LE DIAMANT BLEU DE HOPE
La couleur bleue, beaucoup plus rare dans le diamant que la couleur verte, donne un prix inestimable à cette pierre tout à fait extraordinaire.
1. M. L. Bochet, ingénieur des mines, de qui je tiens ce renseignement, et qui a bien voulu s’enquérir pour moi à Dresde des détails concernant celle pierre remarquable, m’a fait savoir qu’il en était déjà parlé dans la correspondance du baron Gautier, assesseur au « Geheiraes Rath’s collegium s de Dresde, avec Le Co([, ambassadeur de Pologne à Londres (1726-1729), conservée aux archives royales de Saxe. On en demandait alors 50 000 livres sterling. N’ayant pas eu ce document à sa disposition, il n’a pu me dire qui le possédait alors.
Le prix auquel il fut vendu à la maison de Saxe est également inconnu.
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On ne connaît guère, en fait de beau diamant de cette nuance, que le diamant de Tavernier, celui de la couronne de France, et celui de M. Hope. On suppose que les trois ne font qu’un.
Tavernier, dans la planche qu’il consacre à la représentation des diamants vendus par lui à Louis XIV, à son retour des Indes, donne le premier rang à un diamant (fig. 142) qui, dit-il, pèse H2'',3/i6, est net et d’un beau violet.
Il n’est pas douteux, malgré le mot de violet dont se sert Tavernier, que c’est ce diamant, dont on n’entend plus parler à partir de ce raoment-là, qui, retaillé, figure dans l’inventaire de 1791 sous la rubrique suivante :
« Un très grand diamant, brillant, bleu, de la plus riche couleur, forme triangle, parfait dans ses proportions, vif et net, annoncé peser 268 grains deux seizes, ou soixante-sept carats deux seizes, estimé, vu sa rareté et sa grande beauté, trois millions. »
Cette forme triangulaire est toute naturelle si l’on considère celle du diamant brut.
Le diamant bleu, qui ornait à ce moment-là la décoration de la Toison d’or de Louis XVI, fut volé en 1792 et ne reparut plus.
On ne connaît aujourd’hui que trois diamants bleus francs de couleur et d’une certaine taille, qu’on suppose être les fragments du précédent.
Le premier, connu sous le nom de diamant de Hope (fig. 143), apparaît en 1850, sans histoire, entre les mains de .M. Daniel Eliason, d’où il passa entre les mains de M. Henry Thomas Hope, qui lui donna son nom.
C’est une pierre superbe, du plus beau bleu saphir, avec un éclat adamantin et un lustre magnifique. Elle est taillée en forme de brillant. Achetée par
M. Hope 18 000 livres sterling, elle en vaut certainement davantage. Son poids est de 44'‘,l/4.
Le second, du poids de 13S3/4, a appartenu au duc de Brunswick et il fut
acheté à la vente de ce dernier à Genève, en avril 1874, par MM. Ochs frères, pour la somme de 17000 francs*.
Enfin, le troisième, de couleur identique aux deux précédents, ne pèse que 1^1/4. C’est donc un tout petit fragment de cette admirable pierre dont on doit regretter le vol et la division. Il a été acheté à Vienne, il y a une trentaine d’années, par MM. Hertz et Cie, de Paris, vendu par eux 300 livres sterling, et il figure actuellement dans un papillon appartenant à une famille anglaise.
Tels sont les diamants véritablement célèbres, dont la beauté ou l’histoire plus ou moins curieuse mérite une mention un peu détaillée. Il existe dans le monde une assez grande quantité d’autres pierres remarquables par leur taille, mais moins intéressantes ; on pourrait même singulièrement en allonger la liste si l’on voulait y ajouter les diamants vus à diverses époques par des voyageurs.dans l’Inde ou au Brésil, et dont on ignore aujourd’hui le sort; peutêtre font-ils double emploi les uns avec les autres.
Parmi ceux dont l’existence est assez bien constatée, on peut citer notamment :
Le Pacha d'Égypte (fig. 144). Cette pierre, du poids de 40 carats, fut achetée
t. Il existe en ce moment, sur la place de Paris, un diamant bleu dont le poids, qu'on n'a pas pu me donner exactement, paraît se rapprocher de celui-là. Peut-être les deux diamants ne font-ils qu'un.
LE DIAMANT
28 000 livres sterling par Ibrahim Pacha. Elle est de forme octogonale, taillée en brillant et de bonne eau.
Fig. 14i.
On n’a aucun détail sur elle.
L’Étoile polaire (fig. 145). — Après l'Orlow, la Lune des montagnes et le Shah, c’est le plus beau diamant de la couronne de Russie. Son poids serait de
40 carats. Il aurait été acheté en Angleterre, et paraît avoir appartenu à Joseph Bonaparte. Pas de détails.
Le Dutch, ou Hollandais. — D'après Murray, il serait du poids de 56 carats : il appartient à la couronne de Hollande.
Je n’entrerai pas dans le détail des pierres citées par Tavernier, Mawe, Murray, Malcolm, etc. : une pareille énumération manquerait complètement d’intérêt ; j'en dirai autant des innombrables gros diamants du Cap, la plupart jaunes, qui sont presque devenus communs et n’ont pas d'ailleurs d’histoire intéressante. Je ferai cependant exception pour deux ou trois d’entre eux qui sont à signaler.
Le premier est l’Étoile de l’Afrique du Sud, qui fut le premier gros diamant trouvé après la découverte des gisements du Cap. C’est une pierre de rivière qui pesait brute 85 carats, et qui, taillée en forme triangulaire, n’en pèse plus
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que 46 i/2, formant aujourd’hui un beau brillant incolore (fig. 146) qu’on ne saurait dit Streeter, distinguer d’une pierre indienne de l’eau la plus pure.
Fig. 146.
Acheté à un noir par un Boer nommé van Niekirk, pour 500 têtes de bétail, ce diamant fut revendu pour 11 200 livres à Lilienfeld brothers, de Hopetown, maintenant établis à Londres, qui le passèrent à M.M. Hunt et Roskell. 11 a été finalement acheté par la comtesse Dudley.
Le second est le Stewart (fig. 147), qui est resté longtemps le plus gros diamant de l’Afrique australe.
Trouvé en 1872, à Waldeck’s Plant, dans un daim appartenant à M. F. Peppef, il pesait 288'^,3/8 et était parfaitement cristallisé. Il est d’une couleur un peu jaune ; vendu brut loO 000 et plus tard 223 000 francs, il a été taillé en brillant et pèse aujourd’hui 120 carats.
On peut citer encore le Porter Rhodes, du poids de 150 carats, tout à fait blanc, dit-on, qui aurait été trouvé (mais on ne peut le garantir) le 12 février 1880 à Kimberley, et surtout le plus gros de tous, trouvé on ne sait où ni quand, et dont par conséquent la provenance licite est inconnue. Il pesait brut 457'‘,l/2
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et on le dit encore absolument blanc. Acheté par un syndicat qui le fait tailler à Amsterdam, il est gardé à vue par la police.
On pourrait ajouter à cette énumération déjà longue quelques pierres de couleur, telles que le diamant rose du prince de la Riccia (15 carats), le diamant rouge rubis de Paul 1“' (10 carats), etc. ; mais leur grosseur n’est pas suffisante pour qu’on puisse les mettre en parallèle avec le diamant vert de Dresde et surtout avec le diamant bleu de Hope, qui reste la merveille des pierres colorées.