IDÉES DE M. DUMAS
La possibilité de la formation des corps simples par la condensation de l’hydrogène ou de tout autre élément actuellement connu une fois écartée, l’hypothèse de l’unité de matière n’en reste pas moins debout. Il suffit d’admettre que la matière primordiale est constituée par un élément inconnu dont le poids serait un sous-multiple de celui de l’hydrogène; on expliquerait ainsi comment un certain nombre d’équivalents sont représentés par des nombres fractionnaires.
M. Dumas s’est rallié à cette idée. « Des quantités semblables de cette matière unique, dit-il dans le grand mémoire qu’il a consacré à la vérification de l’hypothèse de Prout, pourraient, par des arrangements différents, constituer des éléments ou radicaux de même poids, mais doués de propriétés distinctes. » Cette manière de voir permettrait « d’envisager la molécule d’un radical intermédiaire entre deux autres radicaux appartenant à une même famille, comme étant produite par l’union de deux demi-molécules des radicaux extrêmes. Enfin elle assimilerait, par leur constitution présumée, les l’adicaux supposés simples de la chimie minérale aux radicaux composés de la chimie organique dont la constitution est connue. y>
M. Dumas commença par reprendre la détermination rigoureuse des équivalents du chlore, du cuivre et du baryum, qui sont le plus en désaccord avec la loi de Prout. Ses expériences le conduisirent aux nombres suivants :
Chlore.
Cuivre, baryum
20 ENCYCLOPÉDIE CHlftlIftüE.
Ainsi on ne peut adopter les conclusions trop absolues de Prout; les équivalents des corps simples ne sont pas tous des multiples de celui de l’hydrogène par un nombre entier.
Mais ils pourraient être les multiples d’une unité différente qui, pour certains corps simples (chlore, baryum, manganèse, etc.), « serait représentée par un corps inconnu, dont l’équivalent aurait un poids égal à la moitié de celui de l’hydrogène ».
Une nouvelle série de déterminations d’équivalents amena ensuite M. Dumas à reconnaître « qu’il existe des corps simples dont les équivalents sont entre eux en poids comme i: i ou comme 1 : 2. »
En effet :
L’équivalent de l’oxygène est à celui du soufre comme. 1:2
L’équivalent du nickel est à celui du cobalt comme. 1:1
Les équivalents du nickel et du cobalt sont à celui de l’élain
comme. 1 : 2
L’équivalent du fer est à celui du cadmium comme. 1:2
On reconnaît, toutefois, à l’inspection de ce tableau, que si des corps d’une môme famille peuvent offrir des rapports simples, il n’en est pas moins vrai que ce genre de rapport peut exister entre des corps appartenant à des familles très différentes. Ainsi l’azote, le fer et le cadmium ont respectivement pour équivalent 14,28,56, nombres qui sont entre eux dans le rapport simple 1:2:4, et pourtant ces trois corps n’offrent entre eux aucune analogie. Il arrive également que les corps les plus analogues ne présentent pas ces rapports simples, bien que s’en rapprochant beaucoup. On peut citer, à ce propos, l’exemple du molybdène et du tungstène, dont les équivalents sont entre eux dans le rapport 48 : 92.
M. Dumas, après avoir remarqué que, dans quelques familles de corps simples, « l’équivalent du corps intermédiaire est quelquefois égal à la demi-somme des équivalents des deux corps extrêmes, » passa à l’étude d’une question d’un haut intérêt, d’où il a fait jaillir des rapports inattendus.
Voici en quels termes l’illustre chimiste pose le problème qu’il cherche à résoudre :
« Les nombres qui représentent les équivalents des corps simples, proprement dits, appartenant à la même famille naturelle, offrent-ils dans leur génération quelques lois analogues à celles qu’on découvre dans la génération des nombres représentant les radicaux organiques de la même série naturelle ? k
Quand on considère les radicaux des éthers, le méthyle, l’éthyle, le propyle, etc., en commençant par l’hydrogène, ou voit qu’ils représentent une progression arithmétique, dont la raison est U et le premier terme est 1, et qu’on peut représenter par la formule :
+ nd.
De même, les ammoniums composés peuvent se représenter par la formule générale :
dans laquelle a =AzH\ et représentent les équivalents respectifs
de chacun des carbures de la série G" H”.
En comparant les nombres qui représentent les équivalents de la famille du chlore, on trouve les relations suivantes :