‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 2 sur 157 · ARGENT · texte numérisé non relu

ARGENT

L’argent, que l’on rencontre dans la nature à l’état métallique, est un des métaux les plus anciennement connus; son éclat, sa conleur ont dû frapper les premiers observatenrs, surtout lorsqu’ils ont pu constater que cet éclat ne se ternit pas à l’air, même lorsqu’on le chauffe.

Aussi, dans presque toutes les langues, l’argent est-il désigné par un mot qui exprime cet éclat.

Le mot français argent et le mot latin argentum viennent l’un et l’autre du mot grec âpyupoç, qui lui-même dérive de ctpyôç, blanc.

Le mot hébreux khesef, argent, vient de khasaf, être pâle.

Le sanscrit désigne l’argent par une foule de termes destinés à rappeler sa couleur, tels que :

Lôharâdjaka, à l’éclat métallique;

Târâ (1), perle, étoile.

Wimala, sans tache ;

Cubhra, pur;

Raupia ou roupia (“2), radjaranga, étain royal ;

Radjata, qui a formé l’adjectif adjuna (3) ;

Khardjdjura, comparatif de karn, blanc;

(1) Voisin de l’anglais stor, de l’allemand stern, du latin Stella.

(2) D’où le mot roupie.

(3) D’où àpyôç. Ces derniers mots proviennent d’une même racine : racl/, briller. — Le mot arménien arduat, qui signifie argent, est de la même famille.

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Enfin, tchandralanchâ signifie argent et métal de la lune, sans doute à cause d’une analogie entre l’éclat du métal et celui de notre satellite. Celle idée se retrouve chez les peuples modernes jusqu’au moyen âge, et nous verrons les anciens manuscrits alchimiques désigner l’argent par le signe de la lune (£, et lui donner indifféremment le nom de la lune ou celui de Diane.

A côté de cet éclat et de cette inaltérabilité, les anciens avaient remarqué que ce métal ne fondait qu’à une température très élevée, et qu’il pouvait être fondu à l’air sans que ses propriétés soient changées. Ils savaient, en outre, que l’argent était rare. Il n’en fallait pas davantage pour les amener à lui attribuer des propriétés surnaturelles.

D’abord, comme ils supposaient que la tête avait chez l’homme des correspondances avec la lune, ils pensèrent que ce métal possédait des vertus spécifiques contre les maladies du cerveau. Il était, en outre, très efficace contre la morsure du scorpion, et sa limaille avalée faisait immédiatement disparaître un grand nombre de maladies.

Enfin, comme d’autres métaux, beaucoup moins rares, tels que le plomb, le mercure, possédaient le même éclat, mais étaient beaucoup plus altérables à l’air, ils pensaient que ces métaux vils pourraient être transformés en argent si l’on parvenait à leur enlever leur altérabilité et à leur donner les propriétés de l’argent qu’ils n’avaient pas. De même, le cuivre pouvait être changé en or. D’où cette idée de la transmutation des métaux et de la pierre philosophale, idée que l’on retrouve chez tous les anciens peuples.

A côté de ces théories et de ces propriétés imaginaires de l’argent, nous trouvons, dans l’histoire des civilisations qui nous ont précédées, l’utilisation de quelques-uns des caractères de ce métal : en Chine, dans les Indes, en Perse, en Assyrie, on s’en servait pour faire des stylets, des lances, et d’autres instruments pour la guerre ou l’agriculture. Puis on eut l’idée d’en faire des objets d’ornement et de l’échanger dans le commerce contre les marchandises. Plus tard, on en fit de véritables monnaies.

Cependant on ne commença à bien connaître l’argent que vers le dix. huitième siècle de notre ère ; jusque-là on se bornait à utiliser ses propriétés physiques extérieures, ou à chercher à le reproduire au moyen des métaux de moindre valeur.

Aujourd’hui, c’est un des métaux les mieux connus que nous possédions. Un nombre considérable de ses combinaisons ont été préparées, et ses applications industrielles ne se comptent plus.

Nous tenterons, dans ce travail, d’en faire une étude complète, et nous la diviserons en deux parties :

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