Grès
43. Marnes bleuâtres et noires renfermant des lits de sable bitumineux . . 4,24
Ainsi, ce puits a rencontré, à différentes profondeurs, huit couches de sable bitumineux dont l’épaisseur totale est de 4"', 75 ; on voit que les argiles et les marnes y prédominent beaucoup par rapport au grès.
Le sable bitumineux, objet de l’exploitation, qui consiste eu sable mélangé de bitume, forme, au milieu des sables et des grès stériles, des amas aplatis parallèlement à la stratilication. Ces amas stratiformes sont fort allongés par rapport à leur largeur, de sorte que, considérés en projection horizontale, ils présentent la forme de longs boyaux (fig. 81).
L’épaisseur des amas bitumineux varie ordinairement de0"',80 à 2 mètres, et s’élève tout à fait exceptionnellement jusqu’à 4] mètres. Vers le fond, leur épaisseur diminue jusqu’à s’annuler complètement de sorte que, la section transversale de ces amas est lenticulaire. Il en est qui ont été suivis sur une longueur de 800 mètres avec une largeur moyenne de 50 mètres, qui accidentellement allait jusqu’à 60 mètres. Pour abréger on peut donner à ces amas le nom de veines, qui convient d’ailleurs mieux à leur forme allongée que celui de couches par lequel les désignent les mineurs. Au lieu de se terminer tout à Liit, une veine se réduit souvent à un lit de sable peu riche en bitume ; cette traînée de sable forjne comme une trace qui, poursuivie, fait quelquefois découvrir d’autres veines situées au même niveau.
Dans les travaux de Bechelbronn, les couches, abstraction faite de faibles ondulations, se dirigent N. à S. 55“ O.; elles plongent vers E. 53“ S. de 0”, 043 par mètre, c’est-à-dire de 2“27'. Cette direction est parallèle à celle d’une partie des failles qui limitent le grès des Vosges dans le voisinage.
Un coup d’œil jeté sur la ligure 81 montre la disposition des différentes veines bitumineuses; elles s’étendent longitudinalement suivant une direction assez prononcée qui varie de N. 22“ à 58“ E. — S. 58“ à 22“ 0. ; c’est-à-dire que ces veines sont allongées parallèlement à la stratification du terrain.
Le bitume de Bechelbronn est visqueux et d’un brun foncé. Le bitume vierge, qui est apporté par l’eau d’une source située près de la fabrique, est plus flui^ que celui que l’on extrait par l’ébullition ; son odeur est aromatique.
M. Boussingault a fait connaître la composition et les caractères chimiques de ces bitumes L Voici ses résultats :
1“ Bitume obtenu du sable par le traitement à Veau bouillante. — En soumettant ce traitement à une distillation à 250 degrés, on obtient une huile jaune qui présente toutes les propriétés du pétrole. M. Boussingault y a trouvé :
Carbone . 8,86 à 8,82
Hydrogène . 1,23 à 1,27
t. Annalea de chimie el de physique, t. XXIII, p. 44‘2.
COSIljüSTlIJLES Ml.XÉIiALX,.
U contient en outre une petite quantité d’oxygène.
2» Bitume vierge. — Ce bitume est celui qui surgit avec une source d’eau dans
'Plan représentant en projection horizontale les contours des' amas bitumineux exploités à BECHELBRONN depuis 1830 ,
Profil représentant le niveau des pnneibaux amas bilujnineux exploités où reconiiiis à BECHELBRONN depuis 1835 .
Fig. 81. — Plan et coupe de l.i loinc de Beehclbronn. — D'apivs M. Daubréc.
une prairie près de l’usine. Son odeur est aromatique; il est brun. Sa consistanec est beaucoup moins ferme que celle du bitume provenant du traitement du sable. M. Boussingault y a trouvé :
Carbone . 88,3
Hydrogène . 11,1
Azote . 1,1
Ce bitume renferme très probablement une certaine quantité d’oxygène.
Le sable contient rarement au delà de 4 pour 100 de bitume et sa teneur moyenne ne dépasse pas 2 pour 100.
De l’argile est ordinairement mélangée au sable bitumineux, soit sous forme de petits fragments irréguliers, soit eu lits parallèles à la stratification. Cette argile
est un obstacle à l’extraction du bitume qu’elle retient avec force. La pyrite de 1er que l’on rencontre dans les différentes couches de terrains, est surtout abondante dans les veines bitumineuses et à proximité des débris végétaux que contiennent ces veines. Lorsqu’elle y est en particules invisibles à l’œil nu, ainsi qu’il arrive ordinairement, la pyrite est reconnaissable sur les haldes des mines par l’apparition de beaucoup d’eftlorescences blanches et terreuses de gypse qui se produit au bout de quelques semaines par l’action de l’air sur le sulfure de fer. La pyrite se trouve aussi en rognons de quelques centimètres de diamètre et en plaquettes ; quelques parcelles forment des tubes creux de plusieurs décimètres de longueur, parce qu’elle s’est concrétionnée autour de morceaux de bois qui ont disparu par la décomposition. A Bechelbronn, comme dans la plupart des terrains, on reconnaît donc clairement l’influence que la matière végétale ou réductrice a exercée sur la fixation de la pyrite.
Les eaux qui découlent des tailles d’exploitation charrient une grande quantité de hitume, ainsi qu’on peut le voir dans les travaux qui dépendent du puits Salomé. Il serait donc possible que les eaux souterraines eussent opéré un déplacement notable de bitume depuis que cette dernière substance est enfouie dans le terrain.
M. Daubrée a donné l’historique de l’exploitation de ce bitume : Une source dont l’eau est chargée de bitume et qui jaillit dans une prairie près de l’habitation de Bechelbronn a été l’origine de l’exploitation actuelle; c’est de l’ancien nom de Pechelbronn {puits de poix) que dérive par altération celui de Bechelbronn. On se bornait autrefois à recueillir le bitume qui surnageait dans le bassin de cette source. Wimpheling, qui écrivait en 1498, dit que depuis longtemps on se sert de bitume de Bechelbronn ; dans le seizième siècle, l’eau fournissait spontanément l’huile minérale en si grande quantité que les paysans des environs s’en servaient pour alimenter leurs lampes et pour graisser leurs voitures h A 150 mètres de la source, un affleurement de sable bitumineux fut découvert en 1735 par un médecin grec nommé Éryn d’Érynnis qui habitait les environs, et en 1742, M. de la Sablonnière avait déjà exploité des mines de cette nature dans le canton de Neuchâtel, ouvrit une exploitation souterraine qui depuis lors n’a pas été interrompue.
Soultz-sous-Forêts. — Des argiles verdâtres semblables à celles des environs de Bechelbronn se rencontrent près de Soultz-sous-Forêts. Entre cette localité et Retschweiller, on voit ces argiles alterner avec des couches de grès jaunâtres, à ciment calcaire, qui contiennent de petits débris de coquilles.
Une veine de sable bitumineux semblable à celle de Bechelbronn fut découverte en 1771, dans ce terrain et à 4 kilomètres au sud-est de la première localité. Le gîte, situé à 17 mètres de profondeur, fut exploité par des travaux qui partaient delà rive droite de la Seltzbach et qui s’étendaient jusqu’à proximité de l’église, Une usine de douze chaudières établie à Soultz pour traiter cette substance produisait annuellement, vers 1792, jusqu’à cinquante quintaux métriques de bitume®. Une faille qui traverse la vallée coupe tout à fait la couche vers l’ouest, tandis que le
t, Tabernœ Montani 'Wasserschal%, 1584.
‘2. üraflenaucr. Minéralogie écononiico-technolof/ir/ue, p. 126.
sable devient très pauvre vers l’est, et la mine fut aliandonnée. Les sondages faits depuis lors autour de Soultz-sous-Forcls n'ont abouti à aucun résultat.
' Oherkiitzenhausen et Kinderloch. — A 200 mètres à l’ouest d’Oberkutzenhauscn, on voit affleurer dans un ravin des grès bitumineux semblables à celui de Bechelbronn. Il est accompagné d’argiles verdâtres et de grès à ciment calcaire, comme à Soultz-sous-Forèts.
Dans le vallon dit Kinderloch, entre Preuschdorf et Gunstett, il y a aussi des marnes et des grès identiques à ceux de Bechelbronn.
Schwabwiller. — Des couches de marnes d’un gris bleuâtre semblables à celles de Bechelbronn, ont encore été rencontrées à Schwabwiller, village situé à 6 kilomètres au sud-est de Bechelbronn. Ces marnes sont souvent sableuses et alternent avec des sables qui sont quelquefois agglutinés par du carbonate de chaux.
Des sondages ont élé faits aux environs de Schwabwiller et 1858 et en 1839 pour la recherche du bitume. Voici les coupes des terrains traversés par l’un des sondages :