Diamant
Le diamant est, ainsi qu’on le voit, le plus dur des corps connus : comme substance employée à l'industrie, cette propriété en constitue la seule qualité : mais il ne pas faut croire, comme on se le figure quelquefois à fort, qu’elle n'a pas une grande influence sur la valeur de cette pierre comme gemme, c’està-dire comme objet de parure et de luxe : cette influence est au contraire énorme : si l’éclat et la beauté du diamant se conservent à travers les âges, aussi parfaits, on peut le dire, qu’au sortir de l’atelier du lapidaire, il le doit à son extrême dureté : si soignés qu’ils soient parleurs possesseurs, les joyaux sont toujours soumis à une multitude de causes d’usure dont la trace se voit bien nettement à la monture dans les parures ou les bijoux un peu anciens : la pierre n’en est point affectée; elle conserve son éclat et son brillant incomparable.
Le corindon ou alumine cristallisée, qui n’est autre chose que la substance même des gemmes orientales, principalement le rubis et le saphir, bien que venant immédiatement avant sur l’échelle des duretés, est fort distancé par le diamant, qui est ainsi de beaucoup le plus dur des corps connus ; malgré cela, cette dureté toujours exceptionnelle (encore ne parlé-je pas du diamant noir dont il sera question plus loin) n’est pas identique à elle-même en toute circonstance.
Tout d’abord, elle est variable suivant la provenance des pierres; les plus dures sont celles de l’Inde ; puis viennent celles du Brésil, dont les divers gisements donnent des pierres de dureté décroissante selon qu’elles viennent deBagagem, du Serro (environs de Diamantina), de Canavieiras ou de Cincora; enfin celles du Cap, dans lesquelles on distingue encore celles des mines de rivière {River diggings) de celles notablement moins dures qui proviennent des raines sèches {dry diggings). Les diamants de Bornéo et d’Australie ne paraissent pas avoir fait dans ce sens l’objet d’aucun examen.
Cette dureté varie également suivant diverses causes encore mal élucidées : M. Chatrian dit qu’il a constaté par des observations répétées que la dureté du diamant varie dans le même sens que la densité ; l’opinion contraire est cependant soutenue par Caire; mais ce qui est constaté depuis longtemps c’est qu’elle varie avec la limpidité et la couleur : seulement les lois qui régissent cette corrélation ne sont pas bien déterminées.
Il paraît certain que les diamants les plus beaux, les plus brillants, ceux qui jettent les feux les plus étincelants sont aussi les plus durs : Caire ajoute â ce renseignement qui paraît indiscutable celui-ci beaucoup plus problématique : « ceux qui opposent la plus grande résistance ont la couleur de 'Vinaigre rouge : c’est l’espèce dont se servent les vitriers ; et quand ils sont noués ou pelotonnés de leur nature, ils leur font un bien plus grand usage. Le diamant brun tient le second rang en dureté : celui qui est très blanc diffère à peine du brun, l’un et l’autre sont fort rebelles à la meule : tous les autres se domptent un peu plus aisément. »
60 EîfCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
Enfin, dans chaque cristal, la dureté est variable suivant l’orientation de la facette, et, dans chaque face, suivant la direction qu’on considère.
La variation de dureté suivant l’orientation est un phénomène commun à tous les cristaux susceptibles de se cliver, dans lesquels le minimum de dureté se produit sur les faces de clivage, c’est-à-dire dans le sens même du maximum de cohésion. Le diamant ne fait pas exception à cette règle et il est beaucoup moins dur sur les faces octaédriques que sur les faces cubiques : c’est un fait bien connu de tous les ouvriers qui le travaillent et qui s’en aperçoivent à la durée variable du polissage de chaque facette.
Babinet cite à ce sujet l’observation à laquelle donna lieu la taille du Koh-i-noor, pour lequel certaines facettes demandèrent un jour de travail, tandis que communément on les produisait en trois heures : encore fallait-il augmenter la vitesse de rotation de la roue qui portait la poudre de diamant.
Quant à la variation, dans chaque face, suivant la direction considérée, elle a été observée pour la première fois scientifiquement sur la calcite par Grailich et Pekarek, dont M. Mallard a, dans sou traité de cristallographie, fait connaître les expériences au publie français.
Ces savants ont trouvé pour ce minéral que la dureté n’est pas la même dans toutes les directions d’un même plan du clivage rhomboédrique, et qu’elle est maximum si la pointe est promenée à la surface dans le sens du clivage, minimum si elle est promenée en sens contraire, ce qui peut se comprendre en observant que le corps est formé par une succession de feuillets parallèles que la pointe tend à coucher et à presser dans le premier cas, à soulever et à détacher les uns des autres dans le second.
M. Exiler a repris et développé ces expériences, et a trouvé que d’une façon générale les variations de la dureté suivant les différentes directions sont toujours liées à l’orientation de ces directions par rapport aux plans de clivage.
Il n’a point été fait d’observations scientifiques dans ce sens pour le diamant. Mais la manière dont se pratique la taille semble confirmer ces observations. Les fameux procédés des Hollandais, qui cherchaient à tenir leurs opérations secrètes, ne formaient des apprentis que dans certaines conditions assez rigoureuses, et refusaient d’apprendre leur art aux étrangers, n’étaient pas autre chose au fond que la connaissance du sens dans lequel il fallait présenter à la meule chacune des facettes à tailler ; présenté dans un sens autre que le bon, le diamant s’use beaucoup plus lentement, creuse une rainure dans cette meule en la mettant hors de service et ne se polit jamais. Je reviendrai, lorsque je parlerai de la taille, sur cette particularité remarquable dont l’explication est encore à trouver pour le diamant, et je n’en retiendrai pour le moment que ce fait, c’est que pour lui comme pour la calcite et probablement pour tous les cristaux, la dureté varie suivant les différentes directions d’un même plan.
Quoi qu’il en soit, c’est évidemment à cette dureté extraordinaire du diamant qu’il faut attribuer une propriété assez curieuse dont on s’est servi longtemps au Brésil, d’après Sfreeter, pour reconnaître les diamants véritables. Il suffirait de frotter l’un contre l’autre deux cristaux près de l’oreille pour
LE DfAMAlNT.
distinguer le diamant de toutes les autres gemmes, même dans l’obscurité, à l’aide du bruit strident qu’ils produisent dans cette opération.