Poggendorffs Annalen, t. XXXIII, p
Le résidu inattaquable dont il s’agit est formé de
Fer . 48,67
Nickel . 18,35
Magnésium . 9,66
Phosphore . 18,47
Carbone . traces
Perte au feu . 4,87
C’est dire qu’il possède la composition de la schreibersite.
Bcrzélius a aussi analysé la matière pierreuse renfermée dans le fer de Pallas et il y a trouvé :
Silice.. . .■ . 40,86
Magnésie . 47,35
Rumler y a reconnu, en outre, des traces d’arsenic, et Waleustedt y indique des traces de potasse et de soude.
J’ai repris avec beaucoup de soin l’étude de cette roche très intéressante, sur laquelle j’aurai encore à revenir plus loin. Voici celles de mes observations qui se rapportent à l'histoire purement lithologique de la pallasite.
a. Squelette métallique. — La matière constituant le réseau métallique offre des caractères physiques et chimiques qui la rapprochent complètement de certaines holosidères ou fers météoriques dépourvus de substances lithoïdes.
Les alliages dont il est formé, karnacite et tænite, auxquels s’ajoute le métal très nickélifère contenu dans le fer de Sainte-Catherine, loin d’être distribues au hasard, encadrent les grains péridotiques, ou plutôt leurs intervalles, de couches concentriques. Il en résulte que la structure générale de la roche, étudiée sur une surface polie, reproduit exactement celle des filons métallifères terrestres appelés vulgairement filons en cocardes.
Mais les fers nickelés ne sont pas les seuls éléments du réseau métallique du fer de Krasnojarsk. Avec eux on a signalé depuis longtemps le graphite, la schreibersite, le chlorure de fer, qui, en certains points, exsude en gouttelettes brunâtres, enfin la pyrrhotine.
Toutefois, ces minéraux ne sont cités dans les analyses que sur un rang très secondaire et comme ne jouant dans la constitution de la masse qu’un rôle tout à fait effacé.
Pour la pyrrhotine en particulier, l’opinion reçue est formulée comme il suit dans le classique ouvrage de M. Buchner* : « La pyrite magnétique se présente en
!• Meteoriten in SammlungeUi article Krasnojarsk^ p. 122
quantité infiniment moindre que le fer de la carcasse métallique. Elle est irrégulièrement disséminée et en grains qui brillent çà et là. Souvent elle manque tout à fait. »
Or, en étudiant les échantillons de la collection du Muséum, j’ai rencontré un spécimen qui paraît de nature à faire accorder à la pyrrhotine du fer de Pallas une importance tout à fait imprévue.
Dans certaines régions de cet échantillon qui est heureusement celui que représente la figure 35, le sulfure de fer joue en effet un rôle tout aussi considérable que le fer nickelé lui-même : de nombreux grains de péridot sont agglutinés entre eux par un réseau épais entièrement formé de pyrrhotine sans mélange aucun de fer nickelé.
11 n’y a maintenant aucune témérité à penser qu’on pourra rencontrer un jour une météoi’ite constituée ainsi dans toute sa substance, et certes, sans l’observation de l’échantillon que je signale, on n’aurait aucunement songé à le rapprocher du fer de Pallas.
Il est bien remarquable d’ailleurs de voir que l’allure générale du sulfure est rigoureusement la même- que celle des alliages métalliques ; comme eux elle remplit exactement tous les intervalles des grains silicatés ; comme eux aussi elle s’est insinuée en filaments parfois tout à fait capillaires dans les fissures des péridots.
En présence de ce fait, il importait de préciser les relations mutuelles de la pyrrhotine et des alliages métalliques; ces relations pouvant, comme on le verra plus loin, permettre d’éclairer l’origine de la pyrrhotine elle-même.
Or, bien qu’en divers points, le fer nickelé et la pyrrhotine s’affrontent directement, nulle part ces composés ne sont absolument en contact. Toujours, il se trouve entre eux une très mince couche de graphite qui paraît identique à celle qui enveloppe les rognons sulfurés dont sont lardés certaines holosidères, telles que celles de Caille et de Charcas.
b. Fragments lithdides. — Les grains de péridot contenus dans le fer de Pallas ne sont pas des cristaux, comme on le dit quelquefois, mais des fragments de cristaux dont la détermination géométrique a d’ailleurs fourni à Gustave Rose la matière d’un mémoire classique.
BRAHINITE (Stan. Meou.).
Roche formée d’un réseau métallique empâtant des fragments pierreux. Cette roche prend très bien le poli. — Densité :1,5S (Rumler). — Composition mméralogique : L’analyse minéralogique de la partie métallique n’a pas été faite, mais d’après l’examen des figures en même temps que des chiffres fournis par l’analyse chimique, on peut croire que la kamacite et la tænite y dominent. On y trouve aussi une quantité notable de schreibersite La pierre paraît essentiellement for-
mée de péridot et de pyroxène. Les figures données par les acides sont très nettes.
Chute principale :
1822. Brahin, Minsk, Russie.
Fig. 5(5. — Braliinile découverte en 1822 à Brahiu (Russie). Surface polie traitée par un acide ; grandeur naturelle.
Brahin. — Certains fers, ayant la structure du fer de Pallas, contiennent des silicates plus acides que le péridot, comme du pyroxène. Tel est le cas, par exemple, d’une masse intéressante de fer, trouvée vers 1822 à Brahin, gouvernement de Minsk, en Russie, dont le péridot est mêlé d’un peu de pyroxène.
La composition de cette masse, dont la densité est, d’après Rumler, égale à 7,58, est assez mal connue.
Les seules analyses que l’ou en possède sont dues à Laugier*.
Voici ses résultats ;
Fer . 87,55 91,50
Silice . 6,30 5,00
Nickel . 2,50 1,50
Chrome . 0,50 traces
L’examen d’une plaque polie de fer de Brahin (fig. 56j permet de se rendre compte des relations qui existent entre le fer et la matière pierreuse.
Celle-ci, sans être, à ce qu’il paraît, en cristaux proprements dits, forme dans
1. Annales de chimie et de physique, 2*^ série, t. XXV, p. 220.
la masse des fragments essentiellement anguleux. On est en droit d’affirmer que sa formation est contemporaine de celle du fer ou même antérieure; en effet, dans certaines parties, où les grains silicates sont fendillés, on voit dans les fissures qui les traversent le fer se prolonger en filaments déliés.
Traitée par un acide, une lame polie du fer de Brahin donne les figures de Widmanstætten avec une très grande netteté. Leur dessin suit avec précision les contours des grains pierreux, exactement comme on l’observe dans le fer de Pallas.
En examinant avec soin lesfîgures données par les acides, on y trouve en général ;
1° Autour des grains pierreux une bande de largeur variable d’un fer qui donne un moiré grenu;
2“ Une lamelle de tænite qui n’existe pas absolument partout, mais qui se présente dans le plus grand nombre des points et qui est bien remarquable par ses inflexions grossièrement parallèles, aux contours, des intervalles existant entre les grains pierreux ;
S» Un fer à lamelles de tænite, parallèles entre elles et ressemblant tont à fait à l’alliage qui occupe la même situation dans l’atacamaïte ;
4“ Quand la zone métallique entre les grains est relativement large, les îlots paraissent de nature très voisine à celles du fer précédent, mais très nettement limités par une lamelle de tænite ;
5“ Enfin, dans les endroits où cette zone est au contraire étroite, une lamelle de tænite occupe sa région moyenne.
Les minéralogistes qui se sont les premiers occupés de la masse de Brahin, ont admis que la pierre s’y trouve en cristanx ; mais il suffit d’un examen peu approfondi pour reconnaître que, si cette pierre est incontestablement cristalline, elle est en même temps essentiellement fragmentaire et, comme j’y reviendrai plus loin, on est amené à supposer qu’elle provient du concassement de gros cristaux préexistants. Ces fragments lilhoïdes offrent des contours arrondis très remarquables d’autant plus instructifs qu’on ne peut pas les attribuer à une cristallisation rapide et gênée : en effet, la matière pierreuse montre des séries de grands clivages parallèles entre eux et, d’un autre côté, comme on l’a vu, le fer en épouse toutes les formes.
La composition de la matière pierreuse est loin de concorder, comme on le supposait, avec celle du péridot; elle est notablement plus riche en silice, mais il est facile de reconnaître sa nature complexe. Sous l’action des acides elle s’attaque inégalement, suivant les points, comme il serait naturel pour un mélange de péridot et de silicates, plus acides sans doute de pyroxène.
lo« TYPE
LODRANITE (Stan. Meün,).
Roche d’apparence pierreuse très cristalline, dans laquelle se ramifie un fin réseau métallique qui sert de ciment à toute la masse. — Densité: 5,8. — Composition minéralogique : Péridotet bronzite réunis par un réseau de fer nickelé
Chute unique:
1868. Lodran, Multan, (Indes).
Lodran. — La météorite de Lodran offre des caractères tout à fait spéciaux. A première vue, et par suite de la prédominance de ses éléments lithoïdes, on serait disposé à lui attribuer la structure ordinaire des sporadosidères ; on y voit briller trois éléments constituants nettement différents les uns des autres: deux
Fig. 37. -
Lodranite tombée en 1868 à Lodran (Indes). Lame mince observée au microscope.
substances pierreuses, l’une incolore (bronzite), l’autre d’unbleu /if tout à fait exceptionnel parmi les minéraux météoritiques (péridot) ; — une matière métallique constituante en fer nickelé. A la loupe on aperçoit, en outre, de très petits grains constitués les uns par la pyrrhotine, les autres par le fer chromé.
Partie métallique. — Quelques expériences fort simples conduisent cependant à reconnaître que la partie métallique n'en est point comme dans les sporadosidères à l’état de granules disséminés. En chauffant au rouge un petit fragment que l’on plonge brusquement dans le mercure, on étonne les silicates qui tombent en poussière et il reste un très fin réseau métallique, analogue, pour la forme et malgré son extrême ténuité, au squelette du fer de Pallas. Lodran est donc une syssidère.
Cette conclusion est confirmée par l’observation microscopique d’une lame mince (fig- 37).
m ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
M. Tschermak a publié l’analyse suivante du réseau métallique :
Fer . 85,44
Nickel . 12,79
Magnésie . 0,25
Résidu . 0,81
Diverses observations et avant tout l’examen microscopique, permettent d’affirmer qu’il ne s’agit cependant pas là d’un alliage défini, mais du mélange de plusieurs alliages comme dans le fer Pallas et les autres syssidères précédemment étudiées.
Partie Uthoide. — L’observation d’une lame mince permet de reconnaître que les minéraux lithoïdes consistent, comme je l’ai déjà dit, en péridot et en bronzite intimement mélangés. C’est d’ailleurs ce que M. Tschermak a constaté depuis longtemps L
M. Tschermak a publié les chiffres suivants comme exprimant la composition du péridot de la météorite de Lodran :
Silice . 40,14
Magnésie . 46,01
Protoxyde de fer . 13,55
Oxyde de chrome . 0,60
Voici, d’après M. de Lang, les éléments goniométriques de cette substance :
Mesurés Calculés.
D’après l'analyse de M. Tschermak la bronzite de Lodran renferme :
Silice . 55,55
Magnésie . 32,05
Protoxyde de fer . 12,13
Alumine . 0,60
Chaux . 0,58
t. Süzungêberichte der Akademie der Wissenschaften zu Wien, séance du 7 avi'il 1870.
La forme cristalline est celte des bronzites basaltiques. M. de Lang en a fait une étude dont nous extrayons les chiflres suivants :
Observés Calculés
La structure des grains silicates est fort intéressante. On y observe des inclusions remarquables par leur volume relativement considérable. M. Tschermak a dessiné celles qu’on observe en grand nombre dans la bronzite et qui, souvent incolores et presque invisibles dans la lumière ordinaire, se teignent de nuances très vives entre les deux niçois. J’ai eu l’occasion d’en voir plusieurs de ce genre et de noter de remarquables accidents de coloration. Mais les grains de péridot m’en ont offert de bien plus intéressantes encore par la présence de noyaux solides enfermés dans des cavités sphéroïdales qu’ils sont loin de remplir. L’une des vacuoles d’une substance incolore et active possède cinq noyaux noirs et opaques qui, au grossissement de 550, sont de formes toutà fait irrégulières. A 780 diamètres leur aspect n’est pas notablement différent. La nature de ces noyaux est peut-être indiquée par celle des inclusions noires noyées en pleins silicates et dont M. Tschermak a dessiné deux exemples en les considérant comme du fer chromé. Contrairement à ce que suppose le minéralogiste autrichien, ces inclusions ne sont pas sphéroïdales, mais tout à fait polyédriques : c’est ce que l'on voit très nettement au grossissement de 550 ; il est cependant impossible, même dans ces conditions, d’y reconnaître aucun cristal.
Un autre fait à rapprocher des inclusions est celui, fréquent surtout dans le péridot, des fissures de clivage contenant des granulations foncées d’aspect dendritique et que M. Tschermak regarde encore comme constituées par le fer chromé. Cependant si, au lieu de s’arrêter à 60 diamètres comme a fait M. Tschermak, on examine ces dendrites à 140 diamètres et même à 550, on s’aperçoit qu’elles sont loin d’être opaques et présentent une nuance brunâtre qui n’est pas celle du fer chromé. A 780 diamètres il est manifeste que la matière qui les compose n’a aucune forme cristalline. Il s’agit vraisemblablement d’infiltration dans les craquèlements des silicates et la matière ainsi emprisonnée, sans rapport avec le fer chromé, date peut-être de la constitution même de la météorite.
Cette remarque nous amène vers le côté vraiment géologique de l’étude de la météorite de Lodran, et c’est sur ce côté, que personne n’a abordé jusqu’ici, qu’il me restera à appeler l’attention dans un chapitre ultérieur.
ATÂCAMAlTE. (Stah. Meus.)
Roche formée d’une pâte métallique renfermant des fragments rocheux grisâtres. La pâte métallique est malléable et prend bien le poli. — Densité : du fer,
148 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQDE.
7.5, de la pierre, 3.5. — Composition minéralogique. La partie métallique est essentiellement composée de kamacite et de tænite. Les grains pierreux consistent en dunite. c’est-à-dire, en une roche où sont en mélange le péridot, le pyroxène et la chromite.
Fig. 38. — Atacamaïte découverte en 1827 à Imilac, désert d’Atacama. Surface polie traitée par un acide; grandeur naturelle.
Chutes principales :
1827. Imilac, Atacama, (Bolivie).
1877. Caracoles, désert d’Atacama, (Bolivie).
Imilac, Atacama. — Le fer d’Atacama (fig. 58) est remarquable par sa structure spongieuse. Les nombreuses vacuoles qu’il présente sont remplies d’une matière lithoïde essentiellement péridotique. Soumis à l’analyse chimique successivement par Allan et Turner S Field^Frapoli®, de Kobel*, Morren®, Rivero, Schmidt®, etc., il a donné des résultats tout à fait analogues à ceux que l’on obtient dans l’examen du fer de Pallas, et c’est pour cela que Gustave Rose l’a compris dans son groupe des pallasites.