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INTRODUCTION

Dans l’antiquité, actuellement encore dans les régions ignorantes (même en France), la chute des météorites est considérée comme une manifestation directe de puissances surnaturelles. A une époque encore bien voisine de nous, elle fut niée purement et simplement par les savants de profession. Aujourd’hui, définitivement admise dans le domaine scientifique, elle a été l’objet d’études très variées et très approfondies.

Nous reviendrons plus loin d’une manière concise sur l’historique de cette grande question et nous consacrerons un chapitre à la description des phénomènes dont s’accompagne la chute des météorites.

Auparavant nous fixerons notre attention sur la constitution intime de ces corps dont l’analyse a foui’ni de nombreux sujets de travaux très importants.

l’out d’abord, on s’est contenté de soumettre les météorites à l’analyse chimique proprement dite, et l’on est ainsi parvenu à la découverte de ce grand fait que, malgré l’éloignement de leur gisement originel , elles ne nous apportent aucun corps simple qui soit étranger à la chimie terrestre; les noms de Berzélius, de Vauquelin, de Howard, de Laugier, etc., sont attachés à cette première période.

Un pas considérable a consisté à réaliser l’analyse minéralogique des météorites. On a reconnu alors dans leur substance beaucoup d’espèces telles que le péridot, l’enstatite, l’oligoklase, l'anorthite, le labrador, la chromite, la pyrrhotine, etc., qui font partie de l’écorce du globe et, en même temps, d’autres espèces qui, comme la tænite, la kamacite, le laurencite, le schreibersite, élc., n’ont pas été recueillies dans les roches terrestres ; à ce genre d’études se sont consacrés Gustave Rose, Rammelsberg et MM. Daubrée, Lawrence Smith, Tschermak, Brézina, Maskelyne,

Flight, etc. Une fois entré dans ce genre d’études, l’idée est venue tout naturellement de reproduire artificiellement les minéraux exclusivement météoritiques, c'est-à-dire ceux qui n’existent pas à la surlàce du globe. Cependant la tentative, non éclairée par des documents géologiques indispensables, n’a pu être couronnée de succès, et pendant bien longtemps on n’a pu citer que l’imitation synthétique de la schreibersite par M. Faye ; encore faut-il ajouter que Fauteur lui-même s’est complu récemment à insister devant l’Académie des sciences sur l’imperfection de ses résultats.

Enfin, pénétrant plus profondément encore dans le détail de la constitution des météorites, on les a soumises dans ces dernières années à une analyse lithologique qui, donnant lieu à l’établissement des types de roches cosmiques, n’a pas tardé à conduire à une véritable géologie des météorites, devenue elle-même un simple chapitre d’une science nouvelle, la géologie comparée.

En effet, disais-je en 1874 S si vaste que soit la géologie proprement dite, qu’il faudra désormais appeler terrestre sans crainte de pléonasme, son étude ne constitue qu’un cas particulier.

Chacun des corps de notre système, le soleil, les planètes, la lune, est susceptible de donner lieu à une géologie spéciale, et il faut insister sur ce point que le fruit à retirer de ces diverses géologies ne consiste pas seulement dans une connaissance plus intime de chacun de ces corps, mais dans celle de quelques-unes des grandes lois qui régissent l’univers et qui ne sauraient être dévoilées autrement.

C’est qu’au point de vue géologique, comme au point de vue astronomique, les astres ne sont point isolés les uns des autres ; le système solaire, par exemple; constitue un grand tout, au même titre que la terre, et j’ajoute, pour y revenir plus tard, que la structure générale du premier, malgré de nécessaires différences, présente avec celle du second d’étroites analogies.

11 résulte évidemment de là que les notions acquises à l’égard d’un astre sont applicables à l’étude des autres, et cet échange mutuel de lumières ne peut manquer de produire des résultats importants,

La terre, que des personnes étrangères à la science peuvent regarder comme une chose achevée et définitive et comme le type même de stabilité, traverse simplement, au moment où nous sommes, l’une des innombrables phases de son évolution.

De cette immense histoire, que peut nous apprendre la géologie? Le présent et toute la partie du passé qui répond à ce qu’on peut fouiller de l’écorce du globe, c’est-à-dire à son épiderme. Quant à la structure des régions profondes, quant à l’origine première, quant à ce que l’avenir réserve, la géologie ne nous apprend rien et ne peut rien nous apprendre.

Mais, au contraire, ces notions que ne saurait fournir l’examen direct de la terre, sont procurées par l’étude d’astres convenablement choisisi C’est ainsi que la géologie des parties profondes du globe est dévoilée par la connaissance des météorites. G est ainsi encore que 1 analyse spectrale du soleil, des étoiles et des autres astres brillants évoque devant nous les états de la terre antérieurs à l’acquisition des caractères qu’elle présente aujourd’hui. De même la lune, les petits astéroïdes réunis

1 . Cours de Géologie comparée professé au Muséum (l’histoire naturelle.

Cil si grand nombre entre les orbites de Mars et de Jupiter, enfin les météorites, convenablement interrogées, nous révèlent l’avenir qui attend notre planète.

Enfin, la cause même des actions géologiques, la chaleur interne du globe, qui est encore l’objet de tant de discussions entre les géologues, se trouve définitivement démontrée par la comparaison des effets qu’elle produit d’une manière si manifeste sur les astres brillants et par les caractères qu’elle a imprimés à la substance des météorites.

On voit 'donc quelle influence l’étude du ciel peut avoir sur la connaissance de la terre.

La réciproque n’est pas moins vraie. Bornons-nous, pour le moment, à faire remarquer que la notion de ce qui se passe à la surface de notre globe donne la clef de diverses apparences que présentent les corps célestes. Si nous savons que les accidents qui recouvrent la surface de la lune sont des montagnes et des volcans; que les taches, les unes sombres et les autres claires, de Mars, sont des océans et des terres ; que les calottes blanches de ses pôles sont des glaces ; que les handes de Jupiter sont des nuages témoignant de l’existence de vents réguliers ; — c’est que sur la terre nous avons des montagnes et des volcans, des océans et des continents, des glaces polaires et des vents alizés.

Ces exemples frappants ne font-ils pas bien augurer des résultats géologiques que ces confrontations célestes, méthodiquement conduites, pourront donner, même en des points qu’on eût pu croire à l’ahri de nos moyens d’investigation?

Il me sera permis, sans doute, de constater que l’ordre d’idées réunies sous le nom de Géologie comparée, et auquel je me suis consacré depuis plus de quinze ans, a obtenu l’approhation des maîtres de la science. Il n’est pas inutile en effet, pour justifier la longueur du présent travail, de rapporter ici quelques-uns des témoignages les plus flatteurs que j’ai recueillis.

C’est à ce titre que je reproduirai le passage suivant d’une lettre que M. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, voulait bien m’écrire à la date du 3 février 1871. Après m’avoir proposé une légère modification à une note qu’allaient publier les Comptes rendtis, l’éminent académicien ajoutait :

« Veuillez surtout, monsieur, voir dans ma proposition une preuve du sérieux intérêt que m’inspirent vos importantes études. Elles éclairent d’un jour tout nouveau des questions restées jusqu’à présent dans le domaine de l’abstraction, et les ramènent à la forme concrète qui seule leur assure une base solide.

« Vous n’avez pas besoin d’être encouragé, et cependant ceux qui entrevoient le but vers lequel chaque pas vous conduit, s’estimeraient heureux s’il leur était permis de vous aider à l’atteindre. Veuillez me compter parmi eux, et croire que personne n’apprécie plus que moi la sûreté de votre méthode et la grandeur de vos conclusions acquises ou futures. »

Mes publications sur la géologie comparée ont eu le bonheur d’exciter l’intérêt d’autres savants illustres, ^'jparmi lesquels je citerai M. Faye, M. Le Verrier, le si regrettable M. de Haidinger, avec lequel j’entretenais une correspondance suivie.

En 1878, l’Académie des sciences accorda à l’ensemble de mes recherches le prix Lalande, jusque-là réservé à des travaux d’astronomie pure. La commission était formée de M.M. Mouchez, Lœwy, Liouville, .lanssen, Faye rapporteur. Voici le texte

même de son Rapport* : « Lorsqu’on commença à soumettre les météorites qui tombent du ciel à l’analyse chimique, on fut très frappé de n’y trouver que des éléments purement terrestres. Plus tard, on reconnut que, malgré cette identité chimique, leurs caractères minéralogiques différaient notablement de ceux des matériaux qu’on trouve sur notre globe, leur caractère général étant d’un degré d’oxydation très décidément inférieur à celui de nos minéraux. Mais, peu à peu, cette opposition, si tranchée d’abord, s’effaça ; on finit par reconnaître que les matériaux expulsés de nos volcans ou amenés à la surface par l’ascension de roches tondues, venues de l’intérieur, offrent précisément les mêmes caractères, en sorte que, si les minéraux célestes diffèrent beaucoup de ceux de nos roches superficielles, ils ressemblent au contraire de très près aux matériaux qui forment les assises inférieures de l’écorce terrestre. Tout récemment enfin, on a constaté que les antiques éruptions de basaltes ont amené à la surface, des profondeurs de notre globe, des blocs de fer métallique allié au nickel, tout comme celui des météorites, tandis qu’il suffisait naguère de rencontrer à la surface de la terre un fragment pareil, pour prononcer qu’il venait du ciel.

« Les astronomes ont suivi surtout avec intérêt les beaux travaux de M. Daubrée, qui ont tant contribué à établir une connexion si peu prévue entre les astéroïdes venus du ciel et les couches profondes de notre globe ; nous avons été conduits par là à donner une attention plus soutenue aux recherches de sou élève et continuateur, M. Stanislas Meunier. Ce n’est pas sans quelque surprise que nous avons appris, par ses récents travaux, que l’analogie ne réside pas seulement dans la constitution minéralogique, mais qu’elle se poursuit jusque dans les rapports que les matériaux cosmiques, disséminés dans l’espace, présentent entre eux lorsqu’on les compare les uns aux autres, comme on le fait pour les roches constituantes de notre globe. Ainsi, M. Stanislas Meunier retrouve dans les météorites des roches bréchiformes, des roches éruptives, des roches filoniennes, si l’on peut s’exprimer ainsi, des roches épigéniques et jusqu’à des roches ayant subi un métamorphisme évident. Ces analogies, l’auteur les confirme par des expériences directes, et comme de tels effets n’ont pu se produire dans des masses très petites circulant aujourd’hui dans l’espace à l’état d’isolement complet, telles enfin qu’elles ont pénétré dans notre atmosphère, M. Stanislas Meunier semble être en droit de coïiclure que toutes ces masses ont dû appartenir, autrefois, à un globe considérable, qui aura eu, comme la terre, de véritables époques géologiques, et se sera plus tard décomposé en fragments séparés sous l’action de causes difficiles à préciser, mais que nous avons vues à l’œuvre plus d’une fois dans le ciel même.

« Une telle conclusion ajoute grandement à l’intérêt de ces astres minuscules. L’astronome ne s’occupait guère autrefois que de leurs mouvements, de leur distribution probable dans 1 espace; il sait aujnurdbui qu’il faut compter avec la géologie sidérale, tout comme il lui faut tenir compte, aujourd’hui de la physique céleste, de la chimie cel“ste de la minéralof;ie céleste. Votre commission a mu devoir accorder, cette année, le prix Lalande à l’auteur de ces ingénieuses recherches pour l’encourager à persévérer dans des études si intéressantes au point de vue de la constitution intime de notre système solaire. »

I. Comptesrendm de l'Acadé-te d^s sciences, vol MXXVHI, p. 468(10 mars 1870).

Plusieurs autres académies, et en jiarliculier la Société des naturalistes de Moscou, m'ont accordé également des témoignages flatteurs, et j’ai été appelé à professer, dans la chaire de géologie du Muséum d’histoire naturelle, tout un Cours sur la géologie comparée.

Toutefois c’est parmi mes motifs les plus vifs de satisfaction que je compterai la demande qu’a bien voulu me faire M, Fremy d’écrire le présent article pour sa monumentale Encyclopédie chimique.

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