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IV. APPLICATIONS DES BITUMES

L’exploitation des mines d’asphalte se fait d’ordinaire par piliers et galeries à la poudre (aucun gaz explosif n'y étant à craindre), et la plupart du temps, les trous de mine peuvent s’y percer au moyen de simples tarières.

En effet, le minerai asphaltique est une matière relativement tendre ; toutefois, sa compacité étant en raison de l’abaissement de température, il a, dans l’intérieur des mines (où au contraire des mines de liouille il fait ordinairement très frais), une dureté qui s’augmente au dehors pendant l’hiver et diminue pendant les chaleurs de l’été, à tel point qu’une simple exposition de quelques jours au soleil le fait tomber en poussière.

C’est même cette propriété bizarre qui a amené la découverte du système des chaussées en asphalte comprimé. Dans l’origine de son exploitation, les voitures qui transportaient le minerai du gisement du Val-Travers en laissaient tomber çà et là sur la route des morceaux qui, broyés et comprimés par les roues, avaient fini par former une véritable chaussée en asphalte*.

Dès la plus haute antiquité les Égyptiens employaient l’asphalte à la conservation de leurs momies. On en fait surtout aujourd’hui des bitumes et des chaussées.

Comme on l’a vu, le bitume est souvent mélangé au calcaire, d’une manière telle qu’on ne Ten isole pas pour les besoins de l’industrie; le calcaire est alors employé, sous le nom de calcaire asphaltique, dans la fabrication des mastics. C’est ainsi qu’on l’exploite en France, aux environs de Seyssel, dans le département de l’Ain, où certaines couches calcaires, appartenant à l’étage du terrain crétacé, connu sous le nom de néocomien, en sont, comme on l’a vu, partiellement imprégnées; l’imprégnation s’est étendue jusque dans les couches tertiaires qui recouvrent ces dernières. Des couches tout à fait semblables se trouvent dans le département de la Savoie et dans le Jura suisse, mais ces dernières n’ont été, jusqu’à présent, que peu exploitées.

A la distillation sèche, la pyropissite de Saxe donne par tonne 20 à 25 kilo grammes de bitume que l’on traite pour en extraire la paraffine et les huiles minérales. Mais cette qualité pure est exceptionnelle et le plus ordinairement Ton a un charbon coulant qui ne donne que 12 kilogrammes de bitume. Pendant longtemps on a regardé ce charbon comme non susceptible d’emploi ; tout au plus s’en servait-on dans la fabrication des agglomérés. Mais maintenant il est exploité sur une grande échelle pour la fabrication de la paraffine et des huiles minérales.

t. Léon Malo, la Nature, 1881, 1" semestre, p. 150.

ENCÏCLOPÉDIE CHIMIQUE.

§ V. ORIGINE DES BITUIVIES.

Les bitumes peuvent provenir de la distillation naturelle de la houille ou des schistes bitumineux sur les points où ces roches se sont trouve'es près des masses éruptives. Mais ils résultent, dans la plupart des cas, des réactions qui se produisent dans les profondeurs de l’écorce terrestre ou dans le voisinage des foyers volcaniques.

Certaines sources bitumineuses fonctionnent depuis si longtemps qu’on ne saurait s’imaginer des amas de houille assez puissants pour les alimenter. M. Virlet a calculé que, pour les seules sources de Xantes, depuis Hérodote, il n’eût pas fallu moins de 174 000 000 de quintau.x de houille ; et comme leur écoulement est de beaucoup antérieur à cet historien, toutes les mines de houille de l’Angleterre réunies n’auraient pu suffire à alimenter, par leur distillation ledte, les seules sources de cette île.

Le bitume, toujours en relation avec les gisements de soufre, de chlorure de sodium, de gypse, de sels ammoniacaux, etc., doit avoir une origine semblable à celle de ces substances.

Les expériences de MM. Morren et Berthelot ont rendu compte des phénomènes qui déterminent la formation des bitumes par combinaison de l’hydrogène et du carbone. L’acétylène, dont la formule est se produit lorsqu’on fait passer de l’oxyde de carbone mêlé de vapenrs chlorhydriques ou du siliciure de magnésium chauffé au rouge. Les substances indiquées dans cette réaction peuvent évidemment exister dans la pyrosphère, et, par conséquent, cette réaction est susceptible de se manifester dans le voisinage immédiat des foyers volcaniques. « Chacun sait, dit M. Berthelot, quelle est l’indifférence chimique du carbone à la température ordinaire pour les agents les plus puissants ; cette indifférence ne cesse qu’à la température rouge, et pour l’oxygène et le soufre seulement. Mais, quant à l’hydrogène, toutes ses combinaisons avec le carbone, extraites des produits organiques, se détruisent précisément sous l’influence d’une température rouge . Je suis parvenu à obtenir de l’acétylène, en me servant de la pile et de l’arc électrique qui se produit entre deux pointes de charbon; dans une atmosphère d’hydrogène, avec élévation excessive de température et transport de charbon d’un pôle à l’autre, la combinaison de l’hydrogène avec le carbone s’effectue à l’instant dès que l’arc jaillit. »

Antérieurement à cette expérience, M. Morren avait obtenu un hydrogène carboné, sans en vérifier la nature spéciale, dans nn ballon où se produisent l’étincelle de l’appareil de Ruhmkorff, en prenant des électrodes de charbon et en faisant circuler de l’hydrogène.

« Lorsque notre planète, ditM. Vezian, se trouvait encore à l’état nébuleux, l’hydrogène et le carbone, alors dissociés, occupaient chacun une zone distincte. Mais, dès qne la température a commencé à s’abaisser, les diverses substances ont pu se combiner entre elles; le carbone et l’hydrogène ont donné origine, sous la seule influence des forces physiques, à des composés de divers ordres. Il a dû se former alors des masses considérables d’hydrocarbures qui ont été retenues prisonnières au-dessous de l’écorce terrestre primitive, absolument comme toutes les substances

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qui plus tard devaient, grâce à l’action geyséricnne, revenir à la siiriacc du globe et contribuer à l’édification des masses sédimentaires. Telle est, selon nous, l’oriffine de l’huile de pétrole formant de vastes nappes souterraines dans l’Amérique septentrionale et d’autres contrées...

« En outre les hydrocarbures d’origine inorganique dont la formation remonte aux temps cosmiques, les terrains sédimentaires se montrent pénétrés de ceux qui naissent journellement dans les foyers volcaniques. Dans ces foyers se continuent, mais sur une plus petite échelle, les réactions chimiques qui ont eu lieu lorsque toute la masse du globe, encore dépourvue d’enveloppe solide, se trouvait à l’état incandescent. »

Il n’existe pour les substances hydrocarbonées aucune relation entre leur âge et leurs caractères physiques ou chimiques. Les variations qu’elles présentent quant à leurs divers caractères sont indépendants des terrains où elles se rencontrent; toutes les formations, depuis les plus anciennes jusqu’aux plus modernes, en possèdent des gisements. Les phénomènes qui leur ont donné naissance se manifestent indistinctement sous toutes les latitudes depuis les régions circumpolaires jusqu’à l’équateur.

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