‹ Encore les femmes (volume 3)Chapitre 17 sur 39 · LES MARCHANDES DE CERISES · texte numérisé non relu

LES MARCHANDES DE CERISES

« Est-ce que ce ne «erait pas là rhif^toiro des femmes, de la beauté, de Tamour? »

Je rêvais l'autre jour que , sous une allée de sycomores, je voyais deux ou trois douzaines de femmes : Tune était assise sur un banc et avait sur une table des cerises d'assez bonne apparence ; les plus grosses et les meilleures étaient au-dessus de tas, comme de raison, et elle criait : A la douce, mes bonnes cerises, à la douce ! goutez-les avant de les acheter.

Il faisait chaud, j'avais soif, j'en goûtai une , cela augmenta ma soif, et j'en achetai.

Une autre avait coquettement disposé ses cerises sur des feuilles de vigne, auxquelles elle avait mêlé quelques fleurs ; elle ne permettait à personne d'en toucher une.— Celles-ci paraissent plus belles, me dis-je, et j'en achetai.^

1?S ENCOnC LES FEMMES.

Unô troisième marchande les avait fait cuire en compotes, tandis qu'une quatrième les avait fait cou-' fire dans de Feau-de-vie.— Je fis emplette des unes et des autres. Celle-ci tenait un grand panier très-scrupuleusement fermé, et disait : — J*ai de bien plus beaux fruits que toutes ces femmes, mais je les vends plus cher, et je veux vendre tout mon panier à la fois. — Il me faut payer d'avance, et on emportera le panier tel qu'il est sans l'ouvrir, jusqu'à ce qu'on soit chez soi. — J'essayai de la décider à m'en vendre une livre ou deux, mais elle s'opiniâtra, et j'achetai le panier tout fermé.

Celle-là traversait l'allée d'un air empressé; elle portait ses fruits avec toute sorte de précautions, pour qu'on ne les vît pas ; cependant on voyait bien qu'elle les cachait. — Ne me demandez pas de fruits, je n'en ai pas, disait-elle, et en disant cela , par un mouvement maladroit, elle les laissait entrevoir. J'en pris deux poignées, et je lui jetai mon argent.

— J'en ai, moi, de très-bons et de très-beaux, disait une autre, qui cachait plus strictement un panier bien fermé, mais ils ne sont pas à vendre. II me plaît de les laisser flétrir sur l'arbre.

ENCORE LEB fBUUBS. i'9

Je la suppliai t9^t qu'elle w!eu veodU ^i9ffl£ les

autres.

- Mes cerises sont vendues, disait vm Qiitrchqindc. —Mais alors, lui demandai-je, pourquoi venez-vous au marché, et surtout pourquoi mootrefs^ous vos fruits si bien arranges?

— Ohl dit-elle, à la rigueur j*en vendrai bien une livre ou deux, mais pas davanta^.

Et l6s autres annonçaient égalem<^i)t l@ujr m^f^h^ïïdise chacune à sa manière.

—Les miennes viennent de bien loin, il n'y ea a pas de pareilles dans ce pays-ci.

Et j'en achetais.

— Cest moi qui fournis d'ordinaire le Shah de Perse.

Et j'en achetais.

— En voici^ttachées en bouqu^

Et j'^n achetais.

— Étrennez-moi ; je n'en ai pas vendu une seule, vous aurez la fleur du panier.

Et j'achetais.

— Moi je ne les vends pas, fi donc ! je les donne. Ah ! jaites-moi cadeau de ce cachet qui est à votre montre.

Je donnais le cachet, et je prenais une poignée de cerises, et un peu après je m'apercevais que ma montre était restée après le cachet.

— Tout le monde m'a acheté, il ne m'en reste plus, car je suis la marchande à la mode. Il n'est pas de bel air d'en manger qui viennent d'une autre boutique. Je n'ai plus que des noyaux, mais on'vous verra jeter les noyaux, et on pensera que vous avez mangé les cerises.

Et j'achetai des noyaux.

Fuis j'achetai encore des cerises à une femme qui en tenait dans une corbeille de jonc, et à une autr& dont les fruits étaient dans une belle jatte de porcelaine du Japon.

Quand j'eus acheté des cerises k toutes les mar-

des parce que je croyais toujours que la dernière ^e présentait avait des fruits meilleurs, ou du s d'une espèce différente, — je vis venir à mbi )mme à barbe blanche qui me dit : « Ce matin de lonne heure, aux premières lueurs du jour, est 3 ici une femme de la campagne avec un âne ; le portait deux grands paniers :.dans ces paniers la récolte d'un cerisier que cette femme a dans urdin ; toutes celles-ci sont des revendeuses ; elle . cédé à chacune une part égale, puis elle est re- . Tous ces fruits que vous venez d'acheter sortent Ime panier, ont été cueillis sur le môme arbre, et ibsolument pareils. « Et je me réveillai, et je me vant encore à moitié : — Est-ce que ce lie serait . rhistoire des femmes, de la beauté, de IV ? Mais quand je fus tout à fait réveillé, je corne que celte supposition aurait d'irrévérencieux, a rejetai bien loin.

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