INTRODUCTION
Nous nous proposons d’étudier dans les pages qui suivent, non seulement l’analyse des gaz proprement dite, c’est-à-dire les méthodes qui permettent de reconnaître la nature d’un gaz ou d’un mélange gazeux et d’en faire le dosage; mais aussi les méthodes et les appareils à l’aide desquels on peut préparer les gaz, les conserver, les transvaser, leur faire subir en un mot les diverses manipulations usuelles. Le titre « Méthodes g azomé triques» déjà adopté par Bunsen, conviendrait donc peut-être mieux que celui d’Analyse des gaz. Toutefois les procédés analytiques proprement dits, qualitatifs ou quantitatifs, et la description des instruments de mesure occuperont la plus grande partie de cet ouvrage.
Il est presque inutile de faire ressortir ici l’importance de l'analyse des gaz et des méthodes gazométriques en général. Lorsqu’on dispose des instruments de mesure perfectionnés dont nous donnerons la description, lorsqu’il s’agit de mélanges gazeux relativement simples, la précision des méthodes de dosage atteint des limites qu’il est difficile de dépasser dans les analyses ordinaires : Cette précision est telle que l'analyse qualitative et quantitative des gaz, peut se faire dans de très bonnes conditions avec des quantités de matières bien inférieures à celles qui sont nécessaires dans les analyses par pesées. Ainsi, avec 10 milligrammes de substance, il est à peu près impossible de faire un dosage exact, à l’aide de la balance ; au contraire, avec 10 ou 15 centimètres cubes de gaz, représentant un poids analogue, on pourra effectuer une très bonne analyse volumétrique, qualitative et quantitative, à la condition, bien entendu, qu’il ne s’agisse pas d’un mélange trop complexe ou présentant des difficultés exceptionnelles.
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Lorsqu’on se contente d’une précision moyenne, lorsqu’on renonce à l’emploi de ces appareils de mesures exactes dont le maniement exige des précautions minutieuses, la rapidité des opérations est en général beaucoup plus grande dans les analyses de gaz que dans les analyses par pesées. Avec quelques instruments très simples, une cuve à mercure, des éprouvettes, quelques tubes gradués, quelques pipettes courbes, etc. ; à l’aide de 8 ou 10 réactifs dont le maniement est des plus rapides, on arrive en fort peu de temps à distinguer la composition qualitative et quantitative de la plupart des mélanges gazeux, et l’on évite ces opérations longues et fastidieuses de l’analyse ordinaire, telles que filtrations, lavage, séchage de précipités, pesées, etc. Ajoutons à ces avantages que les réactions utilisées dans l’analyse gazométrique, sont en général très caractéristiques et ne laissent guère de doute sur la nature des produits étudiés. Souvent aussi les réactifs absorbants laissent redégager par des moyens très simples, sous l’influence de la chaleur ou d’un acide par exemple, les gaz qu’ils ont pu dissoudre, et qui, se trouvant ainsi isolés dans l’état de pureté, sont ensuite caractérisés avec la plus grande certitude.
Je n’insiste pas sur l’intérêt considérable, scientifique ou technique, que présente la connaissance exacte de certains mélanges gazeux, tel que l’air, le gaz d’éclairage, les produits de la respiration et de la combustion, etc. Dans les recherches de chimie pure, l’analyse des gaz dégagés dans une réaction et la mesure de leur volume ne doivent pas être négligées quand même leur nature serait sans intérêt'; en effet, il ne faut pas oublier, que les gaz sunt le complément des autres produits solides ou liquides formés ; leur analyse, toujours relativement facile et rapide, est donc fort utile pour jeter la lumière sur la nature de ces produits solides ou liquides qu’on a plus spécialement en vue d’étudier.
Quelques mots maintenant sur l’ordre adopté dans cet ouvrage.
Il nous a paru inutile, et même impossible, de traiter en deux parties distinctes l’analyse qualitative et l’analyse quantitative, ainsi qu’on a l’habitude de le faire dans les ouvrages d’analyse chimique ordinaire.
En effet, dans la plupart des cas, il est impossible de déterminer la nature d’un mélange gazeux sans faire des expériences de mesure : l’examen qualitatif d’un gaz isolé nécessite même quelquefois l’emploi des tubes gradués et autres appareils mesureurs; c’est ce qui arrive, par exemple, lorsque, pour déterminer la nature d’un gaz, on est obligé de recourir à la combustion eudiométrique. Cette raison explique suffisamment pourquoi l’on est conduit à décrire simultanément les procédés d’analyse qualitative et les procédés de dosage. Cependant nous avons relégué à la fin de cet ouvrage, et dans un chapitre séparé, la description des principaux appareils de mesures précises, ceux dont il est possible de se passer dans les recherches les plus courantes.
Dans une première partie, nous étudierons donc les procédés propres à préparer, à récolter, à conserver les gaz, et les appareils usuellement employés pour effectuer ces diverses manipulations. Un second chapitre sera consacré à l’étude des réactifs, de leur préparation* de leur mode d’emploi. Puis nous repren-
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drons sommairement l’étude individuelle de chaque gaz, en nous attachant spécialement aux réactions utilisées dans l’analyse.
Enfin nous aborderons la partie analytique proprement dite, c’est-à-dire les méthodes pour déterminer la nature d’un gaz isolé ou d’un mélange. D’assez longs développements seront ensuite consacrés à l’étude des instruments de mesures exactes, tels que les appareils de Bunsen, de Régnault, de Doyère, et autres plus récents. Chemin faisant, nous aurons soin de reproduire avec détails de nombreux tableaux d’analyse, montrant la marche à suivre dans les manipulations des divers instruments.
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