‹ Encore les Femmes (volume 2)Chapitre 23 sur 36 · UN APOLOGUE · texte numérisé non relu

UN APOLOGUE

LE LAPIN ET LE P£HKouUJ£l'.

PÀBLB

Quand, d'un soupçon Jaloux son cœurdevieat la proie, Voici le procédé que tout époux emploie : Aves-vons remarqué, ma chère, monsieur telf

LA FBMMB.

Moi! non

tB MAKI.

Vous m'étonnez ! un dédain si formel L*étonnerait bien plus lui-même. — Écoutez, Laure : Malgré tout votre esprit, étant si jeune encore. Vous ne pouvez déjà savoir tous les périls Dont le monde, à vingt ans, chère, vous environne. Le monde est bien méchant, —Jamais il ne pardonna

L'esprit et la beauté. — Les venins sont subtils,

Que distille la langue, —hélas ! elle empoisonne

L'acte le plus honnête, et fait le mal du bien.

Certes, s*il suffisait de rester yertuense.

De garder ses devoirs, je ne vous dirais rien.

Votre éducation ferme et religieuse.

Vos principes rendraient ma crainte injurieuse....

Là n*est pas le danger que je veux signaler :

La vertu la plus pure est si vite ternie,

QuMl faut décourager même la calomnie.....

Eh bien ! ce monsieur tel, dont je viens de parler,

Qui n*est beau ni bien fait, dont Tesprit de perruche

Se compose de mots ramassés au hasard.

Répétés sans finesse et recousus sans art.

Des femmes à la mode il est la coqueluche.

Sans qu*on sache pourquoi leur sottise le huche

Sur un trône de cœurs asservis à sa loi.

Séducteur immoral, mauvais sujet, sans foi,

Loveiace ! on lui sait plus de trois cents maîtresses l!!

Et cœtera.... laissons cet époux très-adroit Achever ce portrait peu flatté dont il croit Faire un monstre effrayant, — heureux de ses finesses.

Voici ce que la femme entend et dit :

Vraiment Il faut que monsieur tel soit un homme charmant ; Trois cents maîtresses ! mais, si sans honte on se jette, Comme madame Trois Étoiles à sa tête ! II est volage — mais c'est bien assez pourtant De se laisser aller à Terreur d'un instant. Pour une Madame X, sans qu'il lui faille encore Être fidèle — alors, la vertu déslionore Et Tnfidélité n*est qu'un heureux retour, Qu'une expiation d'un ridicule amonr.

Un homme e&t inconstant.,! est-ce toiOours i.te?

Tant que Von n*à pas va Tobjet prédestiné,

L'âme sœur de son âme, un cœur pour son cœur né,

C'est une ambition digue d'une âme hante, *

Que de montrer enfin, Lovelace fixé,

 ces Glarisses dont il a rompu les chaînes,

Et joindre à son amour le ragoût de leurs haines.

Mon mari prend un air solennel et vexé

ie le Tois clairement, malgré toutes ses peines, C'est pour lui, non pour moi, qu'il prévoit le danger, Et c'est contre un bonheur qu'il veut me protéger,

n y a bal demain chez le ministre chose.

Je mettrai quoi!.... voyons... d'abord, ma robe rose

Elle va bien, — pour preuve, une amie, a entre noua n Me disait l'autre soir, avec un air morose, Qu'elle était un peu trop décolletée

LE IfABI.

Et j*ose Croire que vous verrez mon intérêt pour vous Quand je vous dis comment il est de la prudence De tenir avec soin un tel fat à distance.

LA FEHUB.

Mes diamants!... oh ! non tout le monde en aura.

LE UARI.

La calomnie ainsi, même sera déçue.

LA FElIltS.

Oui..,, rien dans mes cheveux, qu'une rose moussue; Il me remarquera.

Cela, c'est la morale. —A la fin de mon prône, J'ai rejeté la fable ; à son tour, la voici :

Cn gros kakatoès, blanc, à la huppe jaune, Penché sur son bàtoni d*un air plein de soucli

Disait à Jean Lapin : « Jean Lapin, Dieu merci,*

Je te rencontre à temps ; suspends ta course alerte, -

Je te veur avertir d'un horrible péril ;

Vois, là-bas, ce carré d'une herbe fraîche et verte,

Appétissante aux yeux ; — on la nomipe persil ;

Tu pourrais en manger, et ce serait ta perte.

Ne prends pas mon avis pour un simple babil : i

Cette herbe est bonne au goût, parfumée, on la mangt j

Avec plaisir, et puis, par un effet étrange, j

Vous vous sentez bientôt l'estomac tenaillé t |

L'œil s'éteint, votre bec s'amollit — et vos plumei

Tombent autour de vous ; — bientôt déshabillé ;

Vous mourez, sans l'espoir môme d'être empaillé, ,

Bien inutilement, à prêcher tu t'enrhumes, j

Avec un air narquois Jean Lapin lui répond :

Les Lapins n'ont pas peur de voir tomber leurs plumes, • |

Ni leur bec s'amollir : — je vais du môme bond, j

Merci, — faire un repas de l'herbe savoureuse,

Pour les perroquets, seuls, malsahie et dangereuse.

Page 1