‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 38 sur 157 · SUÈDE ET NORVÈGE · texte numérisé non relu

SUÈDE ET NORVÈGE

Nous possédons sur les gîtes métallifères de ce pays de nombreux renseignements dus aux études de plusieurs savants suédois et aux mémoires étendus deDaubrée et.de Durocher, publiés dans les Annales des mines (1). Ces derniers savants ont recueilli dans plusieurs voyages, faits en 1839, 1842 et 1845, un grand nombre de détails sur l’exploitation des mines de la Suède et de la Norvège. Il y a, d’ailleurs, peu de contrées aussi riches en dépôts métallifères ;

Fig. 9. — Principaux centres d’exploitation des filons argentifères de la Suède et de la Norvège.

aussi donnerons-nous sur les mines d’argent de ce pays quelques renseignements.

La Norvège, la Suède et la Finlande, et même la Laponie, ont beaucotp de caractères géologiques communs ; mais on remarque que ce n’est qu’en Nor- ''ége et dans sa partie méridionale qu’il y a de vraies montagnes. Lorsqu on suit la configuration de ce pays, en partant de Christiansand pour remonter au nord •le la Laponie, on voit le relief du sol s’abaisser de plus en plus. C’est aussi

C) Raubrée, Ann. mines [4|, t IV, p. 199 et suiv. (t843); Durocher, Ann. mines 14.1,t. XV.

P-171 et 267 et suiv. (18i9). ’ ’

dans celte partie montagneuse, qui comprend le sud de la Norvège et une partie de la région méridionale de la Suède et de la Finlande, que se trouvent les principaux gîtes métallifères et les mines d’argent. Il existe une vaste zone métallifère allongée à peu près de l’est à l’ouest, et comprise entre le 58® degré et le 62' degré de latitude; elle s’étend depuis Christiansand jusqu’au lac Ladoga. Cet espace énorme se subdivise en plusieurs portions très productives séparées par de nombreux intervalles stériles.

En Suède, si l’on joint par des lignes droites Westervick, sur la mer Baltique, Mânsorp, près de Jonkôping, sur le lac Wettern, Carlstad, sur le lac Wenern, Râttwick, sur le lac Siliam, et enfin Gèfle, sur le golfe de Botnie, on obtient un polygone fermé d’autre part par le golfe de Botnie et la mer Baltique, qui embrasse l’espace le plus riche en mines de l’Europe septentrionale.

Les mines argentifères de Suède fournissent toutes l’argent à l’état sulfuré dans des galènes argentifères plus ou moins riches.

Les principales mines qui ont été exploitées sont celles de Falun et de Lôfas, en Dalécarlie, de Sala, de Guldmedshyttan, de Hellefors, en Wesmanie, de Ko et Mellan, en Dalécarlie. En Finlande, on trouve de la galène argentifère à Kémi, près deTornea. A part ces gîtes de galène argentifère, on rencontre, bien que très rarement, d’autres minerais d’argent ; citons notamment l’ancienne mine de Skrickerum, paroisse de Tryserum, en Smalande, où on a trouvé l’enkaïrite Cu-Se-|-AgSe, minerai où Berzelius a trouvé le sélénium.

On pourrait d’ailleurs citer beaucoup d’autres anciennes mines de galène argentifère, aujourd’hui délaissées, toujours dans la même région ; elles ont été abandonnées, soit que les gîtes fussent trop pauvres, soit que le minerai fût concentré principalement près de la surface.

En Norvège, les principales mines sont celles d’Arendal, sur le Skager-Rack, et surtout le célèbre gisement de Kongsberg. Ici le minerai est tout différent; la galène argentifère est relativement rare et l’on trouve surtout l’argent à l’étal d’argent natif, soit comme minerai accessoire dans les mines d’Arendal, qui produisent surtout de l’oxyde de fer, soit comme minerai principal dans celles de Kongsberg.

Entrons dans quelques détails sur les exploitations de Kongsberg et de Sala qui sont, en Norvège et en Suède, les plus considérables.

Mines de Kongsberg.

On raconte que, le 16 juillet 1623, un jeune berger nommé Jacob Cristophersen Growold, en faisant paître ses troupeaux dans les bois qui couvrent Ifs hautes montagnes du Nurnmedal, traversées par la rivière de Lauven, découvrit par hasard les mines de Kongsberg. On fit venir immédiatement des mineurs allemands, et l’exploitation commença la même année.

La richesse des minerais qui en furent tout d’abord extraits détermina le ro' de Danemark et de Norvège, Christian IV, à les visiter en personne en 162J) la première mine fut appelée Mine du Roi (Kongens Grube), et le même souverain posa les fondements de la ville de Kongsberg (Montagne du Roi); dan®

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la vallée du Lauven, à quelques kilomètres de la mine, à la séparation des collines mamelonnées qui s’étendent jusqu’à la mer et des hautes montagnes.

A l’est, entre Kongsberg, Holmestrand et Drammen, se trouve un plateau ondulé, bosselé; mais à l’ouest, sur la rive droite du Lauven, s’élève le Jonsknuden, à 904 mètres (1) au-dessus du niveau de la mer, et 750 mètres au-dessus de Kongsberg. Il se rattache au massif de Bleefield (1362 mètres).

Lamontagne de Store-Aasen, qui forme le contrefort du Jonsknuden du côté de Kongsberg, renferme les principaux gîtes d’argent. Elle s’abaisse vers le Lauven par des pentes escarpées. A sa partie supérieure, à 500 mètres environ au-dessus de Kongsberg, se trouve une plate-forme sur laquelle sont les mines de Goltes hülfe en der Noth (du secours de Dieu dans le besoin).

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Fig. 10. — Coupe verticale de la monlagne de Store-Aasen du nord au sud.

Au milieu des roches schisteuses qui constituent ces montagnes, on rencontre des bandes allongées que l’on peut suivre quelquefois sur une longueur de 20 kilomètres et qui sont remplies de sulfures métalliques, principalement de sulfure de fer. Ces pyrites sont décomposées et forment une matière ocreuse que l’on désigne sous le nom de fahlbandes (2). La plupart de ces bandes sont allongées dans la direction du nord au sud, et presque toutes se trouvent sur la rive droite du Lauven (voy. la fig. 11), où elles forment une zone de 5 à 6 kilomètres de largeur moyenne sur une longueur de 28 kilomètres, depuis Liôterud, sur le Dals-Elv, jusqu’à Rustad, sur le Lauven. La plus grande largeur de chaque fahlbande est de 150 à 200 mètres.

Ces fahlbandes sont traversées par des veines argentifères qui sont représentées sur la figure 12 et qui coupent transversalement, presque toujours de l’est à l’ouest, les fahlbandes. Ces veines paraissent se correspondre d’une fahlbande à une autre, mais dans l’intervalle elles sont complètement improduclives. L’épaisseur des veines ne dépasse pas quelques centimètres, et elles ont

(1) De Laroquelte {Ann. mines [31, t. XV, p. 1) donne 878 mètres d’altitude.

(2) De Laroquette écrit faUlbaand, Daubrée faldband, les auteurs allemands Fallband. U après Durocher ce mot doit s’écrire fahlbande, le mot fahl désignant toutes les substances

longtemps exposées à l’air, ont perdu en s’altérant leur couleur primitive, tandis que ‘es deux mois fall et band correspondent l’un et l’autre au mot français banc.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

toujours peu d’étendue en longueur, mais on en trouve souvent plusieurs très

rapprochées.

Les veines argentifères devenant productives lorsqu’elles traversent les fahlbandes, ce sont ces dernières qui guident le mineur.

Le minerai principal est de l’argent natif, qui constitue plus des quatre cinquièmes du produit annuel. Il est grenu, lamelleux, filiforme, capillaire et quelquefois cristallisé. Dans ce dernier cas, on observe le cube, l’octaèdre ou la forme intermédiaire du cubo-octaèdre; on trouve souvent les cristaux groupés de manière à former des trémies. Quelques-uns sont creux et remplis de calcaire ou de quartz.

Les cristaux sont d’une pureté presque absolue. On y trouve seulement des traces d’arsenic ou d’antimoine, d’or et quelquefois de cuivre ou de mercure.

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Fig. 12. — Plan de la partie centrale de la Fahlbande la plus importante des environs de Kongsberg et des filous qui traversent cette Fahlbande.

En 1666, on a trouvé à Kongsberg une masse compacte d’argent natif pesant 275 kilogrammes.

Les cristaux les plus nets ont été conservés et formaient aux dernières expositions universelles des collections où l’on pouvait admirer des cubes de deux centimètres de côté.

L’argent sulfuré grenu ou cristallisé (cube, octaèdre ou cubo-octaèdre) est beaucoup plus rare.

On trouve encore plus rarement l’argent rouge, le chlorure d’argent et 1 or natif argentifère.

Ou rencontre aussi accidentellement de la galène, qui est toujours très peu argentifère (au-dessous de 1 loth par quintal, soit 0,03 pour 100).

Les principales mines de Kongsberg sont dans le massif du Store-aasen, qui est compris entre le Lauven-elv, le Kobberbergs-elv, le fondais et la cime du Jonsknuden; la fahlbande centrale est dirigée moyennement du nord au sud, et sa largeur varie de 120 à 170 mètres. C’est suivant sa longueur qu’on apercé les plus grandes galeries d’écoulement.

Les principales mines qui aient été exploitées sont, en allant du sud an nord :

Fig. 13. — Coupe transversale du nord au sud de ia mine du Secours de Dieu.

La Grâce de Dieu.

Le Don de Dieu.

La Nouvelle Justice.

L’Ancienne Justice.

La Mine des Pauvres.

La Mine du Roi.

Le Cygne.

Le Secours de Dieu dans le besoin.

La Mine d’ilse..

Hans Oldenberg.

Le Prince Charles.

L’Étoile du matin.

La Saxe. .

Le Trou de la Ijumière.

Les Sept frères.

Guade Gottes.

Gabe Gottes.

Neue Justiz.

Alte Justiz.

Armen Grube.

Kôngs Grube.

Schwan.

Gottes Hülfe inder noth.

Use Grube.

Prinz Cari.

Morgenstiern.

Saxen.

Licht Loch.

Sieben Brader.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

Le Prince royal. Kron Prinz.

Le Marais. Morast.

Frédéric V......

Le Prince royal Frédéric.

Mais beaucoup d’entre elles ont été d’abord exploitées, puis délaissées, pour être reprises plus tard et abandonnées de nouveau ; de là les vicissitudes presque sans exemple qu’offre l’histoire de ces mines.

Les gîtes de Kongsberg présentant même à l’intérieur des fahlbandes une succession de massifs riches et de parties pauvres, la production d’argent est faible quand on exploite les parties pauvres ; et alors, par suite de la ténacité de la roche encaissante, et de la disposition des travaux qui ont peu d’étendue en longueur èt beaucoup en profondeur, les dépenses ne peuvent être payées par les produits; mais la découverte de massifs riches donne lieu immédiatement à d’énormes bénéfices. Ainsi, à 10 mètres au-dessous du niveau où l’exploitation de la mine du Roi avait été abandonnée, on a découvert d’énormes accumulations d’argent natif qui ont fait reprendre les travaux.

Depuis la découverte des mines, en 1623, jusqu’en 1805, elles ont fourni 816000 kilogrammes d’argent, soit une moyenne de 4483 kilogrammes par an.

En 1805, elles furent abandonnées complètement comme étant trop peu productives, puis reprises un peu plus tard.

De 1805 à 1831, l’exploilation, loin de donner des bénéfices, absorba les fortes subventions annuelles allouées par le Storthing; la production fut, pendant celte période, de 26662 kilogrammes, soit annuellement 1025 kilogrammes.

Depuis 1831, le rendement a été meilleur; il atteignait annuellement 8000 à 9000 kilogrammes, mais depuis plusieurs années il est retombé à 1300à 1400 kilogrammes.

Mines de Sala.

Des mines argentifères de Sala, en Westmanie, sont les plus importantes de la Suède. Elles se trouvent dans un amas considérable de calcaire enclavé dans le gneiss et consistent en filons de galène argentifère mélangée de cuivre Pyriteux.

On compte huit à dix bandes métallifères assez rapprochées qui embrassent une étendue en largeur d’une centaine de mètres. La bande centrale la plus importante a 800 mètres de longueur.

L’exploitation a lieu au moyen du puits Drottning, qui est le plus profond; du puits Charles XI, à 300 mètres au nord-ouest du puits Drottning, et du puits de Torge, à 300 mètres au sud-est.

La galène se rencontre soit en grandes lames, soit à facettes moyennes, soit ù grains fins, passant à l’état compact. La teneur en argent est de 5 à 40 loths au quintal (0,15 à 1,25 pour 100 d’argent).

La richesse est très variable suivant les zones exploitées, mais ces variations

0) Voy, Ann. mines (1866), 6» série, t. X, p. 603.

ne sont soumises à aucune loi régulière. Voici, d’après Duroclier, la riches argent de différents bancs :

11,8 (pelits grains).

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