GÉNÉRALITÉS
Le bismuth était probablement connu des anciens, mais ils le confondaient avec le plomb et l’étain. Basile Valentin, en 1413, le signala pour la première fois dans les termes suivants : « L’antimoine est le bâtard du plomb, de même que « le wismuth, ou marcassite, est le bâtard de l’étain. »
Dans un traité d’Agricola, qui date d’au moins 1520, il est décrit comme étant bien connu en Allemagne et considéré comme un métal particulier. A la fin même du XVIP siècle, on le prenait pour une espèce de plomb.
Etmuller distinguait trois espèces de plomb, savoir : le plomb proprement dit, l’étain et le bismuth; le bismuth était celui qui approchait le plus de l’argent.
EaI707,Lemery le considère comme un métal particulier, et essaie inutilement d’obtenir avec cette substance des végétations analogues à celles qu’il avait réalisées avec le fer. Néanmoins, on supposait généralement, à cette époque, que le bismuth était un corps composé; on lit, en effet, ce qui suit dans les Mémoires de VAcadémie, année 1713, p. 40 :
« Le bismuth est une espèce d’étain, c’est une matière métallique blanche, « cassante, disposée en petites facettes luisantes comme des glaces, ce qui l’a « fait nommer étain de glace. Il paraît être composé d’un sel minéral, d’un « soufre grossier, de mercure, d’un peu d’arsenic et de beaucoup de terre. »
En 1737, on croyait communément que le bismuth était un corps factice; on donnait, en effet, dans les pharmacopées de l’époque, la recette pour la préparation de cette substance, qui renfermait de l’étain, de l’arsenic, du tartre et du nitre. Hellot, dans un mémoire fort remarquable pour l’époque, combat cette opinion; il se base pour cela sur ce fait que les fondeurs des mines d’étain dans la province de Cornouailles se servaient du véritable bismuth pour rendre leur étain brillant, dur et sonnant, tandis qu’ils n’auraient eu qu’à ajouter de l’arsenic et les sels. Dans le môme mémoire, il étudie avec soin la mine de bismuth. « On la trouve, dit-il, mêlée à celle de cobalt et dans les environs « de la mine d’argent. Les ouvriers la regardent comme un indice assuré de la « richesse de la mine. C’est pour celte raison qu’ils la nomment argenli tectum. « Lès qu’ils rencontrent, en fouillant, une mine de bismuth, ils disent qu’ils « sont venus trop tôt, étant persuadés que si on eût attendu, ce qui n’est encore « que bismuth serait devenu argent. » En traitant la mine de bismuth cobaltifère, Hellot en retire un culot de bismuth métallique dont il constate la volatilité (Seconde partie du mémoire sur l’encre sympathique, ou teinture extraite des mines de bismuth, d’azur et d’arsenic, par M. Hellot. Mémoires de l’Académie, 1737, p. 231).
Pott fait paraître, en 1739, un traité sur le bismuth; Geoffroy le Jeune publie, en 1733, un travail assez complet pour le temps destiné à démontrer que le bismuth est analogue au plomb. L’auteur, après s’être livré à de nombreuses expériences sur ce semi-métal, constate, entre autres faits intéressants, qu’il augmente de poids dans la calcination, que l’oxyde formé (chaux simple) se vitrifie sans addition et que le verre qui a pris naissance corrode les terres. (Analyse chimique du bismuth de laquelle il résulte une analogie entre le plomb et ce semi-métal, par M. Geoffroy le Fils. Mémoires de l’Académie, année 1753, p. 296).
John Davy, en 1812, Lagerhielm, en 1814, Serullas, en 1827, firent connaître les principales combinaisons du bismuth avec l’oxygène, le soufre, le chlore, le brome, combinaisons qui furent étudiées plus tard par Jacquelain et Stromeyer, puis par Schneider et Nicklès.
Les travaux les plus récents sur le bismuth ont été exécutés principalement par MM. Pattison Muir, Lœwe, Ditte et A. Carnot.
Les applications du bismuth et de ses composés ne sont pas très nombreuses, parce que ce métal est encore rare et d’un prix élevé.
Le bismuth métallique pur est utilisé pour la construction des piles thermoélectriques.
GODEFROY — BISMUTH
On a essayé de recouvrir d’une couche de ce métal dur et brillant les métaux facilement oxydables.
L’électrolyse d’une solution froide de 25 à 30 grammes par litre de chlorure double de bismuth et d’ammonium détermine sur le cuivre, d’après M. Bertrand, un dépôt de bismuth brillant et adhérent dont l’aspect rappelle celui du vieil argent.
On peut, suivant M. Puscher, obtenir un dépôt de bismuth sur laiton en plongeant ce dernier dans un bain bouillant qu’on prépare en ajoutant 50 à 60 grammes de bismuth en poudre à une solution de 16 grammes de bismuth dans l’acide azotique étendu de 1 litre d’eau et renfermant 32 grammes d’acide tartrique.
Allié au plomb et à l’étain, le bismuth servait autrefois à fabriquer les rondelles fusibles qui étaient adaptées à la partie supérieure des chaudières des machines à vapeur, dans l’intention de prévenir les explosions. Mais ces rondelles, sous l’influence d’une température voisine de leur point de fusion, changeaient de nature et se partageaient en’un alliage plus fusible qui s’écoulait et en un autre moins fusible : on dut en abandonner l’emploi.
Ces mêmes alliages servent à obtenir en nombre illimité les clichés de la gravure sur bois, opération conbue sous le nom de polytypage. Dans ce but, on prend d’abord l’empreinte du bois sur un alliage de plomb et d’antimoine au moment où il se solidifie. Pour obtenir un cliché, il suffit de couler l’alliage fusible dans le moule ainsi obtenu et qui peut servir indéfiniment.
Les étameurs mêlent quelquefois du bismuth à leur étain pour lui donner plus de brillant et plus de dureté.
Le sous-nitrate de bismuth ou magistère de bismuth,dont Lemery a fait connaître le premier la préparation, est utilisé en médecine : c’est le meilleur désinfectant de l’appareil digestif; il modifie heureusement plusieurs maladies de l’estomac et des intestins, principalement les diarrhées de toute nature.
Un autre sous-azotate obtenu en lavant le précédent à l’eau bouillante est employé sous le nom de blanc de fard, pour blanchir la peau.
On utilise encore le sous-azotate de bismuth pour faciliter la fusion de quelques émaux et servir de véhicule à diverses matières colorantes, parce qu’il n’altère pas la pureté de leurs tons. C’est pour cette raison qu’on le mêle aux couleurs qui servent à la fabrication des cires à cacheter et à quelques autres employées dans la peinture sur porcelaine.
L’oxychlorure, connu sous le nom de blanc de perles, sert à remplir les perles artificielles de qualité inférieure.