‹ Encore les femmesChapitre 23 sur 33 · DIX-HUIT FIACRES · texte numérisé non relu

DIX-HUIT FIACRES

L'autre nuit, un cocher de flacre était sur son sîêge à la porte d*une maison de la rue Fontaine-Saint- Oeorges. — Un camarade qui montait la rue arrêta un moment ses bétes, et tous deux, se trouvant commodément assis, à la même hauteur, se mirent à deviser.

— Que fais-tu là? demanda le nouveau venu.

— Moi? f attends un bourgeois donc.

— Tu as la chance, moi je rentre ; je n'ai rien fait d'aujourd'hui. (Je rentre, pour un cocher de fiacre, veut dire : je sors de Paris ; ils demeurent à peu près tous dans la banlieue.)

— Est-ce qu'il y a une soirée ?

— Je le crois ; mon bourgeois était superbement

Ihh ENCORE LES FEMM^ES.

habillé, il n*osait pas se remuer, crainte de se chiffonner.

— C'est drôle, on ne voit pas de lumière.

— C'est que c'est sur la cour; je te dis que mon bourgeois est vêtu cossument comme pour une noce.

— Alors, s'il y a une soirée, et surtout une soirée qui n'est pas finie b une heure et demie, il faudra des fiacres.

— C'est probable.

— Ça va me déguignonner, je -^as prendre la file derrière toi.

Un peu après, un autre fiacre qui rentrait aussi fait des questions» reçoit la même réponse, prend la même résolution et se met à la file.

Un peu après, un quatrième fiacre qui rentrait...

— Je comprends.

— Aimez-vous mieux alors que je vous parle du bourgeois T Nous allons parler du bourgeois.

Le bourgeois était un homme ni vieux ni jeune, Di beau ni laid.

— Un homme comme tout le monde.

— Précisément il demeure rue Labruyère.

— Mais c'est à deux pas de là.

— Oui.

— Il pleuvait donc?

- Non, les étoiles brillaient au ciel.

— Il avait plu et il faisait de la crotte?

— Non.

— Alors, pourquoi avait-il pris un fiacre pour aller à deux pas de chez lui? — Quand on a une voiture à soi, que l'on en fasse, sous un léger prétexte, une exhibition élégante, je le cou ^is; mais un fiacre, ça ne peut être qu'utile.

— Ah ça! combien de fois avez-vous fait précisément ce que vous vouliez faire? Combien de fois avezvous fait quelque chose exprès?

— Hais... toujours... ou du moins très-souvent.

— Pas si souvent que vous croyez : tout arrive par hasard ; le hasard dérange toutes les combinaisons de la pauvre prudence humaine ; — si vous comptiez combien de fois vous avez obstinément marché audevant d'un malheur, — combien de fois vous l'avez poursuivi quand il voulait vous fuir; — si vous comptiez combien de fois vous avez été atteint par un bonheur auquel vous avez tout fait pour échapper; contre lequel vous avez épuisé toute la stratégie de la résistance! Mais non, les choses qui réussissent, on en attribue le succès h sa sagesse ; — celles qui ^ tournent mal, on les attribue seules au hasard. — L'histoire, si on rétudiait bieUi n'est qu'une suite de cas

fortuits ; seulement, les historiens égarent les lecteurs par leur manière opiniâirede prouver la préméditation des tuiles.

Mon bourgeois était là par hasard , il avait phi un fiacre pour aller ailleurs, — et il Tavait pris ù ' neuf heures. Voici son histoire : — Il allait à un grand t)a1, il s'était fait magnifique, comme Tavait remarqué ^on cocher; il s'était fait friser, il avait un gilet tout liait triomphant, des gants gris-perle, des bas de soie h jours, des souliers vernis à bouts arrondis; — il l'était regardé dans une glace et s'était trouvé bien ; ^ cela lui avait suggéré une idée.

— Madame trois étoiles, se dit-41, à laquelle je fais la cour depuis quelque temps, ne m'a jamais vu un peu à mon avantage, — ^ et je n'ai aucune chance qu'elle m'y voie jamais : — elle ne va pas dans le monde à cause de la queue de son deuil ; si j'allais lui faire une petite visite, il est neuf heures, j'y resterai un quart d'heure, puis j'irai à mon bal. €ela aura deux avan> tages : elle me verra agréablement v^u, et elle remarquera que l'on a un peu de relations ; que le temps que l'on passe quelquefois auprès d'elle a bi^ sa petite .valeur, et qu'on ne serait pas embarrassé d'en trouver rempbî.

Il fit chercher un fiacre, annonça au cocher qu'il

le prenait à Theure, et se fit conduire dans la rue Fontaine-Saint-Georges .

La maison qu'habite madame trois étoiles est une maison calme, tranquille, où le propriétaire n'accepte pour locataires ni chiens ni enfants, et où les portiers ont édicté une amende de cinquante centimes contre l'habitant qui rentre après onze heures du soir.

Madame trois étoiles s'ennuyait ; le galant fut le bien venu. Il annonça qu'il était forcé d'aller dans le monde, qu'il avait à accomplir d*mimymx devoirs de société, et il pria madame trois étoiles de le plaindre, ce qu'elle ne fit pas, attendu qu'elle réservait toute sa compassion pour elle-même, qu'un deuil retenait captive chez elle.

Lui regarda la pendule obliquement, elle était arrêtée, n se dit tout bas qu'il y avait plus d'un quart d'heure qu'il était là ; mais il se répondit qu'il ne Dallait pas plus de vingt minutes pour aller à son bal; qu'il pouvait donc rester, non pas un quart d'heure, mais trente-cinq minutes chez sa belle, sans sortir des limites de son heure. Elle était pour lui d'ailleurs plus gracieuse que de coutume. Je ne prendrai pas sur moi d'affirmer si c'est à la cravate, au gilet ou aux souliers à bouts ronds qu'il devait cet accueil, — ou si c'est à l'idée qu'il allait ailleurs;— cela donne beau-

coup de prix à un homme aux yeux de la plupart des femmes ; — ^les femmes aiment bien moins les hommes qu'elles ne haïssent les autres femmes. Combien de fois prend-on un amant, uniquement pour Fenlever à une autre, — au risque de s'en trouver ensuite fort embarrassée. — Toujours est-il que la conversation roula sur l'amour, et que Ton se mit de part et d'autre à déballer les plus séduisantes théories et à faire valoir sa marchandise. Notre homme cependant pensait au c ver rongeur » : il aimait à deux francs l'heure ; il essaya de tirer clandestinement sa montre dans son chapeau. Madame trois étoiles lui dit froidement : € Pourquoi ne regardez-vous pas franchement l'heure à votre montre? C'est juste, vous allez dans le monde.» n fut forcé de répondre : c Ah ! madame ! » Il calcula que rheure commencée se paye comme révolue; il n'avait donc plus besoin de se presser. Il prit une main qu'on retira d'abord, et qu'on unit par oublier dans les siennes. On refit des théories sur Famour pur, sur la constance; non-seulement, si on avait le bonheur de trouver une &me sœur de son âme, on ne changerait jamais, maison trouverait la vie un peu xurte et mesquine pour contenir un pareil amour : à coup sûr, il étoufferait tant il y serait h l'étroit; el si on consentait à l'éprouver pour c^e court moment

qu'on appelle rexislence, c'est qu'on croyait à une vie future, et aux amours continuées par les âmes dans quelque planète ou autre monde réputé meilleur, etc.. Il était minuit lorsque madame trois étoiles dit : — Àh çal il est au moins dix heures et demie; allez^ vous-en h votre bal ; je suis une égoïste, et vous me maudissez au fond du cœur.

— Il n'est que dix heures.

— Voyez à votre montre.

— Elle est arrêti^.

— GomPiG ma pendule.

— Pourquoi me renvoyez-vous si tût?

— On vous attend.

— Je m'ennuierai partout.

-- C'est très-aimable ; eh bien ! encore un quart d'heure, et vous vous en irez, car je ne garde jamais personne aussi tard. Les portiers se couchent à onze heures, ce serait un scandale.

Et on reprit les théories. Le galant parla d'amour ; on lui dit : non, mais soyez mon ami. — On discuta les agréments dont l'amitié peut être susceptible ; on finit par tomber d'accord d'une amitié suffisamment ornée. Il était une heure et demie, ^ précisément lorsque le second cocher disait au premier : Qu'est-ca que tu fais là? quand madame trois étoiles dit :

— Maintenant, il est près de onze heures, partez vite avant que les portiers se couchent.

Rien ne marque l'heure du berger comme une pendule qui n'avertit pas.

L*amoureux demanda encore dix minutes que Ton déclara écoulées et peut-être dépassées au bout d*une petite demi-heure, au moment où le troisième fiacre...

— Je sais.

— Bien. — Alors, Famoureux dit: Il est deux heures du matin. — Madame trois étoiles dit : Je suis perdue. Allez-vous-en. Mais ces portiers?

— Ils sont couchés, ils dorment, ils me croient parti, ou plutôt, ils ne m'ont pas vu entrer...

— Croyez-vousT

— Ils ne m'ont pas demandé où j'allais, je n'ai rien dit. J'ai des souliers minces qui ne font pas de bruit, je suis entré comme quelqu'un sortait. H est certain qu'ils ne m'ont pas vu.

— Mais que faire?

A ce moment, le quatrième fiacre se mettait h h file, comme j'allais vous*le dire quand vous m*avez interrompu au commencement de mon récit.

— Continuez.

— Cest à peu près fini. Madame trois étoiles dit : Mais que (aire ?

— Rien de plus simple, répondit l'amoureux: je partirai au petit jour, je me glisserai adroitement sans êlre vu.

— Mais jusque-là?

— Jusque-là, vous allez tranquillement faire comme si je n'y étais pas; allez dormir dans votre chambre; moi je resterai dans le salon, dans ce fauteuil.

— Vous serez mal.

— Croyez-vous que je dormirai T

— Je n'ai pas sommeil non plus. Alors, causons,

— Causons.

On resta aux deux coins de la cheminée, sans parler ; de temps en temps, on soupirait.

— En avez- vous encore pour longtemps de votre histoire?

— Les histoires, ça s'arrête quand on veut. La mienne est finie.

Quand l'amoureux sortit de la maison, à cinq heures du matin, le plus adroitement possible, c'est-à-dire en demandant le cordon s'il vous plaît, et en mettant cent sous sur la table du portier, il y avait dix-huit fiacres à la porte.

fi;->: BL'CCÉS iJAxNS LA RUE

n est une illnsion que , mdgré mon désir de leur élre agréable, il m*est impossible de laisser aux femmes : — c*est celle qui fait leur prendre pour des succès certaines manifestations relatives &. leurs charmes. — Il faut leur expliquer que e^est â*unû insulte qu'elles sont flëres, que c*est d*une humiliation qu'elles s'enorgueillissent.

Je nxm parler des succès de la rue, d*une admiration excessive, exprimée dans les endroits publics, et les conséquences d*icelle.

n n'est pas rare de voir une femme d*une beauté assez ordinaire raconter volontiers avec un apparent dépit, qui dissimule très-mal ou trës-n^ une vive sa*

tisfaction, qu'elle ne peut sortir sans être suivie, que que les hommes sont bien ennuyeux.

En même temps on voit des femmes d'une grande et incontestable beauté n'être jamais suivies par personne; ne jamais savoir l'opinion des passants sur leur compte, et traverser sans périls et même sans inconvénients les parages les plus fertiles pour les autres en dangers et en aventures. Je vous disais tout à l'heure qu'on ne sait pas jusqu'où va la timidité des hommes; — pour ma part, j'ai plus de quarante ans, je suis dans les circonstances ordinaires de la vie à peu près aussi résolu qu'un autre, — eh bien ! je déclare qu'une fille de seize ans m'intimidera jusqu'à la confusion quand elle voudra , non pas par de grands mots et par des phrases de livres, mais par l'aspect de la candeur, de la dignité et de la réserve.

Il faut ajouter un second axiome au premier :

Les hommes sont plus timides et moins désintéressés qu'on ne croit.

Quand un homme manifeste par des paroles, par des regards, l'admiration qu'il éprouve pour une femme rencontrée dans la rue, je ne vous dirai pas comme le libretto de l'ancien ballet de Noverre, Venlèvement des Satines : € Les Romains témoignent par leurs gestes qu'ils manquent de femmes.» Je

VOUS dirai que ces témoignages ne sont pas arrachés malgré eux aux passants, comme le oh! ou le ah! qiii s'exhale avec un soupir d'une poitrine oppressée au spectacle d'un beau coucher du soleil sur la mer, ou à la lecture d'un beau livre , ou à l'aspect d'une très-belle femme dont il serait donné de contempler en réalité la beauté , non pas dans la rue enveloppée, affublée, défigurée, mais chez elle ou dans un salon un jour de bal. Non, ce n'est pas un excès d'admiration qui déborde du cœur comme d'une coupe trop pleine. Ce qui fait qu'un homme suit une femme dans la rue, ce n'est pas ce sentiment qui faisait que les disciples suivaient le prophète , que le troupeau suit le pasteur tout en le précédant Ce n'est pas la reconnaissance spontanée de la souveraineté. Hélas! noUi c'est une chanson qui se pourrait traduire ainsi :

Mon Dieu, monsieur Corbeau, que vous êtes Joli; Vous vous faites sans doute habiller à Paris.

Cela ressemble aussi au miroir que le chasseur fait tourner pour attirer, éblouir et prendre les alouettes. Le loup aussi suivait le petit Chaperon-Rouge par les chemins, et c'était pour le manger. Ah! vous croyez que c'est par admiration pour votre chapeau

neuf et ponr votre gentillesse que Ton vous sfiitT Abf vous croyez que Ton ne peut s*empêcher de louer votre beau plumage ! — Âh 1 vous croyez que c*est pour rous être agréable que l'on fait tournoyer insipidement et d'une façon écœurante les diverses facettes de phrases vulgaires , toujours les mêmes', que vous trouvez charmantes quand elles vous sont adressées, mais que vous jugez mieux quand c*est uœ autre qui en est robjett

Une femme avouait ceci : — € Rien n*est plus ennuyeux que les compliments que Ton fait & une autre. »

Non , non , mes belles orgueilleuses , c'est à votre fromage, cTest à votre petit pot de beurre et à votre galette que Ton en veut; c*est vous-mêmes que Ton veut manger toutes crues , comme le loup mangea le petit Chaperon-Rouge; — on veut vous prendre comme les alouettes, je vous le dis en vérité.

Certes , si ma démonstration s'arrêtait là , j'aurais fait une assez mauvaise besogne. — Celles de mes lectrices qui « ne peuvent faire un pas sans être suivies » diraient : — Eh bieni après? Tout ce que vous dites là s'applique à l'amour que nous inspirons sous quelque forme et en quelque lien qu'il se présente.

ËNCOaB LES FEMMES. S50

Mais ea n'est qu*un premier point que je termine en t}isaQt : Voilà pour le désintéressement des bomme» dans ce genre d*hommages.

Continuons.

Si maître Beimrâ ayant dttà maître Oorbean : -<-* Bonjour , monsieur Corbeau , comment vous portez* vous? le Corbeau, au li^ de lin répondie :

— Merci, rnoofiieiirBenard, çaiieva pas mal, ~ et vousT

Avait persévéré à becqueter et à grignoter son fmmage, maitre Reoard aurait ajouté un vers ou deux; fixais s'il A'avait pas obtenu de réponse, il aurait con* linué sa route. Si le petit Cfaaperon*Rouge n'avait pas f aconté au loup qu'il allait cbez la mère-grand porter une galette et un petit pot de beurre, le loup ne serait pas allé manger d'abord la mëre^rand et ensuite le petit Chaperon-Rouge comme dessert.

Si les aioiiettœ ne venai^t pas planer bêtement audessus du miroir que fait tourner )e diassenr, le diasseur se lasserait bien vite de tirer la fiodle.

Je voudrais bien voua exprima très^poUoMSt par ià qu'une femme trop suivie ou trop complimentée dans la rue doit s*en offenser et s'en affliger, puis exercer sur sa tournure, sur sa démarche, sur ses airs de tète, sur sa toilette» une sévère attention. Il y a

quelque part un point qui dénote, probablement très à tort, une femme un peu légère , un peu facile , une femme qui laisse supposer qu'on peut aller Tattendre <ihez la mère-grand, — une femme qui ne tient pas bien son fromage , — une femme qui s'approchera à portée du filet.

L'homme est trop timide pour ne pas croire de telles aventures impossibles, pour peu qu'une femme ait de la simplicité dans la toilette, de la réserve dans la démarche, de la dignité dans les manières, une grâce austère sur le visage; — un homme, — je parle toujours d'un homme bien élevé, — est trop timide pour suivre une femme qui n'accusera pas par quelque chose, non-seulement que cela lui est agréable, mais encore qu'elle pourrait bien donner pour ce plaisir qu'on lui fait une récompense honnête, — car il n'est pas désintéressé. Donc, je le répète, il faut être humi* lié de pareils succès, en voyant des personnes extrêmement belles ne pas les obtenir, — et il faut chercher en soi quel est le côté par lequel on ne parait pas suffisamment à tous une femme honnête et comme il faut; — il faut chercher cela avec ropiniâlretc d'un caissier qui rentre chez lui, préoccupé, soucieux, qui n'embrasse ni sa femme ni ses enfants, qui al.;ondaient fon retour comme une fête, qui ne mange pas, qui ne

boit pas, jusqu'à ce qu'il ait retrouvé la cause d'une erreur de 30 centimes dans un compte de 4, 800,000 fr. . Il faut chercher, il faut trouver.

Voulez-vous que je vous aide un peu T

Je ne vous parlerai pas des grosses nuances, d'un regard engageant, d'une marche ralentie, d'un arrêt intempestif devant une boutique lorsqu'on se sent suivier d'un châle alors serré .pour dessiner mieux la taille, d'un ruisseau passé avec trop de sollicitude pour la jupe. — Aucune de mes lectrices n'est capable de pareilles provocations préméditées; — un avis sur ces fautes-là serait indigne du respect que je professe pour elles.

Non, je chercherai avec elles dans les nuances fines, délicates, insaisissables.

Non, certes, vous ne faites rien de ce que je viens de mentionner, surtout vous n'en faites rien avec intention, mais vous ne songez peut-être pas assez à ne pas le faire. Vous pensez trop à préserver votre robe de la baue, et pas assez à préserver vos jambes du regard. Sur ce point, prenez exemple sur une femme qui a la jambe mal faite. Vous verrez quel prodige d'adresse décente.

Mais peut-être, si vous vous sentez regardée et suivie, montrez-vous de la mauvaise humeur quand il

30» ElfCORE LES FEMMES.

ne faudrait montrer que de Tinsonâance ou mieux encore de figuoraneet

L'exagération d*un sentiment peut ea être la n^;atioD . Peut-être a?ez-vons peur et le faites-vous paraître, et vous refxNimeK-TOBs une fois ou deux pour voir si le danger est passé? Ce que l'homne qui vous suit prend pom* un désir de sareir si crbommage » se continue et si l'admiration s'obstine.

Peut-être. . . f auMl dire peut-être? portez-vKms dans la rue un costume trop riche, trop somptueux, trop voyant, pour me servir d'un mot de couturière; — c'est une mode générale aujoard'hui, — et die à de nombreux inconvénients dont j'ai déjà parlé, et sur lesquels je n'ai pas tout dit

Comme les anciens preux qui couraiaftt le monde, la lance au poing, l'armet en tête, pour faire avouer aux autires cfaevaiiers et aux géants vaincus que la dame de leur pensée était la plus belle personne du monde , vous vous mettez en campagne armées de toutes vos pièces aussi, mais prêtes k comb^re pour votre propre beauté, car chacune est bien véritable» tuent la dame de ses propres pensées.

Eh bien 1 de môme que les chevaliers allaient dans les déserts les plus reculés pour accomplir la mission uu'ils s'étaient imposée, de même que don Quichotte

ENCOÏ^B LES FEMMES. «63

fit avouer à un galérien, la lame sur la gorge, que Dulcinée de Toboso était la plus beUe et la seule entre les belles, vous ne dédaignez aucun triomphe; vous ne vous contentez pas de vmcre dans le salon et au théâtre, vous voulez vaincre aussi dans la rue» €t vous racceptez pour arène dans la lutte que vous. Acceptez avec celles qui n'ont pas d'autre salon que ia rue.

Cela a de ia grandeur, de la générosité. ~ Ces pau* vres créatures ne peuvent venir vous livrer bataille dans le monde, dans les saloitô. — Eh bien I vous descendez dans la rue.— Cela rappeHe un prince du sang qui, ayant offensé un hobereau, lui donna un rendez-vous dans un bois et voulut croiser Fépée avec lui, lui livrant, avant le combat, ses lettres de grftce toutes scellées pour le cas où il le tuerait.

Cela rappelle aussi, et un peu trop peut-être, le gen-* tilhomme qui, insulté par un boueux, descend de ëon carrosse armorié et « tire la savate^ » avec le manant.

^ Cela a de la grandeur, montre du courage, — je le veux bien, — mais cela vous expose à être confondues avec les adversaires contre lesquelles vous ne dédaignez pas de lutter de beauté et de parure.

Finissons sur ce sujet par deux vérités : jamais une

2^ii EiNCORE LES FKM.MLS.

f'MTinie lîonnêle ne pourra lullor de parure avec uno 'orelte, -— car tant qu'elle e§t femme honn^îo, e!lr r.- .-eut ruiner que son mari.

Jamais une lorettene pourra lutter de simplicili' avec une femme honnête, — elle perdrait son étal, ~ et voici pourquoi.

Les hommes sont, sous le rapport du cœur, comme les poules sous le rapport des œufs.

Les fermières laissent toujours un œuf dans le nid où elles veulent que les poules aillent pondre.

Les nommes ne porteait leur cœur que dans le nid où ils en voient d'autres.

Une lorette ne peut témoigner des cœurs qui lui ont été provisoirement livrés que par l'exhibition de 1 argent et des nippes qu'elle en a retirés.

EN L'HONNEUR DE LA JÎ'UXESSE

A US nuis JBUNE BOxas.

A VirS FRANÇAISE PEINTE PAR ELLB-XÊIVR

ET A MOI-ttfiHB iOVàMT LE AOlE BB FfifiAKl!.

Un tendre «entiment -dans <ton ftine m ntltre...

Des Latins et des Grecs, tout récemment nourri,

Ta n'as pas oublié ce que t'a dit le maître,

Virgile : Nimim» ne crede coUni.

Marthe de ses attraits ne doit rien à personne ;

C'est elle chaque jour qui, seule, se les donne.

Son habile pinceau. .. Mais ton œil irrité

Me lance des éclairs 7... Oh ! qu'à cela ne tienne !

le suis de ton avis: elle a de la beauté...

Pourvu qu'une heure ou deux d'avance on la préyieonQ»

Il ne m'écoute pas, et je l'approuve fort. '

Alors je parle à vous, Marthe. — Nous avons tort, Jkloi, de perdre le temps en vides hémistiches. Vous, de ne pas savoir à quel degré sont riches

268 ENCORE LES PEMME&.

Ces grands regards nairs, pleins d'amour. — Le osleil

Sur le visage aimé répand an feu vermeil

Que n'a pas le pinceau le plus fin, et vous prôte

Mille fois plus d'attraits que l'art de la toilett<\

Adorez ces cœurs d'or: leur générosi»**.

Dans le charmant commerce où le printemps les jette.

Vous fournit tout : l'amour et presque la beauté.

Felices nimiùm ! <>- Mille fois trop heureuse,

La jeunesse ; sua n bona norint I — mais

Elle ne conniilt pas sa fortune. — Menteuse^

La vieillesse lui dit des sermona très-mal faits

Trésor des ruinés^ ô sagesse envieuse !

La jeunesse, à vrai dire, entraînée au galop.

Écoute peu ; — pourtant, ce peu, c'est encor trop.

Lorsqu'il faut des raisons pour aimer, — qu'on répioiive

Que femme soit toujours assez belle, — pourvu

Qu'elle soit femme,— alors qu'il faut que l'on ait. va

Si son nez, si son pied, si sa bouche se trouve

Bien conforme en tout point au type convenu.

Quand la beauté se prouve au lieu qu'elle s'éproove.

Ce n'est pas un progrès, c'est un triste dégoût

Que poiir vous consoler vous appelez le goût.

O les dîners exquis ! ô les charmants amours

Du temps de la jeunesse et des premiers beaux jours !

l}n cervelas, du pain, les fruits âpres des haies,

La dernière venue à l'ombre des futaies.

Quels dîners ! quels amours !... si bons, faits d'appétit !

Comme leur souvenir reste vivant dans l'âme !

Quel cervelas, ! quel pain ! quels fruits ! et quelle femme 1

On n'en fait plus ainsi dans ce siècle néant.

Qu'on était riche alors 1 qu'on est pauvre à présent I

Qui n'a trop à vingt ans n'aura rien à quarante.

Il faut que la jeunesse, immodérée, ardente,

D*une sève excessive enflant ses beaux rameaux.

Couvrant de trop de fleurs sa tôte verdoyante.

Fasse la part du vent, des Irimas, des ciseaux*. Je Tai dit bien souvent: « Honorons la vieiliesset Les vieux sont des amis qui s*en vont, et qu'il faut Conduire avec un peu de tendre politesse. »

Mais le temps ne fait pas à lui seul la sagesse ; On ne devient pas sage à force d'être sot.

Eût-on cent ans et plus, je tiens qu'on déraisonne Sur la Jeunesse, si l'on croit faire plus tôt Mdrir les fruits tardifs qu*amënera l'automne Ea secouant les fleurs dont avril la couronnes

Sw in adolescente quod resecari possit

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