SELS DE PROTOXYDE DE THALLIUM
Lb protoxyde de thallium donne avec les acides des sels fort bien définis, dont nous allons indiquer les caractères généraux, avant de faire la monographie de chacun d’eux.-
PROPIilÉTÉS PHYSIQUES.
Les sels de protoxyde de thallium ou sels thalleux sont incolores, lorsque l’acide n’est pas coloré. Un grand nombre sont solubles dans l’eau : quelquesuns cependant, le chlorure, le bromure, l’iodure, le periodate, le phosphate tribasique, le chromate, sont à peu près insolubles.
Beaucoup d’entre eux sont isomorphes des sels de potassium et d’ammonium (voy. Propriétés chimiques du métal, p. 336).
Leurs solutions soumises à l’électrolyse fournissent au pôle négatif un dépôt de thallium métallique : la lame de platine du pôle positif se recouvre fréquemment d’un dépôt de protoxyde brun, notamment dans l’électrolyse du sulfate (Crookes).
Les sels thalleux, volatilisés dans une flamme pâle, la colorent en vert intense, mais de courte durée.
Pour le spectre du thallium, voy. les Propriétés physiques du thallium, p. 333.
PnOPniÉTÉS CHIMIQUES.
Conditions générales de formation. — Le protoxyde de thallium est une base puissante, qui agit sur les acides à la manière des bases alcalines. Les chaleurs de formation des sels dissous sont à peu près les mêmes que pour la potasse ou la soude. D’après les évaluations de Thomsen (Journ. f. prakt. Chem., 1875, XII, p. 105) :
Cal.
TIO dissous -b SO^ dissous — TISO^ dissous dégage. -|- 15,5
TIO dissous llCl dissous = TlCl dissous . + 13,7
TIO dissous -j- dissous = TIAzO® dis.soMS. -j- 13,7
Les sels thalleux sont donc très stables et par suite ne subissent de la part de l’eau aucune décomposition notable.
Caractères des dissolutions thalleiises. — La potasse, la soude, Vammoniaque et leurs carbonates ne précipitent pas les sels thalleux' étendus.
380 KNCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
h'Jiijdrogène sulfuré ne donne aucun précipité dans les solutions acidulées par un acide fort. Les solutions neutres des sels thalleux à acide fort sont partiellement précipitées : la précipitation est totale, pour les dissolutions alcalines et pour les solutions neutres d’acétate ou de carbonate thalleux. Le précipité est du sulfure noir, qui se rassemble difficilement ; il est un peu soluble dans la solution d’acide sulfbydrique, insoluble dans les alcalis, dans les carbonates alcalins, dans les sulfures alcalins, dans le cyanure de potassium; il se dissout aisément dans l’acide azotique.
Les monosulfures alcalins précipitent totalement le thallium en sulfure noir, insoluble dans un excès du précipitant.
Le sulfhydrate d’ammoniaque jaMne donne avec les sels étendus d’abord une coloration rouge brun intense : en ajoutant un excès du l’éactif ou en chauffant, on forme un précipité rouge brun, qui devient successivement brun foncé et noir, et qui passe aisément au travers des filtres.
L’acide chlorhydrique et les chlorures alcalins donnent dans les solutions pas trop étendues des sels thalleux, un précipité blanc eaillebotté, assez soluble dans l’eau bouillante, qui devient lentement violet à la lumière solaire. Il est peu soluble dans l’ammoniaque.
L’acide bromhydrique et les bromures alcalins donnent un précipité blanc semblable au chlorure.
L’acide iodhydrique et les iodures alcalins donnent dans les solutions même très étendues un précipité jaune orangé, qui devient jaune-citron (1). Il ■ est insoluble dans un excès d’iodure de potassium.
Le chlorure de platine donne même dans les solutions très étendues un précipité jaune pâle de chloroplatinate thalleux.
Le cyanure de potassium donne dans les liqueurs concentrées du cyanure thalleux blanc cristallin, qui se redissout dans un excès de réactif.
Le ferrocyanure et le ferricyanure de potassium ne précipitent pas les sels thalleux étendus.
Le sulfocyanure de potassium fournit un précipité cristallin blanc, soluble dans l’eau bouillante.
Le phosphate de soude ne produit rien dans les liqueurs acides, mais il donne dans les solutions alcalines un précipité blanc cristallin de phosphate thalleux tribasique.
(1) Le précipité est encore très sensible dans une liqueur qui contient par litre 1 gramme de thallium (Hebberling)
THALLIUM
Le cliromate neutre de potasse donne un précipité jaune, presque insoluble dans l’eau, un peu soluble dans les acides chauds.
Le bichromate dépotasse donne un précipité rouge de bichromate thalleux, un peu soluble dans l’eau.
Le. permanganate de potasse se décolore par suroxydation du thallium : il se précipite en général un mélange brun de peroxydes de manganèse et de thallium.
L’acide oxalique en excès ne donne pas de précipité.
L’oxalate d'ammoniaque donne dans les liqueurs neutres un précipité blanc crislallin, soluble dans beaucoup d’eau.
Le sucre de lait précipite du thallium spongieux dans les solutions alcalines (Strecker, Ann. der Chem, und Pharm., C.KXXV, 207).
Il en est de même du chlorure stanneux à l’ébullition.
Le zinc précipite le thallium en paillettes cristallines semblables à celles de plomb.
PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES
Les sels de protoxyde de thallium sont très vénéne.ux.
Lamy a constaté que O"'','! de sulfate thalleux suffit pour tuer un jeune chien en quarante heures {Comptes rendus, LVII, W2).
D’après Paulet, le thallium est plus toxique que le plomb: ingéré à faible dose, il cause la mort au bout de quelques jours, en produisant un ralentissement dans la respiration. 1 gramme de carbonate de thallium tue un lapin en quelques heures (Comptes rendus, LVII, 494).
Grandeau a vérifié cette toxicité dans des conditions semblables.