HISTORIQUE
Le ruthénium est le plus rare des métaux du groupe du platine. Il a été découvert en 1843 par Claus, professeur à l’Université de Dorpat, dans les résidus de la mine de platine insolubles dans l’eau régale (osmiures d'iridium).
En 1828, Osann ( Pogg. Ann., t. XIV, p. 329) annonçait la présence dans les résidus de la mine de platine de Sibérie de deux métaux nouveaux, le pleuranium et le ruthénium. En reprenant l’étude de ces résidus, Claus reconnut que les produits isolés par Osann étaient des mélanges complexes de silice, d’acide titanique, de zircone et de divers métaux du groupe du platine ou de métaux communs ; il put cependant caractériser nettement l’existence d’un élément dont les propriétés étaient en général fort différentes de celles qu’Osann assignait à ses deux métaux, mais dont un des oxydes se rapprochait d’un composé oxygéné du ruthénium d’Osann. Il conserva à l’élément nouveau le nom de ruthénium.
Lés résidus de la mine de platine insolubles dans l’eau régale renferment un nombre considérable de composés minéraux dont l’attaque et la séparation sont fort difficiles; la séparation du ruthénium, au moment où elle a été abordée par Claus, ne pouvait être que fort imparfaite. L’étude du nouveau métal a été poursuivie par le savant professeur de l’Université de Dorpat pendant de longues années, de 1843 à 1863. C’est seulement en 1859 que la découverte, faite par Claus, d’un composé oxygéné volatil, le peroxyde de
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ruthénium, vint fournir un moyen précis d’effectuer la séparation du ruthénium d’avec les autres éléments du groupe du platine.
Le travail de Glaus reste un modèle de patience et de sagacité. H. Sainte- Claire Deville et H, Debray ont rendu à Claus pleine justice, en disant en 1859 (Dm platine et des métaux qui Vaccompagnent, p. 29) : « Nous ne terminerons pas cet article sans rendre un éclatant hommage à la sagacité et à la précision avec lesquelles l’auteur de la découverte du ruthénium, M. Claus, a traité ce sujet, sur lequel il n’aurait laissé rien à faire, s’il avait eu à sa disposition les méthodes par voie sèche dont nous avons fait usage presque exclusivement. Cependant nous savons par expérience combien ce sujet est difficile, surtout quand on veut obtenir des résultats aussi précis que ceux qui sont consignés dans les beaux Mémoires de M. Claus. »
La séparation du ruthénium à l’état pur, à peu près impossible à réaliser jusqu’au moment où Claus découvrit un composé oxygéné volatil de ce métal, est devenue de ce fait absolument rigoureuse, quoique pénible il est vrai et même dangereuse lorsqu’il s’agit de manier des masses considérables d’un corps aussi peu stable. L’étude du ruthénium métallique ainsi purifié a été reprise par H. Sainte-Claire Deville et H. Debray en 1860.
Plus récemment, H. Debray et A. Joly (1887-1888) ont entrepris d’effectuer une révision complètede lamonographie du ruthénium. Interrompues brusquement par la mort de celui qui avait été pendant de si longues années associé aux travaux de H. Deville, ces recherches ont été continuées jusqu’à ce jour (1888-1895). Elles ont pu mettre en évidence des faits nouveaux, quelquefois bien inattendus, rectifier des erreurs de détail dues à ce que les premiers travaux de Claus, effectués sur un métal imparfaitement purifié, n’avaient pu être repris jusqu’ici faute de matériaux suffisants. Quelles que soient les rectifications faites, le travail de Claus reste entier, et ce sera l’éternel honneur du savant professeur de Dorpat d’avoir découvert un métal nouveau, si rare, si ntimement uni aux éléments les plus disparates et les plus difficiles à caractériser.