‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 10e cahierChapitre 7 sur 86 · SANG DE CHEVAL · texte numérisé non relu

SANG DE CHEVAL

Poids employé : 1575 grammes.

Fe^0= par kilogramme..0,476

Mn'O* par kilogramme.0,0015

Enfin dans le sang d’une femme de quarante ans M. Riche n’a trouvé que des traces de manganèse, dans celui d’une femme de cinquante ans environ il a obtenu 2 milligrammes par kilogramme ; ces analyses étant faites sur des échantillons de 250 grammes.

Dans d’intéressantes recherches, publiées aux Comptes rendus de l’Académie des sciences en 1884, M. Maumené a repris cette question de la diffusion du manganèse; il est arrivé aux résultats suivants : Le blé ne renferme pas moins de sïïôô à TgTôô de manganèse métallique. Nous avons trouvé le premier nombre dans un mélange de Sologne, de Brie, d’Annonay et d’Odessa, le second dans un blé de Chasselay (Rhône).

Le seigle, le riz de diverses provenances, l’orge, le blé noir (sarrasin) contiennent beaucoup de manganèse.

On en trouve : dans la pomme de terre très peu ; dans la betterave, beaucoup ; dans la carotte, à peu près autant; dans les lentilles, les pois, les asperges (plus dans la partie verte que dans la blanclie), dans l’oseille, beaucoup; dans la chicorée sauvage, plus encore ; dans la laitue, un peu moins ; dans le persil, beaucoup ; dans les fruits pommes de reinette (pelure, parenchyme, pépins), dans le raisin, où il faut distinguer la pulpe et les pépins ; ceux-ci n’en contiennent que des traces infiniment petites. Les feuilles de vigne nouvelles sont assez riches.

La proportion de manganèse devient très grande dans le cacao (Caraque, Para, Guayaquil, Martinique), encore plus dans les cafés. Le thé est le végétal qui nous en a offert le plus. Dans les 50 à GO grammes de cendres laissées par 1 kilogramme, on rencontre en moyenne 5^,5 de manganèse métallique.

11 existe des végétaux dans lesquels on ne trouve pas de manganèse; les uns sont sans caractères chimiques extraordinaires, tels que : oranges, citrons, etc.; les autres contiennent des composés sulfhydriques ou sulfocyandriques : ail, oignon, etc.... Le tabac et le quinquina gris (Iluanuco) en contiennent aussi beaucoup.

De l’ensemble de ses recherches M. Maumené conclut que le manganèse se rencontre dans un très grand nombre de végétaux, qu’on n’en trouve que de très petites quantités dans le sang et dans les organes des animaux, ce qui d’après lui tiendrait à ce que le métal serait éliminé rapidement avec les substances inutiles à la digestion. Le manganèse, d’après M. Maumené, jouerait donc un rôle tout autre que celui du fer; ce serait un véritable poison ou du moins une substance à laquelle on ne saurait attribuer d’action utile. (Sur l’existence du manganèse dans les animaux et les plantes et sur son rôle dans la vie animale, par M. Maumené : Comptes rendus, t. XCVllI, p. 1417.;

Dans le régne minéral le manganèse se trouve très souvent associé au fer ou à d’autres métaux. Sans compter les minerais de manganèse qui sont nombreux et assez répandus, ce métal se rencontre quelquefois à l’état d’une mince couche noire de bioxyde recouvrant les galets ou les roches. Les granités de l’Orénoque. les syénites des bords de la mer Rouge, les roches cristallines du Congo, les assises calcaires ou dolomitiques des sources thermales, certaines concrétions formées dans les profondeurs de l’Océan, présentent ainsi un enduit de bioxyde de manganèse qui recouvre leur surface. M. Boussingault attribue la

formation de celte gaine de bioxyde à la décomposition du bicarbonate de manganèse contenu dans les eaux qui baignaient ces roches. On sait que certaines [sources contiennent en effet une notable quantité de manganèse. Voici ce que rapporte M. Boussingault à ce sujet. « Bergmann est, je crois, le premier qui ait signalé la présence du carbonate de manganèse dans les eaux minérales ; plus tard, Berzélius en a rencontré dans les bains chauds de Carlsbad. Dans 1000 parties d’eau il a trouvé :

Carbonate de manganèse.

Source de Trinkquelle.0,007

— de Badelquello.0,007

— de Schiersanerling.0,003

Les sources chaudes de Carlsbad, dont la température est de 50 à 74 degrés, déposent des concrétions calcaires fibreuses en couche de 1 à 2 pieds d’épaisseur d’un blanc d’albâtre, sillonnées de bandes brunes portant sur quelques points une substance noire, luisante.

M. ïrescli a aussi indiqué le manganèse dans l’eau de Buxton.

Dans les Andes j’ai rencontré une source contenant ce métal en proportions relativement fortes et formant des dépôts rappelant, par l’enduit noir qui les couvre, ce qu’on voit sur les granités des cataractes de l’Orénoque : c’est dans la province de Popayan, près du village de Combalo, à la base du volcan actif de Puracé. La source de Coconuco est dans un site des plus pittoresques à l’altitude de 2,500 mètres, dominant les vallées brûlantes de Canca. On aperçoit les neiges éternelles de Puracé et du Huila. L’eau sort avec impétuosité et en très grande abondance d’un amas de blocs de trachyte émettant du gaz acide carbonique et du gaz sulfhydrique en telle quantité qu’elle semble être en pleine ébullition ; sa température est de 73 degrés. L’amas de roches d’oû surgit la source est cimenté et recouvert par une masse calcaire dont l’intérieur est blanc, translucide, ayant sur certains points une structure fibreuse; mais ce que présente de curieux cette concrétion, c’est que sa surface est noire, luisante, à reflets métalliques.

Si l’on en chauffe au chalumeau un fragment pris à l’intérieur de la masse, il devient noir.

L’eau thermale refroidie n’a plus d’odeur hépatique ; après une ébullition expulsant le gaz acide carbonique, il se dépose un faible précipité de carbonate de chaux et de carbonate de manganèse, qui prend une teinte brune par l’expo- . sition à l’air.

Un litre d’eau de Coconuco, analysée dans le village indien de Puracé, a donné, abstraction faite des gaz que je ne pouvais pas recueillir :

MOISSAN'. — LE MAÎiGANÈSE ET SES COMPOSÉS.

Sulfate de soude. OB'",89

Chlorure de sodium. 2 , 75

Bicarbonate de soude. 0,69

Carbonate de chaux. jolO

Carbonate de manganèse.)

Silice. traces

Cette composition et le dépôt résultant de l’expulsion de l’acide carbonique expliquent l’origine de l’abondante concrétion recouvrant les roches et dans laquelle j’ai dosé :

Carbonate de chaux. 74,2

Carbonate de manganèse. 21,0

Carbonate de magnésie. 4,0

Sulfate de soude et chlorure de sodium. 1,0

C’est une véritable dolomie où le carbonate de manganèse remplace le carbonate de magnésie; quant à la pellicule noire, luisante, à reflets métalliques, étendue à la surface de la concrétion, elle est due, à n’en pas douter, à la suroxydation du carbonate de protoxyde de manganèse par son contact avec l'air. On sait, en effet, que dans certaines conditions ce carbonate est décomposé en présence de l’oxygène, son oxyde blanc devenant un oxyde noir.

On ne saurait nier, je crois, l’analogie existant entre la coloration de l’extérieur de la concrétion dolomitique et celle des granités des cataractes de l’Orénoque. Dans les deux cas, c’est une oxydation superficielle. C’est pourquoi, à Coconuco, le carbonate de manganèse n’est pas altéré dans l’intérieur du dépôt de dolomie.

L’eau des rivières renferme souvent des traces de manganèse qu’on décèle par l’action de la pile, ce métal se déposant à l’état de bioxyde sur le pôle positif ; une teinte brune recouvre alors l’électrode do platine. C’est ce qui a lieu avec des eaux de source sortant du grès rouge, du grès bigarré et dans les eaux du Rhin.

La mer contient aussi du manganèse. On a eu l’occasion de le constater en examinant de la magnésie obtenue par un ingénieux procédé imaginé par M. Schlœsing, consistant dans le traitement de l’eau salée par la chaux. Ajoutons que M. Dieulafait en a trouvé en quantité notable dans les cendres des fucus, varechs, sargasses, etc..., et que la présence de ce métal vient d’être mise en évidence par les belles recherches sur la constitution du fond des mers entreprises par les naturalistes anglais. Voici ce que rapporte sur ce sujet M. Laugel, qui a résumé les découvertes scientifiques de l’expédition du Challenger. On a signalé avec les dépôts d’argile, trouvés surtout aux environs des grands centres volcaniques tels que les Açores et les Philippines, des dépôts très singuliers de bioxyde de manganèse, qui parfois incrustent des coraux, mais qui

forment d’ordinaire des concrétions et des nodules de grandeur très variable, renfermant parfois à leur centre des débris organiques, dents de poissons ou autres. Un des observateurs du Challenger, lord George Campbell, écrit à ce sujet dans ses notes : « Dans certaines régions, tout le fond et tous les objets du fond semblent recouverts et imprégnés de cette substance. Des dents de poisson de toutes grandeurs se trouvent fréquemment et sont enveloppées de manganèse en couches concentriques qui ont jusqu'à un pied d’épaisseur. On a trouvé comme noyaux de ces nodules des éponges siliceuses, des débris de pierre ponce, des radiolaires, des globigérines, des morceaux d’argile, etc... Ces dents de poisson sont toutes des dents fossiles, les mômes qui se trouvent fréquemment dans le terrain tertiaire, particulièrement dans les dépôts suisses miocènes. » (Sur l’apparition du manganèse à la surface des roches, par M. Boussingault. Annales de chimie et de physique (5® série), t. XXVil, p. 289, et Sur les eaux acides qui prennent naissance dans les volcans des Cordillères, par M. Boussingault, même recueil, t. II, p. 76.)

Cette décomposition du carbonate de manganèse en solution dans l’eau de mer, à laquelle M. Boussingault attribue la formation de ce bioxyde de manganèse, est, du reste, conforme aux expériences de thermochimie de M. Ber- Ihelot.

La combinaison du protoxyde de manganèse avec l’acide carbonique, pour former le carbonate neutre, dégage :

CO* dissous -+- MnO*= CO*,MnO précipité -|- ;

son union avec l’oxygène libre pour former du bioxyde :

MnO-t-0 = MnÛ* .... -h 10,7.

Le déplacement de l’acide carbonique par l’oxygène était à prévoir, puisque :

C0*,Mu0-(-0=Mn0*-f-C0* dis., GO* gaz, -1-1,1.

(Sur la formation naturelle du bioxyde de manganèse et sur quelques réactions des peroxydes, par M. Berthelot. Annales de chimie et de physique, 5® série, t. XXX, p. 545.)

Enfin M. Dieulafait a démontré que les dépôts crayeux de la période secondaire étaient exceptionnellement riches en manganèse. Cinquante-six échantillons de craie empruntés au bassin de Paris, cent vingt échantillons provenant de l’Angleterre, ont tous présenté les réactions spectrales indiquant la présence du manganèse. Les marbres de Carrare, de Paros, des Pyrénées renferment aussi du manganèse ; plus de mille échantillons de marbres cipolins étudiés par ce savant, ont présenté des réactions identiques. Dans tous ces échantillons, pour faire apparaître soit le spectre, soit les réactions caractéristiques du manganèse, il n’a pas été nécessaire d’employer plus de 08®,5 de roche ; dans plus de la moitié des cas, quelques centigrammes ont été suffisants. (Dieulafait, Existence du manganèse dans les marbres bleus de Carrare, de Paros et des

Pyrénées : Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XCVIII, p. 589. Marbres eipolins de la formation primordiale. Même recueil, t. XGVllI, p. 654.)

Il est probable d’ailleurs qu’en appliquant aux produits naturels la méthode si sensible découverte par M. Lecoq de Boisbaudran (voir Sulfate de manganèse) pour déceler des traces de manganèse, ce métal se trouvera aussi répandu que le fer, bien qu’en quantités moindres le plus souvent. (Lecoq de Boisbaudran, Fluorescence des composés du manganèse soumis à l’effluve électrique dans le vide. Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. GUI, p. 468.)

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