merveille ! et je ne veux que la comparaison du fleuve à un arbre gigantesque pour enchanter tous ceux qui sentent l'art.

Tacite non plu5 ne reste pas muet. 11 a dit de grandes choses à Varennes. Dans la maison Ibach, à Cologne, il se tenait debout près du poète, comme le Mantouan près du Florentin, et tous deux, dans l'ombre de l'histoire, regardaient les reines allant en exil, l;s princes aveugles. Dieu qui fait son œuvre dans les amusements des rois, les rancunes implacables, les gloires sereines et la mort au bout de tout. Tacite a encore rempH ces souvenirs historiques du Rhin avec les héros et les lutins, les faiseurs d'événements et les créateurs de légendes. Toutes ces figures du passé, les unes souriantes, les autres sanglantes, se pressent sur les rives fameuses devant les deux historiens. César, arme', atix jeux d'épen'ier, y rencontre Napoléon, les bras croisés sur sa poitrine; les démons y poussent Attila et les fées y pleurent Marceau. . .

... Ce livre , c'est le Rhin même. Ruisseau , torrent, lac, fleuve, et là-bas océan. Il commence comme une causerie familière, traverse en grondant les erreurs et les passions mauvaises, s'étend, immense et profond, dans les grandes rêveries, et, après avoir roulé bien des idées, reflété bien des souvenirs, après avoir fait boire à son flot bienfaisant de concorde et de sympathie deux généreuses nations, il arrive en face de la mer de l'histoire et s'y repose dans l'infini.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

L^ Khiu, Lettres à lis ami. — Pans,H.-L.Delloye, éditeur. Se vend chez Garnier frères, libraires, place de la Bourse, rue des Filles- Saint-Thomas, n" 13, Palais-Royal, péristyle Montpensier (imprimerie Béthune et Pion), 1842, 2 volumes in-8°.

Edition originale, publiée à 16 francs.

Le Rhia. Lettres à tin ami. ■ — Nouvelle édition, augmentée d'un volume inédit. Paris, ■Iules Renouard et C'% rue de Tournon, n° 6, près la Chambre des Pairs, et au siège de la Société pour l'exploitation des Œuvres de Victor Hugo, chez Duriez et C'°, rue Monsieur-le-Prince, n°49 (imprimerie Pion frères), 3 mai 1 845, 4 volumes in-8°. Publié à 24 francs les 4 volumes.

Le Khi». Lettres à ii/i ami, par Victor HuGO , de l'Académie française. — Paris, Charpentier, libraire-éditeur, rue de Lille, n° 17 (imprimerie Pion frères), décembre 1845. Première édition in-i8, publiée à 10 fr. 50 les 3 volumes.

Le Khi». Lettres à lia ami. — Œuvres complètes, XIV-XV-XVI, Paris, Fume et C% libraires-éditeurs, rue Saint-André-des-Arts, n" 55 (imprimerie Pion frères), 1846, 3 volumes in-8°. Vignette à chaque titre.

Le Khin. Lettres à un ami. — Édition collective J. Hetzel, Paris, Marescq et C", éditeurs, rue du Pont-de-Lodi, n° 5, librairie Blanchard, rue de Richelieu, n'/S (imprimerie Simon Raçon et C"), 1855, 2 volumes grand in-8° i deux colonnes, couverture illustrée, dessins de Lancelot et Beaucé. Publié "k i fr. 30 le volume.

Le beau P/copiii et la belle Baiildoiir. — ■ Collection Hetzel et Lecou, Paris, Victor Lecou, rue du Bouloi, n° 10, E. Blanchard, rue de Richelieu, n° 78 (typographie Simon Raçon et C"), 1855, in-32.

Le Khin. — Paris, Victor Lecou, rue du Bouloi, n° 78, J. Hetzel et C", rue de Richelieu, n° 10 (imprimerie Simon Raçon et C'°),

2 volumes in-i8, 1855.

Le Khin. Lettres à un ami. — Paris, Alexandre Houssiaux, rue du Jardinet-Saint- Andrédes-Arts, n" 3 (imprimerie Simon Raçon et C"), 1857, 3 volumes in-8°. Réimpression de l'édition Furne, illustrée de 30 gravures hors texte. Publiée à 5 francs le volume.

Le beau Pe'copin. — Collection Hetzel et Lecou, Paris, librairie de L. Hachette et C", rue Pierre -Sarrazin, n° 14 (imprimerie de J. Claye, rue Saint-Benoît, n" 7), 1857, in-32.

Le Khin. — Paris, Hachette et C", ruePierre- Sarrazin, n° 14 (typographie Ch. Lahure, rue de Vaugirard, n° 9), 4 volumes in-i6. Edition collective, publiée à i franc le volume.

Le Khin. — Paris, J. Hetzel, éditeur, rue Jacob , n° 18 (imprimerie J. Bonaventure , quai des Grands- Augustins, n° 55), 1867, grand in-8°, 120 illustrations par Beaucé, Lancelot, etc. Edition parue en livraisons à 10 centimes. L'ouvrage complet, 4 francs.

ï^ Khin. — Paris, Hachette et C", boulevard Saint-Germain, n° 79 (typographie Ch. Lahure, rue de Fleurus, n° 9), 1876,

3 volumes in-i8. Edition collective, publiée à 3 fr. 50 le volume.

Le Khin. — Édition définitive, Paris, J. Hetzel et C'°, rue Jacob, n° 18, A. Quantin, rue Saint -Benoît, n° 7 (imprimerie A. Quantin), 1884, 2 volumes in-8". Publié à 7 fr. 50 le volume.

Le Khin. — Petite édition définitive, Hetzel- Quantin, 2 volumes in-i6 (s. d.), à 2 francs le volume.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Le Kbin. — Paris, édition collective Eugène Hugues, rue Thérèse, n" 15 (imprimerie J. Claye), 1890, grand in-8°. Dessins de Victor Hugo. Illustrations de J. Adeline, Mouchot, Vogel, etc. Edition publiée en 36 livraisons à 10 centimes, 4 francs l'ouvrage complet.

L/gende du beau Pe'copin et de la belle Baiildoiir. — Paris, Eugène Hugues, rue Thérèse, n° 13, C. Flammarion, rue Racine, n° 26 (imprimerie P. MouiUot), 1890, grand in-8° à deux colonnes. Illustrations de Mouchot , Vogel , etc. Tirage à part du Kbin. Publié à 3 francs.

Le Khi». — Édition nationale, Paris, Emile Testard et C'°, éditeurs, rue de Condé, n° 18 (imprimerie Chamerot et Renouard). Dix compositions hors texte, 1895, 2 volumes in-4". jo francs le volume.

Le Khi». — Edition à 25 centimes le volume , Jules RoufF et C'% cloître Saint-Honoré , 10 volumes in-32.

Le Khi». Lettres à nu ami, — Edition de l'Imprimerie nationale, Paris, Paul OUendorff, chaussée d'Antin, n° 50, grand in-8°, 1906. Publié à 10 francs.

NOTICE ICONOGRAPHIQUE

NOTICE ICONOGRAPHIQUE

1842. L,ii Caricature.

La boucherie de Francfort, c.iricature de Daumier.

1844. L'Arti/fe (numéro du 18 février) :

Le Chat. — Le Keicheiiberg, dessins de Victor Hugo, lithographie de Challamel.

1845. L'ArtiHe (numéro du 25 août) ;

Châteaux sur le Khiiij dessin de Victor Hugo, eau -forte de Hédouin.

184. . Louis Marvy. Le Chat, eau-forte , d'après un dessin de Victor Hugo.

1855. Edition Marescq et Blanchard. Quarantehuit compositions de J.-A. Beaucé et Lancelot, gravées sur bois par Laly, Pisan, Rouget et Delaville :

Notre-Dame de Châloiis. — Cathédrale de Coloffie. — Le Kheiiifeh.

— freihurg. — Strasbourg. — Zurichj etc.

1857. Edition Houssiaux. Seize compositions de Lancelot, gravées par Gérard, Rouget et Ponténier :

Notre-Dame-de-l'Epine. — Cathédrale de Keims. — La Souris. — Saiiit-Goar.

— Pe'copia et Bauldour. — Château de Heidelberg. — Son/tecJ^ etc.

1867. Edition Hetzel. Cent vingt dessins de Beaucé, Lancelot et Lallemand, gravés sur bois par Bareste, Rouget, Lévy, etc. (Reproduction des quarante-huit gravures de l'édition Marescq et Blanchard.) Nouveaux dessins :

Cochem. — Ruines de Niederwald.

— Tour des haujs près d'Oberweset. —

Abbaye de HautviUiers.

Diable, etc.

Maison du

1874. Paris a l'eau-jorte (numéro du 15 septembre) :

Châteaux sur le Rhin, dessin de Victor Hugo, gravé à l'eau-forte par M"" Berthe Pillet.

1886. Edition Hébert. Quatre compositions de François Flameng, gravées par Henri Lefort, R. de Los Rios, Daumont et Teyssonnières :

Le tombeau de Charlemagne. — Le ^MXi — ^ château de Heidelberg, — - Zurich.

1890. Edition Hugues. Cinquante-sept dessins de Victor Hugo, dont voici les principaux :

Frontispice : Bacharach, — Audernach. — Châteaux du Rhin. — Saint- Goar. — Le Chat. — Le Reichenb.rg.

— Maison de Bacharach. — Bingen.

— Frauenjels. — Châteaux en ruine.

— Vajsaff. — Maison à Freiburg. — Château sur le Rhin.

Outre ces dessins, huit compositions de J. Adeline:

Aix-la-Chapelle. — Cologie. — Mayence. — La collégiale de Francfort.

— Cathédrale de Strasbourg, etc.

Et plusieurs dessins de H. Vogel, Férat, Mouchot, Gélibert, etc., gravés par MéauUe.

1895. Edition nationale Testard. Dix compositions hors texte de J. Adeline, gravées par Boisson, C.-T. Deblois, C.-L. Faivre :

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