‹ Encore les femmes (volume 3)Chapitre 14 sur 39 · LES FEMMES DE CRIN · texte numérisé non relu

LES FEMMES DE CRIN

Si j'avais l'honneuf d*êfci*e femme, je me ôcntirrtia émue^ inquiète et indignée d'une chose qui frappe les yeux h chaque instant dans les rlies.

Paris est la seule ville où il n'y ait |)as do femmes tout à fait laides. — La Parisienne s'approprie et s'assimile avec tant d'adresse et de grâce toutes sortes de choses qui eti réalité ne lui appartiennent pas^ -^ qu'elle fait des attraits qu'elle a et de ceim qu'elle emprunte uii tout homogène, un fagot de charmes bien difTicile à démêler; — de sorte qu'on aime dans une Parisienne, — sans s'en apercevoir, — autant de soie que de peau, autant de dentelles que de chevdux. -^ Il semble que les fleurs naissent, croissent et s'é-

panouissent <lans sa chevelure tout naturellement, comme les bleuets dans les blés. — Il semble que la dentelle appartient. à ses épaules, comme les plumes appartiennent au colibri ;— que la jupe de soie qu'elle traîne fait partie d'elle-même, comme la queue constellée que traîne le paon. — Non-seulement la Parisienne décide des couleurs qu'on portera dans toute la France et dans le monde entier, mais encore elle édite de temps en temps telle ou telle forme inusitée pour le corps féminin. — Ces inventions (je parle des dernières], ne sont pas toujours raisonnables ni heureuses. Mais les lois de la mode sont les seules auxquelles on obéisse dans notre pays. Je crois môme qu'il n'y a pas en réalité' d'autres lois. — On porte telle année des jupes trop longues, et des idées au moins libérales; telle autre des chapeaux trop petits et des idées au moins réactionnaires.

On a vu des Parisiennes faire savoir au monde entier, sous le règne de Louis XVI, que le visage dés femmes serait à l'avenir, et jusqu'à nouvel ordre, au milieu du corps, — et le monde entier a obéi... Aujourd'hui il a été décidé que les hanches changeraient de place, et elles ont changé de place. — - Le diable sait où elles sont !

Il est une sorte de femmes pour qui ces révolutions

sont faciles : ce soDt celles auxquelles la nature paresseuse a confié le soin cle se faire elles-mêmes. — Celles-là n'ont aucune peine à se conformer aux lois qui se succèdent : elles sont dans l'ordre physique ce que sont dans Tordre moral les hommes sans idées et sans convictions.

Mais pour celles auxquelles la nature n*a pas té* moigné la môme confiance, pour celles qui ont reçu leurs formes toutes faites, pour celles qui sont en général les plus belles, il se présente d'immenses diiBcultes, et il est bien rare qu'elles arrivent à ne pas être vaincues par les premières. Ces charmes tin peu artificiels ne doivent être servis aux regards que tout prêts, et il est d'une inconcevable imprudence de laisser pénétrer le public dans les coulisses de ces artistes en beauté.

Eh bien, c'est sur cette imprudence que je veux appeler l'attention des femmes. — Il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une seule rue dans laquelle il ne se trouve une boutique où l'on fasse l'exhibition publique aux vitres et dans la montré, — d'objets bizarres en étoffes de crin, — qui trahissent le secret qu'il y a des marchands de hanches et de mille autres choses.

Cette révolution ne peut manquer de produire l'incrédulité qui a déjà attaqué et renversé tant de choses,

m ENGOUE LES FEMMES.

et qui menace incessamment de renverser le culte et la religion de la beauté.

. Je ne parlerai pas de rinconvenance de semblables exhibitions ; je pense qu'il suffît de ce qu'elles ont d'imprudent et de dangereux pour engager Itoules les femmes à défendre à leurs fournisseurs, sous peine d'abandon» d'exposer ainsi aux regards ces secrets terribles.

Il est cruel pour les hommes, en passant dans la rue, de voir des choses qui vous forcent à vous demander si votre cœur n'a pas battu plus d'une fois pour des attraits empruntés h la crinière d'un cheval de fiacre, et de dire : « Je ferai peut-être dans quinze jours des folies pour cette étoffeide crin-là. »

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