‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 6e cahierChapitre 1 sur 305 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le zinc n’était pas connu des anciens. Les Grecs et les Romains n’ont jamais fait mention de ce métal, bien qu’ils aient connu le laiton, dont le zinc forme un élément essentiel. Cet alliage a servi à fabriquer de nombreuses médailles au premier et au deu.Kième siècle de notre ère : on le désignait sous le nom à'oncalque (1), et pour l’obtenir les Grecs se servaient d’un minerai de zinc, la calamine, qu’ils nommaient cadmia.

Albert le Grand, au treizième siècle, paraît le premier avoir parlé du zinc : mais c’est Paracelse, au commencement du seizième siècle, qui appliqua pour la première fois le mot zinc à un métal possédant les caractères distinctifs du zinc actuel.

A cette époque, le zinc n’était pas produit en Europe, mais seulement importé de l’Orient. L’exploitation de ce métal en Chine semble remonter à une époque fort reculée. Les Portugais en apportèrent d’abord de petites quantités; au com-

(1) L’analyse y montre 6 à 20 de zinc pour 100. Voici la composition d’une monnaie grecque impériale de Trajan, frappée en Carie (110 ans après J.-C.) ;

Cuivre. 77,6

Zinc. 20,8

Étain. 0,4

Fer. 0,3

D’après Gobel, le zinc ne se rencontrerait que dans les alliages d’origine romaine.

ENCYCLOP. CHISI. 1

-2 KNCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

meiicement du di-Y-septième siècle, un navire portugais chargé de zinc fut capturé par les Hollandais. Le zinc entra dès lors dans le commerce pour la fabrication du laiton, on le désigna sous le nom de spiauter, d’où le mot anglais spelter, encore employé dans les ateliers d’Angleterre pour désigner ce métal.

Au dix-huitième siècle, l’Orient fournissait à l’Europe des quantités considérables de zinc ; c’est seulement vers le milieu de ce siècle que des tentatives sérieuses furent faites pour extraire ce métal. En 1725, Henckel annonce l’extraction du zinc de la calamine à l’aide du phlogistique par un procédé tenu secret.

En 1742, Van Swab en Dalécarlie essaya d’obtenir ce métal, en distillant avec du charbon de la blende grillée ; mais le produit ne parvint pas à couvrir les frais de l’entreprise.

D’autres essais furent faits par Margraaf en 1746. Les travaux de Gronstedt et de Rinmann perfectionnèrent les procédés et firent adopter le mode métallurgique de distillation per ascensum qui est encore employé sous le nom de méthode silésienne (voy. Encyclopédie chimique, t. V, Mét.vllürgie du zikc).

Les Chinois faisaient usage d’un procédé distinct, la distillation per descensum. Au milieu du dix-huitième siècle, un Anglais, qui paraît avoir été le docteur Isaac Lawson, visita la Chine dans l’unique but d’y étudier l’industrie du zinc, et il revint à Bristol fonder une usine ; d’autres usines furent créées à Bristol en 1743 par Champion pour exploiter le procédé chinois, qui fut appelé méthode anglaise.

En 1803, l’abbé Dony découvrit fortuitement le procédé belge ; Mosselmann continua son œuvre et fonda la grande industrie belge du zinc.

La découverte par Sylvester et Hobson, en 1805, de la ductilité du zinc à 150 degrés, permit d’obtenir ce métal laminé, et donna une importance considérable à son industrie, en multipliant ses applications. Aussi la production du zinc a-t-elle progressé dans une énorme proportion : Héron de Villefosse l’évaluait en 1809 à 7750 tonnes ; en 1881, elle était de 260 000 tonnes, dont 30 000 pour l'Amérique du Nord (Von Lensberg, Dinglers polijtechn. Joimial, CCXLVI, p. 346).

ÉTAT NATUREL

Le zinc a été signalé à l’état natif dans du basalte de Brunswick, près Melbourne (Australie), par Phipson {Comptes rendus, 1862, LV, p. 218). Il paraît exister quelquefois au même état dans les sables aurifères.

Le zinc se rencontre d ailleurs à l’état de combinaison dans un assez grand nombre de minéraux : les principaux sont la zincite, oxyde plus ou moins mélangé d oxyde de manganèse, la blende et la wurtzite, qui sont deux formes du sulfure, la smithsonite et la zinconite, qui sont des carbonates, la. calamine et la ivillémite, silicates plus ou moins purs, la gahnite, qui est un aluminate, la franklinite, qui est un ferrite de zinc.

Ces substances sont fréquemment associées au sulfure de plomb, à la pyrite,

zi>:c.

à l’hématite brune. Quelques-unes sont très abondantes et constituent de vrais minerais de zinc.

La zincite ou zinc rouge forme des gisements très importants dans l’État de New-Jersey (États-Unis). Les minerais les plus abondants sont la calamine et la blende. La calamine, dans laquelle on comprend des minéraux fort différents, et qui est le plus souvent formée par le mélange des silicates et carbonates de zinc, forme des amas très importants en Silésie, en Carinthie, en Belgique et en Espagne. La blende, qui est encore plus abondante, se rencontre surtout en filons dans les terrains anciens, en amas dans tous les terrains: son emploi comme minerai de zinc, presque nul au commencement du siècle, a pris dans ces dernières années un développement considérable à cause des progrès de la métallurgie. La Silésie, les provinces Rhénanes, la Westphalie, le Hanovre, exploitent beaucoup de blendes. Les riches mines d’Ammeberg en Suède, le pays de Galle, le Cornwall, surtout Fîle de Mau, la Belgique, en fournissent aussi de grandes quanlités; il faut y ajouter les gîtes très importants de Sardaigne, la Lombardie et le Piémont, la province de Murcie (Espagne), la Grèce et l’Algérie. La France est pauvre en minerais de zinc.

D’après .M. Dieulafait (A?tw. de chimie et de phys. [5], XXI, 1880, p. 2üG), le zinc existe à l’état de dilfusion dans presque toutes les roches anciennes, porphyres, granits, gneiss, micaschistes, talcschistes.

Il existe aussi dans l’eau de mer, et d’après le même savant, l’eau de la Méditerranée contient par mètre cube 1,6 à 2 milligrammes de ce métal.

On doit par conséquent s’attendre à trouver du zinc dans certains végétaux ou animaux qui habitent les terrains qui en contiennent.

Forchhammer n’en a pas trouvé, il est vrai, dans les coquilles et dans les coraux, mais il l’a signalé dans deux plantes marines, la Zostera maritima et le Fucus vesiculosus.

La Viola calaminaria (Prusse rhénane) donne, d’après Braun, une cendre chargée de zinc.

La cendre d’une houille de Berwick (Écosse) contient, d’après Richardson une certaine proportion d’oxyde de zinc, associé à quelques autres oxydes.

MM. Lechartier et Bellamy {Comptes rendus, LXXXIV) ont trouvé du zinc dans des grains de blé, d’orge, de maïs, de vesce, de haricots ; ils eu ont trouvé également des quantités notables dans les œufs de poule, dans la viande de bœuf, dans le foie de veau et même dans le foie humain. La localisation du zinc dans l’organisme de l’homme est une circonstance qu’il ne faut point perdre de vue dans les recherches médico-légales.

(1) La cendre analysée par Richardson contenait pour 100 parties :

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