DÉTAILS REL.ATIFS A CHAQUE MINE
Quelle que soit l’idée qu’on doive se former de la genèse des gîtes, je vais remettre les pieds sur un terrain plus solide, et donner sur chacune des mines quelques renseignements spéciaux qui ne pouvaient entrer dans le cadre des paragraphes précédents.
J’ai déjà dit que quatre mines seulement étaient exploitées dans le Griqualand, deux dans le Free State, savoir lümberley, de Beer’s, Du Toil’s Pan et Bullfontein d’une part, Jagersfontein et Coffeefontein de l’autre, les premières étant d’ailleurs infiniment plus importantes que les secondes.
La figure 91 donne l’emplacement relatif des quatre grandes mines, qui sont toutes comprises dans un rayon d’une lieue, c’est-à-dire sont fort voisines les unes des autres : Kimhei'ley et de Beer’s forment un premier groupe à l’ouest. Du Toit’s Pan et Bultfontein un second à l’est.
On a fort peu de renseignements sur les deux autres, beaucoup plus éloignées et beaucoup moins importantes.
Kimberley se présentait au début comme un monticule (Kopje) très surbaissé, couvert de sable rouge fin, et que rien ne distinguait du terrain avoisinant. C’est l’exploitation elle-même qui en a révélé la forme (fig. 92) par les travaux d’approche et d’approfondissement successifs, et qui a montré que ce gîte n’était autre chose qu’une cheminée verticale à section sensiblement elliptique dont le grand axe était orienté N. O.-S. E. Ses dimensions, d’après le rapport officiel de M. Watson, sont de 162"' sur 270 ; mais il ne dit pas à quelie hauteur elles sont prises; or la section décroît sensiblement en profondeur et l’inclinaison des parois n’est pas moindre, en certains points de 15“ vers le centre : M. Moulle estime ses dimensions primitives au niveau du sol, à 200"" sur 270, et au niveau de 84“, où l’on a rencontré la nappe de mélaphyre, à 150 sur 240. C’est donc une surface approximative de 4 hectares.
La mine atteint aujourd’hui une profondeur de 140“, et forme par conséquent l’une des excavations les plus colossales, la plus colossale peut-être, qui ait jamais été faite de main d’homme à la surface du globe; j’ai donné ci-dessus la coupe géologique du terrain encaissant, je n’y reviendrai donc pas.
Quant au minerai lui-même, il était recouvert, sous son manteau de sable
rouge, d’une couche de 3 à 6 mètres de calcaire blanc concrétionné dont l’épaisseur diminuait beaucoup vers le nord-est.
Le yellow venait au-dessous, mélangé, à la partie supérieure, d’une très forte proportion de floating reef, et épais de iO à 12 mètres ; puis, en certains
Fig. 92. — Plan de la mine de Kimberley.
C Central C« G Gem C» Y Vulcan C”
F C'« Française N South West C» O Octahedron C»
S Standard C” M North West C» B Nortli Block C»
E North East C»
points seulement, une épaisseur de 2 à 5 mètres de rusty ground, enfin le Mue, à pâte fine, serrée, de couleur foncée et contenant généralement une immense quantité de petits fragments de schiste.
Old de Beers (fig. 95), la mine la plus voisine de Kimberley, est un peu plus grande et un peu plus allongée qu’elle : elle atteint les dimensions de 190” sur 290, ce qui lui donne une surface approximative de 4 hectares 30. Moins travaillée que Kimberley, sa profondeur maxima n’atteint que 90 mètres : mais elle est très variable suivant les points attaqués.
Le minerai était recouvert, comme celui de tous les autres gîtes, d’une croûte
LE DIAMANT
de calcaire concrétionné, et le floating reef supérieur y atteignait une grande importance, ainsi que le yellow, qui n’est pas encore enlevé partout.
Le blue y est encore assez serré, cohérent et de nuance bleu verdâtre foncé. Le phénomène des coulées successives y est très visible. M. Chaper
Echelle Co^o
Fig. 95. — Plan de la mine d’Old de Beer’s.
D De Beer’s C° P Pétrée C O Oriental C”
E Elma C» C Birbeck G» S Scbwab’s Gully C»
U Pleïades C° Y Victoria G”
signale également des lignes minces qui sillonnent la masse et qui seraient des traces de dislocation et des marques évidentes de la friction des deux côtés l’un sur l’autre. On y trouve aussi des dykes de porphyre très apparents, notamment deux qui traversent la mine du nord ou du nord-est au sud-ouest, fort irréguliers du reste d’épaisseur et de remplissage.
Du Toit's Pan (fig. 94) est le plus grand des quatre gîtes. Il est légèrement en forme de fer à cheval, et sa dimension la plus grande ou sa longueur n’a pas loin de 650“ tandis que sa largeur varie entre 130 et 230. Sa surface est évaluée à 12 hectares 4. La profondeur maxima atteinte par les travaux est de 60“. On remarquera que les concessions y ont deux orientations distinctes : cela provient de ce qu’à l’origine on avait cru avoir affaire, aux deux extrémités, à des mines différentes, et la division avait été faite sans se préoccuper du parallélisme.
Au début, le relief du terrain, d’après M. Chaper, était celui d’un coteau allongé à pente douce inclinée vers le sud, c’est-à-dire vers l’étang qui le séparait d’un autre mamelon, devenu aujourd’hui la mine de Bultfontein. Du
LE DIAMANT
la juxtaposition des coulées ascendantes et la superposition des cônes de déjection y étaient à l’origine d’une remarquable netteté : les coulées s'y sont déversées vers le sud. Là comme à Old de Beer’s, on remarque de nombreuses surfaces de glissement affectant des inclinaisons très variables et indiquées sur les coupes verticales par des lignes plus pâles, présentant les mêmes marques de friction que dans la mine voisine.
La roche de Du Toit’s Pan est, en certains endroits, tout à fait remarquable ; quelques quartiers donnent, il est vrai, des fragments presque blancs ou à peine verdâtres, quelquefois graveleux et friables, mais ailleurs elle renferme de grandes quantités de grenat et de salite qui lui donnent une très belle apparence.
Bultfontein (flg. 95), voisine de la précédente, a une forme sensiblement elliptique de 300“ sur 350 au minimum, le grand axe ayant une direction N. O.-S. E.; sa superficie peut-être évaluée à 9 hectares environ. La profondeur maxima atteinte par les travaux est de 65“.
Les témoins encore subsistants du sol primitif semblent indiquer, d’après M. Chaper, auquel il faut toujours recourir quand on veut avoir des renseignements précis sur les circonstances originaires, que sous le sable rouge et le calcaire concrétionné formant le revêtement commun de toutes les mines, se trouvait un chapeau assez épais et général formé d’un mélange de cailloux de toutes grosseurs, éruptifs et schisteux, mélange très pauvre en ciment et par conséquent en diamants. Le yellow a 10 à 15“ de puissance, et sa transition au blue y est moins nette que dans les mines précédentes. Le minerai est vert foncé en profondeur et contient en général une très forte proportion de vaalite, soit disséminée dans la masse, soit sous forme de rognons peu consistants, à cristallisation confuse ; la calcite qui cimente les fragments est fort abondante : parfois, d’après M. Stanislas Meunier, la roche est largement cristallisée et, par le mélange de lamelles de vaalite verte, de salite, de grenat et de calcite, donne des échantillons d’un type magnifique.
On possède, je l'ai dit, très peu de renseignements sur Jagersfontein et Coffeefontein, situées dans la république d’Orange, à 60 et 120 kilomètres de Kimberley, en dehors du grand courant créé par les mines du Griqualand, et visitées à peu près uniquement par des gens qui y sont appelés par leurs affaires et qui ne songent guère à en rapporter des renseignements scientifiques : leur importance relativement beaucoup moindre contribue également à l’ignorance dans laquelle on se trouve. On peut cependant affirmer que les conditions de gisement y sont absolument identiques à celles que nous venons de voir : Jagersfontein aurait une superficie de 8 à 9 hectares, Coffeefontein une superficie moindre.
J’ajouterai à ces détails spéciaux à chaque mine quelques renseignements sur la qualité des diamants qu’elles produisent ainsi que sur leur teneur : leur importance n’échappera à personne.
Kimberley, qui a produit de beaucoup la plus grande quantité de diamants
18i ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
par rapport aux autres, fournit des pierres de qualité ordinaire ainsi que beaucoupîlde fragments toujours à peu près incolores et souvent remplis de taches noirâtres ; elle donne en outre une très forte proportion de boort. Le boort se présente surtout au nord de la mine, les fragments au sud et au centre, .tandis
Echelle SSFo
Fig. 95. — Plan de la mine de Bultfontein.
A Bultfontein C°
B Pullinger C”
C Henry J. King D French et d’Esterre C“
E R. Bensusan F G Bank of Afrika H Gordon and C“
I Central C“
J Adamant C“
K Bultfontein Homestead C” L Bultfontein Colonial C“
M Creewel and C”
N King, Newmann and Vernlier 0 C'” Franco-africaine P French et d’Esterre Q Cape of Good Ilope Bank R Ochs Bros.
S Bank of Afrika TW Murphy
O Van Beek, Bovie et Murphy
V Christie and C”
Y Barker, AVells and Brodie Z Thompson
que le coin nord-est fournit souvent des octaèdres bruns enfumés et des pierres qui éclatent : mais ces divisions n’ont naturellement rien d’absolu.
Old de Beers donne des cristaux de toute espèce et de toute couleur ; cependant-leur surface est presque toujours finement grenue ou luisante et à éclat gras-.: dans ce cas, les cristaux affectent souvent des formes hémiédriques; le
iEEI\' S.-1880
LE DIAMANT
boort y esl rare, mais les fragments tachetés de points noirs très fréquents : on y trouve également beaucoup de pierres jaunes du type dodécaédrique.
Les diamants de Du Toit's Pan sont bien cristallisés, et les beaux octaèdres jaunes qu’elle fournit atteignent souvent de grandes dimensions : les taches y sont relativement rares, mais la couleur est malheureusement un peu foncée; en somme, c’est cette mine qui produit les plus belles pierres : aussi le nombre des surveillants blancs y est-il relativement beaucoup plus nombreux qu’ailleurs.
Bultfontein fournit principalement de petits octaèdres très modifiés sur les arêtes, blancs, mais habituellement pleins de défauts : elle ne contient presque pas de grosses pierres ni de fragments séparés.
Enfin Jagersfontein fournit les pierres les plus blanches et les plus limpides ; elles approchent quelquefois du blanc bleu du Brésil, mais elles sont malheureusement très souvent tachées, défectueuses et à cristallisation confuse, c’est-àdire formées d’une réunion de cristaux d’orientation différente rendant la taille presque impossible : les rares diamants sans défauts de cette provenance atteignent une très haute valeur.
On peut tout à fait comparer ce gîte, au point de vue de la qualité des produits, à celui de Bagagem, au Brésil.
J’ajouterai que les diamants de Kimberley, Old de Beer’s et Bultfontein passent pour être moins durs que ceux de Du Toit’s Pan, de Jagersfontein et des River Diggings.
11 est évident que les renseignements qui précèdent ne sont que des renseignements généraux, et qu’une pierre donnée peut venir d'une quelconque des six mines : mais les divisions sont cependant assez nettes pour que les négociants expérimentés de Kimberley ne se trompent pas sur la provenance de telle ou telle partie de diamants qui leur est présentée et devinent même la compagnie à laquelle elle appartient, chaque quartier de mine pouvant présenter d’assez grandes différences.
11 résulte naturellement de ces variations de qualité une différence assez considérable dans la valeur du produit ; voici celle à laquelle M. Moulle estime en moyenne les diamants extraits des diverses mines pendant dix-huit mois, de septembre 1882 à mars 1884 :
Noms des mines.