COMBINAISONS DE L’IRIDIUM AVEC LE SOUFRE
On a décrit trois combinaisons de l’iridium avec le soufre, savoir : 1“ un protosulfure IrS ; 2“ un sesquisulfure Ir-S^ ; 3° un bisulfure IrS*.
PROTOSULFURE D’IRlDlUM
IrS
1,’existence d’un protosulfure d’iridium IrS ne paraît pas plus probable que celle du bichlorure IrCl* qui lui correspondrait.
Berzélius préparait le protosulfure :
1“ En chauffant au rouge, dans un courant de vapeur de soufre, de l’iridium finement pulvérisé; cette réaction donne un produit qui renferme toujours du métal libre, provenant soit d’une combinaison incomplète, soit d’une décomposition partielle; on peut donc faire ici la même remarque que pour le chlorure 11(112 ;
2“ En précipitant par l’hydrogène sulfuré le chlorure IrCl^; or nous avons vu ijue l’existence de ce chlorure était fort contestable ;
3“ En chauffant à l’abri de l’air, ainsi que l’a fait aussi Bôttger, le sesquisulfure Ir'^S*.
Les deux auteurs précités sont loin d’être d’accord sur les propriétés de ce corps.
Préparé par voie sèche, il serait sous forme d’une poudre grise, quelquefois bleuâtre, insoluble dans tous les dissolvanis. Préparé par voie humide, il serait jaune brun, soluble dans l’eau régale et dans le sulfure de potassium.
(Berzélius, Poggend. Ann., t. Xlll, p. 435, 527 ; t. XV, p. 108.)
(Büttger, Journ./'iïr. prac/tt. Chem. [Ij, t. III, p. 277.)
Il est indécomposable par la chaleur .seule. Le grillage au chalumeau oxyhydrique permet seul d’en éliminer tout le soufre.
ENCYCLOPÉDIE CIIIMIQCE
SESQUISULFURE D’IRIDlüM
C’est le sulfure le mieux connu.
PKÉPARATION
On ne l’a préparé, Jusqu’à présent, que par voie humide.
On fait passer dans la dissolution d’un sesquichlorure double d’iridium qui doit être très peu acide un courant d’acide sulfhydrique ; la réaction est très lente à froid; elle est assez rapide et complète si l’on opère au voisinage de 100°.
On peut aussi partir du chlorure indique ou d’un chloroiridate alcalin. La réaction s’effectue en deux phases ;
1“ A froid, le chlorure indique est transformé en sesquichlorure avec production de soufre qu’on sépare par filtration.
21rCH -f IPS = Ir^Cls + 2HC1 -|- S.
2“ A chaud, l’hydrogène sulfuré transforme le sesquichlorure en sesquisulfure Ir^Cl'i + 3H2S = Iras» -f 6HC1.
Le précipité noir ainsi obtenu est lavé à l’eau chargée d’acide sulfhydrique, et séché à froid dans le vide sec ou dans une atmosphère d’acide carbonique sec.
PROPRIÉTÉS
Ce sulfure est noirâtre ; il est légèrement colloïdal, ce qui avait fait dire à Berzélius qu’il était légèrement soluble dans l’eau; l’addition de faibles quantités de chlorure ou d’acétate d’ammonium à la liqueur l’empêche de passer à travers les filtres. 11 est décomposableparla chaleur seule, mais très diflicilement, et en passant par tous les degrés de désulfuration, ce qui a fait croire à l’existence d’un protosulfure IrS; le grillagea très haute température le désulfure complètement. Il est facilement décomposé par l’eau régale en donnant le chlorure iridique.
(Berzélius, loc. cit.) (Bettendorf, i\ierderheim SUzungsl., 1872.)
RISüLFURE D’IRIDIUM
IrS2
On est loin d’être d’accord sur les propriétés du bisulfure d’iridium.
Préparation. —1“ On calcine au rouge un mélange de chloroiridate d’ammonium et de soufre fait à poids égaux (Vauquelin, Ami. Chim. et Phys., [I], t. LXXXLX, p. 236);
2° On chauffe dans un creuset, jusqu’à fusion tranquille, de l’iridium en
IRIDIUM
poudre fine mélangé avec un polysulfure alcalin, ou avec un mélange de soufre et de carbonate de potassium. La masse fondue est épuisée par l’eau qui dissout l’excès de sulfure alcalin, avec de l’iridium sous forme de sulfosel (?), et laisse le sulfure IrS'^ indissous (Fellenberg, Poggcnd. Ann., t. L, p. 60);
3“ On faitjiasser dans la dissolution du chlorure indique ou d’un chloroiridate alcalin un courant d’acide sulfhydrique; on lave i-apidement le précipité à l’eau chaude, on le recueille, et on le sèche d’ahord dans le vide sec, puis à une douce chaleur dans un courant d’anhydride carbonique sec (Berzélius, loc. cit.).
On a vu, à propos du sesquichlorure d’iridium, que l’hydrogène sulfuré transformait le chlorure IrCP en sesquichlorure Ir-Cl“, avec formation de soufre libre. La préparation du sulfure IrS’^ par ce procédé peut donc être regardée comme donnant un mélange de sesquisulfure et de soufre, et non pas le sulfure IrS^ correspondant au chlorure IrCl*.
2lrCl' 4 - I12S = Iraci» + 2HC1 + S.
Iraci» + 31128 = Ir^S» + 6HCL 2IrS’2 = 1483 + 8.
4“ On fait passer un courant de chlore sur un mélange d’iridium et de chlorure do lithium anhydre, en chauffant à 300“ environ. La matière refroidie est traitée par l’eau; on évapore la dissolution,et on obtient ainsi une matière cristallisée, qui est probablement un chloroiridate de lithium.
Ces cristaux sont séchés à90“-l00“, puis soumis à un courant d’hydrogène sulfuré : cette opération doit s’effectuer à froid ;
On commence par refroidir à — t0“, puis on laisse la température s’élever peu à peu d’abord jusqu’à+ 4“ à 46“, puis jusqu’à+ I0“, température qu’on ne doit pas dépasser.
Le produit de la réaction est ensuite lavé à l’alcool absolu (90 ®/o) froid qui enlève le chlorure de lithium, et laisse une matière brune, inaltérable à l’air : celle-ci est le bisulfure d’iridium Ir8’2 iAntony, Zeit. für anorg. Chem., t. IV, p. 39^.Gazzctt. chim.ital., 1893, p. 190).
Propriétés. — Ce serait une poudre brun noirâtre, soluble dans les acides, dans l’eau régale, et dans les sulfures alcalins. D’après Antony, il serait insoluble dans les acides azotique et chlorhydrique concentrés, décomposable par l’acide azotique fumant et par l’eau régale, insoluble dans les sulfhydrates et dans les sulfures alcalins. Chauffé à l’abri de l’air, il abandonne du soufre. Le grillage au rouge vif le désulfure complètement. Il est transformé par le chlore, au rouge sombre, en un chlorure qui est probablement un mélange de Ir^Cl® et de IrCl*.
Analyse : t
Cilouié
Ir ... 192,oO 73,01
Ir82... 236,46 100,00
Vauqaelin Fellenber? Blillger
ENCYCLOPÉÜIK CHIMIQUE
Le TRISULFURE D’IRIDIUM IrS^, décrit par Berzélius, serait, d’après Claus, une combinaison du ruthénium et non de l’iridium (étant donné le mode de préparation employé pour préparer le chlorure dont il s’est servi).
Biittger a considéré comme un sulfure d’iridium particulier une substance qu’il ju-éparait de la façon suivante : .
11 ajoutait du sulfure de carbone,à une dissolution alcoolique de chlorure iridique, et abandonnait le mélange à lui-méme dans un vase clos; au bout de huit à dix jours, il se précipite une masse gélatineuse; celle-ci est jetée sur un filtre, lavée à l’alcool, puis à l’eau, et enfin séchée dans bi vide sec. On obtient ainsi une matière noire, brillante, pulvérulente, qui, mise à bouillir avec de l’eau, laisse dégager un gaz inllammable, et abandonne une matière insoluble dans l’eau qui serait un sulfure soluble dans l’eau régale (Biittger, Joitrn. fur prackt. Chem., [1], t. 111, p. 277).
L’étude de cette réaction nécessiterait une nouvelle étude.
IRIDIUM