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DOSAGE ET SÉPARATION DE L’URANIUM

§ H 6. — DOSAGE DE L’üRANIÜM

Dotai;» & r«tat d'oxyde vert. — Le sesquioxyde d’uranium est complètement précipité de ses dissolutions par l’ammoniaque sous la forme d’un précipité jaune d’uranate d’ammoniaque qu’il ne faut pas laver à l’eau pure, car bientôt celle-ci passe à travers le filtre, laiteuse et jaunâtre, en entraînant de l’uranium avec elle ; on évite cet inconvénient en employant pour le lavage une solution de chlorhydrate d’ammoniaque ; on l’évite mieux encore en précipitant le sesquioxyde d’uranium par l’ammoniaque dans une liqueur bouil.ante, et maintenant quelque temps le liquide en ébullition, en ayant soin de renouveler l’ammoniaque et l’eau à mesure qu’elles s’évaporent. On filtre la liqueur chaude, puis on lave le précipité avec de l’eau chaude chargée d’ammoniaque étendue.

Une fois le précipité bien lavé, on le sèche et ou le calcine; il perd de l’eau et de l’ammoniaque et se transforme en oxyde vert d’uraniurm A la fin de l’opération on ajoute dans le creuset des petits morceaux de carbonate d’ammoniaque pour le cas où la solution primitive aurai renier, t é de l’acide sulfu-

rique, car alors une petite quantité de cet acide aurait pu rester dans le précipité d’uranate.

Si la liqueur de laquelle on précipite l’uranium contient beaucoup d’alcalis, ou d’oxydes alcalinoterreux, il peut y en avoir d’enlraînés avec l’uranate ammoniacal ; dans ce cas le précipité calciné contient par places des uranates qui lui donnent une coloration orange. S’il en est ainsi, on redissout le précipité, dans l’acide chlorhydrique, avant de le calciner, et on précipite une seconde fois par 'ammoniaque ; les oxydes étrangers restent en dissolution.

L’oxyde vert d’uranium étant décomposable par la chaleur, le résidu de la calcination de l’uranate d’ammoniaque peut contenir de l’oxyde noir U 4 0 5 en quantité variable. On.aurait de l’oxyde vert pur, U 3 0‘, en effectuant la calcination dans un courant d’oxygène, mais on peut opérer plus simplement: l’uranate est calciné au contact de l’air dans un creuset de platine ; on le ferme avec son couvercle quand la calcination est terminée et qu’il est encore rouge, puis on le laisse refroidir; la matière ainsi obtenue correspond sensiblement à la composition U 3 0‘.

Dosage A l’état de protoxyde d'uranium. — On obtient Cependant des

résultats plus exacts en amenant l’uranium à l’état de protoxyde. Pour cela, après avoir opéré comme ou vient de le dire, et obtenu de l’oxyde vert d’uranium, on le pèse, puis on le place dans une nacelle de platine qu’on introduit dans un tube de verre, et on fait passer dans ce dernier un courant d’hydrogène. Quand l’air est chassé complètement, on chauffe la nacelle, et l’oxyde vert, réduit par l’hydrogène, se change en protoxyde, qu’on laisse refroidir dans le courant gazeux ; il faut chauffer assez fortement, sans quoi le protoxyde formé pourrait être pyrophorique, mais en prenant cette précaution, il est inaltérable à la température ordinaire par l’oxygène atmosphérique, et l’opération s’effectue sans aucune difficulté.

Dosage a l’état «le suiiurc. —D’après H. Rose, on peut précipiter complètement l’uranium de ses dissolutions acides en leur ajoutant du sulfhydrate d’ammoniaque après les avoir rendues ammoniacales ; il n’y a aucun inconvénient à ce que la liqueur renferme des sels ammoniacaux, mais elle ne doit contenir ni carbonate d’ammoniaque, ni carbonates alcalins. En général le précipité est noir, quelquefois il est brun rouge, et cela arrive quand le sulfure alcalin a été mis en grand excès, on filtre le précipité, on le lave avec de l’eau chargée de sulfhydrate d’ammoniaque, on le sèche et on le grille pour chasser le soufre qu’il contient ; enfin le produit grillé est calciné fortement dans l’hydrogène, refroidi dans ce gaz, et pesé à l’état de protoxyde d’uranium.

Si la liqueur renfermait une quantité notable de sels alcalins ou alcalinoterreux, le précipité, et par suite le protoxyde, en retiendraient toujours une petite quantité.

Dosage a l’état «1e phosphate. — On sature par l’ammoniaque la liqueur qui contient le sesquioxyde d’uranium à doser, on la rend acide par de l’acide acétique, et on ajoute un léger excès de phosphate de soude ; il se forme un pré-

cipité de phosphate d’uranyle qu’on laisse déposer à chaud et qu’on lave par décantation avec de l’eau bouillante. Comme après deux ou trois décantations la liqueur devient laiteuse et que le précipité se dépose mal, on luiajoule du chlorhydrate d’ammoniaque grâce auquel il se rassemble de nouveau très bien, on le jette sur un fdtre, et on achève le lavage avec de l’eau bouillante chargée de sel ammoniac sans lequel le phosphate traverserait les pores du papier. Le lavage une fois terminé, on sèche le filtre à l’étuve, on en détache le phosphate, enfin on le calcine dans un creuset de platine avec les cendres du filtre qui a été brûlé séparément. Le précipité est devenu verdâtre après sa calcination par suite d’une réduction toute superficielle, qui n’a pas d’influence sur le résultat : c’est du phosphate d’uranyle dont le poids, multiplié par 0,8023, donne celui du sesquioxyde d’uranium (Pisani).

D’après Kilchin, il est bon que la liqueur ne renferme que peu d’acide acétique libre, car l’eau chargée d’acide acétique en dissout 1/67 000 e , et l’acétate d’ammoniaque en dissout 1/50 000“ ; il recommande l’eau chargée d’un mélange d’acide acétique et d’acétate d’ammoniaque qui n’en dissout que 1/33 0000 e .

Dosage volumétrique de l’uranium. — Le phosphate acide de sesquioxyde de manganèse donne, dans les solutions acides d’acétate d’uranyle et d’ammoniaque, un précipité insoluble de phosphate double d’uranyle et d’ammoniaque d’un blanc légèrementjaunâtre. Dès que tout l’uranium est précipité, il se forme du phosphate basique de manganèse, dont la couleur nettement rose jaunâtre est facile à percevoir.

On dissout dans l’acide azotique ou dans l’eau régale 1 gramme ou l 8r ,5 de la matière à analyser, et on sursature la liqueur avec du carbonate d’ammoniaque, de manière à redissoudre totalement l’oxyde uranique et à le séparer de la majeure partie des oxydes étrangers; la liqueur, filtrée et bouillie, donne un dépôt de sesquioxyde d’uranium que l'on transforme en acétate. On verse la solution d’acétate d’urane dans un vase gradué, on l’étend d’eau, de manière à en faire un litre, et on litre cette liqueur avec une solution de phosphate acide de manganèse de titre connu; ce titre est d’ailleurs facile à déterminer à l’aide d’une solution normale d’acétate d’uranyle en contenant par litre un poids bien déterminé (Guyard).

Doisago du protoxyde d’uranium. —- Quand une liqueur renferme du protoxyde d’uranium, il n’y a rien de mieux à faire que de la porter à l’ébullition après lui avoir ajouté de l’acide nitrique ; tout 1 uranium passe à l’état de sesquioxyde, et on précipite ce dernier par l’ammoniaque, comme on l’a précédemment indiqué.

§ 117. — SÉPARATION DE L’URANIUM

Séparation d'avec l’acide phoaphorlque. — 1° On dissout le phosphate uranique dans l’acide chlorhydrique concentré et chaud, on ajoute de l’acide nitrique peur peroxyder le fer s’il y en a, et dans la liqueur chaude on verse un

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE, excès de carbonate de soude ; on filtre, et dans la solution claire on précipite l’acide phosphorique par du chlorure ammoniacal de magnésium. Au bout de vingt-quatre heures, on sépare le phosphate ammoniaco-magnésien par le filtre, on rend la liqueur acide avec de l’acide chlorhydrique, on la chauffe, et on y précipite l’uranium par de l’ammoniaque en excès (Reichardt).

2° Après avoir fait déposer le phosphate d’uranyle dans une liqueur acétique, on le lave, on le sèche et on le chauffe dans un courant d’hydrogène pour le transformer en phosphate vert; on dissout ce dernier dans l’acide chlorhydrique concentré et bouillant, et, en étendant la solution avec de l’eau, il se reprécipite une masse volumineuse semblable, sauf la couleur, à de la silice en gelée. On laisse le précipité se déposer, on le lave par décantation et on le traite par de la potasse qui le décompose entièrement, en donnant du phosphate de potasse, et du protoxyde d’uranium facile à laver. On s’assure que ce dernier ne renferme plus d’acide phosphorique en le dissolvant dans l’acide nitrique et ajoutant à la liqueur un excès d’acétate d’ammoniaque; ordinairement il se dépose une très faible quantité de phosphate d’uranyle qu’on sépare par le filtre, tandis que dans la liqueur filtrée on précipite l’uranium à l’état d’uranate d’ammoniaque, qu’il suffit de calciner pour le changer en oxyde vert (Debray).

3° On dissout le phosphate lavé, séché et pesé, dans de l’acide azotique ; d’autre part, on pèse la moitié de son poids d’étain pur, on en ajoute les 9 dixièmes à la solution nitrique, et on chauffe pour le transformer en acide stannique;on filtre et on essaye la solution claire par l’ammoniaque. Si elle donne un précipité non entièrement soluble dans l’acide acétique, on lui ajoute de l’acide nitrique et on la fait chauffer avec le reste de l’étain. Le précipité contient tout l’acide phosphorique combiné à de l’acide stannique, et seulement des traces d’uranium. La liqueur filtrée, étemlue d’eau, est traitée par l’acide sulfhydrique qui précipite un peu d’étain, bouillie, puis saturée d’ammoniaque, qui précipite l’uranium à l’état d’uranate ammoniacal (Heintz).

Séparation «l’nvcc i«a aieniî». — On mélange les uranates alcalins avec du chlorhydrate d’ammoniaque distillé en excès, on place la matière dans une nacelle de plaline, et le tout dans un tube de verre traversé par un courant d’hydrogène sec. Une fois l’air chassé, on chauffe le tube et la nacelle au rouge, du chlorhydrate d’ammoniaque se volatilise, et il reste un mélange de chlorure alcalin fondu et de protoxyde d’uranium ; la nacelle retirée du tube après refroidissement est plongée dans l’eau qui dissout les chlorures alcalins tandis que le protoxyde d’uranium reste; on le filtre, et on le pèse après l’avoir lavé et séché. Dans la liqueur filtrée on dose les alcalis par les procédés ordinaires.

Bépnrntlon «l'nwcc les métaux alcnllnn-terreux. —On peut Opérer exactement comme il vient d’être dit pour les oxydes alcalins.

On peut aussi dissoudre la matière dans le moins d’acide chlorhydrique possible, étendre d’eau et ajouter de l’acide sulfurique; on amène doucement presque à sec et on reprend par un mélange d’eau et d’alcool qui laisse insolubles les sulfates de baryte, de strontiane et de chaux. La liqueur filtrée renferme l’uranium, que l’on précipite à l’étal d’uranate d’ammoniaque.

séparation d’avec in magnésie. — On ajoute du sel ammoniac à la dissolution des deux oxydes, on faif bouillir, on salure la liqueur bouillante par de l’ammoniaque et on continue l’ébullition jusqu’à ce que l’excès de ce réactif soit presque entièrement chassé; après avoir filtré la liqueur chaude, onlavel’uranate d’ammoniaque avec de l’eau chaude ammoniacale ou avec une solution de sel ammoniac. Le précipité lavé et séché est calciné dans l’hydrogène, qui le transforme en protoxyde d’uranium.

Séparation d’avec ica oxydca de nickel, cobalt, aine, manganèse. —

1” On rend la solution faiblement acide par de l’acide nitrique et on la fait bouillir pour peroxyder complètement l’uranium ; on étend d’eau, on ajoute un excès de carbonate de baryte précipité, et on laisse digérer le mélange pendant quelques heures à la température ordinaire ; tous les oxydes restent en dissolution, sauf celui d’uranium. Le précipité bien lavé est dissous dans l'acide chlorhydrique étendu, on précipite la baryte par de l’aride sulfurique, et dans la liqueur filtrée, on dose l’uranium à l’état d’uranate ammoniacal.

2° On précipite le mélange par un excès de polasse caustique, on lave le précipité ainsi obtenu, puis on le fait digérer avec une dissolution saturée de bicarbonate dépotasse. Celle-ci dissout l’uranate de potasse, tandis que les carbonates des autres métaux y sont insolubles, et la liqueur filtrée retient l’uranium; on la rend acide, puis on y précipite l’uranium à l’état d’uranate. d’ammoniaque.

3° On additionne la solution d’un excès de carbonate d’ammoniaque mêlé de sulfhydrate; tous les oxydes précipitables par le sulfure d’ammonium se déposent, sauf celui d’uranium, qui se dissout dans le carbonate ammoniacal. On laisse le dépôt se faire tranquillement dans un vase fermé, on le lave par décantation avec de l’eau mélangée de carbonate et de sulfhydrate d’ammoniaque, puis on filtre. La liqueur claire est chauffée doucement pour la débarrasser de la majeure partie du carbonate d’ammoniaque qu’elle contient, additionnée d'acide chlorhydrique qui détruit le sulfhydrate et d’un peu d’acide azotique qui peroxyde tout l’uranium ; il ne reste plus qu’à la filtrer, et à y précipiter l’uranium à l’état d’uranate d’ammoniaque ; ce dernier, après Isvige et dessiccation, sera calciné dans l’hydrogène (H. Rose).

Séparait ou d’avec l’aiumioium. — On précipite les deux oxydes au moyen d’un excès de carbonate d’ammoniaque; comme l’aluminium n'est pas soluble dans un excès de ce réactif, sa séparation d’avec l’oxyde d’uranium ne urésenle pas de difficultés.

séparation d’avec le chrome. — On peut opérer comme il vient d’être dit pour l’aluminium.

Un second procédé consiste à faire bouillir avec de la soude la dissolution des deux oxydes, puis à lui ajouter de beau de brome qui transforme l’oxyde de chrome en chromate de soude soluble, tandis que l’uranate alcalin reste non dissous et mélangé d’une faible quantité de chromate d’uranyle insoluble. Le précipité est lavé, dissous dans l’acide nitrique, et traité à l’ébullition par une solution da nitrate mercureux ; tout le chrome se précipite à l’état de chromate

mercureux cristallin et facile à laver. Il faut avoir soin d’éviter dans la solution du seJ de mercure la présence d’azotites, qui, réduisant en partie l’acide chromique, troubleraient la réaction.

Séparation d’avcc le fer. — On ajoute à la solution des deux oxydes un excès de carbonate d’ammoniaque, on filtre pour séparer le sesquioxyde de fer, et on a une solution d’uranate d’ammoniaque dans le carbonate d’ammoniaque, mais qui retient un peu de fer; on lui ajoute quelques gouttes de sulfhydrate d’ammoniaque qui précipite entièrement ce métal à l’état de sulfure sans agir sur l’uranate, on filtre, et la liqueur retient alors tout l’uranium sans traces de fer (Pisani).

2° On fait bouillir la solution qui renferme les deux métaux avec de l’acétate de soude, puis on la maintient longtemps au bain-marie à une température voisine de son ébullition; l’acétate d’uranyle reste inaltéré, tandis que celui de sesquioxyde de fer se décompose, et il se précipite du sesquioxyde entraînant de. l’uranium avec lui sous la forme d’une matière cristallisée soluble dans l’eau bouillante; il suffit donc de filtrer la liqueur et de laver le dépôt resté sur le filtre avec de l’eau bouillante, tant que l’eau de lavage précipite par l’ammoniaque. Les eaux de lavages réunies au liquide filtré contiennent tout l’uranium que l’on en retire à l’état d’uranate d’ammoniaque.

Les cristaux peu solubles qui se déposent avec l’oxyde de fer, sont de l’acétale double d’uranyle et de soude C 4 H 3 0N 3 a0,C 4 H 3 0 3 (U , 0 , )0; il ne se dissout que dans vingt-cinq fois son poids d’eau à la température ordinaire (Rheineck).

3° On fait bouillir la solulion avec du sulfite d'ammoniaque ; ce réactif détermine la formation d’un précipité jaune clair de sulfite d’uranyle qu’on sépare par filtration. Le dépôt est lavé, dissous dans l’acide chlorhydrique, et précipité par un excès d’ammoniaque (Berthier).

4° On amène tout l’uranium à l’état de sesquioxyde en faisant bouillir la liqueur avec un peu d’acide nitrique, et on précipite par l’ammoniaque. Le mélange de sesquioxyde de fer et d’uranate d’ammoniaque qui se forme est facile à laver; on le calcine, on le pèse, on l’introduit dans une nacelle de platine, et on le chauffe de nouveau, mais cette fois dans une atmosphère d’hydrogène, jusqu’à ce qu’il ne perde plus de poids ; on obtient ainsi an mélange de protoxyde d’uranium et de fer métallique qu’on traite par de l’acide chlorhydrique étendu de manière à ne dissoudre que le fer, on filtre, le protoxyde d’uranium reste inattaqué ; on le lave et on le pèse après l’avoir de nouveau calciné dans l’hydrogène (H. Rose).

5“ Après avoir obtenu comme il vient d’ôtre dit un mélange de fer et de protoxyde d’uranium, on substitue à l’hydrogène un courant d’acide chlorhydrique sec et on chauffe au rouge ; le fer est entièrement entraîné sous la forme de protochlorure qui se volatilise et va se déposer dans les parties froides du tube. La réaction terminée, on balaye l’acide chlorhydrique par un nouveau courant d’hydrogène, et il ne reste plus qu’à peser le protoxyde d’uranium (Ditte).

EFFETS LUMINEUX RÉSULTANT DE L’ACTION DE LA LUMIÈRE SUR LES SELS L’URANIUM

§ 118. — PHOSPHORESCENCE DES SELS d’üRANIDM

Un grand nombre de composés d’uranium jouissent de la propriété de présenter des effets de persistance d’impressions lumineuses, c’est-à-dire des phénomènes de phosphorescence d’une grande vivacité ; le nitrate d’uranyle, par exemple, offre, quand on l'observe au phosphoroscope, des effets très brillants. Les cristaux de ce sel commencent à devenir visibles dans cet instrument avec une teinte verte très vive, quand l’observateur peut les voir 3 à 4 centièmes de seconde après qu’ils ont subi l’action lumineuse ; ils présentent le maximum d’éclat si le temps écoulé n’est que de 3 à 4 millièmes de seconde. Une solution de nitrate d’uranyle ne donne rien de pareil ; si l’on fait éclater une série d’étincelles électriques dans un tube contenant de l’air raréfié et des tubes fermés pleins de celte solution, la liqueur s’éclaire d’une teinte verte très intense, mais seulement pendant que l’étincelle passe.

intensité de la lumière émise. — L’intensité de la lumière émise par un sel d’uranyle varie quand celle de la lumière incidente se modifie entre des limites déterminées, mais elle est toujours faible. Ainsi l’éclat de la lumière phosphorescente qu’émet le phosphate d’uranyle excité par les rayons solaires réfléchis, n’est que les 3/2 millionième environ, de l’éclat de la lumière excitatrice ; d’autre part le rapport des intensités de la lumière émise par le nitrate d’uranyle et de la lumière émise par le phosphate double d’urane et de chaux, est égal à 18/21 nombre assez voisin de l’unité.

M. Becquerel a montré que si on appelle : i t l’intensité de la lumière phosphorescente émise quand il s’est écoulé un intervalle de temps t depuis le moment de l’insolation ; i, l’intensité de la lumière phosphorescente émise par le corps quand il a atteint son éclat maximum, au moment où il se trouve subitement placé dans l’obscurité ; la valeur de i, est représentée d’une manière très satisfaisante par la formule :

dans laquelle a est un coefficient constant. On en conclut approximativement que la quantité totale de lumière émise dans le temps l parle corps phosphorescent, quantité qui représente la somme d’énergie qui lui est communiquée par l’agent lumineux, est donnée par l’expression :

En prenant égale à 100 l’intensité de la lumière émise par le nitrate d’uranyle, l’unité de temps étant un millième de seconde, M. Becquerel a trouvé :

Uranite naturelle.

Sulfate double de potasse et d’uranyle.

Phosphate double de chaux et d’uranyle.

Chlorure double de potassium et d’uranyle...

Verre d’urane.

Nitrate d’uranyle.

Fluorure double de potassium et d’uranyle...

Intensité maximum de ia lumière émise

Valeur de o.

du phosphoroscope.

§ 119. — ÉTUDE DE LA LUMIÈRE ÉMISE PAR LES SELS PHOSPHORESCENTS D’URANIUM

La lumière phosphorescente émise par les sels d’uranium est ordinairement verte et très vive, et il faut en général une vitesse assez grande du phosphoroscope pour obtenir l’éclat maximum ; cette vitesse correspond à une persistance de 3 à 4 millièmes de seconde. La composition de la lumière émise est très remarquable ; en l’analysant avec un prisme de sulfure de carbone, on voit que les spectres des sels d’uranium offrent en général des alternances débandés brillantes et obscures, disposées par groupes qui se reproduisent avec la même apparence pour chaque substance dans une certaine étendue du spectre lumineux. L’analyse par réfraction de la lumière émise a été faite principalement par M. E. Becquerel, et à l’aide de plusieurs méthodes.

Procédé» d'observation. — 1° On emploie un phosphoroscope dont les disques mobiles, à quatre ouvertures, peuvent être animés d’une vitesse de 300 tours par seconde ; le fragment de corps sur lequel on veut opérer est placé au milieu de l’appareil, où il reçoit la lumière solaire réfléchie par un héliostat et concentrée par une lentille. Si la substance n’est pas cristallisée, on la pulvérise, et avec de l’eau et un peu de gomme on en fait adhérer une couche très légère sur une lame de mica qui n a pas d’action appréciable. L’observateur analyse la lumière émise avec un spectroscope et détermine, par rapport au micromètre lumineux de cet appareil, les positions des bandes brillantes et des plages obscures du spectre de la matière phosphorescente.

Celte méthode est très bonne quand la durée de persistance de la phosphorescence est supérieure à celle du passage d’un intervalle vide à un intervalle plein du disque mobile du phosphoroscope. Quelques sels, comme l’acétate et j’arséniate, exigent une très grande vitesse de rotation des disques pour donner une lumière assez vive, et ont une persistance de moindre durée que les chlorures, sulfates, etc. On peut alors opérer de la manière suivante :

2° Puisque les bandes lumineuses données par ces sels sont en général dans l’orangé, le jaune et le vert, c’est-à-dire correspondent à l’intervalle compris entre les raies B et F du spectre solaire; puisque d’autre part les rayons qui

L’URANIUM ET SES COMPOSÉS. 9t

agissent sur ces sels sont plus réfrangibles que F et se trouvent dans le bleu, le violet et l’ultra-violet, il est facile d’avoir un écran qui ne laisse passer que ces derniers rayons, lesquels donnent aux sels d’uranium la propriété d'émettre les rayons moins réfrangibles dont on étudie la composition: une solution de nitrate de cuivre ou de sulfate de cuivre ammoniacal est dans ce cas. En recevant un faisceau de rayons solaires sur un écran de verre à faces parallèles contenant une telle dissolution, puis concentrant avec une lentille les rayons transmis, on éclaire vivement les corps, et on peut analyser la lumière émise comme dans la première méthode, car ils deviennent lumineux comme s’ils se trouvaient dans le phosphoroscope.

Les composés d’uranium qui offrent une certaine durée de phosphorescence donnent les mêmes effets avec les deux modes d’observation ; les lignes et les bandes lumineuses sont situées aux mêmes places, la seule différence consiste en ce que la première méthode donne des effets postérieurement à l’action lumineuse et ne s’applique qu’aux corps qui offrent une certaine durée de phosphorescence; la. deuxième donne lieu à l’émission lumineuse pendant l’action des rayons actifs, elle peut même rendre phosphorescents (ou fluorescents, ce qui est la même chose) des corps dont la durée de phosphorescence est très petite, et qui ne se seraient pas vus dans les phosphoroscopes.

Dans ces expériences, la position des bandes brillantes ou obscures données par chaque substance était examinée avec un speclroseope à vision directe assez dispersif pour dédoubler nettement la raie D du spectre solaire; l’intervalle compris entre C et F était de plus de 100 divisions du micromètre de l’appareil.

La lumière émise par les composés d’uranium est presque entièrement formée de rayons orangés, jaunes et verts ; comme d’autre part les rayons actifs sont en grande partie plus réfrangibles que la raie F, il s’ensuit que lorsqu’on opère avec des rayons bleus et violets, à l’aide de la deuxième méthode, ou profite de la plus forte partie de l’action que peuvent exercer les rayons solaires. La réfrangibilité des rayons émis est au plus égale à celle des rayons actifs; en général, elle est plus faible.

Caractères des spectres de la lumière émise. — Considérons maintenant la lumière émise par un fragment de nitrate d’uranyle. Cette lumière, analysée avec le prisme, montre un spectre formé de lignes brillantes, séparées par des portions obscures. On distinge sept bandes lumineuses, une première, très faible et rouge comprise entre B et C; une seconde, rouge orangé un peu plus intense ; une troisième orangée, comprise entre C et D et tangente à D ; la quatrième est jaune verdâtre; la cinquième et la sixième vertes; la septième bleu clair, tangente à F, correspond à la partie où le vert du spectre solaire finit et où le bleu commence.

Si au lieu de nitrate nous employons du chlorure d’uranyle, nous Irouvons encore sept bandes lumineuses, dans le spectre de la lumière émise ; les cinq intermédiaires sont très nettes, la l r * et la 7 e le sont moins et plus faibles, mais les bandes lumineuses n’occupent pas les mêmes places que celles du nitrate (fig. 9).

D’une manière générale les sels simples ou doubles d’uranium, capables

d’émettre de la lumière phosphorescente, donnent dans le spectre de cette lumière sept bandes lumineuses ou sept groupes de bandes lumineuses et

A>1C b bt> * fi S

Fig. 9.

obscures, séparés par des intervalles obscurs; ces groupes, ou ces espaces obscurs, ne sont pas aux mêmes places dans les divers spectres fournis par les différents composés uraniques. Chacun des groupes est quelquefois formé par une large bande lumineuse dont les bords ne sont pas nettement terminés

Raies du spectre solaire. .

Divisions du micromètre.

Azotate d'uranyle.

Phosphate double d’uranyle et de chaux.

Chlorure double d’uranyle et de potas-

Sulfate double d’uranyle et de potasse.

Fin. 10.

(nitrate, sulfate); d’autres fois (acétate, phosphate) les bandes présentent un décroissement moins rapide d'intensité du côté le moins réfrangible ; enfin chaque groupe peut se composer de plusieurs bandes lumineuses et de raies noires plus ou moins bien définies. La figure 10 donnera une idée de la manière dont ces spectres sont constitués.

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