‹ Encore le P. de Bonnécamps [microforme]Chapitre 2 sur 2 · NET · texte numérisé non relu

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passe définitivement à M"° d'Youville, et l'intérêt qu'il porte à la communauté naissante des sœurs grises :

“ Je rendrai compte ci-après, écrit-il à M. Rouillé, des propositions que fait la dame Veuve Youville, qui est actuellement à la tête du gouvernement de l'Hôpital-Géréral de Montréal. Voici les termes dont m'en parle M. l’Evêque de Québec : “ C’est, dit ce Prélat, une de ces personnes ‘ d'un rare mérite, et je pense que cet hôpital sera bien entre ses mains.” L'abhé de l’Isle-Dieu ajoute : ‘* La Dame d'Youville me fait envisager que si la cour voulait lui accorder des Lettres patentes pour la petite communauté de Filles de Piété qu'elle a formées au service des pauvres et au soulagement des malades, elle est sûre de rassembler 8,000 francs qu'elle m'enverra bientôt pour acquitter les dettes de l'hôpital...Elle ajoutera l'instruction au soulagement des pauvres, le soin des femmes à celui des hommes, par conséquent le soulagement des deux sexes, Cette nouvelle petite communauté se consacrerait non seulement à l'instruction des filles, mais à retirer du libertinage les personnes de mauvaise vie, sans que le temps et les soins qu'elles y donneraient fissent aucun tort au soulagement des pauvres malades...”

Ailleurs, il s'occupe des ursulines de la Nouvelle-Orléans : ‘ Elles me demandent, dit-il encore à M. Rouillé, de leur faire l’emplette de livres pour leurs écoles, comme des alphabets, des psaumes, des livres français pour apprendre à lire à leurs pensionnaires, externes et négresses,! quelques livres de piété et surtout des heures, dont elles prétendent qu’aucun marchand ne porte dans la colonie : aussi prétendent-elles qu'il ne s'en trouve plus et que tout le monde en manque. Elles n'y ont pas, non plus, de catéchismes pour linstruction des enfants: ainsi il est difficile qu'elle soit uniforme.

# J'avais eu le dessein de leur en faire ou d’en adopter un tout fait en France, en prenant la précaution de faire imprimer en tête un mandement par forme d'instruction propre à la colonie, et que je n'aurais fait partir qu'après vous l'avoir communiqué pour le faire examiner par qui vous auriez jugé à propos, monsieur ; mais Îes circonstances de la guerre ont dérangé ce projet, que mes mauvais yeux auraient présentement (1746) peine à exécuter,

“ A l'égard des livres que demande Ia supérieure des Ursulines de Ja Nouvelle-Orléans, je les crois très nécessaires, et je voudrais de tout mon cœur pouvoir en faire un présent à la colonie; mais l’état actuel de mes affaires ne me le permet pas. Je leur en avais fait en 1746 une petite pacotille, qui montait à 150 f", Le tout a été perdu avec mes lettres. Si j'avais actuellement une vingtaine de pistoles, dont la cour voulût bien gratitier cette maison, je recommencerais sur nouveaux frais, en y ajoutant

1 L'esclavage était alors généralement admis dans le sud de l'Amérique du Nord :

‘ Les ursulines de la Nouvelle-Orléans ont été obligées d'acheter 24 testes de Nègres pour le prix de 30,000 francs.” (Lettre de l’abbé de l’Isle-Dieu à M, Rouillé, 1746.)

ce que je pourrais quêter d’ailleurs ; mais les temps et les circonstances m'empêchent de rien demander...”

Et puis, après la capitulation de Louisbourg, en 1758, et la cession à l'Angleterre des possessions françaises dans le golfe Saint-Laurent, quel intérêt ne montre-t-il pas aux pauvres missionnaires qui desservaient cette contrée! Ilenvoie au duc de Choiïiseul un ‘“ Tableau sommaire des missionnaires séculiers qui étaient à l’île Royale et à Louisbourg, sa capitale, à l’île Saint-Jean et au port Lajoye, son fort, à l’Acadie française et anglaise et à la rivière Saint-Jean”, il lui expose “ ce qu'ils sont devenus”, et le supplie de leur faire tenir ‘ce qui peut leur être actuellement dû des pensions que la cour leur faisait à chacun dans leurs postes”. Il s'intéresse spécialement aux pauvres religieuses de la congrégation de Notre-Dame : “ Je ne puis m'empêcher, dit-il, de supplier M le duc de Choiseul de jeter un coup d'œil de compassion sur les trois pauvres filles de la congrégation de Louisbourg, qui sont actuellement à La Rochelle, et à qui M. Berryer (faute-de fonds) ne put fixer qu'une pension de 260 f" à chacune, dont sûrement elles ne peuvent subsister et fournir à leur entretien,”

L'abbé de l'Isle-Diva inclinait toujours vers les mesures de conciliation, de préférence à celles de rigueur. Il raconte lui-même à M. Rouillé ce qu'il fit, à l’occasion des grands désordres causés en Acadie par l'eaude-vie que ‘‘les Anglais s'étaient imaginés de distribuer et de verser aux Sauvages” en 1736 et 1737 :

“ Sur les plaintes, dit.il, qui en vinrent à la cour de la part des missionnaires, et dans une circonstance où M. Dosquet, évêque de Québec, était à Paris, M. le cardinal de Fleury, premier ministre, parut désirer que l'abbé de l’Isle-Dieu, en qualité de vicaire général de tout le diocèse, eût recours aux censures de l'Eglise, et qu'il portât une excommunication encourue par le fait contre ceux qui distribuaient de l’eau-de-vie aux Saurages qui en boiraient avec excès.? ,

“ T'abbé de l’Isle-Dieu prévoyant bien que cette voie ne réussirait pas vis-à-vis des Anglais, et que la peine canonique pourrait irriter les Sauvages, et non pas les retenir, s'imagina de recourir à la voie de douceur et de persuasion.

“Il écrivit une lettre circulaire en forme d’[nstruction pastorale, qui fut traduite en langue micmaque et expliquée aux Sauvages par les missionnaires. Le nom et les ordres du Roy qu'on y fit entrer, l'intérêt que Sa Majesté prenait à leur conservation, l'esprit de religion et de subordination que peu à peu on fit revivre en eux, l'horreur qu'on leur donna pour l’état où les réduisait cette liqueur..., toutes ces réflexions réunies et toutes ces raisons comprises et combinées par les chefs des Sauvages, chan-

1 Lettre de l'abbé de l’Isle-Dieu à M. Rouillé, 1746.

2 Il est à noter que le cardinal de Fleury, près d’un siècle après M£f' de Laval, proposait, lui aussi, d'employer les censures de l'Eglise pour arrêter la traite de l’eaude-vie.

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gèrent tout à coup leurs idées et réprimèrent l'avidité qu'ils avaient pour l’eau-de-vie, dont ils ne voulurent plus user que pour la nécessité.

‘* On vit renaître en eux le respect pour la religion, la déférence aux avis de leurs missionnaires, leur attachement pour l'Etat et pour le Roi, leur ancienne amitié pour les habitants français, qu'ils ont depuis regardés comme leurs frères, dont ils sont devenus les protecteurs et l'appui... On en à vu un exemple dans la prise de Louisbour , Où les Sauvages micmacs Ont fait la plus forte et la plus courageuse défense 1,”

, prudence et la sagesse de l'abbé de l'Isle-Dieu lui faisaient éviter toute ingérence dans la politique : écrivant un jour au cardinal préfet de la propagande: “ J'ai toujours eu pour maxime, dit-il, depuis trentesept ans qu'en qualité de vicaire général j'ai eu la correspondance de nos missions françaises dans l'Amérique septentrionale, qu'il ne fallait jamais que nos missionnaires se mélassent en rien du Souvernement temporel ; et cela m'a toujours très bien réussi aussi bien qu'à eux, grâce à Dieu et à sa divine providence, qui veille toujours efficacement sur et pour ceux qui s'y confient.. .? "

Par ses vertus et ses éminentes qualités l'abbé de l’Isle-Dieu s'était acquis l'estime et la confiance de tout le monde. [1 jouissait d’une si grande autorité morale, que lorsque la Louisiane fut cédée à l'Espagne par le traité de Paris, on eut recours à lui pour obtenir par son influence et sa médiation aue les colons français acceptassent de bon cœur le nouveau régime, Le secrétaire de l'ambassade espagnole auprès de la cour de France lui écrivit le 25 novembre 1765 :

‘ Vos conseils, monsieur, et vos lumières, joints à la profonde connaissance que vous avez du PAYS nous seraient très utiles pour nous mettre en état de faire de la Louisiane une colonie florissante ; et je me tlatte que vous ne voudrez pas nous les refuser, connaissant votre honnêteté, votre zèle pour la religion, et votre attachement pour une cour et pour une nation intimement amie de la vôtre, et dont les intérêts et les

vantages doivent être à jamais les mêmes...#”

Par le traité de Paris (10 février 1763), la France, qui cédait la Louisiane à l'Espagne, céda à la Grande-Bretagne le Canada et toutes ses possessions dans le golfe Saint-Laurent, sauf les petites îles de Saint-Pierre et de Miquelon, qu'elle se réserva pour l'usage de ses pêcheurs.

PL ! Lettre à M. Rouillé, 1751.

* Archives du Vatican, Lettre de l'abbé de l'Isle-Dieu au cardinal Castelli, 15 juin 1767.

3 Ibid., Lettre de M. Magallon, secrétaire d’ambassade de la cour d'Espagne, à l'abbé de l’Isle-Dieu, Fontainebleau, 25 nov. 1765.

Si l'on en croit l’abbé de l’Isle-Dieu,' ces petites îles “ n'auraient jamais fait partie de l'évêché de Québec”, Il veut dire sans doute que les évêques de Québec n'eurent jamais occasion d’y faire acte de juridiction, car leur diocèse comprenait toutes les possessions françuises de l'Amérique septentrionale. Quoi qu’il en soit, sitôt après la cession du Canada à l'Angleterre, les évêques de Québec, devenus sujets anglais, ‘ne pouvant pas communiquer” facilement avec Saint-Pierre et Miquelon, l'abbé de l'fsle-Dieu s'occupa de mettre ces îles en rapport avec le saint-siège. Bon nombre de Français et surtout beaucoup de familles acadiennes allaient s’y établir : il fallait leur procurer des secours spirituels. Il réussit à faire nommer un préfet et un vice-préfet apostoliques pour les îles Saint-Pierre et Miquelon.

Mais quelle ne fut pas sa surprise d'apprendre que la cour de France l'avait devancé, et que deux jésuites étaient déjà rendus sur ces îles, n'ayant | d’ailleurs d'autre juridiction que les pouvoirs qu'ils avaient pris, en partant, de l’évêque de La Rochelle. Ces deux jésuites n'étaient autres que le | P. Ardilliers, et notre P. de Bonnécamps lui-même, qui, privé du droit d'enseigner les mathématiques en France, n'avait pas voulu laisser échapper l’occasion qui se présentait de travailler au saint ministère, L'abbé de l’Isle-Dieu se hâta de leur écrire pour avoir des explications,

Nous n'avons pas sa lettre ; mais nous avons la réponse du P. de Bonnécamps : ce document, que nous croyons absolument inédit, peint bien le caractère de l’homme, et la situation un peu étrange que ces deux religieux s'était faite aux îles, Ilest curieux de voir se répéter ainsi, après cent ans d'intervalle, la fameuse question de la juridiction de l'archevêque { de Rouen.

Voici la lettre du P. de Bonnécamps à l'abbé de l’Isle-Dieu :

“A l'Isle Saint-Pierre, 15 juin 1766. Monsieur, M. l'abbé Ardilliers, aumônier du Roy, faisant les fonctions de curé à Miquelon, m'a communiqué la lettre que vous lui avez fait l'honneur de lui écrire. Tout y respire le zèle dont vous êtes enflammé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, tout démontre un digne ministre du Seigneur. Mais, permettez-moi de vous le dire, il paraît que vous êtes mal informé de ce qui se passe dans nos îles par rapport à la religion et à l'administration des sacrements. L'île Saint-Pierre, non plus que celle de Miquelon, n'est point privée de pasteur, et l’on y a érigé un temple très décent, où les tidèles ont la consolation d’assister tous les jours, quand ils le peuvent, à la célébration du saint sacrifice de nos autels.

‘ À vous parler franchement, j'ai été dans la dernière surprise quand j'ai lu dans votre lettre que les habitants de cette île étaient sans guide et sans ministre pour les conduire dans les voies du salut et les faire participer aux grâces attachées à la réception de nos augustes sacrements.

En eftet, j'ai tâché jusqu'à présent de remplir autant qu'il est en moi tous

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: 1 Voir sa lettre au cardinal préfet de la propagande, du 21 juillet 1766, citée plus loin.

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les devoirs d’un bon pasteur, Si J'ai eu le malheur d'y manquer, comme cela peut être, ça toujours été contre ma volonté, et non jamais sans repentir et sans regret.

“ Quant à la juridiction que nous avons ici sur les consciences, nous la tenons de ME l'évêque de La Rochelle, ! dans l'évêché duquel s’est fait notre embarquement, Etait-il en droit de nous la donner ? 11 paraît qu'oui; du moins M. de Menou, grand vicaire de La Rochelle? l'assure dans une lettre qu'il écrit à M. Coutuïier, supérieur général de Saint- Sulpice. Une telle assurance fait notre Confiance, et doit suspendre vos alarmes. D'ailleurs, monsieur, nous Croyez-vous, mon confrère et moi, assez téméraires pour nous ingérc: dans le ministère sans être envoyés Par ceux à qui seuls il appartient de le faire? Ce n’est pas nous rendre la justice que, j'ose le dire, nous méritons ; C'est nous prendre, passez-moi cette expression, pour des aventuriers, ou du moins pour des ignorants qui ne connaissent pas la hiérarchie ecclésiastique, ni la dépendance où sont les ministres du second ordre pour l'exercice de leurs fonctions. On la connaissait parfaitement, cette dépendance, dans le corps qu’on vient de détruire en France, et dont nousétions membres, M, Ardilliers et moi î on ne peut donc pas nous soupçonner de ne l'avoir pas connue, et encore moins d’avoir voulu nous y soustraire, ne pouvant le faire qu'aux dépens de nos consciences et de celles du peuple confiées à nos soins.

“Si nous n'avons pas eu recours À vous pour obtenir l'approbation dont nous avions besoin, vous ne devez pas en être surpris, Nous n'avons ni l’un ni l'autre l'honneur de vous connaître. Au surplus, quand même nous eussions su que feu M# de Pontbriand, évêque de Québec, vous avait nommé son grand vicaire pour les missions répandues dans toute l'étendue de son diocèse, nous ne nous fussions pas crus obligés de recouri à vous, vos pouvoirs de grand vicaire ayant dû cesser à la mort de ce prélat.s

“ Enfin, ce qui doit pleinement justifier notre conduite, c'est que nous nous sommes adressés à un évêque { qui savait où nous allions et pourquoi nous y allions, et qui en conséquence nous a munis de tous les pouvoirs nécessaires pour faire le bien spirituel des âmes dont la cour nous avait chargé. Dira-t-on qu'il s'est arrogé un droit qu’il n'avait pas? Le dira qui voudra: pour moi, je ne serai jamais assez téméraire pour le dire ni pour le penser. Parlonsingénuement : on a voulu nous déplacer ; et pour y réussir On à supposé l’illégitimité de notre mission : une ambassade partie

1 L’évêque de La, Rochelle, à cette date, était Augustin de Menou de Charnisay, Il avait d’abord été grand vicaire de Chartres : il fut nommé évêque de La Rochelle au mois d'octobre 1729 et consacré le 10 septembre 1730,

? Probablement parent, peut-être même le frère de l’évêque.

# Mer de Pontbriand mourut à Montréal le 8 juin 1760, âgé de 51 ans, et fut inhurié dans l’église paroissiale de N otre-Dame.

+ L'évêque de La Rochelle, mentionné précédemment,

Sec. I, 1897, 8,

d'ici a formé le nœud de toute cette intrigue. Pour tout dire en un mot, on vous en à imposé, et pour vous mieux tromper, l'imposture a pris le masque de la religion.

“J'ai l'honneur d'être, monsieur, avec un profond respect, votre, ete. DE BONNÉOAMPS.”

Inutile d'insister sur les malentendus, les quiproquos, les sophismes dont est tissue cette lettre.

Après l’avoir reçue, l'ubbé de l'Ile-Dieu, toujours calme et maître de lui-même, en fit une copie pour la propagande ; puis il écrivit au cardinal préfet. Nous citerons sa lettre qui fait ressortir d’une manière frappante les qualités de sagesse, de prudence et de charité, que nous avons déjà admirées en lui ; elle nous montre aussi plus nettement encore la situation fausse de nos deux jésuites aux îles Saint-Pierre et Miquelon :

“ Paris, 21 juillet 1766. Monseigneur, Je crois devoir rappeler à Votre Eminence un article dont j'ai déjà pris la liberté de lui parler et sur lequel je lui ai communiqué les mesures que j'avais prises pour remédier à un abus qui s'est introduit dans deux petites îles de l'Amérique septentrionale qui nous sont restées par le traité de Versailles et de Londres,

“ I] s’agit, monseigneur, des îles Saint-Pierre et. Miquelon, habitées partie par des Français qne nous ÿ avons envoyés, et partie par des Acadiens qui s’y sont réfugiés, après s'être soustraits à la domins‘ion anglaise, pour mettre en sûreté leur foi et leur religion,

J'ai déjà eu l'honneur d'informer Votre Eminence qu'ayant appris que ces deux îles, quoique assez habitées, se trouvaient sans pasteur et sans guide, et par conséquent dépourvues de toute espèce de secours spirituels, et de missionnaires qui eussent les pouvoirs et la juridiction nécessaires pour les leur procurer, j'avais pris la précautic- d'obtenir de notre cour la permission de leur envoyer deux missionnaires avec deux brefs de Su Sainteté, qui m'avaient été remis par Son Excellence M£ le Nonce, l’un de Préfet, et l’autre de Vice-Préfet apostoliques.

‘J'ai déjà pris la liberté de rendre compte à Votre Eminence du sort de ces deux missionnaires, qui, partis d’un de nos ports de France, dès le 28 juillet 1765, n'ont pu arriver à leur destination, et qui après une navigation de plus de quatre mois, la plus pénible et la plus dangereuse, ont été obligés de relâcher à la Martinique, l’une des îles Antilles du sud de l'Amérique septentrionale, où ils ont séjourné quarante jours, et d’où ils ont été obligés de repasser en France, faute de vaisseaux qui pussent les transporter et les rendre à leur première destination.

‘{ J'ai également rendu compte à Votre Eminence du sort d'un de ces deux missionnaires, qui le 22 janvier dernier est mort sous voiles, de fatigue et de maladie, dans sa traversée de la Martinique en France.

‘Quant au second, sa santé a souffert au point qu'il est hors d'état de souffrir la mer, et de repasser cette année aux îles dont il s'agit, quel-

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que envie qu'il me paraisse avoir de se consacrer de nouveau à l'œuvre de nos missions, quoiqu'il y ait déjà plus de vingt-cinq ans qu'il en supporte et soutient les travaux et les fatigues.

‘ Au défaut de ces deux missionnaires, je ne me suis point rebuté, monseigneur ; j'ai trouvé deux autres missionnaires, et j'étais prêt à supplier Son Excellence M#' le Nonce de vouloir bien leur délivrer les deux derniers brefs de Préfet et de Vice-Préfet apostoliques que Sa Sainteté a bien voulu nous accorder: mais je me suis trouvé arrêté par les dernières lettres que je viens de recevoir des îles Saint-Pierre et Miquelon, et dont j'ai cru devoir adresser copie à Votre Eminence, du moins de celle qui m'a paru la plus intéressante, et qui fera mieux voir à Votre Eminence le risque qu'il y aurait à exposer ces deux îles au scandale d’un débat et d'un conflit de juridiction qui ne pourraient qu'en malédifier les habitants et y porter le trouble et l'inquiétude sur la validité des mariages contractés et des sacrements reçus; et j'ai d'autant moins osé risquer de faire partir cette année deux missionnaires munis des pouvoirs et de la juridiction du Saint-Siège pour les deux îles dont il s’agit, que les deux qr: y sont se croient en droit d'y exercer leurs fonctions, sur le prétexte qu’en partant de France ils ont été approuvés par MF l'évêque de La Rochelle : comme si sa juridiction pouvait s'étendre sur un territoire qui n’est d'aucun diocèse et qui n’a jamais fait partie du sien,

“Il est vrai, monseigneur, qu'il cest d'usage en France que les évêques du lieu de l'embarquement approuvent les missionnaires qui partent, mais pour la traversée seulement ; et les pouvoirs qu'ils donnent cessent dès que le missionnaire a débarqué dans le port de la colonie pour laquelle il est destiné ; et ce même missionnaire est obligé de prendre de nouveaux pouvoirs de l'Ordinaire ou du premier de ses grands vicaires.

“ D'ailleurs, monseigneur, les deux îles dont il s'agit n'ont jamais fait partie de l'évêché de Québec ; n’y pouvant plus coinmuniquer, d'autant qu'elles appartiennent à la France, elles tombent de droit commun sous la juridiction directe et immédiate du saint-siège, Ainsi je pense que le missionnaire qui m'écrit peut être dans la bonne foi, mais qu'il est dans l'erreur, faute de connaître la matière dont il me parle; car quoiqu'il dise ne me pas connaître, il ne m'est point du tout inconnu, et je sais que c'est un fort honnête homme, qui a été ci-devant au collège des jésuites de Québec, et membre de la Société des Jésuites avant leur dissolution en France. Je le crois de plus très bon mathématicien, mais peu versé sur ce qui regarde la discipline ecclésiastique et la juridiction gracieuse et contentieuse de l’épiscopat ; et cela m'a fait croire ou du moins soupçonner qu’il n’en serait peut-être que plus attaché à son opinion.

“# D'ailleurs, il m'a paru par les différentes lettres qui m'ont été écrites et que je viens de recevoir des puissances temporelles des deux susdites îles, qu'on y était disposé à soutenir la validité des pouvoirs des deux missionnaires qui y sont actuellement ; et j'en suis d’autant moins surpris

que les gons du monde entendent peu ou mal, pour l'ordinaire, l'ordre et la subordination de la hiérarchie ecclésiastique : d'où je conclus qu'il n'y aurait aucune sûreté, et qu'il y aurait au contraire du danger à s'en rapporter à lour préjugé. Mais je conçois en même temns que les précautions à prendre sur un pareil abus, et pour y remédier efficacement et sans éclat, demandent beaucoup de prudence et de circonspection.

“ Pour cela, monseigneur, et après en avoir conféré avec MS le Nonce, j'ai cru devoir d’abord en informer le Ministère de notre cour, et le prévenir de l'irrégularité d'un pureil gouvernement du spirituel des deux îles dont il s'agit, afin qu'il pût et voulût bien dissuader les puissances à qui le gouvernement temporel en est contié, des préjugés dans lesquels ils pourraient être sur cela, au préjudice de la légitimité des mariages contractés, et de la validité des autres sacrements administrés, faute d'approbation et de pouvoirs valides ot suflisants pour mettre leurs deux missionnaires qui desservent actuellement ces deux colonies en état et à portée d'y exercer validement les fonctions de leur ministère,

“ Par là, monseigneur, nous éviterons un éclat qui sûrement porterait l'alarme ou du moins l'inquiétude dans les consciences des habitants, qui les uns se persuaderaient aisément qu'ils ont reçu indignement les sacrements, et par des ministres qui n'avaient ni le droit ni la faculté de les leur conférer, et les autres, qu'ils n’ont pas licitement contracté, et qu'ils peuvent annuller les mariages qu'ils ont faits et enlever par là aux enfants qui en sont issus leur état naturel et civil: et ce sont, monseigneur, ces différents inconvénients que je supplie Votre Eminence de vouloir bien non-seulement prendre en considération, mais auxquels j'imagine qu'il convient de remédier incessamment par la voie la plus simple et qui fera moins d'éclat, pour ne pas alarmer les consciences, et ne pas donner lieu à la dissolution de mariages contractés de bonne foi et dans la persuasion qu'ils étaient valides,

‘“ Au surplus, monseigneur, je suis bien éloigné de rien proposer sur cela, en fait de moyens, à Votre Eminence, Je dois m'en rapporter à ce qu’elle en décidera. Mais indépendamment de mon respect pour le saintsiège, je crois qu'il serait fort dangereux que les différents missionnaires qui se destinent à ces colonies, qui ne dépendent ni d'un évêque en titre, ni d’un vicaire apostolique évêque ?n partibus, crussent et fussent dans la persuasion qu'il leur suffit pour exercer validement et licitement les fonctions de leur ministère, d'être approuvés par les Ordinaires du lieu de leur embarquement, d'autant que pouvant partir de différents ports du Royaume, ils se trouveraient approuvés par différents Ordinaires, ils se croiraient tous indépendants les uns des autres, et il n’y aurait jamais parmi eux ni autorité reconnue ni subordination pratiquée.

‘Quant aux deux missionnaires qui sont actuellement aux îles Saint- Pierre et Miquelon, je les crois deux fort bons prêtres, très réguliers et remplis de zèle; mais comme je ne reconnais celui qui m'écrit, et dont

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[aossuLin] ENCORE LE P, DE BONNÉCAMPS 113

j'adresse la lettre à Votre Eminence, du moins la copie, que par le bien qui m'en est revenu et les bons témoignages qui m'en ont été rendus ; et que, quant au second, je ne le reconnais point du tout; je ne prendrai point sur mon compte de leur adresser les deux brefs de Sa Sainteté, dont Son Excellence M# le Nonce est dépositaire ; et plus Elle a la bonté de s'en rapporter à moi sur le choix des sujets qui doivent être revêtus de ses pouvoirs immédiats, moins je prendrai sur mon compte d'en proposer aucun dont je ne sois aussi sûr que de moi-même, Ainsi, j'attendrai sur cela les ordres de Votre Eminence, moaseigneur, et je ne prendrai aucun parti que je ne les aie reçus... J': suis, ete, L'abbé de l'Isle-Dieu.”

L'abbé de l'Isle. Dieu réussit à trouver deux missionnaires pour les îles Saint-Pierre et Miquelon, MM. Pinabel et Paradis. Le nonce leur remit lui-même les brefs de Sa Sainteté les constituant respectivement préfet et vice-préfet apostoliques. Mais ils n'avaient pas, comme M. Perreault, préfet de la Martinique, la faculté d'approuver d'autres prêtres pour leur venir en aide, L'abbé de l'Isle-Dieu aurait voulu que ce pouvoir leur fût accordé : ils auraient pu ainsi donner la juridiction aux deux jésuites qui desservaient déjà les îles : la population de Saint-Pierre et Miquelon augmentait par le nombre d'Acadiens qui s’y réfugiaient : “Ce qu'il y a encore d'Acadiens en Acadie, sous le gouvernement anglais, écrit l'abbé de l’Isle- Dieu, essaie continuellement de se soustraire à une domination protestante, pour mettre leur foi et leur religion en sûreté, et ne sont ni intimidés par les risques qu'ils courent, ni retenus par les promesses et les offres qu'on leur fait!” Il nous apprend, dans une autre lettre, que près de deux cents Acadiens se réfugièrent à Saint-Pierre et Miquelon vers la fin de 1766.?

! Archives du Vatican, Lettre de l’abbé de l’Isle-Dieu au card. Castelli, Paris, 6 oct. 1766,

2 Ibid, Lettre du même au même, Paris, 9 fév. 1767.— Tout ce qui regarde l’infortunée population acadienne est digne d'intérêt. Nous lisons dans une autre lettre de l'abbé de l’Isle-Dieu, en date du 24 août 1767 : ‘ Votre Eminence verra, par le petit mémoire ci-joint, que nous avons déjà établi 78 familles (d'Acadiens) dans le diocèse de Vannes ; mais il nous en reste encore de 5 à 600, c'est-à-dire plus de 3,000 habitants, que la cour et le ministère se disposent à établir en différentes provinces du Royaume, et s’il est possible, dans une seule et même, en leur donnant des terres incultes et non habitées, et les secours d'encouragement et de moyens de facultés pour s'y établir....

‘“ Nous allons faire incessament la transmigration et la réunion de 5 à 600 familles sur les terres qui vont leur être destinées, dans la vue d'en faire et d’en reformer en France une nouvelle petite Acadie, j'ai pensé dire une nouvelle église de Jérusalem, car ils y vivaient comme les premiers chrétiens de la primitive Eglise. Et c'est là, monseigneur, ce qui serait capable de me faire verser des larmes de sang sur leur état actuel ou du moins ce qui me fait désirer si ardemment de pouvoir les rassembler de façon à ne faire plus pour ainsi dire qu'une seule famille, et de pouvoir leur procurer de dignes ministres qui les rappellent à leur premier esprit de religion et de piété...”

MM. Pinabel et Paradis ne purent se rendre à leur poste en 1766. Au printemps de 1767, M. Julien Becquet fut substitué comme préfet à M. Pinabel : voici ce que l'abbé de l’Isle-Dieu écrivait à la propagande au sujet du nouveau titulaire :

“M, Julien Becquet, du diocèse de Paris, a été élevé au séminaire du Saint-Esprit, qui m'a toujours fourni, depuistrente-sept ans, tous les sujets dont j'ai eu besoin pour toutes nos colonies de l'Amérique septentrionale, et est de plus parent du supérieur de cette maison. C’est un excellent sujet à tous égards, du côté du zèle, de la capacité et de l'expérience de notre saint ministère, et qui de plus, et depuis longtemps, cherchait à se dévouer et à se consacrer à l’cuvre de nos missions...”

Puis il ajoutait au sujet des PP. de Bonnécamps et Ardilliers :

“Quant aux deux jésuites, je crois qu'ils n'ont jamais eu d'autre mission pour desservir les deux îles que celle de notre cour, ni d’autre approbation que celle de l’évêque de leur embarquement, et simplement pour leur traversée ; et comme je dois vous parler, monseigneur, avec toute la sincérité qu'exige de moi la confiance dont vous voulez bien m'honorer, j'ai toujours rru apercevoir que l'intention de notre cour était de les faire repasser en France, sous I& juridiction de l'Ordinaire du lieu de leur naissance et de leur origine, et je crois de plus qu'ils n'auraient aucun moyen de l’éviter que celui de se rendre à Québec dans leur maison qui subsiste encore, et sous la juridiction de l’évêque de Québec.

‘ D'ailleurs, monseigneur, permettez-moi de le représenter à Votre Eminence, de qui tiendraient-ils leurs pouvoirs et la faculté d'exercer les fonctions de leur ministère dans les îles dont il s’agit, dès que les deux Préfet et Vice-Préfet apostoliques que le saint-siège y a nommés ne peuvent y associer que des ecclésiastiques directement approuvés par Sa Sainteté ?

“ Dira-t-on qu'ils le sont de droit par les pouvoirs communicatifs que Sa Sainteté a accordés à leur général, ct que leur premier supérieur majeur régulier a pu, de droit, leur communiquer ? Ce serait réveiller contre eux les dispositions peu favorables de notre cour et l’animosité de toutes les cours souveraines du Royaume contre ce saint institut, dont l'abolition nous laisse à tous égards un grand vide, sur lequel il ne nous reste, à nous autres petits particuliers, que la ressource d’en gémir devant Dieu, dès que nous ne pouvons y remédier...” !

Il est probable que '°s deux préfet et vice-préfet de Saint-Pierre et Miquelon furent autorisés à s'adjoindre d’autres missionnaires, car l'abbé de l’Isle-Dieu écrivait encore à la propagande quelques mois plus tard : “ Je leur ai recommandé d’avoir beaucoup d’égards et de considération pour eux (les PP. de Bonnécamps et Ardilliers), comme de ne faire aucune difficulté de les approuver, si le besoin le requérait, mais de ne le

1 Archives du Vatican, Lettre de l’abbé de l’Isle-Dieu au cardinal préfet de la propagande, Paris, 6 avril 1767.

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Le pape Clément XIIT, usant de la plénitude de son pouvoir, venait d’ailleurs de lancer un bref revalidant les actes accomplis par nos deux missionnaires et nuls par défaut de juridiction, revalidant spécialement in radice les mariages contractés en leur présence. Il recommandait seulement au préfet de ne faire connaître ce bref que dans le cas d’une grave nécessité, atin sans doute de ne pas troubler inutilement les consciences ?,

Que devinrent les PP. de Bonnécamps et Ardilliers après l’arrivée de MM. Becquet, préfet apostolique, et Paradis, vice-préfet, dans l’automne de 1767? Demeurèrent-ils encore quelque temps à Saint-Pierre et Miquelon ? Quels furent leurs principaux actes d'administration durant leur séjour aux îles? Autant de questions sur lesquelles nous n'avons aucnn document pour jeter quelque lumière, Une lettre d’un missionnaire actuel des îles nous apprend que, lorsque les Anglais s'en emparèrent en 1778, ils en brâlèrent toutes les archives : Le premier acte officiel que nous ayons, dit-il, date de 1816. ?

Ce qui est certain, c'est que M. Becquet y était encore préfet apostolique en 1770. En 1784, après la reddition des îles à la France, c'était M. Paradis qui en était préfet, et il avait avec lui comme vice-préfet M. de Longueville. Mais il paraît que le nouveau préfet apostolique n'était gvere à la hauteur de sa mission : M. de Villars écrivant à la propagande lui communiquait une lettre de M. Henri, chirurgien-major aux îles Saint-Pierre et Miquelon :

“ Nous avons, disait M. Henri, M. l'abbé Paradis, préfet apostolique, qui doit vous écrire, à ce qu’il m'a dit, pour vous demander un missionnaire. Cette colonie a grand besoin d’un homme ferme et qui ait de la tête ; il est temps qu'il nous vienne, car la religion s'affaiblit furieusement dans notre peuple; et si j'ose vous dire, la plupart n’en ont point. M. Paradis est un galant homme, sans talents pour être chef d’une colonie, C’est un bon ecclésiastique dans une communauté,”

M. de Villars ajoutait : “ Comme M. Henri est un homme de bon sens et honnête, et que son témoignage s'accorde avec celui de M. Becquet,

1 Archives du Vatican, Lettre du même au même, Paris, 15 juin 1767.

2 Ib'1., Bref de Clément XIII, mars 1867.

# Lettre de l'abbé CI, Foie à M# Gagnon, île Saint-Pierre, 10 mai 1897.—On lit aussi dans une lettre de M. de Villars au card. Castelli, Paxis, 9 nov. 1778: ‘‘ Nous venons d'apprendre que les Anglais se sont emparés depuis peu de ces deux îles, et qu'ils en ont transporté les habitants ailleurs, au nombre de 300 familles.” (Archives de la propagande.)

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ancien préfet apostolique à Miquelon, j'ai cru devoir eavoyer à Votre Eminence un extrait de sa lettre. Elle peut se rappeler mes craintes à ce sujet, et dont je lui fis part dans le temps, ex visu et auditu.….!"

Il écrivait encore quelques semaines plus tard : ‘ Je viens de recevoir une lettre de M. Paradis, préfet apostolique à Miquelon. Elle est tout à fait singulière et originale. La signature est ainsi: Paradis, sous le nom de Préfet apostolique.” Puis, citant un passage de la lettre: ‘ Votre Eminence comprend mieux que moi par ce détail combien l'on aurait besoin, dans ces îles éloignées, d’un préfet apostolique homme de tête et de mérite. La piété seule ne suffit pas...? ”

Quelques années plus tard, M. de Longueville était préfet apostolique aux îles Saint-Pierre et Miquelon.

Vers le même temps, en 1790, mourait le P. de Bonnécamps au château de l’amiral de Tronjoly,’ près de Gourin, dans le Morbihan, en Bretagne. Voici l'extrait de son acte mortuaire, tel qu'il se trouve dans l'Inventaire des Archives départementales du Morbihan :

‘#29 mai 1790. Inhumation dans l’église Notre-Dame (de Gourin) de Vénérable Messire Joseph-Pierre de Bonnécamps, prêtre, ci-devant membre de la Société de Jésus, originaire de Vannes, décédé au château de Tronjoly, à l’âge de 84 ans.t”

Le château de Tronjoly existe encore : il s'élève au nord-est de Gourin, à la porte même du village. C’est une grande maison confortable, entourée d’un beau parc arrosé d'eaux vives. On y conserve un vieux meuble qui a appartenu au savant jésuite, et quelques livres qui portent son nom : “l'abbé de Bonnécamps, prestre”.

Le propriétaire actuel du château, le comte de Lescouët, maire de Gourin et membre du Conseil général du Morbihan, descend de l'amiral de Tronjoly : un de ses ancêtres, Jean-Baptiste Ronxel, seigneur de Lescouët, épousa le 19 octobre 1779 M'° Anna-Jacquette L'Ollivier de Tronjoly, fille de l'amiral François-Jean-Baptiste L'Ollivier de Tronjoly et de Françoise-Guillemette de Quélen, d’une vieille famille bretonne CAE est sorti M" de Quélen, archevêque de Paris.

1 Aroiives de la Propagande, Lettre de M. de Villars au cardtonl Antonelll, Paris, 17 janvier 1785.

2 Ibid., Lettre du même au même, Paris, 7 février 1785.

3 La Jeunesse de Bougainville et la Guerre de Sept Ans, par René de Kerallain, p. 97.

4 Nous ‘’evons cet extrait à l’obligeance de M. de Kerallain, ainsi que la plupart des renseignements qui vont suivre.

5 Mme de Lescouët est une demoiselle de Carné, d’une des plus vieilles familles de Bretagne, à laquelle appartenait le comte de Carné, membre de l’Académie française.

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D'après M. de Lescouët, le P. de Bonnécamps aurait été appelé à Tronjoly comme précepteur des enfants de l'amiral. Nous venons de voir qu'il y est décédé en 1790 à l’âge de 84 ans : il faut supposer qu'il y résidait depuis assez longtemps, car on n'aurait pu lui confier de pareilles fonctions dans son vieil âge. On peut donc conjecturer vraisemblablement que son entrée au château remontait au moins à une vingtaine d'années, disons à l’époque (1768 ou 1769) où il fut probabl2ment obligé de s'éloigner des îles Saint-Pierre et Miquelon, n’y ayant pas les pouvoirs authentiques nécessaires pour exercer le saint ministère où l’avait entraîné son zèle.

Mais comment et à quelle occasion fut-il rencontré alors par l'amiral de Tronjoly, qui lui donna si opportunément l'hospitalité? D'après certains documents aux archives de la Marine, l’amiral paraît avoir eu pour mission spéciale du gouvernement, à cette époque, de protéger les pêcheries françaises de Terreneuve. 11 stationnait donc évidemment lui-même aux îles Saint-Pierre et Miquelon, ou du moins il avait occasion d’y aller fréquemment. Sans en avoir la preuve, c'est lui peut-être qui, dans l'intérêt spirituel des résidents français, y avait attiré son compatriote qu'il connaissait parfaitement, qui appartenait comme lui au diocèse de Vannes : et l’on comprend facilement qu'il lui ait offert un asile dans son château, lorsqu'il le vit obligé de rentrer en France. Nous savons par une lettre de l’abbé de l’'Isle-Dieu que nous avons citée, “que c'était l'intention de la cour de faire repasser en France les deux jésuites des îles Saint-Pierre et Miquelon sous la juridiction de l’Ordinaire du lieu de leur naissance et de leur origine ”.

Le P. de Bonnécamps se chargea volontiers de l’éducation des enfants de l'amiral. Il coula des jours heureux dans ce vieux château breton, au milieu de cette noble famille qui l'avait accueilli avec tant de bienveillance, dans la compagnie de ses livres, occupé à ses études et à ses travaux scientifiques qui avaient toujours fait le charme de sa vie.

Le château de Tronjoly était d'ailleurs le rendez-vous d'une société d'élite, que le père devait être heureux de rencontrer. Il y faisait sans donte lui-même bonne figure, car nous savons, par le témoignage de Bougainville, que sa conversation n'avait rien d’austère : elle était aimable et intéressante, Que de fois, sans doute, il eut occasion de rencontrer chez l'amiral d'anciens officiers français ou autres personnages qu’il avait connus au Canada! Il dut certainement y revoir Bougainville et s'entretenir avec lui des choses canadiennes : car le jeune et brillant officier avail épousé M'° de Montendre, dont le centre familial était au château de Kerdrého, à quelques lieues seulement de Gourin.

Le P. de Bonnécamps mourut avant les mauvais jours de la révolution française : il n’en connut pas du moins toutes les horreurs. Il s’éteignit tranquillement dans le château où il avait coulé des jours si heureux et si paisibles. Quatre ans plus tard ce château était fermé... Il ne fut rouvert qu'en 1830.

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