PIERRES DE CONSTRUCTION
On les essaie au point de vue de la résistance qu’elles présentent à l’écrasement et aux effets de la gelée.
Une pierre gélive est une pierre qui s’imbibe facilement d’eau et qui éclate par la gelée, à cause de l’accroissement de volume que l’eau éprouve en se solidifiant. Suivant que la porosité est plus ou moins considérable, que l’exposition à l’eau a duré plus ou moins longtemps, que le froid qui détermine la congélation est plus subit, la pierre éprouve des altérations très variables, depuis un effrittement superficiel, ce qui est le cas le plus général, jusqu’à la rupture de blocs énormes. 11 est donc très important de pouvoir déterminer à l’avance si une pierre est gélive ou non ; on y arrive sans recourir à la congélation de l’eau, en imbibant la pierre avec une dissolution bouillante de sulfate de soude qui la pénétrera à peu près comme l’eau et qui en se solidifiant produira un effet tout à fait comparable, en la faisant éclater si elle est gélive.
Elssai d’une pierre, tendant à reconnaître si elle est gélive ou non. — « On choisit un certain nombre d’échantillons de la pierre à essayer, différents par la couleur, le grain et l’aspect, et on les taiUe en cubes de 5 à 6 centimètres de côté, à surfaces nettes et à arêtes vives. D’autre part, on prépare une dissolution de sulfate de soude saturée a froid, puis on la chauffe dans une capsule de porcelaine. Quand elle bout, on y plonge les cubes entièrement, sans qu’ils se touchent, et l’on continue à faire bouillir pendant une demiheure environ. On ne doit pas prolonger l’ébullition davantage, car on dépasserait les effets de la gelée. On retire les cubes que l’on suspend par des fils à une barre horizontale, et sous chacun d’eux on place un vase plein de la dissolution dans laquelle ils ont bouilli, et qui a été décantée pour la rendre claire. Au bout de 24 heures les pierres sont recouvertes d’une efflorescence d’aiguilles de sulfate de soude : on les plonge dans la dissolution placée au-dessus d’elles pour faire tomber ces aiguilles, on les suspend de nouveau, et on recommence plusieurs fois cette opération. Si la pierre n’est pas gélive, les efflorescences salines n’entraînent rien avec elles ; dans le cas contraire, elles détachent des fragments de pierre que l’on retrouve au fond des vases, et le cube perd ses arêtes vives et ses angles. L’essai dure cinq jours à partir du moment où les aiguilles salines apparaissent pour la première fois sur la pierre.
« Il est très important d’employer une dissolution de sulfate de soude saturée à froid, et d’arrêter l’essai après le cinquième jour. L’expérience a établi en effet que des pierres non gélives peuvent se déliter quand on les soumet pendant un plus long temps à l’action du sel et surtout quand on emploie une dissolution de sulfate saturée à chaud. La pierre la plus gélive sera celle qui, dans le même temps, aura abandonné le plus d’éclats, les pierres que l’on compare entre elles étant soumises toutes à l’action de la même liqueur.
« Le même mode d’essai est applicable à l’examen des marbres, des mortiers, des poteries, des briques, etc... En particulier, il permet de reconnaître parmi ces dernières celles qui, étant imparfaitement cuites, sont sujettes à se réduire progressivement en poudre par l’action de la gelée, quelle que soit d’ailleurs la nature de la terre qui les constitue (1). »