‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 96 sur 114 · LE GRAND MOGOL · texte numérisé non relu

LE GRAND MOGOL

Le Grand-Mogol (fig. 125) paraît avoir été trouvé aux mines de Gani-Coulour, entre 1650 et 1650. Il tire son nom de Shah Jehan « le grand monarque », cinquième successeur de Baber, fondateur de la dynastie mogole dans IHindoustan.

LE DIAMANT

C’est Tavernier qui en donne la seule description authentique connue, l’ayant vu pendant un de ses voyages aux Indes.

(I La première pierre qu’Akel-Kan me mit entre les mains fut, dit-il, le grand diamant, qui est une rose ronde fort haute d’un côté. A l’arreste du bas il y a un petit cran et une petite glace dedans. L’eau en est belle et il pèse trois cent dix-neuf ratis et demi, qui font deux cent quatre-vingts de nos carats, le ratis étant' sept huitièmes de carat. Quand Mirgimola, qui trahit le roi de Golconda, son maître, fit présent de cette pierre à Cha-Gehan, près duquel il se retira, elle estait brute et pesait alors neuf cents ratis, qui sont sept cent quatre-vingt-sept carats et demi, et il y avait plusieurs glaces. Si cette pierre

Fig. 125.

avait été en Europe, on l’aurait gouvernée d'une autre façon, car on en aurait tiré de bons morceaux, et elle serait demeurée plus pesante au lieu qu’elle a été toute égrisée. Ce fut le sieur Ilortensio Borgis, Vénitien, qui la tailla, de quoy il fut aussi mal récompensé, car quand elle fut taillée on lui reprocha qu’il avait gasté la pierre qui aurait pu demeurer à plus grand poids, et au lieu de le payer de son travail, le roy lui fit prendre dix mille roupies et lui en aurait fait prendre davantage s’il en eût eu au delà. Si le sieur Hortensio eût bien sçu son métier, il aurait pu tirer de cette grande pierre quelque bon morceau sans faire tort au roy et sans avoir tant de peine à l'égriser, mais ce n’était pas un fort habile diamantaire*. »

1. Tavernier dit à un autre endroit: « Le diamant du grand mogol pèse 279 k. est parfait, de bonne eau, de bonne forme, il n’y a qu’une petite glace qui est dans l’arrost du tranchant d’en bas du tour de la pierre. Sans cette petite glace, il faudrait mettre le premier carat à 160 livres, mais à cause de cela je ne le mets qu’à 150. Et sur ce pied-là et selon la règle ci-dessus (des carrés) il revient à la somme de 11 725 278 livres, 14 sols et 3 liards. Si ce diamant ne pesait que 279 carats, il ne vaudrait que 11676150 livres, et ainsi ces — reviennent à 47 128 livres, 14 sols, 3 liards. »

A propos de cette estimation ridiculement minutieuse, M. Streeter fait justement observer quelle montre que Tavernier a examiné le diamant très attentivement, et qu’il est par conséquent peu probable qu’on lui ait fait prendre un saphir blanc pour un diamant, comme certains l’ont prétendu.

290 ENXYCLOPÉDIE CHIMIQUE

Depuis Tavernier on a complètement perdu la trace de ce diamant remarquable. L’incertitude où l'on est sur ce qu’il est devenu, depuis près de deux siècles, a fait qu’on a voulu quelquefois l’identifier, soit avec le Koh-i-noor, soit avec le Darya-i-noor, soit même avec l’Orlow.

Toutes ces hypothèses ne reposent sur aucun fondement sérieux. Si, comme on l’a prétendu, le Grand-Meigol n’existe plus, et qu’au sac de Delhi par les troupes anglaises il ait été volé, puis clivé en deux ou trois morceaux pour éviter la découverte du vol, on ignore absolument ce que ces morceaux sont devenus.

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