‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 16e cahierChapitre 62 sur 92 · A. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

A. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Nous ne croyons pas devoir nous étendre ici sur la question délicate de la prise d'un échantillon moyen, soit dans un filon aurifère, soit dans un placer, sujet sur lequel nous reviendrons dans la partie qui a trait à la description des gisements aurifères. Néanmoins, en raison de la quantité presque infinitésimale de matière précieuse ordinairement disséminée dans la gangue, on ne saurait, dans une exploration de découverte ou dans une prospection, — pour employer le terme américain, — se mettre trop en garde, d’une part, contre les irrégularités de richesse que présentent toujours les gisements aurifères et, de l'autre, contre les fraudes que des propriétaires peu scrupuleux commettent pour tromper les ingénieurs dans l’évaluation de la richesse réelle des gisements. Cette pratique est si générale qu’on emploie couramment en Amérique l’expression de saler (to sait) une mine ou de saler un échantillon, pour désigner l’ensemble des artifices qui peuvent amener l’ingénieur, s'il n’a pas la connaissance des fraudes employées, à porter de bonne foi, sur de simples essais de laboratoire, un jugement favorable, bientôt démenti par l’exploitation des gisements.

Quelques conseils à ce sujet ne semblent donc pas déplacés, et nous engageons fortement les ingénieurs appelés à échantillonner une mine aurifère, à multiplier les prises d'essai, qui doivent être faites par eux-mêmes sur les affleurements ou dans les chantiers, sans le secours d’aucun aide; car, sans celte précaution, rien n’est plus aisé que d'ajouter quelques spécimens de minerai très riche, trouvés dans la mine elle-même, et choisis de telle sorte que la différence de gangue ne puisse frapper les yeux.

Les sacs dans lesquels on réunit les échantillons doivent être fermés et cachetés dans la mine même, au moment de leur remplissage, et cette précaution n'a même pas toujours suffi, car une dissolution de nitrate d’argent ou de chlorure d’or a parfois été introduite au moyen d’une seringue à injections hypodermiques, sans laisser de trace dans la toile des sacs. Le lavage soigné des échantillons avant leur broyage déjoue celte fraude et doit, par suite, être toujours pratiqué.

On a même été jusqu'à tirer des coups de fusil avec de la poudre d’or dans un gravier aurifère ou sur des fronts de taille ; dans le premier cas, la fraude est impossible à déjouer directement et l’on ne peut en éviter les suites qu’en

L’OR

ayant soin de prendre ses prises d'essais en dehors des points intentionnellement indiqués. Dans le second cas, le remède est plus facile et il* suffit de brosser énergiquement les échantillons pour les dépouiller de l’or frauduleusement ajouté à leur surface.

L'examen, à la loupe ou au microscope, des graviers aurifères doit aussi être recommandé; l'addition frauduleuse de limaille d’or a pu être constatée par ce procédé.

Mille autres subterfuges, sans compter ceux qui peuvent être employés au laboratoire même, rendent très difficile la lâche que l’on assume en se chargeant d’échantillonner un gisement aurifère, et l’on peut constater que, si la recherche et le dosage de l’or atteignent un grand degré d’exactitude par les procédés scientifiques du laboratoire, sur lesquels nous nous sommes déjà étendus et que. tous les essayeurs savent mettre en pratique, une grande incertitude règne toujours sur la représentation d’un gisement par de simples échantillons, quelque multipliés qu’ils soient et quelles que soient les précautions dont on s'entoure.

Dans une usine en activité, ou dans un centre de traitement de minerais aurifères, il en est tout autrement. Si dans la plupart des moulins à or qui traitent les quartz aurifères, les exploitants n’ont pas adopté, à l'origine, la pratique d’essais méthodiques des minerais qui entrent à l’usine aussi bien que des rejets ou tailings et s'il est souvent arrivé que des tailings ont été, par hasard et après plusieurs années d'exploitation, reconnus suffisamment riches pour devenir la base d’un nouveau traitement rémunérateur, on reconnaît actuellement la nécessité d’adjoindre un laboratoire à tout moulin à or. Cette nécessité s’impose dans tous les centres qui reçoivent des minerais aurifères et argentifères; elle a même déterminé, en Amérique, la création d’établissements spéciaux, connus sous le nom de sanipling works, dans lesquels l’échantillonnage méthodique des minerais est fait sur des quantités considérables, et avec assez d’exactitude pour en déterminer la valeur marchande, souvent fort élevée. Des établissements de ce genre fonctionnent à Denver, à Omaha, à Virginia-City, à Pueblo, etc..., et les résultats qu’ils fournissent sont, d'ordinaire, acceptés sans conteste par les acheteurs comme par les vendeurs.

Nous allons passer en revue les méthodes employées, suivant la nature des minerais, dans les divers centres de production.

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