‹ Encore les femmesChapitre 21 sur 33 · AMOUR RÉTROSPECTIF · texte numérisé non relu

AMOUR RÉTROSPECTIF

A ta deml&re r^pésentattoii da Tb^re^ItaKcor, a été UD peib distrail par la niappaeitiM Him cimple dû&t te départ avait iatt d«aa te. mmàe paristen aae Mte de sGaaâate»

M..*^ après trois mojs- de oiaii^e, aifiait subiteméat enlevé sa teoime et avait été a'^afermâr airec elte dans uq. petit cbAteau qu'il possède ea Touraioe. — Il avouait franebemeail,. au départ, qutil était amottreux. de sa femme, et <ia*il aUait cacheir ac^ bonheur connue les violettes se cachent sous l'herbe.

Les prophéties u*axaiesit pas maa(|ué.

*-< Voilà, disaitrOQ, des giens <}ui, au lira d'étendre sagsm^t des confitures sur de longuea tartines ûù

paiu , vont avaler le pot entier à pleines cuillerées et n'auront plus que du pain sec.

Voilà des gens qui éventrent leur bonheur comme la poule aux œufs d'or.

Voilà des gens qui, au lieu de vivre de leur revenu, mangent leur capital.

Voilà des gens qui traitent le bpnheur comme une drogue amère : ils ravalent d*un trait, sans le goûter, vie, eic

Le monde ne pardonne pas volontiers que Ton soit

heureux et que Ton se passe de lui.

Ahl abl disait-on Tautre soir, —voici les tourtereaux rentrés dans la volière ; voici nos gens guéris et essoufflés. Et les lorgnettes se braquèrent à plusieurs reprises, formidable batterie, sur la loge où ils étaient seuls. — ns avaient l'air fort heureux d'être ensemble. On vit la femme se retourner à certains passages de la musique et plonger ses regards dans ceux de son mari , — pour prendre ou donner le diapason d'une extase qu'elle voulait partager avec lui. -^ On crut voir un instant qu'ils se serraient clandestinement la main.

Quelques femmes envoyèrent quelques hommes visiter les revenants , pour voir un peu ce que cela voulait dire. Les plus sociables, les anciens amis de M...

risquèrent une question : — Enfin, vous voilà revenus à Paris.

— Nous? pas du tout; nous sommes à Fauberge; nous sommes venus pour quatre jours, pour entendre de la musique, emporter des rosiers nouveaux pour notre jardin, et des camélias pour notre serre.

— Enfin, vous verra-t-on un peu?

— Oui , à rOpëra , aux Italiens.

Et on retourna dans les loges dire : — Ça ne va pas mieux.

Voici la vérité sur ce cas extraordinaire , comme disent les médecins :

Il y avait alors près dTun an que M avait épousé

une jeune personne nche , jolie , bien élevée et qui

n'avait reçu que d'excellents exemples dans une famille où la chasteté des femmes et Thonneur des

hommes sont précieusement conservés comme une véritable noblesse héréditaire. Ce mariage avait été arrangé par des parents et des amis ; les deux époux s^Haient peu vus avant le mariage ; mais tous deux possédaient les avantages et les qualités les plus propres à faire nattf e Tamour.

Cependant, au bout de quelques mois, U.... s'aperçut que sa femme ne Taimait pas ; — il fit une enquête pour savoir si quelque amour antérieur n'avait pas

2tê HNaOUB LWSf PBHlffE&

ttAvabi riioagiaalîcuii de la jeune flUe; — le ràniltai de son enquête avait été très-saUsfaisant pour son eantr, nais nuUemest pour sa earjoeifé ; — avant son ariifée diaa la^ maBson de ësm beaa-père, jamaU

Mh* M. n'amil; VII que de irienai parenle, — H....

était la aenl bonime jeime ainjorï alla eût jamais permis de lui adream* laipeffoiai

— Ce n*est pas dans le passé cpfS tmi chercher, se dit Bmest^ regardoûs asIoiiF de nous. Ce serait un peu bien prompt après deux mois de mariage.

a regarda anree lesverree grossisBants de la jafonsiet il tendit et essaya toutes les souriciâras oeoeeSlëes par Balfsae ; il ae déconvint Bien.

•— CqiendaiKty dit-îL, ^Ue fie m^aime pas. Elle se piolt à être seule; qamé je rentre, je la dérange; die rêve et est distraite en ma présence. Â chaque instant, je surprend» ce qne, éacas te langage un peu populaire, on appelle des abswiees. Si je lui parle, son esprit se feit afitendre et vient répondre ahuri et essoufflé, comme servante endormie qui entend sonn^ et vient du troisième étage ouvrir la porte cochère. Si mes affaires, mes relations , me retiennent dehors » elle ne par£^ ni inquiète ni chagrine , elle n'aime ni la monde, ni le théâtre, ni la promenade; elle reste chez elle, rêve, lit, fait de la musique, et coud;

ENCOBë les FEMICES. 211

coud sutout , — fausse occupation hypocrite qui permet à Tesprit des fcrmiiffîs de s'attsentar et d'aller courir la prétentaine, tanctiis (pi'elles ont L'air d'é^r&vertaauseRiBQt au 9àn de leur ménage^ q« tt a'; a ea réalité qu'un corps engonidi, •-« àlat façoo de& prisooiiiers qui s'éTadent» et bassem dans itm MA leur tnirersin coiflë de nuit » poor ja«er lau^ rdte^ ta tromper le gedlier pendant qnelqnâ» taeurea.

Une femme assise^ l'aiguille à. lia maîD, est quelquefois aussi absente: que si ^ i calèfonrchon suc un manche à balais, elle s'élail ea allée hm&s V&tg^t de messire Sataaasi. -^ La. main: esK là. c|ttî ourle n'impoirte quoi, mais Fesprit; est parti au sabbeA.

BUe ne m'aime pa^, se lé^tait Ernest; cepeadant, elles'eceupe de sa.toîistts autant qpi'une autee jEemme ; mais autant quand elle reste chez elle que quand eUe sort ou Ta dans le BMade.

— Qui donc Tient icif

Il recommença ses obserrations^ il tendit de nou- Teau ses souricières; il ne Vit rien, il nr'attrapa iien«

Q prit ua parti Tiolent; il dit à sa lemone : — Ma chère Cédiez f ai le pn^et d'aller passer quelques mois dans un petit ehâleauqua noua avons en Soiiraine, et que tous n'avez jamais vu.

— Quand partons-nmis ? dit-elle froidement.

— Demain.

^ C*est prompt, mais cela ne fait rien.

Elle sonna sa femme de chambre et lui donna les ordres nécessaires pour le départ. Ernest remarqua que les caisses seraient nombreuses : — Ma chère » dit-il, je crois charitable de vous avertir que notre petit château est fort isolé et que nous courons grand risque de n'y pas voir un chat. A moins que vous n*aimiez la toilette aussi innocemment que Faiment un colibri ou une rose, vous pourriez vous dispenser d'emporter autant de munitions de guerre.

Cécile ne répondit pas et ne changea rien à ses ordres. Ernest lui emprunta sous un frivole prétexte son encrier, n n'avait pas le sien j ou il n'y avait plus d'encre dedans ; ~ elle le lui donna sans observations.

— Ah çàl elle n*a donc à annoncer son départ à personne... du moins par écrit?... il faut voir qui viendra aujourd'hui.

Il ne vint personne

On partit le lendemain et on arriva une douzaine d'heures après. Cécile fut ravie du château , où Ton reconnaissait l'architecture du quatorzième et du (juinzième siècle. Elle s'y arrangea un logement dans le slyle du château. Le printemps vint; — Ernest vit

s'épanouir dans le cœur, dans Tesprit, dans les regards, vlans la voix de sa femme, toutes les riantes, belles et ombaumôes fleurs du printemps, en même temps que les primevères et les violettes sur la terre. — Mais ces Heurs , elle ne songea nullement à lui en faire un l)ouquet; elle semblait au contraire vouloir les lui dérober.

— Elle ne m'aime pas I — mais elle aime, se dit-il encore. — ^Mais qui? C'est un absent, puisque nous ne voyons personne. Et elle n*est pas impatiente! elle n'écrit pas 1 elle ne reçoit pas de lettres I —Je m'y perds.

— C'est un rébuSf que cette femme-là! — Oh ! je le devinerai. » .

Un jour, il la trouva qui lisait au bord d'un étang, à l'ombre d'un saule ; elle avait une toilette fraîche et coquette, mais appropriée au style du château et de Tameublement du logis qu'elle s'était fait; — elle paraissait émue; — son visage était éclairé d'une douce flamme intérieure, comme une lampe d'albâtre suspendue aux lambris.

Ernest ne voulut rien dire; — mais, tout en causant, il prit négligemment le livre et le feuilleta, pensant y trouver.

Était-ce donc quelque roman incendiaire? — Non :

— c'était rhisioire de France. Il le jeta avec dépit.

Un antre soir, — rentrant également sans être attendu, il l'entendit au piano. -*- Il s'avança jusque sous la fenêtre et écouta ce qu'elle chantait D'abord :

Partant pour lu Syrie»

de la reine Hortense, puis :

Jamais en France, Jamais TAnglais ne régnera!

•^ Quel feu I dit-il en entrant; — il y a de quoi rompre ralliance anglaise, si on inous entendait.

— Ah 1 dit-elle, je ne puis sans émotion penser ao temps où les Anglais ont occupé la France

Ernest se recueilKt.

— Afons-nous, se <&t-il, quelque soldat parmi nos amis? Elle me parle avec mépris des autres professions; — ou quelque diplomate, partisan de Tallïance russe? Ce serait un indice, car, en politique, une femme adopte sans examen les opînioiis et les cravictioDs de son amant

A quelque temps de là, Emesl et sa ffemme furent parrains d'un enfant qui était survenu b un de leurs fermiers. C'était une fille, et les fermiers priaient qu'on lui donn&t le nom de la dame.

— Non, dM-efie, je n'aime pas mon nom.

— Quel nom lui donnerez-vous? demanda Ernest, le raien?

— Ernestine? non, Jeanne.

— Très-mauvais choix, ma chère Cécile ; ce nom, qui est fort distingué pour nous autres gens du monde, paraiira vulgaire h des paysans qui aimeraient bien mieux quélijue chose de long et de dii&cae à prononcer : Cymmodocèe, Calypso, Eucharis^

— Je tiens au nom de Jeanne.

— Bizarre idée! Gomptez-Tous en faire une nouvelle héroïne?

— L'irome me paraît ici mal placée. Jeanne a sauvé la France.

-^ Agnès Sorel aussi Fa sauvée à sa manière:

Appelons la petite Agnès. Pour les paysansi Jeanne est le nom d*une chèvre. Ça fera très-mauvais effet.

— Je ne tiens pas h être marraine.

— J^ai promis ; ça serait tout h fait désobligeant L*enfaiDt fut nommée Jeanne. .

Une nuit, Cécile rêva haut. Évidemment, dans son rêve, un homme était à ses genoux, et elle ne le re- i poussait pas. Ernest, la respiration haletante, le cœur > battant par secousses, écouta avec cette anxiété fié« / vreuse de la jalousie qui fait qu'on croit trouver une '

volupté à savoir; elle allait peut-être prononcer u nom...

— Oui... murmura-t-ellb... ensemble... c'est le clairon... mort aux Anglais. »

Et elle se réveilla en sursaut.

Un jour que Cécile était sortie, Ernest se décida à une grande expédition ; il fouilla sans scrupule dans tous ses tiroirs, dans ses tables à ouvrage, dans ses boîtes à gants et de bijoux. —11 trouva un portrait.

— Ah I dit-il enfin I — Il rassembla ses souvenirs, il rappela les bizarreries qui lavaient étonné dans la conduite, dans les discours de sa femme : tout s'appliquait parfaitement au portrait. — Allons, dit-il, je connais Tennemi, au moins on peut se défendre. — Le rébus est deviné; c'est bien, je n'userai plus mon temps et mes forces contre des moulins à vent, ou à ag3ter un grand sabre dans la nuit.

D:i jour où il avait fait son importante découverte, Ernesw cbangea complètement d'attitude à Fégard de sa femu>e : — il s'absenta, — fut rêveur en sa présence, — ^"oassa de longues heures enfermé dans son cabinet. — Un jour il laissa tomber de sa poche un brouillon chiffonné ; Cécile le trouva, le développa et vit... des vers.

Ces vers étaient évidemment adressés à une femme.

Us étaient encore imparfaits, pleins de ratures, — Ces mouches qui vont bien aux muses, comme disait ie ne sais plus quel jésuite érudit :

O dame de beauté

A mes vers tu devras ton immortalité.

Sous ton aimable joug.

Oh I que ]*aime tes champs, ô riante Touraioet P.Mrie où prit le jour ma belle souveraine !

Il n*y avait pas à en douter. Ces vers n'étaient pas faiis pour Cécile, qui était née à Paris. Elle avait une rivale, elle était trompée. La fidélité est une vertu dont on veut bien se dispenser, mais dont on dispense difficilement les autres.— r Cécile s'émut; elle s'aperçut que son mari était un homme qu'on pouvait aimer.

Un jour elle vit qu'il lisait une lettre, qu'il replia précipitamment et cacha assez maladroitement à son arrivée. Une autre fois, elle le vit contempler un portrait renfermé dans un écrin de maroquin bleu, avec tant d'oubli qu'il ne l'entendit pas venir et ne put fermer Fécrin si vite qu'elle n'eût le temps de voir que c'était un portrait de femme.

Un jour, on parlait des naissances illégitimes. Ernest

se montra sévère. — Tous ces gens-îà, dit-il, entrent dans la vie en ennemis.

— Beaucoup , cependant , dit Cécile , ont été de grands hommes.

Et elle fit facilement une assez longue liste des enfants plus ou moins abandonnés qui on tlaissé un nom célèbre.

— Vous oubliez le bâtard d'Orléans, dit Ernest, te beau Dunois.

— Eh bien ! n'est-ce pas un nom dont la France s'honore? n'est-ce pas lui qui a chassé les Anglais de la Normandie et de la Guyenne?

— Mais sa conspiration contre son souverain !

— Oui, mais comme il a noblement expié sa faute passagère au siège d'Honfleur et au siège de Dieppe!

— Il n'en a pas moins forfait à l'honneur en entrant dans cette conspiration contre Charles VII et en y entraînant le dauphin Louis XI.

— Charles VII, s'écria Cécile, avait eu des torts à son égard.

— Eh ! d'où diable le savez-vousT demanda Ernest Cécile ne répondit pas, mais elle fut de très-mauvaise humeur tout le jour. Le soir, elle dit à soa mari : ~ J'ai à causer avec vous.

— Je vous écoule.

— Eh bien I je ne prétends pas que l'amour que voui

ayez juré que je vous inspirais soit étemel; j'ai toujours pensé qu'il se changerait tôt ou tard en une sincère amitié ; cependant, je vous avouerai que je suis un peu surprise que vous vous soyez si fort hâté da me donner une rivale.

£rnest répondit très-maladroitement :

— Qui? moi? Vous vous trompez... des app^cirences...

— Ne jouez pas ce rdle-là. Un aveu franc et sincère aura plus de noblesse. Je sais tout... Cette lettre,

que vous lisiez l'autre jour et que vous avez si vite cachée, ce portrait dans un écrin bleu, ces vers dans lesquels vous dépeignez laborieusement votre flamme à une femme que vous appelez dame de beauté... No m'interrompez pas pour me faire un mensonge vulgaire et me dire que ces vers sont pour moi. Je sais le contraire.

O riante Touraine Patrie où prit le jour ma belle souveraine l

La rue du Bac n'est pas en Touraine.

— Eh bien l Cécile, je vais tout avouer.

— A la bonne heure I dit Cécile, j'aime mieux cela. Elle était pâle et tremblante. Ernest continua ainsi :

— Ma mye, mon ferme propos estoit quand je vous iay congnue, d*estre honnestement fldel pour tousiours & Yostre chiere et muliebre beauté, et de vivre avecques vous en estroite union ; mais sans estre sus* pectionneux, i'ay veu que ie n'avoys point Vheur de vous complaire et d'estre aymé de vous ; adonques i*ay dû chercher adventure ailleurs. Ne soyez pas trop aspre & pugnir.

— Mais que me dites-vous là?

— Je parle le languaige le mieulx approprié à notre situation.

- Ne plaisantez pas. Voulez-vous me montrer I9 portraitT

— Le voici.

— Elle est jolie I

— Je le crois bien.

— Et la lettreT

— Tenez... Elle m'a coûté cent écus.

— Oh ! fl !... il y a de Fargent !

— Je parle de la lettre que j'ai achetée à un juif.

— Quelle écriture et quel style! Je n'y comprends fieB.

— n faudrait faire à cette lettre ce que le peintre a fait au portrait,

— Quoi?

— Voyez.

Et Ernest montra an autre portrait.

— CTest la même figure en costume de bal masqué.

— Du tout, c'est dans Taufre portrait qu'elle est déguisée.

— Cessez œ badinage.

— Je ne badine pas... La trouvez-vous joliet

— Très-jolie!

— Joignez à la beauté un esprit ravissant, un cœur d'orl

— Ah! épargnez-moi cet éloge... Gardez cela pour vos vers.

— Enfin , c'est une femme accomplie : elle n'a qu'un défaut.

— Vous m'étonnez !

— Vous voyez que l'amour ne m'aveugle pasT

— Vous l'aimez donc?

— Oui, certes.

— A votre aise!... Et quel est ce défautt

— Elle est morte en i 450.

— Quoi I

— La lettre et le portrait sont... d'Agnès Sorel.

— Vous aimez Agnès Sorelî

— Vous aimez bien le beau Dunois, vous!

Ernest se relira, laissant sa femme livrée & ses rô*

flexions. Ces réflexions furent bonnes; elle pleura d'abord, puis finit par rire.

Et c*est alors seulement que commença leur lune de miel, que les habitués du Théâtre-Italien s*étaimt scandalisés de voir encore dans sou plein.

X' •ir

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