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Comptes rendus, t. LXXXIV, p

METEORITES. 265

Ces parties constituantes, galets et masse bréchoide générale, sont donc dans la même situation relative que les fragments plus ou moins anguleux de ponce et de trachyte dans le conglomérat à grains fins du trass des bords du Rhin.

Les galets ne diffèrent pas seulement de la brèche générale par leur slrncture : leur nuance et leur composition s’unissent pour les en séparer nettement. D’ailleurs ils n'ont avec elle qu’une très faible adhérence ; on peut très aisément les en détacher et ils laissent alors une empreinte profonde dans la roche où ils étaient encastrés. L’échantillon du Muséum montre ainsi la place occupée par plusieurs de ces galets maintenant disparus (fig.. 69),

Fig. 69. — Banjite lombée le 15 oetobrc 1872 à Soko-Banja (Serbie). Grandeur naturelle.

La première chose à faire pour étudier la météorite de Soko-Banja était suivant moi, et contrairement à la marche suivie par les chimistes qui se sont déjà occupés de cette masse, de séparer des éléments lithologiques si évidemment différents et de soumettre chacun d’eux à un examen distinct, puis de les comparer à des types lithologiques antérieurement définis.

Les galets empâtés dans la météorite de Soko-Banja sont avant tout remarquables par leurs formes.

Ils constituent des masses polyédriques dont les angles sont fortement émoussés et qui rappellent à s’y méprendre la forme de la plupart des pierres météoriques considérées dans leur ensemble.

Leurs dimensions sont très variables. Les plus gros que j’ai observés mesurent 19 millimètres de diamètre, beaucoup ont de 3 à 5 millimètres ; il en est de bien plus petits.

La cassure de ces galets est finement grenue. On ne l’obtient d’ailleurs pas très aisément, à cause de l’extrême tendance des galets à subir un véritable clivage qui s’opère suivant des surfaces planes. Ces surfaces, qui s’entre-croisent en divers sens, offrent une apparence nacrée, et sur elles se montrent des granules métalliques étirés et irisés. Il va sans dire que ce clivage doit s’entendre ici dans son sens lithologique, les galets, loin d’être des fragments de cristaux, appartenant au contraire à une roche très complexe. Il faut assimiler les fissures dont il s’agit aux joints qui, chez les roches terrestres, déterminent si souvent l’isolement de blocs pseudo-réguliers. En effet, les galets qui nous occupent se divisent eux-mêmes en blocs pseudo-réguliers, remarquables par l’acuité de certains de leurs angles .

Une lame transparente, placée sous le microscope, montre que la roche qui constitue les galets résulte avant tout du mélange de deux minéraux transparents associés à des granules opaques.

La densité des galets est égale à 3,59.

Soumise à l’aimant, leur matière pulvérisée se scinde en une portion magnétique et métallique et en une portion non attirable et pierreuse.

Sur une surface polie, les granules métalliques se montrent d’un gris d’acier, avec la forme ramuleuse ordinaire pour les fers nickelés des pierres météoriques. Ils représentent sensiblement 10 pour 100 du poids des galets.

Leur dissolution dans l’acidc chlorhydrique dorme lieu à un dégagement sensible d’hydrogène sulfuré et au dépôt d’une matière noirâtre où l’on reconnaît la présence simultanée du graphite, de la schreibersite et de silicates dont font partie de très petits cristaux extrêmement brillants. La solution contient une quantité notable de nickel.

Déjà nous avons dit qu’au microscope une lame transparente décèle chez les galets la présence simultanée de deux minéraux lithoïdes. De ces deux minéraux, l’im affecte la manière d’être du péridot, l’autre la cristallisation allongée et rayonnée par place de l’enstatite.

Les cristaux de ces deux espèces présentent en nombre incalculable des inclusions qui paraissent consister en substances liquides ou gazeuses et qui affectent souvent des alignements manifestes.

Des fissures de divers ordres traversent la masse dans toutes les directions.

Soumise en poudre fine à l’action d’un acide concentré, la substance pierreuse des galets s’attaque en partie. Le résidu consiste en un silicate dont toutes les propriétés sont celles des substances pyroxéniques qui constituent la portion insoluble des météorites les plus fréquentes. L’attaque donne lieu à un abondant dépôt de silice gélatineuse et la liqueur contient de la magnésie très prédominante avec du fer et des traces d’alumine et d’alcalis.

La roche dans laquelle sont empâtés les galets est elle-même bréchoïde, ainsi que nous l’avons déjà dit.

Vue à l’œil nu, sur une section polie, elle se signale tout d’abord par le contraste de sa pâte blanchâtre avec des globules dont la nuance est bien plus foncée. Çà et là brillent des grenailles métalliques dont les unes ont l’éclat de l’acier, tandis que les autres sont jaunâtres à la manière du bronze ou du laiton.

Les grenailles douées de l’éclat de l’acier consistent en fer fortement nickelé.

Leurs formes sont très ramifiées et il est manifeste dans quelques parties qu'elle se sont insinuées dans la roche après sa consolidation.

Celles dont la nuance jaune rappelle le bronze ou le laiton sont constituées par le sulfure double de fer et de nickel désigné parfois sous le nom de troilite et qui ne diffère par aucun trait essentiel de la pyrrhotine proprement dite. La pyrrhotine, fréquente dans les météorites, se présente ici en fragments clivables de formes irrégulières et exceptionnellement volumineuses. Certains de ces amas atteignent 14 millimètres de diamètre. J’ai pu, sur l’un d’eux préalablement purifié avec soin, m'assurer une fois de plus que cette substance donne lieu à un dépôt de soufre quand on l'a traitée par l’acide chlorhydrique étendu. Par leurs caractères extérieurs les fragments de pyrrhotine se comportent comme des caillonx qui auraient été empâtés dans la masse, et non pas comme des concrétions qui s’y seraient directement déposées.

Une lame mince examinée au microscope montre dans la portion pierreuse de la masse bréchoïde générale l’existence de deux minéraux intimement mélangés.

L’un d’eux, fendillé en tous sens, très actif sur la lumière polarisée, rempli d’inclusions, a tous les caractères du péridot. On constate d’ailleurs que l’acide chlorhydrique l’attaque aisément avec dépôt de silice gélatineuse et dissolution de magnésie.

L’autre, en cristaux allongés, souvent disposés en amas rayonnés, résiste aux acides et appartient à l’espèce enstatite.

Outre ces deux minéraux bien cristallisés, se montrent de petits globules, de couleur très foncée, susceptibles quand on les coupe de prendre un très beau poli et qui, même en tranche très mince, ne sont pas toujours transparents. Certains d’entre eux présentent autour d’un noyau très noir une écorce grise rigoureusement concentrique.

Ces globules, en partie attaquables aux acides, ont des dimensions très variables; beaucoup sont tout à fait microscopiques ; un très grand nombre mesurent de 1 à 2 millimètres de diamètre ; il en est de plus gros. Parmi ces derniers, qui atteignent 4 ou 5 millimètres, plusieurs se signalent par leur forme, non plus sphéroïdale, mais tuberculeuse, tout à fait comparable à celle des rognons de pyrite de la craie blanche.

Enfin je signalerai la découverte de cristaux de bronzite et d’un cristal doué d’une belle couleur vert clair que je n’ai pu examiner faute d’une quantité suffisante de substance. L’échantillon unique que je conserve, consiste en un cristal brisé d’un millimètre de diamètre environ et dont la section est sensiblement octogonale. Ce minéral est translucide et possède un éclat gras. 11 paraît clivable dans deux directions sensiblement perpendiculaires entre elles et contraste par la vivacité de sa nuance avec toutes les espèces signalées jusqu’ici dans les météorites.

45' TïeE.

AIGLITE. (Stan. Meus.)

Roche grossière foi’mée de grains arrondis juxtaposés et de couleurs variées. Cette roche est dure et prend très bien le poli. — Densité (moyenne de très nombreuses

mesures concordantes) : 3,3. — Composition minéralogique : La masse résulte essentiellement du mélange de divers silicates magnésiens, dont les uns, attaquables aux acides, paraissent de nature péridotique, tandis que les autres, résistant à ces agents, offrent une composition voisine de celles du pyroxène ou de l’amphibole. De petites quantités d’alumine indiquent peut-être des traces de feldspath. Le fer nickelé est abondant ; on observe la troïlite et l’analyse décèle du phosphore dû peut-être à de la schreibersite.

Fig. 70. — Aiglite tombée le 9 juin 1868 à Knyahinya {Hongrie). Surface polie ; grandeur naturelle.

Chutes principales :

1766, juillet. Alboreto, Modène (Italie).

1790, 24 juillet. Barbotan (Gers. France).

1798, 19 décembre. Bénarès (Bengale, Indes).

1803, 26 avril. L’Aigle (Orne, France).

1818, août. Mooresfort, Tipperary (Irlande).

1812, 10 avril. Toulouse (Haute-Garonne, France).

1833, 4 août. Aldsworth, Cirencester (Angleterre).

1838, 29 janvier. Kaee, Sandee (Oude, Inde).

1838, 18 avril. Akburpur, Saharanpur (Inde).

1838, 6 juin. Chandakapur, Bérar (Inde).

1859, 28 mars. Harisson County, Indiana (États-Unis).

1866, 9 juin. Knyahinya (Hongrie).

1868, 22 mai. Slavetic (Croatie).

1869, 5 mai. Kralienberg (Bavière).

1875, 12 février. West-Liberty, lowa-Township, Amana, lowa G^ (États-Unis). 1883, 28 janvier. Saint-Martin de Quinsac (Gironde).

Alboreto. — Densité : 3,344, d’après Hardingcr ‘

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