‹ Encore les femmesChapitre 32 sur 33 · DE FIGUIER · texte numérisé non relu

DE FIGUIER

Voici ce que m*a raconté un rabbisi :

A son réveil d'Éden, le premier hôte,

A SCS côtés, en place de sa côte,

Vit « la chair de sa chair et les os de ses o:, i

et son dernier sommeil fut son dernier repo3.

La femme était née; le serpent, le plus rus6 des anin.aux, s'approcha d'elle et lui murmura à roreille: « Que vous êtes belle I » Puis il lui conseilla de manger le fruit de l'arbre de la science. ~ Voilà, dit-elle, un cavalier qui m'inspire une grande confiance par sa Iranchise ; il est évident qu'il ne voudrait pas me trom* per. Elle cueillit le fruit et en donna la moitié à Adam.

Mais celui-ci fit cette première fois ce qu*il a tou«

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jours fait depuis ; au lieu de comprendre que puisqu'il allait céder et obéir , alors il valait autant le faire de bonne grâce , il marchanda , il se défendit , il refusa, puis il finit par mordre.

Mais Eve avait employé tout le temps de son hésitation à grignotter sa pomme de ses belles petites dents blanches ; elle avait déjà la science du bien et du mal qu'Adam était encore tel qu'il avait été pétri. Puis, quand il se décida, lorsqu'il mangea sa moitié de pomme, lorsqu'à son tour il s'ingéra la science du bien et du mal, la femme avait un quart d'heure d'avance sur lui, et elle l'a toujours conservé. C'est ce qui fait et fera toujours notre infériorité relative.

Elle comprit tout de suite , le diable aidant , l'importance de ce quart d'heure , et elle se hâta de l'employer à donner des bases solides à son empire. Elle fit honte à Adam de leur débraillé, et lui inspira l'idée de cueillir des feuilles de figuier pour y obvier. Les rabbins, qui savent tout, et souvent beaucoup plus, auraient bien dû nous dire comment ces feuilles s'adaptaient. Il n'y avait pas encore de journal de modes H Va tradition ne nous a rien conservé à cet ^égard. iil'est fâcheux; les anciennes modes reviennent de înode ; si celle-là revenait, on serait fort embarrassé. Toujours est-il qu'en disant à Adam : « Mon ami, vous

Ites plus grand et plus fort que moi, atteignez et cueillez-moi, je vous prie, une des feuilles de cet irbre, » elle créait à la fois la pudeur et la coquetterie, la jalousie et la prétendue supériorité des forces de rhomme.

De ce moment, leur sort à tous deux fut fixé, ainsi que le sort de tous leurs descendants. La femme conserva et a conservé cette avance d*un quart d'heurec Elle sait tout, au moins un quart d'heure avant nous. Un petit garçon n'est qu'un galopin qui ne pense qu'au cerceau, à la balle et à la toupie; une petite fiUo n'est qu'une femme plus petite.

Quant à Thomme, sous prétexte qu'il est plus grand, plus fort et plus intelligent, il n'a rien laissé à la femme des corvées de la vie. Du reste, ses forces, son courage, son énergie tout entière ont de tout temps été dépensés de la même manière. Eve dit toujours à Adam : « Mon ami, cueillez- moi cette feuille de figuier, » et Adam se damne pour atteindre la feuille de figuier. La feuille de figuier a subi de grandes modifications depuis la première Eve. Le rabbin , mon ami , m'a communiqué quelques-unes des variations de la mode pendant les temps antiques.

Le premier figuier auquel on demanda sa feuille, fut le ficus ruôiainosa, auquel succéda le ficus ben^

m ENCORE LES FEMMES.

galensiSf puis vinrent le ficiis mrenSf et le fictis mauriiana. Yerslaquatriëffle génération, on mit à la mode les feuilles de fictts repensh trës-petites feuilles. Cela s'appelait alors se décolleter ou s'habiller, comme aujourd'hui de mettre des robes à peu près sans corsage.

Au fitms repenSf succéda le ficus nympheœfolia ; elles se parèrent des feuilles immenses du macrophyllUt puis 00 revint au fictu repenSf sous le nom de fieus scandens, puis au ficus elasticUf puis graduellement on passa à la soie, au brocart.

La feuille de figuier aujourd'hui n'a pas moius de quatorze mètres à cause des volants, et Eve dit toujours h Adam: « Mon ami^ donnez-moi cette feuille de figuier. »

Et Adam, pour donner la feuille de figuier, travaille, passe les nuits, vole, pille, assassine et se damne.

Un des signes de son origine qu'a gardés la feuille de figuier au milieu de ses transformations, c'est qu'elle se fane , tombe et est remplacée par une autre feuille ; -^ seulement la première feuille, celle que Ton voit encore aux figuiers de nos jardins, ne tombe et n'est renouvelée qu'une fois par an , tandis que de progrès en progrès, celle qu'emploient les femmes tombe et doit être remplacée toutes les semaines. — les nouvelles feuilles poussent sur des arbres très

élevés,, épineux et difficiles. Adam hésite quelquefois, « Mon ami, dit Eve à Adam, si je vous prie de cueillir pour moi cette feuille de figuier, ce n*est pas tant pour moi que pour vous : c'est pour voiler aux regards des autres de faibles attraits qui ont le bonheur de vous plaire, et que je dois et veux réserver à votre amour. » Et Eve, loin de penser à se conserver pour Adam , arrange et drape la nouvelle feuille obtenue , de façon que rimagination libérale lui rend au centuple ce qu'elle cache. — La pudeur est la plus sûre des coquetteries.

Une nouvelle feuille de figuier ne sert qu'à en obtenir une autre par la bonne grâce qu'elle sait lui donner et le nouveau ragoût qu'elle ajoute à sa beauté.

« Ce n'est pas tout , dit Eve à Adam : si d'abord et en première ligne, je vous demande cette feuille de figuier par pudeur et pour me réserver à vous , vous pourriez remarquer que je vous demande celle qui est au plus haut de l'arbre. Celles qui sont aux branches les plus basses rempliraient aussi bien le môme but , et vous ne risqueriez pas de vous rompre le cou. — Mais c'est que je veux qu'on dise en me voyant :

» Voyez Eve : sa feuille de figuier a été cueillie à la cime du plus haut figuier. Il faut qu'Adam soit un homme bien fort, bien courageux, — et permeltea-

moi d'ajouter, il faut qu'Adam aime beaucoup Eve. »

Adam répond : « C'est juste, » et grimpe avec reconnaissance.

Outre les modifications successives de la feuille de figuier, Eve a inventé des accessoires, et, se servant habilement du quart d'heure d'intelligence qu'elle a d'avance sur l'homme, elle lui a présenté la nécessité de ces accessoires sous un jour favorable.— «Mon ami, lui a-t-elle dit, vous êtes le plus fort, vous êtes le mattre , vous êtes mon seigneur. Je suis fière d'être à vous , je veux porter la marque de ma servitude. Percez-moi le nez et les oreilles en témoignage d'esclavage, et mettez-y des anneaux de chaîne. Mettez-moi des chaînes au bras , pour rappeler à tous les yeux que je ne suis que. votre servante. »

De là, les pendants d'oreilles et les bracelets.

Quelques Adams se laissent persuader que de môme que l'on fait transporter les vins précieux dans une double futaille , il serait prudent d'enfermer Eve dans ^jne double enveloppe , dans deux feuilles de figuier : la seconde , s'appelle une voiture , et on y attelle des chevaux.

Enfin, tous ces hommes qui s'agitent, qui marchent, qui courent, qui se coudoient, qui se battent, qui B'entretuent , c'est toujours Adam h qui Eve a dit :

ENCORE Li'S ri::a:ûi:s. m

« Mon ami, cueille pour moi cette feuille de figuier. » Aujourd'hui , la mode n'admet que les feuilles des plus hautes branches , ce qui fait que presque tous s'écorchent les mains et le genou pour y atteindre, et qu'un grand nombre se romocnt le? C3.

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