‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. 2e appendiceChapitre 199 sur 280 · POINT DE VUE GÉOGÉNIQUE · texte numérisé non relu

POINT DE VUE GÉOGÉNIQUE

D'après leur mode probable de formation, on peut diviser les météorites en trois groupes principaux :

1“ Les fers, les lithosidérites, les météorites des types communs, etc. ;

2° Les météorites alumineuses (eukrite, etc.) ;

5“ Les météorites charbonneuses.

Les eukrites reproduits exactement par M. Fouqué se présentent comme identiques aux roches d’origine pnrement ignée, et il est probable que les cbarbonneuses doivent leur constitution aux mêmes procédés qui donnent lieu aux matières bitumineuses de nos volcans ; ce sont des points sur lesquels nous aurons à revenir.

Pour les autres types, il convient d’entrer ici dans quelques détails d’un caractère tout nouveau. Elles appartiennent au domaine très vaste dans lequel bientôt nous pénétrerons davantage et qui, parfaitement caractérisé par le nom de Géologie comparée, a, tout jeune encore, réalisé déjà des progrès considérables.

Un de ses résultats les plus nets que nous établirons avec toute la rigueur désirable, c’est que les météorites, malgré l’apparence indépendante de chacune d’elles, proviennent en réalité des régions les plus diverses d’un astre construit originairement sur le même plan général que la terre.

Pour le moment, bornons-nous à remarquer que les expériences dont nous venons de rendre compte, en montrant que les divers types de météorites ne sauraient être reproduits synthétiquement par un seul et unique mode opératoire, jettent un jour très vif sur l’origine qu’il convient d’attribuer à ces types.

Il en résnlte, à l’égard des roches cosmiques, un ensemble de notions véritablement géogéniques qui permettent, comme on va voir, de les répartir en catégories distinctes auxquelles conviennent les noms de

Météorites primitives, ou normales;

Météorites pépériniformes ;

Météorites volcaniques ;

Météorites éruptives (lavif ormes et scor if ormes);

Météorites filoniennes;

Météorites épigéniques ;

Météorites métamorphiques.

Donnons quelques détails sur chacune d’elles.

LES MÉTÉOlilTES PRIMITIVES.

CAILLITE, ETC.; LUCÉITE, AUMALITE, ETC.

Parmi les roches mélcoriques, il s’en trouve nécessairement qui présentent cette particularité de dater précisément de l’époque où l’état solide s’est pour la première fois constitué sur l’astre dont elles faisaient partie; d’être par conséquent, et en d’autres termes, des roches essentiellement priwitîues.

Personne ne contestera l’intérêt qu’il y aurait à préciser l’histoire de ces roches singulières. Or, il semble, grâce au grand fiiit de l'unité de composition du système solaire, que cette tâche ne soit pas au-dessus de nos efforts.

Voici comment :

Le spectroscope nous apprend que le Soleil présente à sa périphérie un milieu dans lequel la matière est parvenue à ce moment critique où l’état gazeux originaire cesse de persister. On sait que notre astre central, résidu de la nébuleuse initiale, doit être considéré, depuis les beaux travaux de M. Paye, comme une énorme bulle gazeuse de composition très complexe et dont l’état d’agitation constant est révélé à notre vue par la formation des protubérances. Plongé dans l’infinité glacée du milieu stellaire, il s’y trouve soumis sans relâche à un refroidissement sensible, surtout à la périphérie, et que des effluves chauds, venus des profondeurs, tendent constamment, mais infructueusement, à contre-balancer. C’est ainsi qu’il arrive un moment où la température de la portion la plus externe s’est assez abaissée pour que les phénomènes de la dissociation initiale ne s’y produisent plus : les éléments chimiques, jusque-là maintenus séparés, se groupent entre eux et donnent naissance à des composés définis.

Un nouveau progrès du refroidissement permet à ces composés de se concréter en une sorte de poussière dont la formation est signalée, grâce à son pouvoir rayonnant, par une exaltation de l’éclat solaire. Les courants centrifuges existent néanmoins toujours, et c’est à l’action réchauffante, exercée par eux au point de leur émergence, qup doit être rattachée l’apparition des taches et des protubérances qui en sont l’annexe obligée.

Nous sommes parfaitement renseignés quant à la composition chimique de la matière photosphérique et de la matière protubérantielle du Soleil, et nous savons que le magnésium, le fer, l’hydrogène, la vapeur d’eau s’y trouvent en abondance. Mais au point de vue physique, on peut se demander si la poussière solaire est liquide ou solide, et l’on sait que le spectroscope est à cet égard impuissant à fournir une réponse.

C’est ici que les météorites interviennent d’une manière décisive. Nous pouvons, en effet, reconnaître à deux caractères les roches qui, parmi elles, correspondent à l’époque où le Soleil est actuellement parvenu :

4“ A leur nature magnésienne qui, conformément aux remarques développées

par M. A. Cornu*, donnerait à leur vapeur le même caractère spectral qu’aux gaz protubérantiels ;

2“ A l’absence dans leur masse de toiile trace de phénomènes géologiques secondaires, tels que concassement, charriage, éruption, épigénie ou métamorphisme.

Le type de ces météorites, vraiment dignes de la qualification de primitives, est fourni par les espèces lithologiques appelées depuis longtemps lucéite et aumalite.

Or, l’examen de ces roches, empreintes dès maintenant d’un genre toufnouveau d’intérêt, permet de reconnaître, d’après les détails de leur structure, si elles dérivent de masses fondues, solidifiées plus ou moins lentement ou, au contraire, de substances amenées brusquement de l’état gazeux à la forme solide.

Sans entrer ici dans le détail d’une foule d’observations concordantes, nous dirons, pour y revenir plus loin, qu’on est en possession de la preuve, désormais inattaquable, que les météorites qui nous occupent n’ont jamais passé j)ar l’état de fusion.

Il faut insister plus loin sur ce fait qui change les idées adoptées jusqu’ici et qui a imposé, comme on l’a vu, au point de vue synthétique, un mode opératoire tout nouveau, puisque le but qu'il fallait essayer d’atteindre consiste à obtenir par voie de condensation brusque de vapeurs convenables des composés définis et cristallisés, semblables aux minéraux des météorites.

Après avoir décrit nos résultats relatifs, les uns aux éléments lithoïdes, les autres aux substances métalliques, il faut maintenant préciser leurs significations.

Or, partant du principe, si magistralement démontré aujourd’hui, de l’unité de constitution du système polaire et appliquant les données fournies par l’évolution sidérale, je crois avoir prouvé que la date de formation de ces météorites, dont les types lithologiques principaux sont l’aumalite, la lucéite et la inontréjite, correspond à l’époque remarquable où l’état solide s’est constitué pour la première fois à la surface de l’astre dont elles ont fait partie, c’est-à-dire à une stase comparable à celle que le Soleil traverse en ce moment.

L’un des arguments les plus décisifs à l’appui de cette manière de voir consiste dans la synthèse des météorites dont il s’agit à l’aide de matériaux identiques à ceux dont l’analyse spectrale a révélé la présence dans l’atmosphère solaire. En faisant en quelque sorte une imitation artificielle de la photosphère pour en provoquer la condensation, j’ai obtenu les composés essentiels caractéristiques, pyroxènc magnésien, péridot et fer nickelé de ces météorites. Résultat qui paraît nous autoriser à considérer les poussières irradiantes de la photosphère comme minéralogiquement comparables aux météorites primitives.

La lumière dont s’éclairent ainsi réciproquement l’étude du Soleil et l’histoire des météorites, engageait à serrer de plus près ce chapitre de géologie comparée.

Tout d’abord on remarque que si les météorites primitives se sont réellement formées dans un milieu comparable à la photosphère du Soleil, on doit espérer de trouver dans leur constitution intime des indices et comme des vestiges fossiles du régime mécanique auquel la photographie de l’astre météoritique a été soumise.

t. A. Cornu : Comptes rendus, t. LXXVI, p. 101.

Un pareil résultat serait réellement un contrôle matériel des vues si grandioses émises l'écemment par M. Paye quant à l’économie de la photosphère du Soleil, et par contre, si un pareil contrôle se présentait, il pourrait servir de confirmation à la théorie relative à l’origine des météorites mêmes.

En d’autres termes si, conformément à mon opinion, les météorites des types lucéite, aumalite, montréjite, etc., sont des produits de la concrétion pure et simple de l’atmosphère photosphérique d’un astre construit sur le même plan que le Soleil, elles ont dû conserver, au moins dans certains cas, des détails de structure tenant précisément au régime cyclonique des masses au sein desquelles elles se sont formées.

Or, parmi les caractères intimes de constitution des roches dont il s’agit, il en est un qui a fixé vivement l’attention des observateurs, et qui consiste dans la présence dans leur substance des globules pierreux qui nous ont déjà occupés, désignés généralement, depuis G. Rose (1862), sous le nom de chondres, d’ailleurs assez défectueux et étendu progressivement à des grains qui sont loin d’avoir tous les mêmes caractères et par conséquent la même origine.

En présence des résultats exposés dans le chapitre précédent, il paraît difficile de ne pas admettre que les chondres sont aux roches de précipitation gazeuse, ce que les dragées de Carlsbad et le fer en grains sont aux roches de précipitation aqueuse. Ces globules témoignent dans le milieu générateur des remous dont l’intensité était nécessairement en rapport direct avec le volume que ces chondres ont pu atteindre. Conformément à la terminologie dont font usage les paléontologistes à propos du vent fossile, du soleil fossile, de la pluie fossile, on serait de tenté de les qualifier de cyclones phostosphériques fossiles.

En second lieu, avant d’appliquer à l'histoire de toutes les sporadosidères les résultats d’expérience exposés plus haut, il fallait lever une difficulté très considérable, au moins en apparence.

Je montrerai, en effet, que si un fragment d’aumalite, ou de lucéite, ou d’aiglite, etc. , est porté, même pendant peu de temps, à la température rouge, il subit une transformation métamorphique, devient noir et prend tous les caractères de k tadjérite. 11 résulte de là que, soumise à l’expérience qui permet d’imiter les syssidères concrétionnées,toute météorite grise se transformera, et par conséquent ce n’est pas ainsi que l’aumalite, la lucéite, etc., se sont chargées des grenailles métalliques qui les remplissent.

11 fallait donc voir si l’on pourrait laisser la température de l’expérience sans cesser de déterminer la réduction des métaux. Or, j’ai constaté, par des essais faits successivement à des degrés thermométriques de moins on moins élevés, que bien avant le rouge la réduction est très abondante. Le tube de porcelaine étant placé dans un bain de sable, on a obtenu le fer métallique en même temps qu’un petit fragment de lucéite se maintenait avec sa couleur blanche primitive. A 400 degrés, l’expérience marche très nettement et il ne faudrait évidemment que du temps pour obtenir un résultat complet. A 300 degrés, et même au-dessous, le protochlorure de fer traité par l’hydrogène dans un bain d’huile dégage beaucoup d’acide chlorhydrique. Le résidu abandonne ensuite à l’aimant des grains magnétiques, mais je ne suis pas absolument sûr que le métal soit libre. En tous cas, il serait enveloppé de ces sous-cbj a foruifidso s pi ntml ohertnruidnolaé récède l’isolement du fer et

qui eu masqueraient les propriétés caractéristiques. Je n’ai pas poursuivi l'étude de ce résultat, paire qu’il n’est pas nécessaire de supposer une température aussi basse dans les points du milieu météoritique où les sporadosidères se sont constituées.

LES MÉTÉORITES PÉPÉRINIFORMES.

LA MESMINITE.

En examinant avec soin la météorite tombée le 50 mai 1866 à Saint-Mesmin, dans le département de l’Aube, on reconnaît qu’elle constitue une véritable brèche composée de fragments anguleux cimentés ensemble ; non de fragments tous semblables entre eux comme il arrive dans les roches monogéniques, mais de ceux de deux roches parfaitement distinctes : 1 une blanche et de structure trachytique, qui est la lucéite ; l’autre plus sombre et çà et là globulaire, qui est la limerickite.

D’après le raisonnement évident que l’on fait tous les jours à l’égard des brèches terrestres, il résulte de cette structure complexe que la roche de Saint-Mesmin provient d’un gisement où existaient séparément la lucéite et la limerickite. Voici donc trois roches (lucéite, limerickite et mesminite), dont nous pouvons dire en toute assurance qu'elles ont été quelque part en relations stratigraphiques.

Nous savons en outre zp.so fado que dans ce gisement commun s’exerçaient les actions complexes que nécessite la production des brèches, savoir : le concassement de roches préexistantes, le transport des fragments, enfin leurs cimentations. Ces actions géologiques variées supposent elles-mêmes une foule de conditions que nous serons bien mieux tout à l’heure en mesure de préciser.

LA CANELLITE.

Les résultats donnés par la pierre de Saint-Mesmin sont confirmés par un grand •nombre d’autres. Aussi la météorite tombée le 30 novembre 1866 à Cangas de Onis, en Espagne, fort analogue à celle de l’Aube, est, comme celle-ci, une brèche dont un des éléments est la limerickite; mais les fragments blancs ne sont plus ici de la lucéite ; leur structure oolithique en fait de la montréjite. Appliquant à cette nouvelle roche appelée canellite (parce que la chute de Canellas est une de celles qui Tont fournie) le raisonnement de tout à l’heure, nous concluons que les trois types : montréjite, limerickite, canellite dérivent d’un même gisement.

La limerickite se retrouvant dans les deux brèches, on peut penser que la canellite et la mesminite ont été elles-mêmes eu relation, ce qui porterait à cinq le nombre des types géologiquement réunis.

LA PARNALLITE.

Ün a vu antérieurement que la Parnallite, qui tire son nom de la chute (^servée le 28 février 1857 àParnallee, dans les Indes anglaises, offre une structure qui ne peut être comparée qu’à celle de nos grès à grains fins. Les grains dont se compose ce conglomérat d’origine céleste sont exactement de petits cailloux, souvent anguleux, parfois plus ou moins arrondis et offrant dans tous les cas les caractères de fragments

S'iS ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

arrachés à des masses plus volumineuses, Certains d'entre eux sont brisés et ressoudés, comme on l’observe si souvent dans les grès des Vosges, par exemple.

La roche de Parnallee est donc une brèche, et par conséquent elle donne lieu, au point de vue de la Géologie comparée, aux mêmes considérations que les brèches de Saint-Mesmin et de Canellas qui nous occupaient tout à l’heure. Mais c’est une brèche beaucoup plus complexe, et l’on ne saurait mieux la comparer qu’à nos pépérinos. De même que, dans ceux-ci, on peut souvent recueillir à l’état de fragments toute la nombreuse collection de nos roches volcaniques ; de même, dans le pépérino céleste de Parnallee, on trouve des débris de types luétéoritiques très variés*.

L’étude des quatre échantillons de la météorite de Parnallee conservés au Muséum m’a fourni, eu effet, au moins douze espèces distinctes de grains parfaitement caractérisés*. Nous allons dire un mot de chacune d’elles.

Cinq sont plutôt des minéraux proprement dits que des roches; ce sont : 1“ de la troïlite en fragments parfois très volumineux et souvent arrondis ; du fer nickelé s’est quelquefois déposé à la surface de ces fragments, et cela manifestement après la formation du conglomérat; 2“ du fer nickelé, non seulement en grains tuberculeux comme dans la plupart des météorites (forme sous laquelle il paraît s’être concrété dans la roche après la formation de celle-ci), mais en fragments souvent très anguleux ; ces fragments, dont la composition diffère de celle des grains tuberculeux, dérivent probablement de quelque type de fer météorique dont ils sont les débris; 5“ du péridot, vert grisâtre translucide, paraissant roulé et remarquable par l’éclat que lui donne l’opération du polissage ; 4“ du fer chromé enveloppé d’une matière pierreuse blanchâtre ; 5“ enfin un minéral dont l’aspect est très analogue à celui de Vhypersthène ou de l'amphibole; il est gris, très lamellaire, d’un éclat perlé, et paraît provenir, par clivage, de cristaux volumineux ; les acides sont sans action sur lui et il fond difficilement en émail gris.

Les sept autres espèces de grains sont franchement des rocHes. Nous les diviserons en deux groupes : l’un comprenant celles dans lesquelles nous avons reconnu des types lithologiques constituant des météorites distinctes; l’autre comprenant celles dans lesquelles nous n’avons pas reconnu de tels types.

Ce dernier groupe renferme trois roches, savoir : 6° une roche grise, scoriacée, sans grenailles métalliques, l’oche extrêmement remarquable en ce qu’elle semble révéler des actions qui ne seraient pas sans analogues avec celles dont certains fragments empâtés dans nos roches volcaniques portent l’empreinte; 7“ une roche d’un gris foncé, contenant de petites grenailles métalliques; 8“ enfin une roche gris clair, légèrement ocracée, qui n’est peut-être qu’un produit d’altération d’une autre espèce. Il se peut que ces trois sortes de grains représentent des types météoritiques qui tomberont un jour à l’état de masses monogéniques. Du moins est-on naturellement conduit à cette opinion par l’examen des quatre dernières espèces de fragments dont il reste à parler et qui constituent le premier des deux groupes que nous venons dç distinguer. Leur étude, aussi complète que le permet leur petitesse, montre en effet que ces fragments sont identiques avec les types météoritiques déjà connus.

1. Certains cailloux sont eux-mêmes bréchoïdes : exemple les échantillons de la parnallite de la chute de DJezo-Madaras (Transylvanie).

% Étude litbologiquc de la météorite de Parnallee, Comptes rendus, LXXIII, p. 546.

Ce sont 9° une roche blanche grenue renfermant des grenailles de fer nickelé et de troïlite et qu’il est facile de reconnaître au premier coup d’oeil pour de la lucéite ; l’examen microscopique de la poussière, l'action du chalumeau, de l’aiguille aimante'e et les acides confirment cette identité; 10“ une roche d’un blanc de plâtre, contenant de tout petits grains noirs ; elle est absolument insoluble dans les acides et fond très difficilement au chalumeau en un émail blanc ; l’étude microscopique conduit à y reconnaître delà chladnite; 11“ une roche parfaitement noire contenant des grenailles de fer nickelé et de sulfure et remarquable par sa grande dureté; malgré la petitesse des grains qu’elle constitue, on arrive à constater son identité avec la tadjérite; 12“ enfin une roche d’un gris verdâtre, friable, grenue, très cristalline, sans trace de grenailles métalliques, mais contenant d’assez nombreux petits grains noirs de fer chromé : elle résiste au chalumean, mais est aisément attaquée par l’acide chlorhydrique, et la solution renferme beaucoup de magnésie; en un mot elle ne se distingue pas du type lithologique désigné par Gustave Rose sous le nom de chassignite.

La conséquence à tirer de ces faits ne paraît pas douteuse. Puisque la présence simultanée dans le nagelfluhe du Righi de toutes les roches des Alpes démontre, sans autre preuve, la relation de position de ces roches, — la réunion dans le conglomérat polygénique de Parnallee de fragments appartenant à sept types au moins de roches météoritiques distinctes prouve la coexistence de ces types dans le gisement d’où provient la météorite indienne. Sous ce rapport la parnallite est le plus remarquable des types météoritiques connus ; nul autre n’a encore autant prouvé. Ce qui. ajoute à l’intérêt de cette roche, c’est qu’elle donne, comme on l’a vu, la première et jusqu’ici la seule indication de plusieurs types qui ne sont pas encore parvenus sur la Terre, qui du moins n’y ont pas été signalés et qui pourront nous arriver un jour ou l’autre. C’est la preuve assez peu nécessaire que les types connus ne comprennent pas tous les types existants, soit que la lacune provienne d’une étude incomplète, soit qu’elle résulte de l’insuffisance actuelle de documents.

Quoi qu’il en soit, la pierre de Parnallee nous révèle les relations stratigraphiques de huit types géologiques. Nous avions déjà constaté celles de cinq autres types. Nous verrons que ces groupes, l’uu de cinq, l’autre de huit types, ont été en relation ensemble. {Cours de Géologie comparée, p. 1.51.)

LA BANJITE.

Appliquant à la météorite de Soko-Banja qui présente, comme on l’a vu, la structure des trass (fig. 97), une méthode dont on a déjà eu l’occasion d’apprécier la fécondité, j’ai comparé séparément les divers éléments lithologiques qui plus' haut y ont été signalés à des types de roches cosmiques antérieurement définis.

Pour ce qui concerne les galets, la conclusion de mes études est que la roche dont ils sont formés appartient au même type que les météorites d’Ensisheim, d’Er.xleben, de Kernouve, etc. : c’est l’erxlébénite.

Quant à la masse bréchoïde générale, elle ne saurait être distinguée à un point de vue quelconque de la montréjite dont les météorites de Pégu, de Montréjeau et de Searsmont, entre autres, ont donné des échantillons.

Enfin, il est possible que la chute de Soko-Banja ne soit pas la première qui nous

fournisse la brèche qui vient d’être étudiée. Provisoirement, et jusqu’à vérification ]dus complète, elle paraît se rapprocher beaucoup de la roche tombée à Manhhoom (Indes) le 22 décembre 1865.

Fig. 97. — Trass des bords du Rhin, dont la structure est la mémo que celle de la météorite de Soko-Banja.

Les deux roches associées dans la roche de Soko-Banja ne diffèrent pas beaucoup l’une de l’autre au point de vue purement chimique et même en ce qui concerne la composition minéralogique. Mais il en est tout autrement pour ce qui a trait à leur histoire géologique. On n’a pas de raison pour ne pas voir dans l’erxiébénite une roche primitive, résultant de la concrétion de matériaux précédemment tenus en vapeur. Au contraire, la montréjite est manifestement un produit de trituration de roches plus anciennes dont les débris ont été frottés, et ce n’est pas autrement que se sont associés les fragments qui composent le trass cité plus haut à dessein.

La différence profonde qui existe entre l'erxlébénite et la montréjite est du même ordre que celle qui sépare le quartz du filon du grès quartzeux.

La forme des galets d’erxlébénite et celle des fragments de pyrrhotine montre que ces deux substances ont été arrachées à des gisements plus ou moins éloignés et charriées jusque dans le conglomérat où nous les retrouvons aujourd’hui.

Pour les galets, on peut pousser leur histoire géologique plus loin encore. Les fissures qui les traversent et qu’on ne retrouve pas dans les pierres d’Ensisheim. de Kernouve, etc., montrent qu’ils ont subi des actions mécaniques très puissantes, telles que de fortes pressions. Ces actions sont évidemment antérieures à la production de la brèche de Soko-Banja, car les fissures ne se prolongent nulle part

SIÉTÉOniTES. 551

dans la montréjite juxtaposée. C’est à elles qu’il est légitime de rapporter la fragmentation même de l’erxlébénite.

Après la constitution définitive de la brèclie de Soko-Banja, cette roche a été soumise à l’action d’émanations dont le produit a été la concrétion de fer nickelé qui s’est logé dans certaines fissures de l’erxlébénite et dans les interstices des éléments de la montréjite.

Nous ne pouvons, dès maintenant, aller plus loin dans la détermination des vicissitudes géologiques de cette roche cosmique, mais ce qui précède montre une fois de plus l’analogie de la géologie des météorites avec la géologie terrestre.

Page 1