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CHAPITRE PREMIER

GÉNÉRALITÉS

Dans les analyses que nous avons indiquées jusqu’à présent, l’instrument essentiel qui nous a servi est la balance, — Après avoir effectué certaines transformations, formé certains précipités, nous avons toujours été amenés à faire une ou plusieurs pesées et c’est des nombres fournis par la balance que nous avons déduit la proportion de l’élément à doser.

A côté de la méthode en poids ou gravimétrique, comme on dit quelquefois, nous avons maintenant à indiquer une série de méthodes présentant ce caractère commun que, si la balance est encore indispensable, cet instrument n’intervient qu’à de longs intervalles, pour la préparation de liqueurs, peu nombreuses du reste, qui une fois obtenues permettent d’effectuer un nombre considérable d’analyses sans avoir à effectuer de nouvelles pesées. On donne à ces procédés d’analyse le nom de méthodes volumétriques ou par liqueurs titrées.

Tandis que dans la méthode en poids on tend, par l’introduction d’un réactif en excès (de manière à être sûr d’en avoir mis assez), à produire des précipités dont le poids servira à fixer la composition de la matière analysée; dans la méthode par liqueurs titrées, on apporte tous ses soins à n’introduire que la quantité de réactif juste nécessaire pour produire une transformation, et c’est de la quantité de réactif employé qu’on déduit le poids de substance transformée.

S’agit-il par exemple de doser l’argent dans une liqueur; par la méthode en poids, on ajoute un excès d’acide chlorhydrique ou d’un chlorure soluble, on rassemble le précipité qu’on lave, sèche, etc., pour le peser, et c’est du poids de ce chlorure qu’on déduit la quantité d’argent. Par la méthode volumétrique,

au contraire, on ajoute avec précaution à la dissolution d’argent une liqueur contenant par centimètre cube un poids exactement connu de chlorure soluble, en opérant assez lentement pour n’ajouter que juste la quantité nécessaire à la précipitation complète. Du volume de liqueur employée on déduit le poids de chlorure d’argent formé.

On conçoit qu’à condition : 1» d’opérer avec des dissolutions suffisamment étendues, dont la teneur, ouïe titre, en réactif pur, soit bien déterminée; 2“ de faire en sorte que le moment où la transformation à effectuer est complète soit marqué par un phénomène, tel qu’un changement de coloration, facile à apercevoir et susceptible de se produire sous l’influence d’un excès très faible de réactif, on puisse atteindre et même dépasser la précision des analyses en poids.

A cette précision vient se joindre la rapidité des dosages qui est la caractéristique de ce mode d’analyse; il supprime les nombreuses pesées, les filtrations, les lavages, les évaporations, etc., qui parfois rendent les analyses en poids si longues et si pénibles. C’est cette rapidité que Gay-Lussac avait en vue d’obtenir quand il inventait ou rendait pratiques les premiers procédés d’analyse volumétriques, dont l’industrie à laquelle ils étaient destinés avait un si pressant besoin, et par là l’illustre chimiste français a été l’un des plus grands bienfaiteurs de l’industrie chimique. Depuis lors les méthodes volumétriques se sont développées; l’industrie les a appliquées à presque tous ses dosages, et elles sont devenues les méthodes industrielles par excellence. En effet, dans une usine déterminée, on n’a à effectuer qu’un nombre très restreint de titrages, parfois un seul, mais il importe que le résultat en soit connu rapidement. L’analyse par liqueurs titrées atteint parfaitement ce but, elle permet d’effectuer des dosages répétés pendant le cours d’une opération et elle indique au praticien le moment précis où une transformation qu’elle permet de suivre dans ses diverses phases, est arrivée au terme voulu. Enfin grâce à son extrême simplicité elle peut être pratiquée par une personne qui n’a que des connaissances chimiques restreintes ou une habileté insuffisante pour effectuer les opérations délicates de l’analyse en poids.

Devant le succès considérable obtenu par ce nouveau procédé de dosage, succès qui dépassait certainement de beaucoup les espérances de ses inventeurs, ceux-ci ont étudié la question de plus près, et après avoir été d’abord presque exclusivement utilisé par i’industrie, il a pris place dans les laboratoires où il est maintenant d’un usage courant et peut rendre des services considérables. On a même peut-être dépassé le but, la simplicité séduisante de la méthode a conduit à l’appliquer à une foule d’analyses, et comme on n’a pas voulu sacrifier la précision des mesures, certains dosages sont difficiles et le procédé perd son caractère principal qui est la rapidité.

Nous diviserons cet exposé en quatre chapitres :

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