CYANURE DE CUIVRE
Cyanure cnirrenx, Cu^Cy. — On obtient ce composé lorsqu’on traite de l’hydrate cuivreux récemment précipité par l’acide cyanhydrique. La combinaison se fait avec dégagement de chaleur. C’est un corps blanc; on l’obtient aussi par l’action de l’acide cyanhydrique ou du cyanure de potassium sur une dissolution chlorhydrique de chlorure cuivreux. On obtient encore ce même composé par l’action de l’acide cyanhydrique sur le chlorure cuivrique en présence de l’acide sulfureux. Il e forme aussi dans la décomposition du cyanure cuivrique en présence de l’eau.
Ce corps fond lorsqu’on le chauffe, et il dégage beaucoup de vapeur d’eau, en se transformant en une masse brune, gonflée. 11 est décomposé par l’acide azotique avec dégagement de bioxyde d’azote; il n’est pas décomposé par l’acide sulfurique. Il se dissout sans altération dans l’acide chlorhydrique concentré; l’addition d’eau ou de potasse le précipite de cette solution. II est soluble dans l’ammoniaque, le carbonate et le succinate d’ammoniaque à froid, et à chaud dans le sulfate, le chlorure et l’azotate d’ammoniaque.
Le cyanure cuivreux s’unit avec les cyanures alcalins en formant des sels doubles solubles que les acides forts décomposent en précipitant le cyanure cuivreux et décomposant le cyanure de l’autre métal.
Cyanure cuivrique. — Ce corps est counu seulement à l’état hydraté. On l’obtient lorsqu’on traite le carbonate de cuivre par une solution d’acide cyanhydrique qui déplace l'acide carbonique. C’est un composé brun jaunâtre ayant pour formule CuCy. Le même composé se forme dans l’action de l’acide cyanhydrique sur l’acétate de cuivre, du cyanure de potassium sur les sels cuivriques en excès; ce composé est peu stable. Même à la température ordinaire, il se décompose spontanément; il dégage du cyanogène et il se forme le cyanure cuprosocuprique étudié plus loin : c’est une combinaison de cyanure cuivreux et de cyanure cuivi'ique; ce composé n’est d’ailleurs pas le terme extrême de cette décomposition, et, si l’on chauffe, il dégage une nouvelle quantité de cyanogène en se transformant en cyanure cuivreux blanc : c’est le composé le plus stable de cette série ; c’est aussi le mieux étudié.
Cyanure cnprosoeoprîque, Cu^Cy,GuCy. — Gc compose est couuu seulement à l’état hydraté. Gertains auteurs, entre autres Rammelsberg, le considèrent comme un mélange de cyanure cuivreux et de cyanure cuivrique. G’est V’auquelin qui s est occupé le premier de ce corps, mais il paraît l’avoir confondu avec le cyanure cuivreux. Ge composé est gris jaunâtre ; il se forme lorsqu’on traite le protoxyde de cuivre par de l’acide cyanhydrique; lorsqu’on ajoute de l’acide cyanhydrique à du sulfate de cuivre, il se précipite lentement de petits cristaux verts.
Le précipité jaune brunâtre de cyanure cuivreux que l’on obtient en précipitant une solution froide d’un sel cuivrique par du cyanure de potassium, se change peu à peu, avec dégagement de cyanogène, en cyanure cuprosocuprique double de cya-
nure de potassium et de cyanure cuivreux, qui donne le même précipité avec les sels cuivriques. On doit sécher le corps ainsi obtenu à la température ordinaire.
Le corps obtenu par l’une des méthodes précédentes se présente sous la forme de prismes transparents, de couleur vert serin et ayant un grand éclat.
Le cyanure cuprosocuprique, chauffé à 100“, perd en même temps du cyanogène et de l’eau et se convertit en cyanure cuivreux sans perdre sa forme extérieure. La même décomposition a lieu quand on chauffe ce corps en présence de l’eau à 100“ ; il se dégage du cyanogène. Avec l’acide azotique, on décompose ce cyanure en acide cyanhydrique et azotate de cuivre. L’acide chlorhydrique met aussi en liberté de l’acide cyanhydrique en laissant un résidu qui est un mélange des chlorures cuivreux et cuivrique. Le même acide concentré dissout le cyanure sous forme d’une liqueur brune qui laisse déposer un précipité blanc lorsqu’on l’étend d’ean (chlorure cuivreux (?). Une solution de potasse transforme le cyanure Cu*Cy CuCy en cyanure double de potassium et de cuivre KCyCu^Cy en mettant en liberté de l’oxyde de cuivre hydraté ; ■ ,
CuCy,Cu*CyKO=KCyGu®Cy-4-CuO.
L’ammoniaque dissout aussi ce corps en donnant une solution bleue et laissant un résidu bleu. Le carbonate d’ammoniaque dissout aussi ce composé à froid ; les autres sels ammoniacaux ne le dissolvent qu’avec l’aide de la chaleur. 11 se dissout également, suivant Scheele, dans les solutions de sulfate de cuivre (ce foit est contredit par Gmelin).
Liebig ‘ a obtenu deux composés ammoniacaux ayant pour formules : l’un, SCu^Cy + CuCy -f- 2AzH» 2HO ; l’autre, 2Gu^Cy + GuGy + 2AzH^
Le premier s’obtient en ajoutant de l’acide cyanhydrique aqueux à une solution ammoniacale d’oxyde de cuivre jusqu’à ce que l’odeur de l’ammoniaque soit bien nette; on chauffe alors à l’ébullition et l’on ajoute peu à peu de nouvelles solutions cupro-ammoniacale tant que la couleur bleue disparaît. Dès qu’il se forme dans la liqueur de petites paillettes cristallines, on filtre. On obtient par refroidissement des lames rectangulaires, insolubles dans l’eau froide.
Le second composé s’obtient en dissolvant à chaud le premier dans un mélange de carbonate d’ammoniaque et d’ammoniaque.
Cyanure cuprosocuprique anunoniacal. — Si dans la précipitation du sel de cuivre on substitue le cyanure d’ammonium au cyanure de potassium, il se produit également un abondant dégagement de cyanogène; mais le précipité d’un vert bleuâtre ainsi obtenu renferme toujours de l’ammoniaque en combinaison; l’analyse conduit à la formule Gu®Gy,GuGy,AzH'’,HO. Il se présente sous la forme d’une poudre amorplie, légèrement soluble dans l’eau froide. Il se décompose à 100“.
Cyauurc cuprosocuprique biamuioniacai. — Le cyanure CUproSOCUpnque ammoniacal se dissout très bien dans l’ammoniaque, en donnant une liqueur bleu
1. llilkenkamp, Ann. Chem. Phijs. (5), t. XLVII, p. 781, et Ann. der Chem, und Pharm-, ■ XCYII, p. 218.
CYANOGÈNE. 439
céleste qui, par évaporation spontanée, laisse déposer de belles aiguilles vertes. Ce nouveau corps est du cyanure cuprosocuprique combiné à 2 équivalent d’ammoniaque; il a pour formule
Cu^Cy CuCy2AzH=.
. Un moyen beaucoup plus commode de préparer ce composé consiste à faire passer un courant d’acide cyanhydrique dans de l’oxyde de cuivre tenu en suspension dans l’ammoniaque ; l’excès d’oxyde de cuivre se dissout d’abord, puis on voit apparaître dans la liqueur de petites aiguilles vertes, brillantes, dont la quantité augmente rapidement; on arrête alors l’opération et, par le refroidissement, la liqueur en laisse encore déposer une nouvelle quantité.
Le cyanure cuprosocuprique biammoniacal se présente sous forme de belles aiguilles prismatiques vertes, à reflets métalliques; il est inaltérable à l’air, insoluble dans l’eau, et présente avec les différents réactifs les mêmes réactions que les cyanures cuprosocuprique et cuprosocuprique ammoniacal.
Cyanure caprosocnpriqu'e triamnioniacal. — Le cyanure CUprosocuprique biammoniacal se dissout très bien à chaud dans l’ammoniaque, et lorsqu’on opère cette dissolution, en maintenant toujours dans la liqueur un excès d’ammoniaque au moyen d’un courant de gaz, celle-ci par le refroidissement abandonne, soit des aiguilles prismatiques, soit des paillettes cristallines d’un beau bleu ; c’est du cyanure cuprosocuprique triammoniacal ;
Cu*Cy CuCy5AzH^
Abandonné à l’air, ce sel perd de l’ammoniaque et devient vert. Les cyanures cuprosocuprique et cuprosocuprique ammoniacal peuvent également servir à préparer ce sel.
Le cyanure cuivreux forme un assez grand nombre de combinaisons avec les autres cyanures; mais elles sont peu étudiées, sauf celles du cyanure de potassium avec le cyanure cuivreux. Les auteurs qui se sont occupés de ces cyanures (principalement Ittner, Gmelin, Ram nelsberg), les indiquent surtout comme des précipités obtenus avec tes cyanures douWes de cuivre et de potassium et diverses dissolutions métalliques; mais la composition de ces précipités n’a pas été étudiée.
Cyanure «le cuivre et d’ammoniaque. — 11 a pour formule 4Cu^Gy,AzH^Cyi On l’obtient en traitant pendant longtemps une dissolution ammoniacale d’oxyde de cuivre par un courant d’acide cyanhydrique. Il cristallise en aiguilles prismatiques incolores; à 100“ degrés il perd du cyanhydrate d’ammoniaque en se décomposant.
Cyanures doubles «le cuivre et «ie potassium. — H y A plusieurs combinaisons de ces deux cyanures ; ce sont :
2KCy,3Cu^Cy,
KCy,Gu^Cy,
iKGyCu^Gy.
Le premier composé, le plus riche en cuivre, a été obtenu par Rammelsberg i, dans l’action de la potasse sur le cyanure cuivreux fondu ; c'est le moins bien étudié.
Le composé suivant, formé à équivalents égaux, KCy,Gu-Cy (analyse de Rammelsberg et de Montbiers), a été découvert par Ittner, qui le préparait en traitant l’hydrate d’oxyde de cuivre ou le cyanure cuprosocuprique par du cyanure de potassium en dissolution ; la liqueur était ensuite évaporée lentement. 11 se formait ainsi des cristaux de ce cyanure double.
Ils appartiennent au système du prisme clinorhombique ; ils présentent les faces P, m, d*, e^, a*, o‘ :
Angle mm 94» 30' mp 99 25' pd^ 132 4'
po' 126 36' pa‘ 105 25 pe® 126 30
Ittner regardait cette combinaison comme contenant du cyanure cuivrique, tandis que c’est en réalité une combinaison de cyanure cuivreux et de cyanure de potassium. Lorsqu’on ajoute, en effet, de l’acide cyanhydrique à la dissolution de ce sel double, il se dégage de l’acide cyanhydrique ne contenant pas de cyanogène et il se précipite du cyanure cuivreux blanc.
Montbiers modiOe ce procédé en faisant arriver de l’acide cyanhydrique dans de la potasse contenant de l’oxyde cuivrique en suspension jusqu’à ce que la liqueur soit devenue incolore ; on évapore alors sans chauffer, et l’on obtient un produit tout à fait blanc. Gmelin a indiqué le procédé suivant : Une dissolution de chlorure cuivreux dans l’acide chlorhydrique est précipitée par du cyanure de potassium, puis on ajoute de la potasse à la liqueur, jusqu’à ce qu’elle acquière une réaction alcaline ; alors on ajoute de l’acide cyanhydrique, puis une nouvelle quantité de potasse.
On peut encore obtenir le cyanure double KCyjCu^Cy en ajoutant du cyanure de potassium à une dissolution d’acétate de cuivre jusqu’à ce que le cyanure d’abord précipité se soit redissous complètement.
Quel que soit le procédé employé, on obtient non seulement le composé KCyCu*Cy, mais aussi 3KGy,Cu®Gy, que nous étudierons plus loin ; c’est même ce dernier qui se forme en plus grande quantité dans ces expériences, le composé KGyCu^Gy se déposant surtout au début des cristallisations, parce qu’il est moins soluble.
Ge sont des prismes transparents d’un jaune pâle, suivant Ittner et Gmelin, mais incolores, d’après Rammelsberg et Montbiers, qui regardent sa coloration comme un indice d'impureté. Ils ont une saveur amère et métallique.
Les cristaux dégagent un peu de vapeur d’eau quand on les chauffe, ils deviennent ensuite blancs et opaques, puis fondent en un liquide transparent, sans se décomposer. Dans le liquide incolore on voit nager en général de petites masses brunes, qui sont du cuivre métallique.