ALLIAGES DE MANGANÈSE ET DE CUIVRE
Le manganèse a beaucoup d’affinité pour le cuivre et fournit de nombreux alliages dont quelques-uns ont des applications importantes. Valenciennes a préparé un alliage à 20 7o de manganèse avec lequel il a obtenu cinq échantillons titrant 3, 5, 8, 12 et 15 7o. Tous ces alliages ont une grande ressemblance avec les alliages de cuivre et d’étain. Ils sont durs, sonores et fondent facilement.
L’alliage à la 7» est de couleur grise, très dur et cassant; il fond comme le bronze et se coule facilement. Préparé depuis longtemps, il ne paraît pas avoir subi d’altération.
L’alliage à 12 7„ est encore plus aigre et cassant; il est très dur; récemment tourné sa couleur est grise, mais il prend bientôt une coloration jaune de laiton.
Les titres inférieurs (a, 5 et 8 de manganèse) sont ductiles et il semble que le manganèse donne du liant au cuivre. On peut les marteler, les passer
au laminoir et les réduire en feuilles aussi minces que le laiton ordinaire. (Valenciennes, Note sur le cobalt, le manganèse et leurs alliages avec le cuivre. Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. LXX, p. 607.)
Nous trouvons dans le Génie civil (t. I,p. 546, 1881), les détails suivants sur la fabrication du bronze au manganèse, dont quelques ateliers de construction anglais font, parait-il, un usage assez étendu. La fabrication de ce nouvel alliage repose sur un traitement spécial du cuivre qui entre dans sa composition. On fond dans un creuset, une certaine quantité de fer manganésé que l’on additionne ensuite de cuivre également fondu. Grâce à la grande affinité du manganèse pour l'oxygène, ce métal détruit l'oxyde de cuivre existant dans le mélange. Une partie du manganèse est ainsi éliminée dans la scorie, après avoir rendu le cuivre plus compact; le reste forme avec le fer et le cuivre un alliage qui sert plus tard à la fabrication du bronze au manganèse.
La Manganèse Brome and Brass Company en fabrique cinq qualités différentes, dont l’une est employée pour la construction des hélices de bateaux. D’après les expériences faites par cette société, les ailes d’hélice, construites avec cet alliage, peuvent être moins épaisses que celles en acier, parce que la corrosion qui met ces dernières hors d’état en trois ans, permet aux autres une durée d’une dizaine d’années. En vertu de celte résistance relativement très longue, on trouve les hélices en bronze au manganèse plus économiques que les autres, quoique leur prix d’acquisition soit bien supérieur.
La grande ténacité du nouvel alliage ne peut être contestée; elle a été prouvée suffisamment, lors des deux accidents du steamer 'Garth-Castle, de la Castleline, et du steamer Verra, du Nord-Deutsche Lloyd. Une aile d’hélice des deux bateaux a été courbée à angle droit par le choc sans qu’il y ait eu rupture, et celle du Garth-Castle, reprise en cliantier, a été ramenée à sa forme primitive par le martelage à froid, que le bronze ordinaire n'aurait certainement pas pu supporter.
M. Parsons a fait des expériences comparatives sur la résistance et sur la flexion du bronze de manganèse et du bronze à canons ordinaire. Des barres carrées de 0"’,025 à 0"',50 de longueur entre supports ont été soumises à la flexion. Le métal à canons a cédé sous une pression de 2912 livres; le bronze manganésé ne s’est brisé qu’à 6048 livres de charge. Un poids de 50 livres tombant d’une hauteur de l'“,50 brisait les mêmes barres de bronze à canons au septième ou huitième coup; le bronze au manganèse ne se brisa qu’à la seizième ou di.x-septième chute. Des barres d’acier identiques se brisèrent au troisième coup. Ces essais ont déterminé l’amirauté anglaise à adopter le bronze au manganèse pour la construction des hélices de quelques navires de guerre.